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Conférence du samedi 13 janvier 2004

La soirée a débuté avec le mot de notre président, Louis Dubé, qui a présenté l'association des Sceptiques du Québec, fondée en 1987. M. Dubé en a profité pour résumer les buts de l'association : promouvoir la pensée rationnelle et l'esprit critique. Aujourd'hui, les Sceptiques du Québec comptent environ 400 membres et abonnés.

M. Dubé a précisé que la liberté de pensée et la liberté d'expression de sa pensée sont des valeurs fondamentales auxquelles souscrivent les Sceptiques du Québec. Mais ces libertés doivent être accompagnées des devoirs de justifier ses idées et de rester ouvert à la critique - cette dernière devant elle-même être soutenue par des arguments, et non être gratuite. C'est M. Dubé qui a invité Richard Aubert, actuel président du Mlq, à venir faire connaître ce mouvement. M. Dubé a présenté la conférence de M. Aubert comme un exercice d'esprit critique sur la liberté de vivre selon ses idées et ses convictions religieuses et philosophiques sans brimer cette liberté chez les autres.

La conférence de M. Aubert a été précédée de la remise des prix Sceptique (PS) et Fosse sceptique (PFS) par François Benny. M. Benny a d'abord présenté les candidats ainsi que la procédure de vote. Un débat a eu lieu sur les finalistes. Puis, pendant le décompte des votes, Michel Toulouse est venu octroyer le prix « Déficience occulte » 2003 à tous les devins américains, pour ne pas avoir prédit le black-out du 14 août 2003 et pour ne pas avoir aidé à la capture de Saddam Hussein et d'Osama Bin Ladden, ce dernier courant toujours dans la nature. Les gagnants des PS et PFS furent enfin annoncés : Jean-René Dufort pour le PS et le magazine « Guide Ressources » pour le PFS. Vous trouverez tous les détails plus bas dans ce texte.

Evelyne Gadbois a ensuite présenté le conférencier, Richard Aubert, et sa conférence : « Le mouvement laïque québécois (Mlq). »

Richard Aubert, président du Mlq pour l'année 2003-2004, a enseigné le français au niveau secondaire dans quelques écoles de Laval. Il fut également délégué syndical dans la Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ devenue CSQ). Avec l'aide de quelques militantes et militants laïques, il a contribué au fait que la Centrale se prononce enfin, après 15 ans, en faveur de la laïcité des écoles publiques primaires et secondaires du Québec. Cela a été une grande victoire du Mouvement laïque québécois. Richard Aubert est membre du Mlq depuis sa fondation.

Le texte qui annonçait la conférence disait ceci :

Le Mouvement laïque québécois est un organisme sans but lucratif dont la raison d'être est la défense de la liberté de conscience, la séparation des Églises et de l'État et la laïcisation des institutions publiques. La laïcité mise de l'avant par le Mouvement laïque québécois est respectueuse de la liberté de religion qui toutefois doit s'exercer dans les limites et le respect des lois civiles.

Cohérent avec le fait que la laïcité est le principe fondamental à la base des chartes de droits et libertés de la personne, le Mlq est solidaire des autres luttes qui visent à défendre et promouvoir ces droits fondamentaux. La lutte pour la déconfessionnalisation du système scolaire et l'instauration d'écoles laïques sur l'ensemble du territoire québécois constitue l'un des principaux objectifs du Mlq. Il est également actif dans d'autres dossiers où la liberté de conscience est concernée, dont le port du voile à l'école, l'érouv et l'union civile.

Le Mlq décerne également chaque année le Prix Condorcet pour souligner la contribution notoire d'une personne ou d'un groupe de personnes à la promotion et à la défense de la laïcité au Québec. Ce prix a été décerné entre autres à Jacques Hébert, Pierre Bourgault et, tout récemment, à Janette Bertrand.

La soirée s'est terminée par une période de questions et d'échanges, particulièrement diversifiée et étoffée, entre l'auditoire, M. Aubert et les membres du Mlq qui étaient présents. Vous trouverez tous les détails plus bas dans ce texte.

Remise des prix sceptique et fosse sceptique 2003

La procédure de vote

Francçois Benny

Le vote pour les récipiendaires des prix Sceptique (PS) et Fosse sceptique (PFS) se fait en deux tours. Le premier tour a lieu vers le 15 décembre. Les membres de l'association des Sceptiques du Québec ayant une adresse électronique reçoivent un fichier les enjoignant à voter pour le candidat de leur choix pour chacun des deux prix. Notons que tous les membres des Sceptiques du Québec peuvent suggérer des candidats à M. Benny tout au long de l'année pour chacun des deux prix. Voici les listes de candidats que François Benny a envoyées aux membres « branchés » pour l'an 2003 :

Pour le prix Sceptique 2003, les six candidats du premier tour furent :

  1. Émission Découverte pour leur retransmission d'un reportage de la BBC intitulé « L'homéopathie : science ou illusion? » Cette émission est une dénonciation réconfortante sur la fameuse mémoire de l'eau. L'animateur de Découverte, Charles Tisseyre, a d'ailleurs très bien représenté la position scientifique sur l'homéopathie à l'émission Place Publique se référant à ce reportage.
  2. Jean-René Dufort. Pour son émission du début janvier 2003 dans laquelle il dénonce avec un humour décapant, le canular fort probable et plutôt grossier de clonage de bébés introuvables de notre ami à tous : Raël.
  3. Professeur Gingras. Pour sa défense vigoureuse de la pensée rationnelle. Il s'agit du professeur Gingras qui nous a donné une très bonne conférence sur l'éthique des sciences, en janvier 2003. Il a présenté des arguments solides indiquant une tendance marquée de certains Prix Nobel en science de s'aventurer hors de leur champ de compétence, dans le domaine religieux ou philosophique, pour des raisons souvent partisanes ou nettement pécuniaires.
  4. Unmasked. Émission anglophone très appréciée par certains de nos membres pour son approche rationnelle aux phénomènes paranormaux.
  5. Monsieur Martin Bisaillon pour son livre « Enquête sur le mouvement Raëlien » aux Éditions Les Intouchables. Ce livre révèle la démesure de l'utopie raëlienne et démolit systématiquement le mythe fondateur raëlien en démontrant que Claude Vorhillon sait qu'il n'a aucune preuve lorsqu'il prétend avoir rencontré des extraterrestres et que beaucoup d'indices semblent démontrer l'origine bien humaine de la secte.
  6. Francine Trudeau (Journaliste au « TV Hebdo ») - Le « TV Hebdo », ce magazine « populaire » et à fort tirage, où la pensée rationnelle n'est pas souvent à l'honneur. Dans l'édition de la semaine du 4 au 10 octobre 2003, la chronique de Mme Trudeau portait sur le fameux « Triangle des Bermudes », et elle apportait une explication sortant de l'habituel pour ce genre de magazine d'« intervention extraterrestre » ou de la « brèche inter-dimensionnelle ». À la place, Mme Trudeau a osé référer à une théorie à tendance rationnelle.

Pour le prix Fosse sceptique 2003, les quatre candidats du premier tour furent :

  1. Le magazine Guide Ressources qui, à l'année longue, publie des annonces de services plus farfelues les unes que les autres! Il se présente comme un périodique sur la santé, la psychologie et la spiritualité. Pourtant, il ouvre ses pages à une multitude de pubs sur des médecines ou thérapies « alternatives » dont l'efficacité n'a jamais été démontrée, tel que : « L'art du chi », le « Reiki », le « Feng Shui », la « bio psycho kinergie », et même la clairvoyance et le tarot.
  2. Mouvement raëlien, pour diffusion de thèses non prouvées sur des rencontres alléguées avec des extraterrestres et pour son appui au clonage humain non démontré par Clonaid.
  3. Global TV. Pour l'ensemble de son oeuvre. La raison est simple : sans esprit critique, ils peuvent imposer à la population ce qu'ils veulent. On dit que les médias sont le 4ème pouvoir et il semble que Canwest l'a bien compris, peu importe les questions morales impliquées. En particulier, pour son émission Global News Sunday du 18 mai 2003 sur les médiums qui communiqueraient avec les anges ou les morts. Le point de vue critique y était presque totalement absent. Leur traitement du sujet a été nettement biaisé en faveur des mystérieux dons des médiums. Deux sceptiques y ont été interviewés, mais seul leur rejet de cette croyance a été diffusé. Les nombreuses raisons qu'ils ont invoquées pour justifier ce rejet ont été coupées.
  4. La monnaie Canadienne et Postes Canada. La monnaie canadienne, parce qu'elle consacre une série de pièces à l'astrologie chinoise. Il y a bien d'autres éléments culturels chinois beaucoup plus importants qu'on pourrait célébrer que les mythes astrologiques chinois. Nous serions, de la même façon, en désaccord avec une série de pièces célébrant nos mythes astrologiques européens. Qu'on le veuille ou non, pour des services officiels d'un gouvernement, lancer de telles séries ne peut que cautionner cette croyance. Postes Canada, un autre organisme gouvernemental qui pourrait facilement choisir un autre sujet que l'astrologie chinoise pour nous faire connaître le pays le plus peuplé au monde.

Pour chacun des deux prix, les deux candidats recevant le plus de votes électroniques sont retenus pour le deuxième tour et les autres sont éliminés.

Le choix des récipiendaires se fait donc au deuxième tour, qui a lieu lors de la soirée du 13 janvier. Les membres présents à cette soirée votent alors pour le candidat de leur choix, parmi les deux qui ont été retenus au premier tour, pour chacun des deux prix. Il y a eu une exception en 2003 : trois candidats ont été retenus pour le deuxième tour du PS, deux ayant reçu le même nombre de votes électroniques.

Pour le prix Sceptique (PS) 2003, les candidats qui sont passés au deuxième tour sont :

  1. Émission Découverte.
  2. Jean-René Dufort.
  3. Martin Bisaillon.

Pour le prix Fosse sceptique (PFS) 2003, les candidats qui sont passés au deuxième tour sont :

  1. Le magazine Guide Ressources.
  2. Mouvement raëlien.

Débat sur les finalistes

Un débat a été ouvert sur les candidats du deuxième tour avant le vote. Les gens présents ont pu exprimer leur opinion : pour qui voter et pourquoi.

On a suggéré de laisser Raël tranquille : celui-ci reçoit déjà beaucoup de publicité et le choisir récipiendaire du PFS lui donnerait l'occasion de jouer au martyr. De plus, le Guide Ressources est un bien meilleur candidat au PFS puisqu'il constitue une vitrine pour les pseudo-sciences et les médecines « alternatives ».

On a souligné l'excellente qualité de l'émission Découverte tout en recommandant de ne pas voter pour elle : il s'agit de la traduction d'un reportage fait par la BBC (« British Broadcasting Corporation ») et il serait souhaitable de réserver les prix Sceptique et Fosse sceptique pour le Québec.

Une autre personne a, au contraire, recommandé de voter pour cette émission. En effet, il est facile pour les tenants des pseudo-sciences de faire valoir leur point de vue : ceux-ci ne sont pas tenus à la rigueur, à la logique et aux faits. Leurs argumentations se comparent aux toiles des peintres impressionnistes qui jettent leurs couleurs ici et là pour créer une impression émotive globale. Alors que l'argumentation en science est un travail long et ardu. Contrairement à beaucoup d'émissions télévisées qui ajustent leur contenu à la mode du « zapping », l'émission Découverte a pris le temps qu'il fallait pour présenter correctement son sujet.

On a recommandé de voter pour Jean-René Dufort afin de le récompenser pour l'ensemble de son oeuvre. M. Dufort est un ancien membre de conseil d'administration des Sceptiques du Québec. Il n'a cessé, depuis son départ de l'association, de promouvoir la pensée rationnelle et l'esprit critique. Par exemple, il a infiltré, il y a quelques années, le groupe de voyants de Jojo Savard pour devenir lui-même voyant; il a publié sur ce sujet un article intitulé « Comment devenir un parfait petit médium » dans le magazine Protégez-vous (octobre 1996). Et que dire de son émission Infoman!

Une personne a spécifié que ce n'est pas en se moquant des autres que les Sceptiques du Québec feront valoir leur point de vue.

Les membres présents ont ensuite voté.

Le prix « Déficience Occulte »

Pendant le dépouillement des bulletins de vote, Michel Toulouse est venu présenter le prix « Déficience occulte 2003 ». M. Toulouse a rédigé le texte suivant :

En janvier 1997 un prix spécial a été créé pour récompenser les militants du paranormal qui démolissent eux-mêmes leurs prétentions, et ce premier prix « Déficience occulte » a été remis à Jojo Savard poursouligner un spectaculaire accomplissement : elle venait d'entraîner dans une faillite des centaines d'astrologues, tarologues, cartomanciens et devins de tout acabit, démontrant sans l'ombre d'un doute l'incapacité absolue des voyants à prédire l'avenir.

Lors de la soirée, M. Toulouse a ajouté que ce premier prix « Déficience occulte » fut un sac d'épicerie symbolique.

Ce prix peu envié a été remis en 1998 à l'ensemble des voyants du Québec pour leur parfaite imprévoyance face à la crise du verglas.

Le deuxième prix « Déficience occulte » fut une chandelle symbolique.

Un prix Déficience occulte est remis cette année (pour 2003) à tous les devins américains, qui sont aussi nombreux qu'inefficaces. On les trouve regroupés sous des titres pompeux, les American Association for Professional Psychics, American Society for Psychic Research, Psychic Connection, Psychic Alliance, American institute of Psychics et Psychic Friends Network, entre autres.

Il convient de mettre en évidence les insuccès répétés de ces extralucides américains l'an dernier. Le meilleur exemple est ce black-out sans précédent qui a plongé dans le noir environ 50 millions de personnes le 14 août 2003, incident qui aura coûté plus de 100 millions de dollars, survenu toutefois sans le moindre avertissement.

Ce prix vient souligner en même temps le fait qu'aucun de ces mages n'a aidé à la capture de Saddam Hussein, et que Osama Bin Ladden court toujours, malgré les 50 millions de dollars offerts en récompense. Il faut admettre qu'entre l'appât du gain et le patriotisme bien connu des Américains, la motivation des voyants ne doit pas manquer, et que seule leur impuissance totale peut expliquer ce lamentable échec.

Pour marquer symboliquement l'octroi du prix « Déficience occulte » 2003, M. Toulouse a déchiré sur place les deux chèques, aux montants respectifs de 25 millions de dollars US et de 50 millions de dollars US., qu'il avait - lui-même! - signés pour la capture de Saddam Hussein et d'Osama Bin Ladden.

Les vainqueurs

Les récipiendaires du PS et du PFS ont ensuite été annoncés : Jean-René Dufort pour le PS et le magazine Guide Ressources pour le PFS. Une mention sera ajoutée pour M. Dufort : le PS lui est octroyé pour l'ensemble de son oeuvre, en plus de sa dénonciation de l'annonce médiatique du premier clone humain par Raël.

LE MOUVEMENT LAÏQUE QUÉBÉCOIS (MLQ)

Richard Aubert

par Richard Aubert

M. Aubert a débuté sa conférence en énonçant la raison d'être du Mlq : promouvoir et défendre la liberté de conscience et la séparation des Églises et de l'État. Le Mlq travaille à la laïcisation des institutions publiques : principalement les écoles, mais également les hôpitaux et les tribunaux.

Le Mlq fut fondé en 1975 sous le nom « Association québécoise pour le droit à l'exemption de l'enseignement religieux. » La fondation du Mlq était une réaction à l'article 93 de la constitution canadienne, toujours en vigueur en 1975 et datant de l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique («nbsp;British North America Act » ou « BNA Act »; 1867). Cet article spécifie que dans les villes de Québec et de Montréal, l'enseignement catholique ou protestant est obligatoire, selon le territoire.

M. Aubert a ensuite présenté le bulletin du Mlq, « Laïcité », publié trois ou quatre fois par année. Des copies du dernier numéro ont été distribuées au public à la fin de la soirée. La laïcité est le droit de croire ou de ne pas croire, ainsi que le droit de pratiquer ou de ne pas pratiquer une religion. M. Aubert a précisé que la laïcité est à la base des chartes des droits et libertés.

M. Aubert a ensuite discuté des activités du Mlq. Le Mlq a présenté plusieurs mémoires au gouvernement depuis sa fondation, entre autres sur le mariage civil et la place de la religion à l'école. Depuis 1993, le Mlq décerne à chaque année le prix Condorcet à la personne ou au groupe de personnes qui s'est illustré pour défendre la laïcité et l'égalité des droits.

Marie Jean Antoine Caritat, Marquis de Condorcet (1743-1794), était un humaniste français du siècle des Lumières, époque à laquelle on remettait en question des pratiques depuis longtemps établies comme l'esclavage. Il était mathématicien, philosophe, économiste et homme politique. Il fut député républicain et l'un des artisans de la révolution française. Il s'est battu pour l'égalité des droits, notamment pour l'égalité des droits des femmes comme des hommes. Il a milité pour l'octroi du droit de votes aux femmes. Rappelons qu'au Québec, ce droit n'a été accordé que le 25 avril 1940, sous le libéral Adélard Godbout, entre deux mandats de Maurice Duplessis! Le premier scrutin provincial auquel les Québécoises ont participé a eu lieu en 1944. M. Aubert a indiqué que pour gagner puis conserver ces droits, il faut se battre et militer. Une fois gagnés, ces droits ne doivent pas être pris pour acquis.

Le premier prix Condorcet fut attribué, en 1993, à Micheline Trudel qui s'est battue, vers 1980, pour que ses enfants aient le droit à des cours de morale à l'école plutôt que de religion. Cette victoire a constitué un gain pour la laïcité : désormais les parents avaient le droit d'exempter leurs enfants de l'enseignement religieux.

Le second prix fut octroyé au docteur Henri Morgentaler, qui s'est battu pour le droit à la liberté de conscience dans les cas de grossesses non désirées. Grâce à ce genre de militantisme, les femmes ont maintenant le droit de décider d'enfanter ou d'avorter.

En 1995, le prix Condorcet fut décerné à la CEQ (Centrale de l'Enseignement du Québec), qui a voté en congrès pour l'abolition du fameux article 93 de l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique. Il faut laisser Dieu en dehors de l'école : ce n'est pas Dieu qui décide des théories scientifiques, notamment de celles qui sont enseignées à l'école. À ce sujet, M. Aubert a raconté que des parents francophones envoyaient leurs enfants à la Protestant School Board pour les exempter de l'enseignement religieux, incontournable à l'école francophone et catholique. Dans les milieux anglophones, la religion n'est pas enseignée à l'école : elle relève de la vie privée et est affaire personnelle. À une certaine époque, on comptait plus d'étudiants francophones qu'anglophones à cette commission scolaire!

Le récipiendaire du prix Condorcet 2001 fut Pierre Bourgault. M. Aubert a conclu sa conférence en invitant les membres de l'association des Sceptiques du Québec à se joindre au Mlq.

Période de questions et d'échanges

La conférence de M. Aubert ayant été brève, la période de questions et d'échanges qui suivit fut étendue et consistante. Plusieurs membres du Mlq étaient présents dans l'audience et ont participé activement à ces débats.

On a voulu connaître le profil des membres du Mlq : la majorité est athée, mais une petite minorité est pratiquante. Parmi cette dernière on compte des protestants et des catholiques.

La religion et les institutions publiques : écoles, hôpitaux et tribunaux

Le but du Mlq est de faire en sorte que les services publics ne soient pas dirigés par les croyances. L'école, les hôpitaux et les tribunaux doivent être areligieux (sans religion), mais non antireligieux (contre la religion). Il ne faut plus, par exemple, rendre justice au nom de Dieu, au nom d'Allah, etc.

Le Mlq n'est pas contre la pratique religieuse dans les Églises et dans la vie privée : le Mlq est contre l'imposition d'une religion particulière dans les institutions publiques. Le Mlq milite pour la liberté de conscience - ce qui inclut la liberté de religion - afin d'éviter la discrimination basée sur la religion? ou l'athéisme.

Les religions, par essence, font du prosélytisme et vont toujours chercher à combattre la laïcité.

On a souligné un gain important pour le Mlq : le droit de ne pas prêter serment sur la Bible devant les tribunaux. Nous avons maintenant le droit, à la place, de faire une affirmation solennelle qui est reconnue : « J'affirme solennellement que ce que je vais dire est vrai. » Si une personne doit passer en cour, c'est à elle de demander de faire une affirmation solennelle plutôt que de prêter serment sur la Bible.

Le Mlq a protesté lorsque le déficit de la visite du Pape à Toronto, le 23 juillet 2002, a été épongé par les deniers publics. Malheureusement, les médias n'ont pas parlé de cette intervention.

L'enseignement de la religion à l'école

Une personne a suggéré au Mlq d'effectuer une analyse du contenu des cours de religion afin d'y déceler les contradictions. Cette personne, grisonnante, a raconté que lorsqu'elle était elle-même à l'école, elle avait osé demander ceci : « si Dieu est partout et que Jésus, son fils, est assis à sa droite, où est la droite de partout? » (Yvon Deschamps a aussi utilisé cet exemple dans un de ses monologues). Le prêtre lui avait répondu : « tais-toi petit insolent! »

On a fait mention de l'existence actuelle de groupes de pression ayant pour but de faire rentrer la religion dans les écoles, prétextant l'importance d'enseigner l'histoire et la culture.

Une personne a affirmé que l'école ne devrait pas enseigner la religion catholique, mais plutôt LES religions, dans le but de comprendre les différents points de vue et de développer l'esprit critique par rapport à chacune des religions. Une autre personne s'est opposée à ce point de vue : jusqu'où irait cet enseignement des religions? Jusqu'à Raël? L'école ne doit pas enseigner l'obscurantisme, mais les sciences.

Une personne a proposé que l'enseignement de la religion soit remplacé par des cours de sociologie et d'anthropologie des religions. Une autre personne a soulevé les problèmes que cette option créerait : toutes les communautés voudront que leur religion fasse partie du programme d'un tel cours, alors qu'il existe déjà des Églises pour enseigner les religions. Une autre personne a suggéré que l'enseignement des religions s'inscrive dans les cours d'histoire générale. Il n'existe pas une histoire séculière et une histoire religieuse distincte, mais une seule et même histoire générale. Il n'y a pas lieu d'enseigner les religions dans des cours à part.

Une personne a indiqué que la religion n'est pas enseignée dans les écoles protestantes durant la semaine. À la place, les protestants ont l'école du dimanche (Sunday School).

On a suggéré l'enseignement de la philosophie dès le primaire - en remplacement de l'enseignement religieux actuel - pour couvrir les questions touchant à la recherche de sens.

Une personne s'est demandé pourquoi on ne montre pas à l'école qu'être athée peut aussi être beau. Une autre personne a répliqué qu'il existe déjà des cours de morale qui sont purement laïques.

On a observé que les jeunes d'aujourd'hui qui sont au début de la trentaine ont reçu une éducation catholique, mais ne vont pas à l'Église.

Cependant, même si une éducation catholique n'engendre pas automatiquement des pratiquants, elle peut certainement influencer la manière de penser des gens.

On a mentionné que l'enseignement du catéchisme à l'école primaire fait obstruction au développement des processus cognitifs. En effet, ce développement se fait par la justification et la démonstration des connaissances apprises, comme en mathématiques. À l'inverse, l'enseignement religieux demande, de la part des élèves, de croire aveuglément, inconditionnellement et sans poser de questions. Il n'y a rien à démontrer dans un cours de religion : on demande de faire des actes de foi. Cela va à l'encontre de la notion même d'enseignement.

Les religions sont constituées de doctrines : on ne peut donc pas « enseigner » une religion. On ne peut qu'endoctriner les élèves. Le Mlq s'oppose à l'endoctrinement à l'école.

La religion est le choix d'un adulte : pas celui d'un enfant. On ne choisit pas la religion de ses parents, mais on doit pouvoir choisir la sienne.

Quelle est la différence entre « religion » et « secte »? Une religion n'est rien d'autre qu'une secte… qui a réussi.

Le port de signes religieux à l'école

On a beaucoup discuté de la laïcité à l'école. On a questionné M. Aubert - et les autres membres du Mlq présents - sur la position du mouvement dans certains dossiers. Par exemple, dans le cas du port du Kirpan a l'école, le Mlq a fait des interventions contre : personne n'a le droit de porter de couteau à l'école. Ce dossier n'est pas épuisé.

La réflexion du Mlq sur le droit ou non de porter des signes ostentatoires religieux à l'école n'est pas terminée. Certains signes peuvent être acceptables, mais d'autres non. L'unanimité n'est pas faite au sein du Mlq sur ces questions délicates, ce qui illustre bien que le Mlq ne forme pas un groupe homogène de personnes encadrées par une idéologie établie, mais plutôt un groupe de personnes prônant et exerçant la liberté de conscience individuelle - à l'instar des Sceptiques du Québec.

Le port du voile

La question litigieuse du port du voile à l'école a été longuement discutée. Le Mlq n'a pas encore de position claire sur ce sujet. On a précisé que le Mlq est en faveur

  1. de l'école laïque et
  2. de l'égalité entre les hommes et les femmes.

Le but du Mlq est de sortir la religion des écoles : l'école doit être anti-obscurantiste. Elle doit enseigner les sciences et non la religion.

Une membre du Mlq a affirmé que le Mlq doit s'attaquer aux institutions, mais non aux individus. Le Mlq ne doit donc pas prôner l'interdiction du port du voile. Par contre, il reste beaucoup de travail à faire auprès des institutions : on a souligné la présence de crucifix dans les hôpitaux et les tribunaux.

Au Canada, on fait valoir que le port du voile est un droit qui ne brime personne - tout comme le port de la croix par les catholiques. Interdire le port du voile revient à empêcher les gens de s'exprimer et d'afficher leurs croyances. Cela n'est vraiment pas la même chose que d'interdire l'enseignement de la religion à l'école!

Une musulmane, d'origine tunisienne, a mentionné que le port du voile est interdit à l'école et au travail… en Tunisie. Le but de cette mesure est politique : cette mesure vise à se distancier de l'extrémisme, qui fait des dégâts entre autres dans l'Algérie voisine. Elle a ajouté que l'interdiction du port du voile en France, elle aussi voisine de pays musulmans et comptant elle-même bon nombre de citoyens et de résidants musulmans, vise le même but. Ces pays n'ont pas le choix d'adopter de telles mesures. Mais au Canada, pays multiethnique, séparé des pays musulmans par un océan et exempt de troubles sociaux comme dans ces pays, la situation est totalement différente et l'interdiction du port du voile n'a pas de raison d'être.

Les accommodements raisonnables

On a fait remarquer que les Canadiens en général - et les Québécois en particulier - sont mous lorsque des gens justifient des dérogations à des règlements au nom de leur religion. Pensons par exemple au port du Kirpan à l'école. Pensons au port du turban avec l'uniforme de la GRC - et même de l'armée maintenant. À Montréal, on ne donne pas de contraventions aux juifs stationnés en infraction le jour du sabbat, parce que ceux-ci n'ont pas le droit de déplacer leur voiture ce jour-là en vertu du judaïsme. La cause probable de l'acceptation de telles dérogations est que le Canada et le Québec ont des régimes de droits : si des gens revendiquent le droit de déroger à tel règlement et qu'un tribunal leur accorde ce droit, alors ce droit devient effectif. La loi parle « d'accommodements raisonnables. »

Un autre cas d'accommodement raisonnable, accepté par les tribunaux, est l'érouv. Le site Internet du Mlq contient un dossier sur l'érouv à Outremont; vous y trouverez entre autres la déclaration du Mouvement laïque québécois sur cette question (« Espace public, espace laïque »), dans laquelle on définit ainsi l'érouv :

Un érouv est un territoire délimité par un mur, ou par des installations symbolisant un mur (fils, aqueduc, clôtures, etc.), à l'intérieur duquel les hassidim peuvent se soustraire à certains obligations religieuses les jours de sabbat et les jours de fête. Lors de ces jours fériés, ils ne peuvent transporter quoi que ce soit dans leurs mains (livre, parapluie, enfant, sac d'épicerie, médicaments, etc.) à l'extérieur de leur résidence privée. Leurs préceptes religieux les autorisent toutefois à transporter certains objets de nécessité si l'espace extérieur peut être privatisé. Pour cela, l'espace doit être entouré d'une enceinte et faire l'objet d'un rituel d'appropriation. C'est ce qu'ils appellent un érouv. Pour être privatisé, l'espace public doit être loué par l'autorité civile à la communauté hassidim qui se proclame propriétaire collectif.

Une personne de l'assistance a mentionné que ce genre d'accommodement raisonnable peut créer des ghettos.

On a ajouté que le régime de droits n'est pas parfait, mais constitue le meilleur régime possible - à l'instar de la démarche scientifique qui n'est pas parfaite, mais qui constitue la meilleure démarche possible pour chercher la vérité sur ce qu'est la réalité et sur comment elle fonctionne.

On a fait remarquer que si l'on prêche la tolérance, il faut soi-même tolérer certains signes religieux, comme ceux permis par les accommodements raisonnables. Il est sain qu'une société accorde des accommodements raisonnables.

Israël

La question d'Israël, un état théocratique, a été abordée. Une personne a affirmé que la seule solution à long terme aux problèmes d'Israël était la création d'un état laïque.

Une autre personne a glissé, au passage, que le Québec était encore bien loin, dans les faits, d'être un état laïque…

Et l'humain créa Dieu à son image

Une personne a cité une recherche anthropologique qui a retracé l'origine de l'idée de Dieu chez l'humain dans le développement graduel du cerveau chez nos ancêtres. À la longue, l'idée de Dieu pourrait disparaître, car elle n'a pas de sens. L'humanité pourrait se retrouver scindée en deux : ceux qui croient et ceux qui ne peuvent plus croire. Les résultats de cette recherche, qui n'ont jamais encore été réfutés, sont publiés dans le livre de Julian Jaynes : « Les origines de la conscience dans l'effondrement de l'esprit », aux Presses universitaires de France (publié vers 1990. La version originale anglaise s'intitule « The origin of consciousness in the breakdown of bicameral mind » et est publiée aux éditions Houghton Mifflin, 1976.)

L'avenir du Mlq

M. Aubert a clos la soirée en se disant, d'une part, optimiste pour les progrès de la laïcité au Québec et en France. La France jouit d'une tradition centenaire d'État laïque. Mais, d'autre part, M. Aubert s'est dit inquiété par la situation ailleurs dans le monde. On assiste à la montée de l'intégrisme religieux dans beaucoup de pays, notamment aux États-Unis où le président Bush termine ses discours par "In God we trust" (« Nous plaçons notre confiance en Dieu «). L'intégrisme américain ne vient pas du peuple, mais est poussé par l'élite au pouvoir. M. Aubert craint que des groupes religieux prennent le pouvoir politique.

Conclusion :

partout dans le monde, il faut avoir l'esprit laïque et sceptique.

Article rédigé par Daniel Fortier.

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