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Conférence du vendredi 13 janvier 2006

Les fondements de l’idéologie raëlienne

par Marc Rivard, porte-parole du Mouvement raëlien

Texte annonçant la soirée

Les raëliens visent deux buts pour cette conférence : d’abord, présenter les fondements de l’idéologie raëlienne et le Message raëlien sur les origines de la vie ; ensuite, se servir de leur droit de réplique à la conférence de Martin Bisaillon sur le Mouvement raëlien, donnée chez les Sceptiques du Québec le 13 décembre 2003.

Ils présenteront deux courts vidéos : le premier sur les bases anthropologiques, archéologiques et historiques soutenant l’idéologie raëlienne, le deuxième sur « les développements scientifiques et technologiques précurseurs d’une révolution permettant d’être plus près d’une réponse aux questions fondamentales qui préoccupent l’homme sur ses origines. »

Le conférencier commentera les points importants des fondements de l’idéologie raëlienne et du « Message transmis à Claude Vorilhon, nommé Raël par un humain originaire d’une autre planète. » En deuxième partie de la conférence, il répondra aux questions de l’auditoire.

Depuis 25 ans, Marc Rivard est membre du Mouvement Raëlien, cette philosophie athée qui promeut la science comme explication de l'origine de l'homme sur Terre par des scientifiques venus d'une autre planète. Biologiste depuis 1983, il travaille comme professionnel de la santé depuis 1994. Il occupe présentement la fonction de guide évêque au sein du Mouvement Raëlien, pour lequel il est responsable des Affaires juridiques.

Mot du président

Daniel Picard, président des Sceptiques du Québec, rappelle que les conférences sceptiques touchent à tous les sujets, même les plus controversés. C’est en ayant une meilleure compréhension des arguments pour ou contre une thèse que nous pourrons nous former une meilleure opinion, estime-t-il.

Prix Sceptique et Fosse Sceptique

Notre animateur, François Filiatrault, poursuit avec une brève description de deux prix attribués une fois l’an par les Sceptiques du Québec. D’abord, le prix Sceptique, décerné à ceux qui se sont illustrés par leur esprit critique ou qui en ont fait la promotion active. Ensuite, le prix Fosse Sceptique que se méritent les organismes qui ont grossièrement abusé de la crédulité du public.

François Benny, membre du conseil, s’occupe de recueillir les candidatures pour ces prix tout au long de l’année. Il précise que des membres de l’association ont soumis 9 candidatures au prix Fosse Sceptique, dont 4 ont été retenues par le conseil d’administration. Deux de celles-ci ont survécu au premier tour de vote par Internet, soit : Les Éditions Québécor en tant qu’éditeur émérite du paranormal et le Cégep de Lanaudière pour son récent cours sur les « proportions faciales ». D’autre part, il a reçu 4 candidatures pour le prix Sceptique, qui ont toutes été acceptées par le CA. Celles qui ont reçu le plus de votes au premier tour sont : Normand Baillargeon qui a écrit un livre très populaire sur l’esprit critique et le journal La Presse pour avoir placé un article défavorable à l’homéopathie en première page.

Après la pause, Daniel Picard annonça les résultats du vote pour chacun des prix :

Normand Baillargeon, auteur et enseignant des fondements de l’éducation à l’Université du Québec à Montréal, se mérite le prix Sceptique 2005 pour la rédaction d’un livre incontournable pour les sceptiques : Petit cours d’autodéfense intellectuelle. Cet ouvrage, publié en mai dernier (Lux Éditeur, 2005), a été réimprimé quatre fois depuis. À près de 20 000 exemplaires vendus, il constitue un véritable succès de librairie dans un domaine normalement réservé aux spécialistes.

Le cégep de Lanaudière se voit attribuer le prix Fosse Sceptique pour avoir offert en novembre 2005 un cours de caractérologie de dix heures basé sur les « proportions faciales » de contenu manifestement pseudoscientifique. La vue tridimensionnelle du visage aurait des répercussions sur la personnalité. D’un seul regard, on serait amené à reconnaître les profils psychologiques des personnes ainsi que leur mode d’action.


Les fondements de l’idéologie raëlienne

par Marc Rivard, porte-parole du Mouvement raëlien

Marc Rivard

Marc Rivard remercie d’abord l’association des Sceptiques du Québec de l’avoir invité à présenter les fondements de l’idéologie raëlienne, qu’il connaît très bien puisqu’il fait partie de ce mouvement depuis plus de vingt ans. Durant son allocution, il abordera les bases de cette idéologie, ses objectifs et les valeurs sur lesquelles elle repose. Il répondra également aux mythes et rumeurs diffusés à son sujet dans les médias. Il tentera de clarifier la question suivante : les raëliens sont-ils un groupe scientifique ou un groupe religieux ?

L’origine de la vie

Avant que le raëlisme n’existe, poursuit Rivard, il y avait deux hypothèses qui tentaient d’expliquer l’origine de la vie : la théorie de la création en six jours par un Dieu tout puissant et la théorie de l’évolution de Charles Darwin, qui s’effectuerait par le mécanisme de la sélection naturelle des espèces. Depuis 1973, il y a une nouvelle théorie qui dit que la vie n’est pas apparue par hasard, comme le prétend la théorie de l’évolution. Elle ne serait pas non plus le fruit d’une création divine incompréhensible. Il s’agirait plutôt d’une création par des êtres qui maîtrisaient parfaitement le génie génétique et auraient créé toutes les formes de vie qui existent maintenant sur la Terre.

Les objectifs du Mouvement raëlien ne sont pas de convaincre les gens que ce qu’ils avancent représente la vérité, mais de diffuser leur message sur toute la planète et parallèlement les valeurs qui sont véhiculées par le raëlisme. Ils ont aussi pour but de construire une ambassade, c’est-à-dire un lieu officiel pour recevoir les créateurs des hommes, qui viendraient alors nous livrer leurs connaissances scientifiques avancées.

Les fondements de l’idéologie raëlienne

Note du rédacteur de ce compte rendu : le conférencier avait prévu projeter un court métrage sur le message raëlien ; des difficultés techniques l’en ont empêché ; sommairement, il expliqua alors lui-même de vive voix ce que contenait ce vidéo d’introduction au Mouvement raëlien.

Il y a très longtemps, les « extraterrestres » ont découvert la Terre. Ils ont alors décidé d’y créer toutes les formes de vie qui y existent présentement. Bien sûr, ils n’ont pas créé les êtres humains d’emblée, car ceux-ci ont besoin d’un écosystème pour survivre. Ces extraterrestres ont donc créé toutes les formes de vie à partir des plus simples jusqu’aux plus complexes. Ce qui explique aujourd’hui les observations d’une évolution bien réelle des espèces vers la complexité. Cette évolution ne serait pas due au hasard, mais à une volonté intelligente d’améliorer les espèces pour rendre possible un jour de créer les êtres humains.

Ces extraterrestres, au cours des âges, ont décidé d’offrir aux humains leur héritage philosophique, tout en les laissant évoluer par eux-mêmes. Ils ont donc communiqué leurs messages à des prophètes, tels Bouddha, Jésus et Mahomet. Ces prophètes témoignent de ce que les Élohim (extraterrestres) ont fait sur Terre : création de la vie et éventuel retour sur Terre. On retrouve la trace de ces extraterrestres dans plusieurs livres religieux. Par exemple, dans la Bible, le mot Dieu n’existe pas ; on y trouve plutôt « Élohim », c’est-à-dire « ceux qui sont venus du ciel ». À travers ces écrits bibliques, deux peuples semblent se côtoyer : l’un que son avance technologique lui permet de voler dans les airs, l’autre qui, s’imaginant que cela ne peut être possible qu’à des dieux, se prosterne devant eux.

Les Élohim, poursuit Rivard, se doutaient bien que ces mêmes humains pourraient aussi voler un jour et même créer la vie en laboratoire, comme ils l’avaient eux-mêmes fait. Ils prévoyaient donc revenir sur Terre quand l’humanité serait prête à comprendre ses créateurs et à recevoir cette révélation directement d’eux. Il y a 2000 ou même 500 ans, les hommes n’auraient pu comprendre les possibilités qu’offre la connaissance de l’ADN et de l’électronique, par exemple. Ils auraient été complètement mystifiés par les capacités de ces technologies modernes.

Les Élohim ont donc attendu que les humains soient capables de les comprendre pour communiquer au dernier des prophètes les origines réelles de la vie sur Terre - non pas en leur demandant de croire aveuglément, non pas en leur demandant de s’agenouiller devant leurs créateurs, mais en leur demandant d’essayer de comprendre leur message en tenant compte des traces qu’ils ont laissées sur Terre dans les époques précédentes. Les humains discerneront ainsi les liens qui unissent toutes les religions, et surtout le lien entre les religions et la science, insiste Rivard. Tout ce qui est survenu sur Terre depuis le début de l’histoire de l’humanité serait dû à des scientifiques venus d’une autre planète. Et ce dernier prophète est Raël, qui a eu son premier contact avec ces extraterrestres en 1973. Il fonda le Mouvement raëlien, qui est maintenant devenu un mouvement international.

Le conférencier réitère que l’objectif ultime du mouvement est de construire un lieu officiel, adapté au retour sur Terre des Élohim. Ceux-ci nous laisseraient alors les bases de leurs avancées scientifiques et nous aideraient à progresser plus rapidement.

Note de l’auteur de ce compte rendu : ici se termine l’exposé du conférencier résumant le contenu du film qui n’a pu être présenté.

Les valeurs véhiculées

Le Mouvement raëlien, poursuit Rivard, fait parler de lui. Pourquoi des gens un peu bizarres, se demande-t-il, qui pensent que la vie a été créée par des extraterrestres attirent autant l’attention ? Il conclut que cela proviendrait sans doute en partie des valeurs promues par le mouvement, qu’il considère belles, mais dérangeantes pour certains.

Une des plus grandes valeurs du raëlisme serait la responsabilisation : on ne peut se déresponsabiliser des actions que l’on pose. Même si Raël, son leader spirituel, demandait au conférencier de poser un acte qui serait contre sa conscience, il ne le ferait pas. Il ne se réfugierait pas derrière la volonté de son chef, car il aura à répondre devant la justice des hommes des actes qu’il aura commis.

Une deuxième valeur, c’est le respect absolu de la vie. Il n’y a aucune cause (patrie, famille, terrorisme…) qui mérite qu’un humain meure ou même souffre pour elle. Ces deux valeurs, responsabilisation et respect de la vie, alliées ensemble, font que les autorités ont beaucoup moins de pouvoir sur les individus et qu’ils peuvent les manipuler beaucoup moins. Ces valeurs, soutient Rivard, dérangent.

Loin de se fondre dans un même moule identitaire, les raëliens cultivent et encouragent la différence. Ils sont de fiers individualistes qui se rendent compte que pour atteindre leurs objectifs ils doivent se réunir - sans se préoccuper de ce que les autres vont dire d’eux. Ils assument leur différence et acceptent celle des autres, ce qui fait qu’on les apprécie beaucoup dans leur milieu de travail.

Les raëliens sont loin d’être tous des scientifiques, mais l’une de leurs caractéristiques principales est de se tenir au courant des courants scientifiques, comme leur recommandent les Élohim. La majorité d’entre eux ont une grande culture scientifique et s’intéressent aux avancées scientifiques parce qu’ils estiment qu’ils ont été créés par des scientifiques. C’est grâce à la science et à la technologie qu’ils existent aujourd’hui.

Les clés ou niveaux décisionnels

Le raëlisme propose une nouvelle façon de voir les événements marquants de la vie : la naissance, les études, la vie amoureuse, la sexualité, la musique… Il offre de nouvelles perspectives à ses adeptes à travers l’amour des différences et l’art de se sentir bien soi-même. Les décisions importantes se prennent à plusieurs niveaux.

Le premier, c’est le niveau de l’infini, tel qu’enseigné par les Élohim. L’univers serait infini, non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps. Les molécules qui forment une personne existaient avant qu’elle naisse et continueront d’exister après sa mort. Nous sommes une part de l’infini. Nous devons toujours vivre en fonction de cette conscience de l’infini et poser des gestes qui augmenteront le degré d’amour autour de nous.

Le deuxième niveau, précise Rivard, se situe par rapport à nos créateurs, les Élohim. Est-ce que les actions entreprises vont dans le sens de leur enseignement, de l’éveil du cerveau, du respect de leur création ? Quelques exemples de ces enseignements : ne pas fumer, ne pas s’enivrer, ne pas prendre de drogues et toujours valoriser la différence. Les raëliens doivent bien respecter les lois de la société dans laquelle ils vivent, tout en sachant qu’il y a de bonnes et de mauvaises lois. Ils doivent tout tenter pour changer ces dernières. Ils ont participé à des campagnes très médiatisées, entre autres sur la distribution de condoms dans les écoles ; ils disent oui au vote à quinze ans et non au suicide. Ils veulent changer la société pour qu’elle soit meilleure.

Au niveau de l’individu, ils visent un plus grand épanouissement, un plus grand bonheur pour chaque individu. Ces lignes de conduite leur permettent de devenir de meilleures personnes, bien que leur différence souvent les éloigne des gens qui ne partagent pas leur idéologie.

Les exagérations des médias

Que peut-on reprocher à des gens qui veulent le respect absolu de la vie, l’amour de la différence, la responsabilisation de l’individu, un monde meilleur sur Terre ? On ne peut être contre la vertu, ironise Rivard. Alors, pourquoi ces remarques méprisantes sur le mouvement ? On allègue qu’ils sont manipulés par leur gourou, soumis complètement à ses volontés. Les rumeurs disent que ses adeptes lui obéiront sans réfléchir, qu’ils baignent dans un climat de sexe et de violence.

Martin Bisaillon, qui donna une conférence chez les Sceptiques du Québec sur le Mouvement raëlien, a prétendu sans raison, poursuit Rivard, que les raëliens pourraient être violent envers lui parce qu’il enquête sur eux, alors que ceux-ci professent ouvertement la non-violence et le pacifisme. Son attitude est caractéristique de tous les médias à travers le monde. Raël dit ouvertement aux médias qu’il sait qu’ils vont écrire des faussetés et des rumeurs non fondées sur lui. Mais, il leur pardonne, car il doit diffuser son message au monde.

Rivard ne prétend pas être objectif sur les idées négatives répandues par les journalistes. Ils disent accorder aux raëliens un droit de réplique. Ces derniers s’en prévalent souvent, mais leurs réponses ne sont presque jamais publiées.

Dans le livre « Fiers d’être raëliens » (NOVA, 2005), qui se veut une « réponse aux campagnes d’incitation à la haine fomentées par de pseudo-journalistes », des raëliens de longue date témoignent de l’effet sur leur vie des histoires racontées dans les journaux. Des experts sur les sectes offrent également leurs analyses du mouvement, telles que publiées, sans modifications.

Par exemple, Susan Palmer, professeur adjoint à l’Université de Concordia, y offre son opinion au sujet des raëliens, qu’elle a rencontrés plusieurs fois par année pendant quinze ans. Elle dit qu’il est absurde de comparer Raël, qu’on prétend dangereux, manipulateur et paranoïaque, à des gourous qui ont mené leurs adeptes à la mort, tel que David Koresh et Jim Jones.

Un autre expert des nouvelles religions, Alain Bouchard, qui a souvent rencontré des raëliens, jette un blâme sévère sur les opinions exprimées dans les livres de Martin Bisaillon et Brigitte McCann sur le Mouvement raëlien, car il écrit que « les préjugés des auteurs prennent le premier plan au détriment de l’information ». Ces ouvrages, ajoute Bouchard, manquent totalement de rigueur et tracent un portrait superficiel du personnage.

Rivard soutient que ces avis d’experts en religions (Palmer et Bouchard) sont plus crédibles que ceux de Bisaillon qui ne s’est pas donné la peine d’interroger ni Raël, ni aucun raëlien avant d’écrire son livre sur eux. Cette parenthèse constitue leur réponse à la conférence qu’a donnée Martin Bisaillon chez les Sceptiques du Québec, le 13 décembre 2003.

Le Mouvement raëlien serait en général respecté dans le monde, sauf dans les pays francophones. L’UNESCO sait que ce mouvement fait la promotion de la paix. Cet organisme international leur a demandé de soumettre le nom d’un raëlien à un concours de la promotion de la paix dans le monde, nous apprend Rivard.

Critères d’une théorie scientifique 

La méthode scientifique s’appuie sur des faits observables. Pour être scientifiques, vos explications doivent respecter les lois de la science, précise Rivard. Il faut aussi que l’expérience soit reproductible, sinon maintenant du moins dans un avenir rapproché. La qualité d’une théorie se mesure aussi à son pouvoir prédicteur.

Pour que le raëlisme soit une théorie scientifique, il faudrait pouvoir observer ces extraterrestres qui ont créé toute vie sur terre. C’est une preuve que nous n’avons pas, admet Rivard. Par contre, il y a des faits qui tendent à démontrer que la vie extraterrestre est probable, ajoute-t-il. Le fait qu’on ait récemment découvert des planètes extrasolaires augmente la probabilité de trouver de la vie extraterrestre. Il y aurait aussi des vestiges de civilisations anciennes, telles les pyramides, qui peuvent être interprétés comme des traces de visites d’extraterrestres. Ces vestiges existent, et les interprétations qu’on leur donne varient d’un expert à l’autre. Si la théorie se base sur les faits, elle peut devenir scientifique, car elle se base sur des réalités véritables et palpables.

On peut aussi voyager dans l’espace. On peut aussi créer la vie en laboratoire, tels des virus artificiels à partir de simples molécules et bientôt des bactéries à cent pour cent synthétiques. Par la science et la technologie, on rejoint les Élohim, qui ne sont pas des êtres supérieurs ou des divinités aux pouvoirs magiques. Les Élohim sont des êtres normaux, qui naissent et meurent comme nous, mais qui ont plusieurs milliers d’années d’avance technologique sur nous.

Les prétentions raëliennes sont reproductibles puisqu’on peut maintenant voyager dans l’espace comme les extraterrestres. Le conférencier, qui a complété des études de médecine, rappelle aussi que ses professeurs de biologie lui disaient (en 1983) que le clonage n’était pas possible tel que décrit dans les livres de Raël. C’est-à-dire, qu’on ne peut pas à partir d’une cellule spécialisée, de peau ou de foie par exemple, qui pourtant contient toute l’information génétique, produire un être humain au complet. On ne pourrait avoir que des cellules du même type, disaient ses professeurs. Tout le monde sait maintenant qu’ils se trompaient ; on peut aujourd’hui cloner des mammifères bien vivants. La création de la vie en laboratoire est reproductible. Ce que les Élohim ont fait pour nous, nous sommes en train de le faire, conclut Rivard.

Théorie explicative ?

La théorie raëlienne explique toute l’histoire de l’humanité du début jusqu’à maintenant. Le raëlisme fait le lien entre les traces historiques, l’histoire des religions, les civilisations anciennes et la science. Il est donc explicatif et inclusif. Il explique aussi la diversité des formes de vie sur terre. Des équipes d’extraterrestres ont tenté de faire la vie belle et complexe. Ce n’est pas le hasard ou la nécessité qui ont créé cette diversité de vie qu’on observe aujourd’hui, mais une volonté créatrice intelligente qui a donné une direction à l’évolution, soutient Rivard.

Depuis 1973 (le premier contact avec les Élohim), on a découvert de nouvelles planètes, le clonage est devenu réalité, des utérus artificiels sont en cours d’essai (Japon), l’homosexualité s’est révélée génétique. La théorie raëlienne prédit la prolongation de la vie, le transfert de la mémoire humaine sous format informatique (avancées au Japon). Le raëlisme prédit qu’on verra des extraterrestres bientôt. Car le rôle d’une théorie scientifique est aussi de prédire ce qui pourrait arriver.

Le raëlisme est aussi une religion, poursuit Rivard, car elle demande la foi, soit la confiance en quelqu’un ou quelque chose. Elle demande la foi au fait que Raël ait rencontré les Élohim. Rivard dit qu’il a confiance que c’est arrivé. Et il admet volontiers que cela n’est pas scientifique. Cela fait appel à ce qui nous allume, à ce qui nous enthousiasme, s’exclame-t-il. En ce sens, le raëlisme n’est pas une science, mais bien une religion. Elle fait appel à la foi, mais pas une foi aveugle puisqu’elle demande à ses adeptes d’essayer de comprendre les choses qui les entourent.

De la même façon, la théorie de l’évolution darwinienne ne demande-t-elle pas un acte de foi, s’interroge le conférencier ? Avant de spéculer sur les mécanismes d’évolution, comment la vie elle-même serait-elle apparue sur Terre ? Comment expliquer l’apparition des nucléotides, les quatre bases de l’ADN ? Comment le métabolisme cellulaire a-t-il commencé ? Comment le code génétique s’est-il constitué sur Terre ? Il n’y a aucune réponse à cela. Et pour accepter que l’évolution existe, il faut accepter d’emblée la présence de l’ADN, du métabolisme et du code génétique. Cela constitue un acte de foi. À son avis, l’expérience de Stanley Miller (en 1953) ne prouve rien, puisqu’elle n’a produit que des acides aminés – pas des nucléotides. Il n’y a que des théories de l’apparition de la vie sur Terre, pas aucune preuve. Comme il n’y a aucune preuve que Raël ait rencontré des extraterrestres.

L’évolutionnisme et le raëlisme se fondent sur des faits, sur des observations palpables. La méthode scientifique s’applique aux deux théories. C’est la lecture des faits qui est différente. Car chacune fait partie d’un choix philosophique et religieux, parce qu’elle fait appel à un acte de foi dans les fondements mêmes de ce qu’elle représente, soutient Rivard.

Conclusions

Le raëlisme, conclut le conférencier, constitue une troisième théorie de l’origine de la vie sur terre. Il véhicule cependant des valeurs qui peuvent déranger. Ce qui amène certains journalistes à propager de fausses rumeurs sur nous, déplore Rivard. Pour bien comprendre le raëlisme, celui-ci suggère aux sceptiques d’aller chercher de l’information auprès de gens formés dans le domaine des religions au niveau universitaire et non pas auprès de journalistes qui ont des journaux ou des livres à vendre. Le raëlisme est une théorie scientifique et aussi une religion qui fait appel à la foi, tout comme l’évolution. Admettre comme vraie l’une ou l’autre de ces deux théories dépend d’abord d’un choix philosophique, qui fait appel à ce qui nous allume et nous enthousiasme, termine le conférencier.

Période de discussion

Création de gènes néfastes

Un non-croyant, autant à Dieu qu’à Raël, demande au conférencier pourquoi les Élohim, responsables du code génétique humain, y ont inclus le gène de la pédophilie, comme celui de l’homosexualité que le conférencier dit être génétique. Il demande également comment les Élohim peuvent venir nous visiter aussi rapidement, puisqu’à la vitesse de la lumière il faut plus de quatre ans pour se rendre à la plus proche étoile. Premièrement, répond le conférencier Marc Rivard, la pédophilie n’est pas génétique, c’est une maladie mentale pour laquelle nous n’avons pas de traitement aujourd’hui. La deuxième question reste sans réponse.

Créations successives

Si les Élohim ont créé les humains, qui a créé les Élohim, demande-t-on ? N’est-ce pas déplacer la question de l’origine de la vie ? Le conférencier répond que l’univers n’a pas de début, ni de fin – ni dans le temps, ni dans l’espace. Dans le temps, les atomes qui nous composent ont toujours existé et continueront d’exister sous une forme ou sous une autre. Dans l’espace, les atomes sont eux-mêmes des univers infiniment grands pour des êtres infiniment petits. Il faut comprendre le principe de l’infini qui suppose ni début ni fin : la vie a toujours existé et existera toujours dans l’infini. Et elle se propage d’une planète à l’autre par des créations scientifiques successives.

Contradictions apparentes ?

Un autre participant met en lumière ce qu’il qualifie d’incohérence. Dans « Le livre qui dit la vérité », Raël y dénonce le fait que le pape, qui vit dans l’opulence, se fasse appeler « sa sainteté ». Pourtant, Raël lui-même insiste pour qu’on s’adresse à lui avec le titre de « sainteté ». Cette demande de Raël, répond Rivard, ne vise pas les membres de son mouvement, mais les journalistes souvent très irrespectueux envers lui. C’est d’ailleurs souvent de cette façon que se font appeler les chefs religieux. Mais, cette appellation rendait Raël lui-même tellement inconfortable qu’il a demandé que cela cesse.

Livre en main, on relève aussi cette autre contradiction. À sa première rencontre avec un Élohim, Raël lui demande pourquoi il ne peut pas visiter sa planète. L’Élohim lui répond qu’il ne pourrait pas y vivre et n’est pas assez entraîné pour supporter le voyage. Pourtant, après la seconde rencontre (deux ans plus tard), les Élohim l’emmènent sur leur planète dans une envolée très courte de quelques secondes. Le conférencier précise que Raël a souvent dû répondre à cette question. À la première rencontre, pour ne pas altérer l’équilibre psychique de Raël, les Élohim n’ont pas voulu lui donner l’espoir d’aller un jour sur leur planète. Deux ans après la première rencontre, ils ont jugé qu’il était alors prêt psychologiquement à les rencontrer sur leur planète.

L’explication surnaturelle

Au sujet de l’évolution, un biologiste relève ce qu’il considère comme faux et trompeur du point de vue scientifique dans les propos du conférencier. Selon celui-ci, parce que les scientifiques sont présentement incapables d’expliquer l’origine de l’ADN et l’émergence des nucléotides, il faudrait pour pratiquer la biologie faire un acte de foi sur la soi-disant apparition magique de ces réalités. Pourtant, même si on n’arrivait jamais à comprendre précisément l’origine de l’ADN ou des nucléotides, jamais la science ne fera appel à la magie, aux miracles, au surnaturel ou à une entité extérieure (Élohim ou autre) pour éviter de chercher une explication. N’est-ce pas là une différence fondamentale entre l’acte de foi du raëlien et la position du biologiste ?

Le conférencier a répondu non à cette dernière question, car elle représente à son avis un biais scientifique. Pour lui, il n’y a pas de différence entre croire que la vie est apparue sans pouvoir l’expliquer et croire que Raël a rencontré des extraterrestres. Le scientifique ne peut pas prouver comment le code génétique a surgi, ni comment l’ADN s’est formé. Pour conclure que l’évolution existe, le scientifique suppose que cela doit être arrivé naturellement sans posséder aucune preuve.

Le biologiste rétorque qu’il constate que le code génétique existe sans pouvoir expliquer les mécanismes de son émergence. C’est donc un mystère, dans le sens que la science n’est pas encore parvenue à l’expliquer, et non pas dans le sens qu’on ne pourra jamais le comprendre et qu’il faille recourir au surnaturel pour toute explication.

Le raëlien soutient que la rencontre de Raël avec des extraterrestres peut sembler, elle aussi, être un mystère, qu’on finira par comprendre lorsque nous verrons les Élohim. De plus, considérer qu’une civilisation extraterrestre plus avancée technologiquement que nous peut exister ne fait pas appel à de la magie.

Les positions sont irréconciliables et semblent achopper sur les définitions de mystère, de foi et de magie, différentes pour les deux parties.

Critères d’une théorie scientifique

Un professeur de psychologie rappelle que pour qu’une théorie soit considérée comme scientifique, elle doit au moins répondre au critère suivant, attribué à Karl Popper : une théorie est scientifique dans la mesure où on peut faire des expériences pour démontrer qu’elle est fausse. Les propos du conférencier s’inscrivent dans le domaine des pseudosciences, parce que lorsqu’on ne peut expliquer un phénomène, il faut le croire. Cela constitue un amalgame astucieux de science et de foi pour avoir toujours raison. Les raëliens utilisent des arguments provenant de la science ou de la foi selon le besoin. On se retrouve donc en face d’une théorie religieuse sur laquelle la science n’a rien à dire.

Est-ce que le clonage d’un être humain était réel ou un coup publicitaire, s’est-on enquis ? Le conférencier a répondu qu’il n’en avait aucune idée. Et il a répliqué avec cette question : qui a annoncé le bébé cloné ? Les journaux disent que ce sont les raëliens. C’est bien Brigitte Boisselier, qui est une raëlienne, mais elle l’a fait à titre personnel. Raël ne cesse de dire que les raëliens n’ont rien à voir avec le clonage depuis l’annonce de Boisselier. Il n’était même pas présent lors de cette annonce. Les raëliens encouragent philosophiquement Boisselier, mais ils ne sont pas au courant de ce qu’elle fait dans son laboratoire et ne connaissent pas son équipe scientifique. Le conférencier attend des preuves du clonage humain allégué, comme nous tous.

Finances du mouvement

Quelles sont les règles de financement de Mouvement raëlien ? Combien un membre doit-il verser à cet organisme pour être en règle, demande-t-on ? Cela dépend de votre degré d’implication, explique Rivard. Être membre sans s’impliquer ne requiert aucune cotisation. Si on veut s’impliquer au niveau national et aider à défrayer la location des salles et l’envoi du courrier, on demande trois pour cent du salaire net après impôt, dont cent dollars exigés et le reste facultatif selon sa conscience. Au niveau international, la cotisation se monte à sept pour cent du salaire net, avec une cotisation minimale de 300$. Par exception, les gens très pauvres ou en chômage pourraient ne rien payer.

Où en est-on rendu avec la plateforme pour recevoir les extraterrestres ? Chaque année (au 13 décembre), répond le conférencier, un vérificateur externe rend compte de la situation financière du mouvement. Il signale les dépenses dans chaque compte. Au niveau international, le mouvement raëlien a accumulé 14 millions $, en vue de la construction d’une ambassade pour recevoir les extraterrestres. Ce n’est plus une question d’argent, mais de lieu approprié pour construire cette ambassade. Les raëliens sont en négociations avec plusieurs gouvernements.

Argumentation douteuse

Un professeur de physique a noté un certain nombre de sauts de logique et de fausses analogies au sujet des arguments apportés par le conférencier durant sa discussion avec le biologiste. D’abord, croire en l’existence de l’ADN n’est pas un acte de foi, car on peut observer l’ADN, souligne le physicien.

C’est plutôt, précise le conférencier, croire à l’évolution des espèces sans savoir comment la vie est apparue sur Terre qui est un acte de foi. L’évolution est-elle une loi fondamentale, demande avec insistance le conférencier ?

Certainement, l’évolution est une loi fondamentale de la biologie sur Terre, assure le physicien, vu la quantité de faits sur lesquels l’évolution repose. Au niveau des ressemblances génétiques et anatomiques, par exemple, on retrouve un squelette de main à cinq doigts dans la nageoire d’une baleine, vestiges de son passé de mammifère sur la terre ferme. Les preuves de l’évolution sont multiples, ce n’est pas juste un acte de foi. Elle est une loi fondamentale de la vie sur terre et sans doute de la vie sur toute planète qui aurait une forme de vie semblable à celle qu’on a sur Terre.

Par ailleurs, poursuit le physicien, si la vie est un phénomène naturel qui repose sur les lois de la physique et de la chimie, et que les lois de la physique sont les mêmes partout, il est vraisemblable que la vie puisse foisonner partout. Ce qui n’implique pas que des humains aient rencontré des extraterrestres, étant donné les distances astronomiques énormes en question. Donc, la plausibilité de la vie ailleurs dans l’univers n’implique en aucune manière la probabilité que des humains rencontrent des extraterrestres. Croire que Raël a rencontré des extraterrestres est donc un acte de foi gratuit et arbitraire. Alors que poser la plausibilité de la vie ailleurs dans l’univers est une inférence basée sur des connaissances scientifiques.

En disant que l’univers existe depuis toujours, ajoute le physicien, le conférencier est en contradiction avec la théorie bien établie du Big Bang - l’expansion de l’univers sur laquelle cette théorie repose étant un fait observé. Le Big Bang est un événement dont on ne peut expliquer actuellement la cause. Il est une conséquence logique de l’expansion de l’univers qui est un fait démontré comme l’évolution des espèces. Ce n’est pas une croyance gratuite et arbitraire ; elle est d’ailleurs sujette à la falsification selon l’argument de Popper.

Le philosophe Hobbes, poursuit le physicien, disait que quand bien même Dieu pourrait parler à des hommes par des songes et des révélations,  personne ne pourrait forcer un être humain à croire à un prophète, car le prophète, étant lui-même un être humain, peut être un menteur ou se tromper.

Des milliards d’années d’évolution

Question du physicien. Si on fait brièvement l’histoire de la vie sur Terre : les premiers êtres vivants sont apparus il y a 3.8 milliards d’années ; il y a eu de la vie unicellulaire dans les océans pendant 3 milliards d’années, après quoi les premiers organismes pluricellulaires sont apparus ; suit la conquête de la terre ferme il y a 400 millions d’années ; et les premiers hominidés apparaissent il y a 5 millions d’années. Pourquoi les Élohim ont-ils attendus si longtemps pour fabriquer les créatures terrestres, et eux-mêmes ont-ils évolué durant ces 3.8 milliards d’années ?

Réponse du conférencier. Il n’y a rien de constant dans l’univers. Comme les théories du Big Bang et de l’évolution, les méthodes de datation reposent sur des principes non ou peu vérifiables.

Objection du physicien. Celui-ci estime que les méthodes de datation reposent sur la physique nucléaire, qui explique aussi très bien la bombe atomique et les centrales nucléaires.

La datation au carbone 14 ou au potassium-argon, reprend le conférencier, suit le principe d’un taux de radioactivité constant depuis le début de la désintégration. C’est ce qui a conduit à des erreurs, telle une récente (1999) datation de roches volcaniques, formées en Australie en 1954, avec la méthode potassium-argon donnant des âges entre 200,000 et 3.5 millions d’années pour des roches âgées de moins de cinquante ans. Donc, on peut se tromper, même par ailleurs pour la vitesse de la lumière – qui n’est pas une vitesse limite, et cela sera démontré un jour.

Le conférencier conclut sa réponse en disant qu’il est surpris de constater avec quelle assurance le physicien a exposé son point de vue sur l’histoire de la vie sur terre. Il répète qu’il a lui-même fait l’expérience de profs de bio qui lui assuraient qu’il serait impossible de cloner un être humain à partir d’une cellule adulte. On n’a pas fini de découvrir des choses. Les extraterrestres ont 25,000 ans d’avance sur nous. L’esprit scientifique est celui par lequel on démontre le plus d’ouverture : il y a des choses qu’on ne sait pas maintenant et qu’on découvrira plus tard.

Le physicien conclut qu’à son avis le conférencier ne connaît pas bien la science et qu’il faut faire la différence entre un esprit ouvert et un esprit troué. Le conférencier remet en question, ajoute-t-il, des connaissances scientifiques très bien établies sans connaître toute la logique et les faits qui les soutiennent. C’est trop facile de dire que tout est possible et qu’il faut garder l’esprit ouvert.

Dernière question

À ce point, malgré le fait que plus de cinq personnes étaient encore derrière les micros en attente pour poser leurs questions, le conférencier prévient la salle qu’il ne répondra qu’à une toute dernière question. Au moins trois des personnes en attente n’avaient pas encore posé de questions et avaient donc attendu environ une demi-heure debout.

Du futur ou d’une autre planète ?

Une personne, qui se qualifie avant tout de père de famille, prend alors la parole pour faire remarquer que les valeurs proposées par les raëliens sont de nature humaniste. Elles n’ont pas été inventées par les raëliens et ne leur appartiennent pas. C’est d’ailleurs celles-là, entre autres, qu’il enseigne à ses enfants. Durant la soirée, il a eu l’impression que le conférencier s’est servi de toutes sortes d’ingrédients pour préparer un ragoût d’idées qu’il nous a servi pêle-mêle en nous proposant d’y adhérer. Il pose la question suivante : si le conférencier a un esprit ouvert et est capable d’imaginer l’infini, croît-il à la théorie que la vie a été créée par des humains venus de 25,000 ans dans le futur plutôt que d’une autre planète ? Serait-il prêt à changer sa croyance pour adopter, sans preuve, la sienne ? Le conférencier n’a pas répondu à cette boutade.

Quelques derniers commentaires

Même si le conférencier ne désirait plus répondre aux questions, l’animateur a suggéré que les personnes debout derrière les micros dans la salle pourraient faire quelques commentaires.

Un premier commentaire déplore le fait que le conférencier ne réponde plus aux questions, car il a une occasion unique de faire valoir son point de vue, sans le filtre des médias dont il s’est plaint précédemment.

De nombreux autres points ont été brièvement évoqués, entre autres : une allégation de plagiat dans le livre décrivant la première rencontre, une allusion à une mystification sur l’origine du mouvement et une contestation de la géniocratie prônée par Raël.

Vous trouverez plus de détails sur ces commentaires dans le compte-rendu de la conférence du 13 décembre 2003.

Compte rendu rédigé par Louis Dubé.

Analyse de Daniel Fortier de l'argumentation du conférencier


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