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Conférence du lundi 13 février 2006

Les propos tenus par les conférenciers invités ne représentent pas la position des Sceptiques du Québec qui souhaitent faire progresser un débat factuel et rationnel sur les questions abordées.

L’ABC du QI

par Serge Larivée, professeur de psychoéducation

Texte annonçant la soirée

À la suite de ce qu'il est convenu d'appeler « L'affaire Mailloux », les médias ont presque tous passé sous silence la dimension scientifique des propos du Dr Mailloux quant aux écarts de QI entre les groupes ethniques aux États-Unis. En fait, au lieu de présenter les connaissances scientifiques bien établies sur ce sujet, les médias ont préféré exploiter l'aspect sensationnaliste.

Dans le cadre de cette communication, je présenterai les 25 points sur lesquels se sont entendus 52 chercheurs dans le domaine de l'intelligence. Je commenterai brièvement chacun des 25 points qui synthétisent en fait les connaissances qui guident la majorité des spécialistes quant à la nature et la mesure de l'intelligence (1 à 6), les différences entre les groupes (7 et 8), l'importance pratique des habiletés intellectuelles que reflète le QI (9 à 13), l'origine et la stabilité des différences à l'intérieur (14 à 18) des groupes et entre les groupes (19 à 24), et les implications de ces connaissances pour les politiques sociales (25).

Serge Larivée a fait ses études doctorales aux universités de Genève et Lausanne et est professeur à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal depuis 1977. Depuis 30 ans, ses recherches portent sur l'intelligence, le développement cognitif et la métacognition ainsi que sur l'épistémologie des sciences, les fraudes scientifiques et les pseudosciences. Il a à son actif 214 publications (articles, chapitres de livres, recensions d'ouvrages, etc.) et 224 communications. Il est directeur de la Revue de psychoéducation depuis 1979.

Mot du Président

Daniel Picard, président des Sceptiques du Québec, s'informe de la présence de nouveaux auditeurs dans la salle et présente l'association des Sceptiques du Québec. C'est un organisme à but non lucratif qui existe depuis 1987. Il fait la promotion de l'esprit critique et de la pensée rationnelle en organisant, entre autres, des conférences le 13 de chaque mois. Ces conférences abordent évidemment des sujets liés aux pseudosciences, mais également des thèmes de plus en plus diversifiés. Les Sceptiques du Québec produisent aussi le magazine Le Québec Sceptique, trois fois par année, et distribuent également des livres et articles dans des écoles de la province pour y promouvoir l'esprit critique et la pensée rationnelle.

Picard nous invite également à venir à l'assemblée générale pour exprimer nos opinions sur les questions à l'ordre du jour, dont tous les membres ont reçu copie par la poste dans les derniers jours. L'une de ces questions se rapporte à certaines modifications controversées à la mission même de l'association.

Concours de prédictions

Picard présente le gagnant du concours de prédictions 2005. Il s'agit de M. Daniel Grégoire, qui a fait la prédiction qu'« Un ouragan dévastateur au joli nom frappera les États-Unis. » Notre président précise que le but du concours est de démontrer qu'il n'est pas nécessaire d'être devin pour voir nos prédictions se réaliser. Les prédictions que les astrologues publient à chaque année sont si vagues qu'elles ont un taux de réalisation d'environ 30 %, taux que les prédictions des sceptiques atteignent également depuis le début du concours. Plusieurs autres prédictions se sont également réalisées, dont une qui est arrivée ex aequo avec la gagnante. Elle provenait de M. Benjamin Rochefort et était formulée ainsi : « Tremblement de terre au Moyen-Orient (16 000 morts) vers la fin 2005 ». Le 8 octobre dernier, un tremblement de terre d'une magnitude de 7,6 a effectivement frappé la ville de Muzaffarabad dans le nord-est du Pakistan, faisant 18 000 morts.

Prix Sceptique

Normand Baillargeon

Picard félicite M. Normand Baillargeon, récipiendaire du Prix Sceptique 2005 pour la publication du livre Petit cours d'autodéfense intellectuelle. Ce livre, dont on a beaucoup entendu parler dans la presse écrite et à la radio et dont 20 000 exemplaires ont déjà été vendus (un chiffre énorme pour un livre québécois !), est, selon Picard, parfait pour initier les gens aux outils utilisés dans le domaine de la pensée critique. Notre président remet à M. Baillargeon une plaque commémorative et le remercie également d'avoir dédicacé son livre aux Sceptiques du Québec.

M. Normand Baillargeon accepte avec plaisir le prix en question, mais souligne qu'à son avis c'est la pensée critique elle-même qui en est le véritable récipiendaire. Il n'a été que le porte-parole de certaines idées qu'il considère importantes, belles et justes. Il avait auparavant écrit une série d'articles à ce sujet dans le journal Le Couac, mais c'est son éditeur qui a insisté pour faire paraître un livre beaucoup plus complet sur la pensée critique. M. Baillargeon souligne en terminant qu'à son avis la pensée critique a un rôle à jouer contre l'endoctrinement et le totalitarisme médiatique.

Notre animateur, M. François Filiatrault, donne ensuite la parole à M. Serge Larivée, professeur de psychoéducation à l'Université de Montréal, qui vient nous entretenir du QI, une de ses passions.

L'ABC du QI

Par Serge Larivée, professeur de psychoéducation

Serge Larivée

En 1994, Richard Herrnstein et Charles Murray ont publié l'ouvrage The Bell Curve qui a soulevé un tollé aux Etats-Unis. Cette vive réaction vient du fait que ce livre de 800 pages contient un court chapitre présentant des résultats, connus depuis 1918, sur les différences de QI entre les Afro-Américains et les Euro-Américains. Cinquante-deux chercheurs ont alors décidé de rédiger une déclaration en 25 points résumant les connaissances actuelles sur l'intelligence. Larivée nous présentera ce soir ces 25 points, dont il a eu la permission de faire la traduction.

Veuillez consulter la déclaration des 52 chercheurs que vous trouverez, à la fin de ce compte rendu, dans un texte de Serge Larivée et de Françoys Gagné intitulé : Intelligence 101 ou l'ABC du QI. Les auteurs ont rédigé une brève introduction à cette déclaration et terminent leur texte en traçant un court historique de son origine et en expliquant le contexte dans lequel elle s'insère. Voici les commentaires que Serge Larivée a donnés durant sa conférence en présentant les 25 points de la déclaration commune, que nous ne répéterons pas ici.

La nature et la mesure de l'intelligence (Points 1 à 6)

Larivée explique d'abord que les premiers tests de QI ont été créés en France vers la fin du 18e siècle. Le gouvernement français avait alors décidé de rendre l'éducation obligatoire, mais s'est rapidement rendu compte que certains jeunes éprouvaient beaucoup plus de difficultés que d'autres à l'école. On a donc demandé à Alfred Binet de créer un test pour identifier ceux-ci afin de pouvoir les aider. Ce premier test a par la suite été exporté aux Etats-Unis et a depuis été développé et transformé à maintes reprises.

Larivée note l'importance, pour le reste de la conférence, de se mettre d'accord sur ce que sont exactement les tests de QI. Les tests les plus utilisés actuellement à travers le monde sont les échelles de Wechsler (WISC) et les matrices de Raven. Le conférencier fait remarquer qu'il s'agit en fait du WISC-III, une nouvelle version du WISC-I, lequel a été créé en 1946. Après quelques décennies, on a dû changer l'échelle d'évaluation pour que la moyenne des QI des individus reste à 100, avec un écart-type de 15. Ainsi, si on faisait passer de nos jours les tests de QI d'il y a une cinquantaine d'année, on aurait une moyenne de QI d'environ 115 au lieu de 100, indiquant que l'intelligence telle que mesurée par les tests semble avoir augmenté.

Notre conférencier présente la liste des sous-tests du WISC-III, qui évaluent le QI verbal et non verbal. Il explique que pour évaluer le QI verbal on pose des questions telles que « Qu'est-ce qu'un parapluie ? Un hiéroglyphe ? » Ou encore on demande à des enfants ce qu'est la ressemblance entre une pomme et une banane. Répondre que ces deux items sont des fruits donnerait plus de points que répondre que les deux se mangent, parce que la première réponse montre un raisonnement plus abstrait que la deuxième. On pondère ensuite les scores aux différents sous-tests. Le QI total est la somme des scores pondérés des deux sous-tests : QI verbal et non verbal. Larivée fait remarquer que le score pondéré dépend de l'âge de l'individu. Ainsi, par exemple, une même réponse à un test donne un score pondéré plus élevé pour un jeune de 6 ans qu'une personne de 9 ans. Donc, si le résultat d'un individu à un test de QI est constant, c'est que son intelligence se développe. Le conférencier nous montre ensuite un exemple d'une matrice de Raven. Il s'agit d'un test non verbal, réputé être culturellement neutre. Dans ce test, il faut choisir l'image qui complète le mieux une série d'images selon un raisonnement logique.

Les tests de QI, ayant été faits dans ce but, prédisent très bien le succès scolaire et ce, pour tous les groupes ethniques. Larivée suggère d'ailleurs de ne pas forcer outre mesure les jeunes à rester à l'école si c'est vraiment au-delà de leurs capacités, tout en tentant bien sûr d'aider la majorité des étudiants en difficulté. Ainsi, avec un résultat de QI de 130, un noir et un blanc ont autant de chance de réussir leurs études universitaires. Le problème, c'est que les Noirs ont moins de chance que les Blancs de pouvoir se rendre à l'université à cause de certains biais sociaux défavorisant les Noirs aux États-Unis.

Toutefois, contrairement à ce qui est énoncé au point 5, la plupart des individus croient que les tests de QI sont biaisés. Parmi les biais possibles, on note les caractéristiques de l'administrateur du test (celui-ci ne parle pas la même langue ou a des attitudes et attentes différentes par exemple). Cependant, affirme Larivée, ces hypothèses ont déjà toutes été testées, et aucun biais n'a été trouvé. Il n'a à ce jour vu aucune recherche dûment faite qui ait démontré un certain biais, même qu'un de ses étudiants au doctorat a déjà passé trois mois à faire un recensement des publications scientifiques sur ce sujet - sans succès.

Différences entre groupes (Points 7 et 8)

Larivée nous montre la distribution des QI aux Etats-Unis. On voit clairement un large recouvrement entre les Noirs et les Blancs, mais la moyenne de QI chez les Noirs est plus basse, autour de 85 ou 90. Il présente également les résultats de l'étude sur laquelle s'est appuyé le Doc Mailloux lors de ses déclarations. On y mentionne que le QI total des Blancs se situe en moyenne à 100, celui des hispanophones à 90, celui des Noirs à 88, et celui des Japonais à 106. De même, un survol de 156 études effectuées entre 1918 et 1990 rapporte des différences de QI entre les Noirs et les Blancs de 15 points en moyenne, en faveur des Blancs. Cet écart est en outre plus marqué dans le sud des États-Unis qu'au Nord.

Le conférencier fait remarquer que, comme plusieurs d'entre nous, il voudrait bien que les choses ne soient pas ainsi. Toutefois, affirme-t-il, si on nie la réalité il ne sera pas facile d'aider les gens, toutes origines confondues.

Importance pratique (Points 9 à 13)

Le conférencier présente un tableau des moyennes et écarts-types aux tests de QI d'individus de différents groupes professionnels. On voit clairement une différence entre les résultats des différentes professions. Ceci s'explique par le fait que certains travaux demandent des capacités intellectuelles plus élevées que d'autres. Ainsi, en général, plus leur QI augmente, plus les gens ont la capacité de travailler par eux-mêmes et de traiter l'information rapidement. En outre, dans les faits, les gens se dirigent habituellement vers des professions appropriées à leurs capacités. Ce n'est toutefois pas toujours le cas. Ainsi, il y a quelques années, un homme qui avait postulé à un poste non pas de détective, mais de simple policier de coin de rue, une tâche qui ne demande que de connaître et de faire appliquer les règlements, a été refusé dans la police de New York, car il avait un QI supérieur à la moyenne. Larivée note toutefois l'importance de respecter tous ceux qui font bien leur travail, quel qu'il soit. Ainsi, on n'a pas le droit de dénigrer quelqu'un qui accomplit bien un travail qui correspond à ses capacités et dont il est fier. D'ailleurs, si on fait un travail qui correspond à nos capacités, on a beaucoup plus de chance d'être heureux.

Pour montrer que le test de QI est un très bon prédicteur de la réussite scolaire, Larivée présente des statistiques sur l'obtention d'un baccalauréat chez les Noirs et les Blancs selon que l'on contrôle ou non pour le QI. Ainsi, la probabilité globale d'obtenir un baccalauréat est de 27 % chez les Blancs et de 11 % chez les Noirs. Toutefois, si on considère uniquement les individus avec un QI de 114 et plus, cette même probabilité devient de 50% chez les Blancs et de 68% chez les Noirs. À QI égal, les Noirs ont autant sinon plus de probabilité d'obtenir un baccalauréat que les Blancs, ce qui démontre que le QI est un bon prédicteur du succès scolaire.

Autres points (Points 14 à 25)

Le conférencier précise d'abord que l'héritabilité, c'est la proportion de la variance dans un score de QI qui est expliquée par le bagage génétique du sujet dans une population donnée. Il s'agit des différences qui seraient toujours présentes dans les QI des individus si l'environnement était exactement le même pour chacun. Au préscolaire, l'influence génétique est très faible. L'héritabilité est alors de 0.4, c'est-à-dire qu'environ 40 % des différences aux tests de QI des enfants de bas âge s'explique par leurs différences génétiques. Cette proportion augmente toutefois rapidement pour atteindre 0.8 à l'âge adulte. Ainsi, souligne le conférencier, on ne peut pas s'attendre à ce que nos compagnons adultes changent radicalement à ce niveau. En fait, à partir de 7 ans les mesures de QI donnent des résultats relativement stables. Ainsi, une étude d'environ 1000 personnes a montré que, pour la plupart de jeunes (90 %), les QI étaient stables entre les âges de 7, 9 et 11 ans. Les chercheurs auraient également pu démontrer que, pour les 100 autres jeunes, les changements de QI étaient toujours pour des raisons idiosyncrasiques. Par exemple, des changements avaient lieu comme suite au décès des parents de l'élève, à un changement d'école ou encore à la rencontre d'un nouveau professeur plus motivant.

Le QI d'un individu dépend aussi évidemment de l'environnement dans lequel il vit. Ainsi, un jeune avec une prédisposition intellectuelle favorable ne se développera pas autant s'il n'est pas stimulé par son environnement et pourra avoir des capacités moindres qu'un individu au potentiel plus faible ayant été plus stimulé. Il est aussi intéressant de constater que l'environnement unique d'un individu (ses expériences de vie personnelles, ses amis...) a plus d'influence sur son résultat à des tests de QI que l'environnement partagé (sa cellule familiale, son statut social et économique).

Bien que l'environnement ait une influence certaine sur le QI des enfants, une étude des années 70 aux États-Unis montre qu'il n'est pas si facile d'augmenter le QI par le biais de l'environnement. Dans le but d'aider des enfants à QI faible, on avait créé un programme pour les stimuler avant leur entrée à l'école primaire. On a permis aux enfants d'augmenter leurs QI près de la moyenne avant qu'ils rentrent à l'école primaire, mais dès la troisième année du primaire, leurs résultats avaient de nouveau chuté et ils sont demeurés à ce niveau bas jusqu'à la fin des mesures à l'âge de 15 ans. Toutefois, ces efforts non pas été vains puisque parmi les enfants de ce groupe on a constaté moins de décrochage scolaire et de criminalité. Mais avec un coût de 60 millions de dollars sur une étude avec 40 jeunes, l'implantation d'un tel programme à l'échelle nationale pose un dilemme éthique.

Toujours dans le domaine des variations de QI, Larivée nous explique que dans plusieurs pays industrialisés on assiste depuis plusieurs années à une augmentation des scores de QI, ce que l'on nomme l'effet Flynn, du nom du chercheur qui l'a mise en évidence. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer le phénomène, dont des facteurs liés à la scolarisation (précocité, accessibilité, durée), l'urbanisation (complexité de l'environnement), le changement du modèle familial (moins d'éducation à coup de bâton), la complexification des médias (ce sont d'ailleurs surtout les résultats aux matrices de Raven qui ont augmenté), une meilleure alimentation. Il s'agit maintenant d'expliquer comment le QI, stable à l'intérieur d'une même génération, peut augmenter à chaque génération. Enfin, Larivée note que cette augmentation est en train de cesser dans certains pays. Ainsi, dans les pays scandinaves, les QI les plus élevés ont déjà cessé d'augmenter, alors les QI les plus faibles continuent de le faire, réduisant ainsi les écarts entre les individus.

Questions et discussion

QI verbal et non verbal

Le conférencier a passé assez rapidement sur les concepts de QI verbal et QI non verbal. Quelqu'un se questionne sur le lien entre les scores à ces deux tests et veut savoir si l'un d'entre eux a une meilleure capacité prédictive du succès scolaire. Larivée répond que les deux résultats sont aussi significatifs et souligne que cette distinction aide surtout les cliniciens à déceler des problèmes particuliers chez les jeunes enfants.

Différence de QI entre les hommes et les femmes

On interroge le conférencier sur les données que l'on possède à propos des différences de QI entre les hommes et les femmes, sujet qui n'a pas été abordé de façon précise au cours de la conférence. Celui-ci explique que, voulant s'en tenir aux 25 énoncés de la Déclaration des 52, il n'a malheureusement pas pu discuter de ce point, qui lui semble somme toute très important. Il souligne qu'il y a très peu de différences entre les femmes et les hommes sur le plan du QI en général. Toutefois, bien que les moyennes des QI des hommes et des femmes soient presque identiques, il y a plus de garçons déficients intellectuels que de filles (6 pour 1) et de garçons doués que de filles (2 pour 1).

De façon plus spécifique, on s'aperçoit en outre que les femmes sont meilleures en ce qui a trait à l'espace statique alors que les hommes sont nettement supérieurs au niveau de l'espace en mouvement. Larivée mentionne que des explications d'ordre hormonal ainsi que d'ordre évolutionniste tentent d'expliquer ces résultats. [NDLR : L'explication évolutionniste, que Larivée n'a pas décrite, car elle semblait connue de la plupart des auditeurs, se base sur le fait que l'homme s'est adapté pour la chasse dans de grands espaces et qu'il devait en outre retrouver son chemin une fois le gibier attrapé, alors que la femme était davantage confinée dans l'espace restreint de leur habitation.] Il ajoute que des recherches récentes ont démontré qu'encore de nos jours les hommes parcourent une plus grande distance quotidienne que les femmes. Cette différence est visible dès le plus jeune âge, les jeunes garçons étant beaucoup plus moteurs que leurs compagnes de sexe féminin.

L'hypothèse de la loi normale

On fait remarquer que tous les des tests de QI sont corrigés de façon à ce que les résultats de la population en générale obéissent à une loi normale. Cette hypothèse a-t-elle des fondements valides, demande cet individu ? Larivée fait remarquer que dans la réalité rien ne suit une courbe normale de façon exacte. Ainsi, souligne-t-il, il s'agit d'un modèle théorique qu'on s'est donné dans le but de représenter la réalité. Quant à savoir pourquoi on a choisi la loi normale alors qu'il existe plusieurs autres distributions statistiques, il admet ne pas pouvoir l'expliquer précisément, mais mentionne que les données se distribuent d'elles-mêmes suivant cette courbe. Une autre personne dans la salle fait toutefois remarquer que la loi de Gauss (autre nom donné à la loi normale, qui n'est d'ailleurs pas plus normale que les autres) s'applique dans plusieurs situations réelles.

On fait également remarquer que les valeurs de QI sont arbitraires, et que si on avait choisi d'avoir un écart-type de 10 au lieu de 15 par exemple alors les limites du retard mental et de la douance auraient été différentes. Le conférencier est bien d'accord qu'il s'agit ici de conventions.

L'héritabilité

On demande au conférencier de préciser ce qu'il entend lorsqu'il dit que l'héritabilité varie de 0.4 lors du jeune âge à 0.8 à l'âge adulte. L'héritabilité, de façon plus concrète, c'est la proportion de la variation des QI qui est explicable par les différences génétiques des individus. Larivée explique qu'en bas âge l'environnement explique mieux le QI que les facteurs génétiques. Toutefois, à mesure que nous vieillissons la génétique prend plus d'importance. Il fait d'ailleurs remarquer que la plupart des gens au cours de leur vie choisissent un environnement qui correspond à leur pool génétique. C'est d'ailleurs ce qui explique qu'on retrouve plus de gens avec des QI élevés dans des milieux dits favorisés que dans des milieux dits défavorisés. Il mentionne également que l'héritabilité varie non seulement avec l'âge, mais aussi en fonction des époques et des groupes d'individus.

Surdoués

Quelqu'un présente le cas d'une jeune fille ayant des troubles de comportements et ne réussissant pas bien à l'école, mais qui avait un QI de plus de 130 selon les tests de la psychologue scolaire. Elle fait également référence à une étude française montrant que plus de 50 % des jeunes surdoués français sont en échec scolaire et/ou dépression. Elle cite M. Terrassier qui pose l'hypothèse que les enfants surdoués dans des classes normales s'ennuient et soufrent en quelque sorte d'un problème d'adaptation face à la société.

Larivée, qui connaît les travaux de M. Terrassier déplore le fait que celui-ci ne publie pas dans des revues avec comités de lecture. Ses travaux n'y seraient d'ailleurs pas acceptés, car il fait de l'idéologie. Au début du 20e siècle, ajoute le conférencier, Lewis Terman a fait la plus grosse étude sur les enfants doués (plus de 1000 sujets), et elle se poursuit encore par l'étude des descendants des sujets de départ. Cette étude conclut que, bien que certains enfants vivent des problèmes scolaires, en moyenne ceux-ci sont en bonne santé physique et mentale, réussissent mieux que la moyenne à l'école, ont plusieurs amis... En bref, cette étude dément une série d'idées répandues dans la population.

Une autre personne de la salle cite une étude selon laquelle les individus à haut potentiel présentent 5 caractéristiques communes, qui sont en fait des hyperstimulations : une motricité accrue, une plus grande sensibilité, une imagination plus fertile, une gamme d'émotion plus variée et, bien sûr, des facultés intellectuelles plus développées. Larivée admet ne pas être au courant de cette étude.

Théorie évolutionniste de l'intelligence

Une personne se questionne sur l'importance des civilisations urbaines dans la théorie évolutionniste. Il fut un temps où les villes étaient si insalubres que la population se maintenait uniquement grâce à l'immigration des gens des campagnes environnantes. Pour survivre, il fallait donc à son avis un niveau de ruse suffisant pour obtenir un emploi ne demandant pas d'entrer en contact avec les microbes, comme les professions de prêtre ou d'avocat. Le conférencier le réfère aux travaux de Lynn qui postule que les personnes qui ont émigré dans les villes sont celles qui étaient les plus intelligentes. Jusqu'à tout récemment, les populations urbaines avaient d'ailleurs des QI plus élevés que les populations plus rurales. Les villes étant complexes, il est à son avis évident qu'il fallait avoir un plus grand QI pour y survivre. Ce n'est toutefois plus le cas de nos jours.

Des études contradictoires ?

Une auditrice se souvient d'une étude présentée dans le livre de Meyers utilisé lors d'un de ses cours de psychologie à l'université montrant qu'après trois générations les différences de QI entre les personnes de différentes origines s'estompent. Larivée fait remarquer que des tests modernes, faits avec des personnes vivant aux États-Unis depuis maintenant plusieurs générations, s'entendent pour montrer le contraire. Il admet néanmoins qu'il peut être difficile d'accepter de telles conclusions, à l'encontre de notre vision idéaliste.

Le futur n'est pas dicté par le QI

Larivée tient à faire comprendre que les statistiques associées aux différents QI ne sont pas des règles immuables sur l'évolution des individus, mais uniquement des probabilités que chacun a d'accomplir telle ou telle chose étant donné son QI. Se citant en exemple pour faire valoir son point, il raconte qu'on lui a déjà dit qu'en raison de ses notes et de ses origines sociales il était évident qu'il n'irait pas à l'université. Venant d'un milieu défavorisé, il avait effectivement une plus faible probabilité de se rendre à l'université, ce qu'il a tout de même réussi à faire.

La situation ailleurs qu'aux États-Unis

Les données de la plupart des études provenant des États-Unis, peut-on espérer qu'il existe ailleurs sur la planète une société plus homogène, où les différences ethniques sont moins prononcées ? Le conférencier affirme que ce n'est pas ce qu'on observe pour le moment, mais est d'avis qu'on peut être porté à croire que c'est la situation à laquelle on arrivera à plus long terme. Il ajoute qu'il y a toujours un problème d'identité qui ralentit cette progression. Ainsi, certains jeunes enfants Noirs se font dire par leurs parents qu'ils se conduisent comme des Blancs s'ils réussissent trop bien à l'école. La situation est tout autre pour les asiatiques chez qui l'importance du succès scolaire n'est jamais remise en question et qui détiennent 29 % des doctorats aux États-Unis, bien que ne formant que 7 % de la population.

Des tests biaisés ?

On se demande comment exactement les tests de QI peuvent être biaisés pour avantager un certain groupe d'individus. Larivée donne pour exemple de poser des questions en anglais à des immigrants russes. Il ajoute toutefois qu'il y a eu beaucoup de travail depuis ce temps et que si certains tests étaient autrefois biaisés, ils ne le sont plus maintenant.

On se demande aussi comment exactement les questions des tests sont choisies. Larivée explique qu'au départ, Binet a décidé de poser le maximum de questions liées à un maximum de sujets pour avoir une idée de la capacité adaptative des jeunes qu'il testait. Puis, au cours des études subséquentes, on s'est rendu compte que certains facteurs avaient plus d'importance que d'autres. Il s'agit en fin de compte de toutes sortes de problèmes à résoudre, ce qui, fait remarquer Larivée, correspond à ce que l'on fait dans notre vie quotidienne.

Compte rendu rédigé par Anne-Sophie Charest.

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Intelligence 101 ou l'ABC du QI

Serge Larivée et Françoys Gagné

La déclaration publique faite par le Dr Mailloux à la télévision de Radio-Canada, lors de l'émission Tout le monde en parle du 25 septembre 2005, a suscité toutes sortes de réactions dans les médias, principalement au cours de la semaine suivant sa déclaration. Des commentateurs provenant d'horizons variés (chroniqueurs, éditorialistes, universitaires en sciences sociales) ont quasi unanimement rejeté la validité des propos du Dr Mailloux sur les écarts intellectuels entre groupes ethniques. Les paragraphes suivants n'appuient d'aucune façon ni le ton, ni l'attitude du Dr Mailloux lors de cette émission. Deux raisons nous incitent cependant à discuter à nouveau des propos véhiculés dans les médias à cette occasion. Premièrement, les commentateurs ont presque tous passé sous silence la dimension scientifique des écarts en question, préférant exploiter l'aspect sensationnaliste. Deuxièmement, au cours des jours qui ont suivi, nous avons tenté de convaincre Le Devoir, La Presse et Le Journal de Montréal de publier un texte de 4 000 mots présentant les connaissances scientifiques bien établies sur ce sujet. On nous a fait savoir, à juste titre, qu'un texte de cette longueur n'avait pas sa place dans un quotidien. Une version réduite à 1 000 mots a essuyé un nouveau refus. Seule L'Actualité a accepté de publier le texte de 4 000 mots dans son site Internet de la mi-novembre à la fin décembre 2005. Devant ces refus, nous avons décidé de présenter nos remarques dans le cadre de cet éditorial.

Les connaissances dont il s'agit s'inscrivent dans un cadre plus large qui concerne la nature de l'intelligence, la validité de sa mesure, l'ampleur et les retombées pratiques des différences entre les individus et ce, dans n'importe quel groupe. Ces précisions, nous les avons empruntées à un document produit dans le cadre d'un débat similaire aux Etats-Unis.

En effet, aux yeux des chercheurs dans ce domaine, le débat actuel rappelle un débat encore plus virulent que suscita en 1994 la parution d'un best-seller américain traitant de l'intelligence et de son impact sur l'adaptation personnelle et occupationnelle des individus. Ce volume de Richard Herrnstein et Charles Murray, intitulé The Bell Curve [La distribution normale] et, plus particulièrement son 13e chapitre consacré aux différences d'intelligence entre groupes ethniques, déclencha un tollé tant au sein de la communauté scientifique que dans les médias de masse. L'énorme quantité de faussetés alors énoncées et diffusées par toutes sortes de « spécialistes » a finalement convaincu 52 chercheurs de publier une déclaration conjointe en 25 points qui synthétiserait les connaissances élémentaires qui guident la majorité des spécialistes en ce domaine. Faut-il préciser que nous souscrivons sans hésiter à cette déclaration.

Cette déclaration, parue le 13 décembre 1994 dans le Wall Street Journal et reprise dans la revue Intelligence (Gottfredson, 1997), nous semble encore aujourd'hui valable pour remettre les pendules à l'heure sur plusieurs points litigieux, tout en informant le grand public sur la nature de l'intelligence et ses impacts dans la vie quotidienne. Nous avons obtenu l'autorisation de son auteure, le Dr Gottfredson, et celle du Wall Street Journal pour traduire intégralement la dite déclaration en vue de la soumettre aux quotidiens québécois francophones. Nous les en remercions vivement. Le Dr Gottfredson nous a confirmé dans un courriel (27 octobre 2005) qu'elle la considérait tout aussi valide aujourd'hui, à quelques précisions près (voir nos accolades). Voici donc la déclaration elle-même en 25 points; nous présenterons ensuite ses origines et ses objectifs en traduisant et synthétisant le récit qu'en a fait son auteure (Gottfredson, 1997).

DÉCLARATION DES 52

Positions scientifiques dominantes concernant l'intelligence

Depuis la publication du volume The Bell Curve, plusieurs journalistes ont exprimé des opinions sur l'intelligence humaine qui vont à l'encontre de faits scientifiques établis. Certaines conclusions que les médias écartent du revers de la main parce qu'ils les jugent discréditées sont de fait solidement appuyées sur le plan scientifique.

La présente déclaration résume les conclusions que les chercheurs dans le champ de l'intelligence attribuent au courant dominant [mainstream], en particulier pour ce qui concerne la nature des différences intellectuelles entre les individus et les groupes, l'origine de ces différences et leurs implications pratiques dans la vie quotidienne. Cette déclaration a pour but de promouvoir des discussions plus sereines sur cet épineux phénomène que la recherche a révélé au cours des dernières décennies. Les conclusions ci-dessous sont détaillées dans les principaux manuels sur l'intelligence ainsi que dans les revues scientifiques et les encyclopédies qui en traitent.

La nature et la mesure de l'intelligence

1. L'intelligence est une aptitude mentale très générale qui implique notamment l'habileté à raisonner, à planifier, à résoudre des problèmes, à penser abstraitement, à bien comprendre des idées complexes, à apprendre rapidement et à tirer profit de ses expériences. L'intelligence ne se résume pas à l'apprentissage livresque, ni à une aptitude scolaire très circonscrite, ni aux habiletés spécifiquement reliées à la réussite des tests mentaux. Au contraire, elle reflète cette habileté beaucoup plus étendue et profonde à comprendre son environnement-à « saisir un problème« , à « donner un sens« aux choses ou à imaginer des solutions pratiques.

2. Ainsi définie, l'intelligence peut être mesurée et les tests d'intelligence la mesurent très bien. Ces tests sont parmi les plus précis (en termes techniques on parle de fidélité et de validité) de tous les instruments d'évaluation psychologique. Ils n'ont nullement la prétention de mesurer la créativité, le caractère, la personnalité ou d'autres différences individuelles importantes.

3. Quoiqu'il existe différents types de tests d'intelligence, ils mesurent tous la même intelligence. Certains utilisent des mots ou des nombres et font appel à des acquis culturels spécifiques (tel le vocabulaire). D'autres utilisent plutôt des formes ou des dessins et n'exigent de connaître que quelques concepts simples et universels (beaucoup/peu, ouvert/fermé, haut/bas).

4. La répartition du QI des individus sur un continuum de faible à élevé peut être représentée par une courbe en forme de cloche (nommée « distribution normale » dans le jargon statistique). La plupart des personnes se situent autour de la moyenne (QI = 100) [deux personnes sur trois ont un QI variant entre 85 et 115]. Peu de personnes sont très brillantes ou très lentes. Environ 3% des Américains ont un QI supérieur à 130 (souvent considéré comme seuil de la douance); un pourcentage équivalent ont un QI inférieur à 70 (un QI de 70-75 est souvent considéré comme seuil du retard mental).

5. Les tests d'intelligence ne présentent aucun biais culturel à l'encontre des Noirs (Afro-Américains) ou des membres d'autres groupes ethniques s'ils sont nés aux États-Unis et que leur langue maternelle est l'anglais. Au contraire, les scores aux tests de QI prédisent avec la même précision pour tous ces Américains, peu importe leur race ou leur classe sociale. Ceux qui ne maîtrisent pas l'anglais peuvent se soumettre à un test non verbal ou à un test dans leur langue maternelle.

6. Les processus neurologiques sous-jacents à l'intelligence sont encore peu connus. Les recherches actuelles explorent, par exemple, la vitesse de transmission neuronale, l'absorption de glucose (énergie) et l'activité électrique du cerveau.

Différences entre groupes

7. On retrouve à tous les niveaux de l'échelle de QI des personnes de tous les groupes ethniques ou raciaux. Les distributions normales [courbes en cloche] des divers groupes se chevauchent considérablement, mais on constate des divergences quant à l'endroit où les membres d'une même ethnie tendent à se regrouper sur la ligne qui trace l'échelle continue des QI. Les membres de certains groupes (Juifs et Asiatiques de l'Est) tendent à se regrouper un peu au-dessus de la moyenne des Blancs (Euro-américains). D'autres groupes (Noirs et Hispaniques) se concentrent plutôt au-dessous des Blancs non-hispaniques.

8. La distribution des QI des Blancs est centrée aux environs d'un QI de 100; celle des Noirs est centrée aux environs de 85; dans le cas de divers groupes hispaniques le point de centration se situe à peu près à mi-chemin entre les moyennes respectives des Blancs et des Noirs. Les données sont moins définitives en ce qui concerne le point de centration exact, au-dessus de 100, des courbes pour les Juifs et les Asiatiques.

Importance pratique

9. Probablement plus que tout autre trait humain, le QI est fortement associé à plusieurs conséquences éducatives, occupationnelles, économiques et sociales. Dans certains domaines qui contribuent au bien-être et la performance des individus [scolarisation, emploi, revenu, santé] ce lien est très élevé (ex. éducation, formation militaire); il est plus modéré, mais robuste, dans d'autres domaines (ex. compétence sociale); enfin, dans quelques cas (ex. respect des lois), il est modeste mais constant. Bref, quelle que soit cette réalité que mesurent les tests de QI, elle a une grande importance pratique et sociale.

10. Un QI élevé procure un avantage indéniable dans la vie quotidienne parce que la quasi-totalité des activités humaines font appel au raisonnement et à la prise de décision. À l'opposé, un QI faible constitue souvent un handicap, particulièrement dans des environnements dysfonctionnels. Il va de soi qu'un QI élevé ne garantit aucunement le succès dans la vie, pas plus qu'un QI faible n'entraîne automatiquement l'échec; les exceptions sont nombreuses. Néanmoins, les chances de succès dans notre société favorisent nettement les individus dont le QI est élevé.

11. Les avantages pratiques d'un QI plus élevé augmentent à mesure que l'environnement devient plus complexe (par sa nouveauté, ses subtilités, son évolution, son imprévisibilité ou la multiplicité de ses facettes). Par exemple, un QI élevé est généralement nécessaire pour bien réussir dans des emplois très complexes ou dont les descriptions de tâches peuvent fluctuer (ex. emplois professionnels et de gestion); il constitue un avantage considérable dans des emplois modérément complexes (ex. métiers techniques, travail de bureau, travail policier). Par contre, il offre moins d'avantages dans des environnements de travail qui n'exigent que des prises de décision routinières ou la solution de problèmes simples (travail non spécialisé).

12. Les différences de QI ne sont certainement pas l'unique facteur affectant le niveau de performance en milieu scolaire, en entraînement professionnel ou dans des emplois très complexes;personne ne prétend d'ailleurs qu'elles le sont. Toutefois, l'intelligence est souvent le facteur le plus important. Lorsque des personnes ont déjà été sélectionnées sur la base de leur intelligence élevée (ou faible), et qu'elles diffèrent moins par conséquent sur le plan du QI, comme c'est le cas dans les programmes universitaires avancés (ou dans les classes d'éducation spéciale), d'autres facteurs deviennent alors comparativement plus importants pour expliquer les différences individuelles de performance.

13. Certains talents spéciaux, aptitudes, capacités physiques, traits de personnalité, expériences vécues ou autres traits similaires sont importants (parfois essentiels) pour bien réussir dans plusieurs emplois. Mais, par comparaison à l'intelligence générale, ces caractéristiques ne possèdent pas le même potentiel d'applicabilité générale ou de « transférabilité » à de multiples tâches et milieux. Certains chercheurs choisissent de considérer ces autres traits humains comme d'autres « intelligences ».

Origine et stabilité des différences à l'intérieur des groupes

14. Les différences entre individus sur le plan intellectuel ont pour origine à la fois des influences environnementales et l'héritage génétique. Sur une échelle de 0 à 1, les estimations de l'héritabilité varient entre 0,4 [durant l'enfance] et 0,8 [de la quarantaine jusqu'à la vieillesse]; la plupart d'entre elles indiquent donc que l'hérédité joue un rôle plus important que l'environnement dans la création des différences de QI entre les individus. (Le coefficient d'héritabilité correspond au carré de la corrélation entre le génotype et le phénotype; dit autrement, il indique dans quelle mesure les différences génétiques entre individus dans une population donnée rendent compte des différences dans les comportements observés.). Si l'on pouvait créer des environnements équivalents pour tous les individus, l'héritabilité grimperait à 100% puisque toutes les différences individuelles résiduelles seraient nécessairement d'origine génétique.

15. Les membres d'une même famille diffèrent également de façon importante sur le plan intellectuel (l'écart moyen est de 12 points de QI) et ce, pour des raisons aussi bien génétiques qu'environnementales. Ils diffèrent génétiquement parce que frères et sœurs biologiques reçoivent exactement la moitié de leurs gènes de chaque parent et, en moyenne, ne partagent entre eux que la moitié des gènes parentaux. Leurs QI diffèrent également parce que leur vécu familial n'est pas le même.

16. Le fait que le QI soit hautement héritable ne signifie aucunement que l'environnement ne puisse l'affecter. Les individus ne naissent pas avec un niveau d'intelligence fixe et immuable (personne ne le prétend). Cependant, le QI se stabilise progressivement durant l'enfance [vers 7 ans] et se modifie peu par la suite.

17. Bien que l'environnement contribue de façon importante à créer les différences de QI [surtout durant l'enfance], nous ne savons pas encore comment manipuler cet environnement pour hausser de façon permanente des QI faibles. La controverse entre chercheurs demeure vigoureuse sur le caractère prometteur ou non de récentes tentatives d'intervention.

18. Les différences individuelles d'origine génétique ne sont pas immuables (pensons au diabète, à la vision faible ou à la phénylcétonurie), pas plus que ne sont nécessairement remédiables les différences d'origine environnementale (pensons aux accidents, aux empoisonnements, à la négligence extrême ou à certaines maladies). De plus, dans les deux cas, la prévention est partiellement possible.

Origine et stabilité des différences entre les groupes

19. Il n'existe pas de preuve convaincante indiquant que les courbes de QI de différents groupes raciaux ou ethniques évolueraient progressivement vers une convergence. Diverses enquêtes rapportent, selon les années, que les écarts de rendement scolaire ont légèrement diminué pour certains groupes ethniques, certains âges, certaines matières scolaires ou certains niveaux d'habileté. Mais ce portrait semble trop inconsistant pour refléter un changement général des niveaux de QI eux-mêmes.

20. Les différences raciales ou ethniques observées dans les distributions de QI sont essentiellement les mêmes lorsque les jeunes quittent l'école secondaire que lorsqu'ils débutent l'école primaire. Cependant, parce que les élèves intellectuellement doués apprennent plus vite que les élèves plus lents, ces différences de QI similaires engendrent des écarts de plus en plus grands en termes de quantité d'apprentissages à mesure que les élèves progressent de la 1re année à la 12e année. Comme l'indiquent de larges enquêtes nationales, les Noirs de 17 ans réussissent à l'école, en moyenne, à peu près comme de jeunes Blancs de 13 ans et ce, aussi bien en lecture qu'en mathématiques et en sciences. Les Hispaniques se situent quelque part entre ces deux groupes.

21. Les motifs pour lesquels les Noirs diffèrent entre eux sur le plan intellectuel semblent les mêmes essentiellement que ceux pour lesquels les Blancs (ou les Asiatiques, ou les Hispaniques) se distinguent. L'environnement et l'hérédité sont tous deux impliqués.

22. Il n'existe pas de réponse définitive permettant d'expliquer pourquoi les courbes de QI diffèrent entre les groupes raciaux et ethniques. Les causes de ces différences entre groupes pourraient très bien diverger de celles qui expliquent les différences entre individus au sein de n'importe quel groupe (Blancs, Noirs, Asiatiques). De fait, il est faux de postuler, comme beaucoup le font, que les raisons qui font que certains individus dans une population ont un QI élevé alors que d'autres ont un QI faible seraient les mêmes que celles qui expliquent pourquoi certaines populations ont un plus grand pourcentage de gens dotés d'un QI élevé (ou faible) que d'autres populations. La plupart des experts croient que l'environnement joue un rôle important pour atténuer le chevauchement des courbes de QI mais que l'hérédité pourrait aussi être impliquée.

23. Lorsqu'on compare des individus de même niveau socio-économique, les différences raciales ou ethniques sont jusqu'à un certain point plus faibles, mais demeurent substantielles. À titre illustratif, des étudiants Noirs provenant de familles prospères ont des QI plus élevés en moyenne que des Noirs provenant de familles pauvres; cependant, leurs scores ne dépassent pas, en moyenne, ceux d'étudiants Blancs provenant de familles pauvres.

24. Presque tous les Américains qui s'identifient comme Noirs ont des ancêtres Blancs-la proportion d'apport Blanc se situe en moyenne à 20%-et plusieurs individus qui se désignent comme Blancs, Hispaniques ou membres d'autres ethnies ont également des origines mixtes. Dans la mesure où la recherche sur l'intelligence, tout comme celle qui a cours dans la plupart des autres disciplines des sciences sociales, se fie sur des autoclassifications dans les diverses catégories raciales, ses résultats reflètent également un mélange indéterminé de distinctions biologiques et sociales entre groupes (personne ne prétend autre chose).

Implications pour les politiques sociales

25. Les résultats de recherches n'imposent ni n'excluent aucune politique sociale particulière parce qu'ils ne peuvent jamais dicter nos objectifs. Ils peuvent toutefois nous aider à évaluer les chances de succès et les effets secondaires des diverses approches choisies pour poursuivre ces objectifs.

Signataires

Arvey, Richard D., U. of Minnesota, Bouchard, Thomas J. Jr., U. of Minnesota, Carroll, John, B., U. of North Carolina (Chapel Hill), Cattell, Raymond B., U. of Hawaii, Cohen, David B., U. of Texas (Austin), Dawis, René V., U. of Minnesota, Detterman, Douglas K., Case Western Reserve U., Dunnette, Marvin, U. of Minnesota, Eysenck, Hans, U. of London, Feldman, Jack, Georgia Institute of Technology, Fleishman, Edwin A., George Mason U., Gilmore, Grover C., Case Western Reserve U., Gordon, Robert A., Johns Hopkins U., Gottfredson, Linda S., U. of Delaware, Greene, Robert L., Case Western Reserve U., Haier, Richard J., U. of California (Irvine), Hardin, Garrett, U. of California (Santa Barbara), Hogan, Robert, U. of Tulsa, Horn, Joseph M., U. of Texas (Austin), Humphreys, L. G., U. of Illinois (Urbana-Champaign), Hunter, John E., Michigan State U., Itzkoff, Seymour W., Smith College, Jackson, Douglas N., U. of Western Ontario, Jenkins, James J., U. of South Florida, Jensen, Arthur R., U. of California (Berkeley), Kaufman, Alan S., U. of Alabama, Kaufman, Nadeen L., U. of California (San Diego), Keith, Timothy Z., Alfred U., Lambert, Nadine, U. of California (Berkeley), Loehlin, John C., U. of Texas (Austin), Lubinski, David, Iowa State U., Lykken, David T., U. of Minnesota, Lynn, Richard, U. of Ulster (Coleraine), Meehl, Paul E., U. of Minnesota, Osborne, R. Travis, U. of Georgia, Perloff, Robert, U. of Pittsburgh, Plomin, Robert, Institute of Psychiatry, London, Reynolds, Cecil R., Texas A & M U., Rowe, David C., U. of Arizona, Rushton, J. Philippe, U. of Western Ontario, Sarich, Vincent, U. of California (Berkeley), Scarr, Sandra, U. of Virginia, Schmidt, Frank L., U. of Iowa, Schoenfeldt, Lyle F., Texas A & M U., Sharf, James C., George Washington U., Spitz, Herman, former director (research) E. R. Johnstone Center, Bordentown, NJ, Stanley, Julian C., Johns Hopkins U., Thiessen, Del, U. of Texas (Austin), Thompson, Lee A., Case Western Reserve U., Thorndike, Robert M., Western Washington U., Vernon, Philip Anthony, U. of Western Ontario, Willerman, Lee, U. of Texas (Austin)

HISTORIQUE et CONTEXTE

Origines de la déclaration

Les scientifiques s'unissent rarement pour faire des déclarations publiques sur l'état de leur discipline. En règle générale, ils s'entendent peu entre eux et s'expriment rarement sur la place publique. Même si les déclarations publiques de la part d'associations scientifiques ou de leurs comités ne manquent pas, il est rare qu'un groupe très diversifié de scientifiques sans commune association (et souvent inconnus les uns des autres) publient une déclaration conjointe. Qu'un groupe se soit organisé aussi rapidement que celui qui s'est formé autour de la déclaration « Positions dominantes » reste sans précédent. Jetons un coup d'œil sur ses origines; elles nous aideront à mieux comprendre cet événement.

Au cours de l'automne de 1994, la controverse faisait rage autour du tout nouveau volume The Bell Curve (Herrnstein & Murray, 1994). Plusieurs critiques attaquaient ce volume en accusant ses auteurs de s'appuyer sur des conceptions de l'intelligence dépassées et pseudo-scientifiques. Dans le cadre de leurs critiques, ces opposants présentaient des positions fausses et hautement trompeuses à propos de l'étude scientifique de l'intelligence. La désinformation publique sur ce sujet n'a rien de nouveau mais jamais auparavant n'avait-elle été aussi extrême. Le Wall Street Journal accepta d'examiner pour fins de publication une courte déclaration qui serait signée par un groupe de spécialistes et préciserait quelles connaissances constituaient des positions scientifiques dominantes à propos de l'intelligence et de sa mesure. Pour qu'elle puisse s'inscrire dans l'actualité du débat, cette déclaration devait être soumise dans un délai maximum de deux semaines.

Au cours des jours qui suivirent, Linda Gottfredson rédigea le brouillon d'une déclaration qui visait les prétentions et les conceptions erronées les plus fréquentes rencontrées dans les médias (recensions de volumes, opinions, lettres aux éditeurs, commentaires à la radio ou à la télévision). L'objectif était de produire un document de base qui ferait état des conclusions les plus fondamentales et les mieux validées dans ce champ d'étude. Ce brouillon fut télécopié à une demi-douzaine d'experts en leur demandant d'en vérifier l'exactitude et de suggérer des révisions. Le Dr Gottfredson sollicita également l'avis de non-spécialistes concernant l'intelligibilité du texte.

Invitations et réponses

Cent trente et un experts furent invités à signer la déclaration. Le but était de réunir un grand groupe de chercheurs bien informés qui représenterait un large éventail de disciplines et de perspectives concernant l'étude scientifique de l'intelligence. Les experts invités représentaient une diversité de disciplines : anthropologie, génétique du comportement, déficience mentale, neuropsychologie, sociologie ainsi que diverses spécialités de la psychologie telles que la psychométrie, le développement de l'enfant, la psychologie de l'éducation et la sélection du personnel. On ne disposait que de quelques jours pour rejoindre toutes ces personnes et obtenir leur appui ou leur refus.

Lorsque l'échéance arriva, 100 réponses avaient été reçues, dont 52 appuis. Parmi les 48 refus, onze personnes se déclaraient insuffisamment informées, dix ne donnaient aucune explication, onze exprimaient leur désaccord vis-à-vis d'un ou plusieurs des 25 points de la déclaration, six acceptaient le contenu tout en rejetant les modalités de publication. Finalement, dix personnes disaient endosser la déclaration, mais refusaient de se prononcer publiquement pour des motifs politiques. Bref, un refus de signer ne signifiait pas nécessairement un désaccord sur le contenu.

Conclusions

« Positions scientifiques dominantes concernant l'intelligence » est une déclaration collective initialement publiée pour injecter de la rigueur scientifique dans une controverse sur l'intelligence dont le ton devenait de plus en plus venimeux et aberrant. Le fait qu'elle rallia aussi rapidement le support d'un aussi grand nombre de scientifiques renommés confirme (a) que cette déclaration représentait à leurs yeux des positions scientifiques vraiment dominantes et (b) qu'ils jugeaient nécessaire de rendre public leur témoignage collectif.

Aucun groupe ni individu n'a systématiquement contesté cette déclaration. Bien sûr, il n'y a pas unanimité d'opinions concernant ces questions importantes : plus souvent qu'autrement, la vérité scientifique représente l'avis d'une majorité. Une minorité significative des experts invités ont exprimé un désaccord partiel ou total vis-à-vis de cette déclaration, cependant que plusieurs des signataires auraient modifié partiellement certaines parties du texte. S'il y a une leçon principale à tirer de cette déclaration, c'est que ces positions que les média tendent à caricaturer comme s'il s'agissait d'idées marginales et largement discréditées représentent en fait le corpus scientifique bien établi d'études rigoureuses sur l'intelligence. Ainsi que l'avait déjà démontré l'enquête de Snyderman et Rothman (1988) auprès de spécialistes du QI et de journalistes, les médias présentent régulièrement l'envers de la vérité.

Les pressions sociales et politiques, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ce champ d'étude, expliquent en partie les hésitations des chercheurs à partager librement leurs conclusions. Plus du tiers des individus qui ont refusé de signer cette déclaration ont invoqué de telles pressions.

On peut aussi comprendre que certains répondants auraient souhaité que les 25 articles de la déclaration détaillent davantage la complexité des données. Tout chercheur chevronné et méticuleux trouve difficile de formuler des énoncés simples et sommaires qui ne rendent pas parfaitement justice à des sujets qu'ils connaissent, surtout s'ils sont objets de controverse. Sur le plan pratique, les gens auront plus de facilité à s'entendre sur des principes généraux que sur des questions très spécifiques. Plus important, il est souvent sage de regarder la forêt plutôt que les arbres, surtout lorsque les perceptions du public vont tout à fait à l'encontre de la bonne direction!

De plus, seule une voix collective forte a de bonnes chances d'être écoutée lorsque l'opinion populaire a été soulevée contre des idées particulières, comme c'est le cas depuis plusieurs années pour tout ce qui concerne l'intelligence. Pour plusieurs des signataires de cette déclaration, cet effort conjoint aura été leur unique occasion, en dépit de plusieurs tentatives individuelles, de publier leurs positions divergentes. Peu de temps après, l'American Psychological Association (Neisser et al., 1996) publiait une déclaration similaire encore plus étoffée, fruit du travail d'un comité ad hoc de onze spécialistes.

Les scientifiques ne devraient pas être forcés d'émettre des déclarations publiques à propos des éléments les plus élémentaires et fondamentaux de leur discipline. Cependant, leur responsabilité à l'endroit de la science et de la société exige parfois qu'ils posent de tels gestes. L'impact que de telles déclarations peuvent avoir demeure bien sûr incertain ; à tout le moins, les « pontifes » ne peuvent plus affirmer leurs faussetés sans craindre d'être contredits.

Références

Gottfredson, L . S. (1997). Editorial : Mainstream science on intelligence : An editorial with 52 signatories, history, and bibliography. Intelligence, 24, 13-23.

Herrnstein, R. J., & Murray, C. (1994). The Bell Curve : Intelligence and class structure in American life. New York : Free Press.

Neisser, U., Boodoo, G., Bouchard, T. J., Boykin, A. W., Brody, N., Ceci, S. J., et al. (1996). Intelligence : Knowns and unknowns. American Psychologist, 51, 77-101.

Snyderman, M., & Rothman, S. (1988). The IQ controversy, the media and public policy. New Brunswick, NJ : Transaction.

Auteurs

Serge Larivée, professeur à l'École de psychoéducation, Université de Montréal.

Françoys Gagné, professeur associé, Département de psychologie, Université du Québec à Montréal.

Note : Article publié originellement dans la Revue de Psychoéducation, 2006, vol. 35 no 1, pp 1-9.

Pour en savoir plus

Voici un dossier complémentaire de quatre textes sur le sujet controversé des mesures de l'intelligence. Il tente de vulgariser les positions scientifiques dominantes concernant l'étude du quotient intellectuel et aussi de donner les fondements scientifiques des comparaisons entre les groupes ethniques.

Notes :

  • Les quatre premiers textes du dossier sur les mesures de l'intelligence sont tirés de la revue Le Québec sceptique, Été 2006, numéro 60 : pages 53-59, pages 48-52, pages 60-61 et pages 62-66, respectivement.
  • Les deux derniers textes de ce dossier sont tirés du l'ouvrage Le Quotient intellectuel, ses déterminants et son avenir, publié sous la direction de Serge Larivée, Éditions MultiMondes, Québec, 2008, pages 423 à 429 et pages 507 à 617 - chapitre 10 (avec l'autorisation de l'auteur).

Autre point de vue - dictionnaire sceptique : Quotient intellectuel et race

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