logo
Accueil » Nos activités » Conférences » Avril 2007
Conférence du vendredi 13 avril 2007

La mondialisation et le modèle québécois

Léo-Paul Lauzon, UQÀM

Texte annonçant la soirée

Professeur au département des sciences comptables de l'UQÀM, Léo-Paul Lauzon présentera ses thèses controversées sur le modèle économique québécois. Auteur de « Contes et comptes du prof Lauzon II – comment décoder le discours des affairistes et de leur porte-queue sans se fatiguer » (Lanctôt – Éditeur, 2004), il jette un regard sceptique sur les supposés bienfaits du néo-libéralisme.

Il abordera, entre autres sujets, les inégalités économiques grandissantes, la fiscalité complaisante, la privatisation galopante et la mondialisation sauvage. « Car il ne peut y avoir de solidarité collective sans une véritable prise de conscience et un minimum de sens critique. », souligne-t-il.

Léo-Paul Lauzon dirige la Chaire d’études socioéconomiques de l’Université du Québec à Montréal, créée il y a une dizaine d’années. Principalement au service des démunis et des travailleurs, cette chaire est soutenue financièrement par des syndicats et des fédérations de travailleurs. Il est l’auteur et le coauteur de 70 études et de près de 20 livres. Il publie régulièrement des articles dans les revues et journaux communautaires suivants : L’Itinéraire, Accès Laurentides, L’Aut’ Journal et Summum.

Annonces

L’animateur de la soirée, François Filiatrault, présente d’abord brièvement Les Sceptiques du Québec, un organisme qui fait la promotion de l’esprit critique – dans un sens constructif, bien sûr – ciblant les croyances pseudoscientifiques et non pas leurs adeptes. Il ajoute qu’un nouveau numéro du Québec sceptique vient de sortir, un numéro substantiel de plus de 80 pages, bourré d’articles pertinents sur le scepticisme et les grands sceptiques.

Notre association fêtera son 20e anniversaire cette année ; les célébrations auront lieu le 13 juin prochain au Théâtre Plaza à Montréal. Yves Gingras, prof à l’UQÀM, y donnera une conférence sur les controverses scientifiques. Elle sera précédée d’une rétrospective humoristique des hauts faits des 20 dernières années par Pascal Forget, chroniqueur à l’émission « La revanche des nerdz » au canal Z et ex-animateur de nos soirées sceptiques. La soirée commencera par un « 5 à 7 », dont les détails seront bientôt connus.

Actualités

Résurgence de l’ufologie ?

Dans le journal Le Soleil de Québec, vient de paraître à la une (du 1er avril) un article qui s’intitulait « Ciel, un ovni ! » François Bourbeau, ufologue, se réjouit que le GEIPAN (Groupe d’étude et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés) ait mis en ligne les témoignages des gens qui ont vu des ovnis en France depuis plusieurs dizaines d’années. L’organisme équivalent canadien fait état de 77 signalements semblables en 2005 au Québec. Un autre article sur le même sujet relate une expérience traumatisante vécue par un citoyen de Sainte-Marthe-sur-le-lac en 1966, qu’il vient tout juste de dévoiler : la rencontre avec un extraterrestre sombre, grand et squelettique « qui n’était pas beau à voir ». Il n’en aurait parlé à personne pendant 40 ans, mais il veut maintenant en laisser une trace, son témoignage, qui n’est pas une histoire, mais un « fait », s’exclame-t-il !

La découverte du tombeau de Jésus

Une autre nouvelle parue dans Le Soleil de Québec : « Un coup médiatique, pensent des experts québécois ». Ces spécialistes du christianisme de l’Université Laval affirment que les preuves avancées par Simcha Jacobovici sur la découverte du tombeau de Jésus sont totalement fausses. Ils soutiennent que ce documentaire démontre son caractère pseudoscientifique par, entre autres, une lecture erronée des inscriptions sur certains ossuaires, qui d’ailleurs aurait été faite par des personnes à l’écriture différente. Seuls les riches pouvaient aussi apparemment se permettre cette double inhumation. La recherche aurait été orientée, dès le départ, par l’objectif d’une telle découverte, jetant ainsi un doute sur les conclusions. Le film, qui en sera éventuellement tiré, sera nul mais passionnant, conclut notre animateur, comme l’a été Le Code Da Vinci.

Jesus Camp – documentaire choquant

Des fondamentalistes évangéliques américains se sont laissés naïvement filmer durant la préparation et le déroulement de leur camp de vacances « Kids on fire ». On raconte aussi que 70 % des enfants qui participent à ce camp reçoivent leur éducation scolaire à la maison. Ils sont donc enfermés dans un carcan idéologique réducteur, celui des chrétiens « born again ». L’évolution des espèces y est ridiculisée ; le réchauffement planétaire minimisé, car, avant la catastrophe finale, Jésus nous apparaîtra dans toute sa gloire et rien d’autre n’aura d’importance. L’avortement y est sévèrement condamné, car il équivaut à détruire le plan de Dieu pour ces fœtus.

On y prépare une véritable armée du Christ, comme certains musulmans le feraient pour l’Islam, fait-on remarquer dans le film. Les autres religions peuvent bien penser ce qu’elles veulent, mais nous avons la « vérité », s’exclame Becky Fisher, l’organisatrice du camp. Il faut faire des États-Unis la nation de Dieu. Il s’agit clairement d’un certain fascisme chrétien ; sous le règne de Jésus, on n’aura d’ailleurs pas besoin de démocratie, même si elle est aujourd’hui bien utile. Entre-temps, on soumet ces enfants à des séances d’hystérie durant lesquelles ils doivent avouer leurs « péchés », surtout l’hypocrisie et le mensonge. Les enfants pleurent. On y brise des tasses, dont les inscriptions personnifient le démon, avec des marteaux. Ces débordements se passent souvent au son d’une musique « rock » ou « heavy metal » chrétienne.

Ces évangéliques croient en un Dieu personnel et interventionniste, auquel on devrait tous croire pour contribuer à la refonte morale de l’Amérique. Mais, le film ne montre aucune spiritualité, au sens noble du terme ; il n’y a aucune quête intérieure de sens ou de vérité – la vérité est déjà connue. On ne s’interroge pas sur l’univers ou son prochain. Il n’y a aucune critique du mode de vie américain. On n’a pas à réfléchir, c’est déjà écrit dans la Bible. Aucun débat, sauf (dans le film) un animateur de radio chrétien qui critique les dérives et l’absolutisme du mouvement. Notre animateur doute également de la compréhension du message chrétien véhiculé par ces fondamentalistes.


La mondialisation et le modèle québécois

Léo-Paul Lauzon, UQÀM

François Filiatrault

Bien connu pour son franc-parler, Léo-Paul Lauzon, professeur au département de sciences comptables à l’UQÀM, nous présente un point de vue clair – et sans nuance – sur les méfaits de la mondialisation. Sur un ton ironique, ponctué par de nombreuses plaisanteries faciles, il nous invite à demeurer sceptiques des discours des économistes et des journalistes asservis aux intérêts des financiers et des dirigeants. La source principale des réflexions du conférencier réside dans des coupures de journaux, religieusement conservées, qu’il présente sans relâche à l’auditoire sous plusieurs centaines d’acétates, vite placées sous le projecteur, et aussi rapidement enlevées.

Capitalisme global

Le conférencier propose de nous donner « une autre version » de la mondialisation et de ses effets. Qui en sont donc véritablement les gagnants et les perdants ? Il précise d’abord que la mondialisation, telle que pratiquée, n’a pas fait l’objet d’un vote et nous a été imposée. D’ailleurs, personne n’est contre les échanges commerciaux, ils ont toujours existé. Ce sont les rapports de force qui gèrent ces échanges qui ont évolué au détriment de l’ensemble de la communauté mondiale et, bien sûr, au profit des multinationales.

Business Week, l’hebdomadaire économique américain le plus vendu aux États-Unis, y fait référence en tant que « capitalisme global », une expression que Lauzon préfère à l’euphémisme de « mondialisation », auquel personne ne peut évidemment s’opposer. Cette revue proclame qu’il faut s’adapter au capitalisme global.

Croissance des inégalités

Quelques chiffres sur les effets de la mondialisation jusqu’à présent : la moitié de la richesse appartient à 2 % de la population, la moitié la plus pauvre se partage 1 % de la richesse mondiale. Est-ce vraiment bénéfique pour tous, ironise le conférencier ?

Autre chiffre révélateur de l’ONU : les revenus des 500 personnes les plus riches sont supérieurs aux revenus des 416 millions de personnes les plus pauvres. Statistiques Canada signale d’ailleurs que 20 % des Canadiens détiennent 75 % des actifs du pays, excluant leurs biens personnels. Les inégalités posent problème, conclut Lauzon.

Effets sur les travailleurs

Faudrait-il mieux expliquer la mondialisation aux travailleurs ? Faudrait-il que les syndicats et les groupes communautaires fassent la promotion d’un système d’exploitation éhontée, ironise Lauzon ? Le monde des affaires s’attend à ce que les travailleurs comprennent les enjeux de la mondialisation et coopèrent, car la pression des forces économiques ne leur en laisserait pas le choix. Est-ce vraiment le cas ?

On fait valoir que la mondialisation transforme la dynamique des relations de travail. Les syndicats sont confrontés au choix difficile d’accepter les concessions salariales ou de voir les emplois locaux disparaître vers d’autres pays. Il y a aussi de plus en plus de travailleurs autonomes, et ceux-ci gagnent un salaire 20 % inférieur à la moyenne. L’appauvrissement de la communauté est planifié.

Si on réduit les salaires, le taux de chômage va baisser. N’est-il pas préférable d’avoir un emploi de piètre qualité que de ne pas en avoir du tout, plaisante Lauzon ? Doit-on privilégier 10 emplois à 20 $ de l’heure ou 15 emplois à 15 $ de l’heure ? Ou encore 100 emplois à 1 $ de l’heure ? Voilà le type de mondialisation auquel on est convié !

Les employés de Wal-Mart à Jonquière voulaient se syndiquer. Pour contrecarrer ce regroupement légitime des travailleurs, Wal-Mart a tout simplement fermé ses portes dans cette ville du Québec. On devrait modifier les lois du travail pour que cela ne se reproduise plus, et non pas seulement boycotter ces entreprises totalitaires. Et ce n’est la seule multinationale qui ferme une usine sans en prévenir le gouvernement. La démocratie est carrément bafouée, ajoute Lauzon.

Le jeu des entreprises et des gouvernements est souvent de diviser la société. Par exemple, en prétendant que les « baby-boomers », qui ont construit le Québec, ont trop profité de leurs privilèges. Pourtant, il y a de plus en plus de retraités qui vivent au seuil de la pauvreté !

Multinationales triomphantes

Le poids économique des 200 plus grandes entreprises dépasse celui des quatre cinquièmes de l’humanité. Parmi les cent plus grandes entités au monde, états et entreprises confondues, 29 étaient en 2002 des entreprises. Exxon Mobil, avec des revenus de 439 milliards $, a un poids économique plus grand que le Pakistan ou l’Inde.

Les revenus totaux du gouvernement canadien sont de 222 milliards $ et ceux du Québec de 59 milliards, respectivement 2 fois et 7 fois moins importants que ceux d’Exxon Mobil. Pourtant, on nous affirme que l’État est trop gros et le privé trop petit ! Nous oublions facilement que les plus grosses entreprises ont un pouvoir économique plus grand que bien des États…

Wal-Mart, une compagnie privée, a des revenus de 320 milliards $ par année et quatre fois plus d’employés que le gouvernement canadien, qui en emploie 360 000. Si de si grosses entreprises peuvent opérer où elles le veulent et dans le domaine qui leur plaît, alors pourquoi pas les États, pour le bien commun, lance Lauzon ?

Un État fort et interventionniste

L’ONU elle-même nous met en garde de la recolonisation, non pas par des pays, mais par des multinationales. Ces dernières font la loi et font chanter les gouvernements démocratiquement élus. Elles veulent mettre en concurrence tous les travailleurs de la terre, les réduisant ainsi au plus petit commun dénominateur.

Les entreprises exercent trop de pouvoir sur les médias et les partis politiques. On pourrait même dire qu’ils contrôlent les médias. Et il n’y aurait rien à faire contre l’avancée de ce type de mondialisation ? Non, poursuit le conférencier, un parti socialiste peut changer les choses !

Pour les petits pays, en voie de développement ou non, il faut que l’État intervienne pour protéger les travailleurs. Sinon, nous allons tous y perdre. Pourtant, on veut limiter les pouvoirs et la taille de l’État.

Au contraire, déclare le conférencier, il ne peut pas y avoir de démocratie et de justice sociale sans un État fort. Le nombre de pauvres augmente et on veut diminuer les services de l’État : de moins en moins d’éducation publique, de moins en moins de soins de santé, de moins en moins de transport en commun, de moins en moins de garderies… Il faut s’y opposer.

Coûts cachés de la mondialisation

Si on compare le modèle québécois aux pays européens nordiques, ou au modèle cubain, alors on manque manifestement de services publics. Évidemment, on bénéficie de plus de services que les Américains, mais quel prix social ces derniers doivent-ils payer ? Quarante-sept millions d’Américains n’ont pas de couverture d’assurances, 37 millions sont pauvres. La principale cause des faillites personnelles aux États-Unis, c’est la maladie, dont on peut difficilement se relever sans assurances étatiques.

On doit comparer le coût de la présence de l’État avec le coût de son absence. Les États-Unis sont également le pays le moins syndiqué de tous les pays occidentaux. Salaires minimums sans services sociaux conduits à une criminalité croissante, comme on peut l’observer chez nos voisins du sud : sept millions de personnes sous le coup de la justice.

La concentration des médias

Conscientiser le public aux manigances économiques des riches requiert une information correcte et bien balancée. En France, ce type d’information existe, diffusé par de nombreux journaux et hebdos indépendants : Le Canard Enchaîné, Libération, Humanité, Le Monde Diplomatique, Marianne, Le Nouvel Observateur, Charlie Hebdo...

Au Québec, on a peu de journaux indépendants. Power Corporation possède les journaux les plus lus : La Presse, Le Soleil, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, Le Quotidien. De son propre aveu, cette corporation privée veut intervenir dans les services publics, tels la gestion de l’eau, l’électricité, la gestion des déchets et des soins de santé par le biais des assurances, tous des domaines dans lesquels elle a de nombreux intérêts financiers.

La partie éditoriale de ces journaux ne peut que subir l’influence de leur riche et ambitieux propriétaire. Certains néo-libéraux prêchent aussi le retrait de l’État du domaine des pensions de vieillesse, puisque cela devrait être, selon eux, une responsabilité individuelle. Comment cela sera-t-il traité dans les journaux de Power Corporation, puisque les intérêts financiers de cette entreprise sont en jeu ? On devrait interdire aux multinationales de posséder quelque média que ce soit, affirme Lauzon.

Privilèges fiscaux

Les dirigeants d’entreprise (97 % d’entre eux, selon Lauzon) ne se font plus payer par un chèque de paye, totalement imposable. Ils obtiennent leur rémunération sous forme d’actions, dont 50 % ne sont pas imposables puisqu’il s’agit d’un gain de capital. C’est scandaleux, s’exclame le conférencier ! Le salaire de l’employé ordinaire est totalement imposé, alors que les hauts dirigeants bénéficient d’une exonération d’impôt de 50 % sur leur rémunération.

Au contraire, les revenus d’emploi devraient être moins taxés puisqu’ils créent de la richesse et de la production. Alors que les revenus de capitaux ne font que créer de la spéculation – pas de la richesse.

Cette exonération des gains de capitaux à 50 % est récente. Avant l’année 2000, les gains de capitaux étaient imposables à 75 %, puis on a baissé la proportion imposable à 66 %, et enfin à 50 %. Ce sont nos gouvernements qui ont voté pour ces baisses successives d’imposition. Les gouvernements se privent volontairement de recettes fiscales représentant des milliards de dollars.

Les cinq plus grandes banques du Canada ont fait 19 milliards $ de profit en 2006, soit une augmentation de 58 %. Par exemple en cette même année, la Banque de Montréal sur des bénéfices avant impôts de 3.5 milliards $ n’a payé que 20 % d’impôt (taux effectif), alors qu’elle en avait payé 30 % en 2005. Payés en actions, leurs dirigeants se partageront environ 800 millions $. Pour les cinq grandes banques canadiennes, cela équivaut à 4 milliards $, dont la moitié ne sera pas taxée. Pourtant, ces banques ont coupé leur personnel pour améliorer leur rentabilité, parfois même de façon préventive. Aucune opposition n’a paru dans les médias.

Paradis fiscaux

Selon le conférencier, le travail au noir pour les gagne-petit équivaut aux paradis fiscaux pour les riches – à un niveau très inférieur cependant. Statistiques Canada évalue à 88 milliards $ le montant qui quitte le pays sans payer d’impôt et se retrouve dans des paradis fiscaux. Les Îles Caïmans, par exemple, ont une population de 20 000 habitants pour les 40 000 entreprises qui y sont établies, dont une centaine de compagnies d’assurance. Cela confirme que les bénéfices fiscaux de s’y établir sont substantiels, conclut Lauzon.

On doit éliminer les paradis fiscaux qui permettent l’évasion fiscale frauduleuse de dizaines de milliards de dollars. Si les sommes énormes détournées étaient justement taxées, elles pourraient servir à renflouer les finances de l’État. Pourquoi augmenter les tarifs d’électricité pour aider à financer les services publics quand on pourrait facilement réduire les évasions fiscales ?

À qui profite la mondialisation ?

The Economist constate que la mondialisation profite surtout aux riches : dans la plupart des pays industrialisés, rapporte cette revue économique, les salaires en tant que proportion du PIB sont au plus faible de la décennie, par contre les profits après impôt l’an dernier ont atteint le niveau le plus élevé en 75 ans. Un économiste de la Banque Nationale renchérit : les profits sont à leur plus haut niveau en 50 ans. Et la Bourse de Toronto atteint des niveaux records tous les jours !

Malgré cela, les compagnies d’aviation, pourtant très polluantes, demandent des réductions de taxes et même de l’aide gouvernementale, entre autres pour respecter la loi sur les langues officielles. Récemment, le gouvernement a réduit les taxes de quatre compagnies de pétrole pour une valeur d’un milliard durant un trimestre. On paye ces subventions aux riches multinationales à même les programmes sociaux.

De plus, sous prétexte de l’état précaire des finances publiques, une banque de Toronto demande des baisses d’impôt pour les entreprises et les individus ; elle suggère de compenser les revenus perdus par l’État par la tarification des services publics, soit la méthode la plus régressive de sources de revenus pour un État, car elle frappe directement les moins fortunés. La moins régressive serait l’impôt progressif sur toute rémunération. Mais, on en entend peu parler dans les médias, s’indigne Lauzon.

Stratégies interventionnistes

Si l’économie va si bien, pourquoi le Québec est-il presque en faillite ? Pourquoi les services publics sont-ils affamés de fonds ? Pourquoi manque-t-il d’argent pour les infrastructures, les routes, les aqueducs, les garderies ?

Lauzon propose certaines stratégies pour pallier à l’augmentation des coûts. Comment peut-on lutter contre les hausses du prix du pétrole ? Il y a pourtant moyen de mettre au pas les pétrolières. Le conférencier suggère tout simplement la nationalisation des compagnies de pétrole. C’est réaliste, affirme-t-il, puisque de très petits pays l’ont récemment fait : le Tchad, la Bolivie, l’Équateur…

Laisser le marché complètement libre conduit à une spéculation débridée, souvent sur des biens essentiels comme le gaz naturel, le maïs, le coton, etc. Ces spéculations ne créent pas de la richesse. Ça ne fait qu’augmenter les prix. Autre stratégie : les gouvernements ne devraient-ils pas acheter directement des producteurs pour contourner les spéculateurs intermédiaires, par exemple pour le pétrole ou autre denrée essentielle ?

Refusons l’asservissement !

On nous demande la soumission aux forces du libre marché mondial. Il faut dire non à ce type de mondialisation, exhorte le conférencier ! Notre devoir est d’y opposer une fin de non-recevoir catégorique et de lutter par tous les moyens possibles contre la domination économique des multinationales.

Des pays sont sortis du joug de ce modèle de mondialisation : l’Argentine, le Venezuela et la Bolivie, entre autres. Ils ont élu des gouvernements socialistes qui changent vraiment les choses. Ils s’opposent ainsi aux diktats de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International, et de l’Organisation Mondiale du Commerce, asservis aux multinationales.

Période de questions

Prix du pétrole

Un auditeur s’interroge sur les hausses imprévisibles du prix du pétrole à la pompe. Il demande au conférencier s’il n’a pas de statistiques qui expliqueraient ces hausses de prix, qui s’emballent précisément avant un week-end ou un long congé férié, indépendamment, semble-t-il, du prix du baril sur le marché mondial.

Lauzon répond qu’il n’a pas ces statistiques sous la main, mais que cela serait une étude empirique fort intéressante à piloter. La période examinée pourrait couvrir une dizaine d’années, et justement cibler le prix juste avant les vacances d’été ou les premières neiges. Toutefois, la chaire qu’il dirige ne dispose que d’un seul chercheur, déjà surchargé. Il faut faire appel au bénévolat.

Autre question sur ce sujet : certaines recherches, commencées en 1970, avaient prévu un maximum de production de pétrole au début des années 2000, puis une décroissance progressive sur 200 ans, donc une pénurie appréhendée. Nous y sommes, précise un auditeur. Ne devrions-nous pas nous attendre à des prix plus élevés à la pompe ?

Le conférencier ne croit pas à une pénurie de pétrole imminente. Il accuse les compagnies de pétrole de diminuer leurs dépenses d’exploration pour garder les prix élevés, créant ainsi une rareté artificielle. Leurs profits demeurent ainsi substantiels.

Controverses

Un auditeur s’interroge sur les thèses soutenues par Nathalie Elgrably du Journal de Montréal au sujet des environnementalistes qu’elle compare aux adeptes d’une nouvelle religion dont le pape serait Al Gore, ex-vice-président des États-Unis. Lauzon ne veut pas débattre des thèses d’une collègue aux idées diamétralement opposées aux siennes et, à son avis, non démontrées. Il suggère à l’auditeur de lire d’autres chroniques, comme celles du Canard Enchaîné.

Droit de grève

Autre question d’un auditeur qui a apprécié l’humour du conférencier : les employés de l’État, qui bénéficient d’un syndicat très fort, devraient-ils avoir le droit de grève ? Lauzon fait d’abord valoir qu’il y a une explosion de travailleurs atypiques : les autonomes, les temps partiels, les occasionnels, les surnuméraires. Il y aurait environ 1 million de ces travailleurs, suite à la déréglementation du marché du travail. Cela procure évidemment plus de souplesse pour l’employeur, car ces employés ne sont pas syndiqués.

En France, il y a huit ans, les employés du public et du privé étaient tous en grève en même temps : hôpitaux, écoles, marins… Cette grève a duré presque deux semaines. Pourtant, 75 % des Français étaient d’accord avec cette grève, même s’ils en étaient lourdement pénalisés, car il n’y avait plus de transport en commun. La population française est sensibilisée aux enjeux sociaux. Alors, qu’au Québec, on veut limiter les droits de grève dans le secteur public !

Le conférencier est en faveur d’un droit de grève complet – du moment qu’on assure les services essentiels. Il faut penser aux gains réalisés par ces grèves, à moyen et long terme, pour les travailleurs et la qualité des services qu’ils rendent. Si on met de la pression sur les gouvernements, ils vont aller chercher les recettes fiscales nécessaires pour donner de meilleurs services et bien payer ceux qui les rendent. C’est une question de rapports de force.

Paradis fiscaux

Que peut-on faire de concret pour diminuer l’impact négatif des paradis fiscaux, demande un auditeur ? Les paradis fiscaux, répond Lauzon, sont presque tous des petites îles de moins de 100 000 habitants. Ils dépendent largement des États-Unis pour leur continuation au travers de chambres de compensation en dollars américains.

Les Américains pourraient fermer tous les paradis fiscaux en moins d’une heure, mais la volonté politique n’est pas là. On pourrait facilement abolir les traités fiscaux avec toutes ces anciennes colonies britanniques. On pourrait faire des lois qui demandent qu’individus et entreprises soient taxés sur leur revenu international, sujets à des crédits d’impôt pour les sommes déjà versées dans un autre pays. Votez donc aux élections pour ceux qui font la promotion de ces mesures (dont le conférencier) !

Le gouvernement canadien n’a-t-il pas démontré un certain courage lorsqu’il a récemment aboli les fiducies de revenus ? Le conférencier n’est pas si impressionné par la décision du gouvernement. D’abord, cette mesure ne prendra effet que dans trois ans. De plus, ce gouvernement commence déjà à identifier des exceptions, comme les fiducies immobilières. Faut-il rappeler aussi que ce sont les institutions qui ne pouvaient pas profiter des privilèges accordés aux fiducies qui réclamaient l’équité ? Donc, s’agit-il vraiment de courage social ?

Note du rédacteur de ce compte-rendu. Pour un point de vue différent sur les thèses controversées évoquées par Léo-Paul Lauzon, consultez La face cachée des politiques publiques par Nathalie Elgrably, Les Éditions Logiques, 2006.

Compte-rendu rédigé par Louis Dubé.

Copyright © 1999-2017 Les Sceptiques du Québec, inc.