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Conférence du dimanche 13 juin 2004

La soirée a débuté par les mots de bienvenue de notre animatrice de la soirée, Evelyne Gadbois. Elle a aussi précisé le déroulement prévu de la soirée avant de présenter le conférencier, Louis Dubé.

Le texte qui annonçait la conférence disait ceci :

Pour la dernière soirée de la saison, nous vous proposons un souper, avec discussions sur le thème suivant : « Est-il possible et souhaitable de s'appuyer sur une éthique dérivée de la démarche sceptique? »

Nous explorerons les questions suivantes : Sur quels principes se fonderait une éthique basée sur la démarche sceptique du doute, de l'examen et de la vérification? Doit-on nécessairement se référer à une entité surnaturelle pour appuyer des règles morales?

Cette soirée se déroulerait comme suit : brève présentation sur une éthique sceptique et son application dans la vie quotidienne, souper avec discussions à chaque table sur ce thème, réponses à un questionnaire de problèmes éthiques, revue des réponses au sondage et période de questions, conclusions.

Éthique Sceptique : La science du bien et du mal?

Louis Dubé

par Louis Dubé

(A) ÉTHIQUE SCEPTIQUE. UNE SCIENCE DU BIEN ET DU MAL?

Peu importe que nous soyons sceptiques ou non, nous sommes chaque jour confrontés à des questions éthiques. Elles demandent toutes une certaine réflexion pour que nous puissions prendre la bonne décision, surtout lorsque nos actions ont un impact sur d'autres personnes comme c'est souvent le cas. M. Dubé abordera l'éthique du point de vue sceptique. Il a puisé l'essentiel de ses réflexions chez deux sceptiques américains bien connus, Michael Shermer et Carl Sagan, ainsi que chez deux philosophes québécois, Pierre Blackburn et Michel Métayer.

Plan de la conférence

  • (A) Éthique sceptique. Une science du bien et du mal?
  • (B) Définitions : moralité et éthique
  • (C) Évolution de la moralité : des primates à Homo sapiens
  • (D) Les principales règles de conduite et leurs fondements
  • (E) Une morale absolue de source divine
  • (F) Pourquoi agir moralement?
  • (G) Les fondements d'une éthique sceptique
  • (H) La pratique : 10 questions troublantes
  • (I) Conclusions

(B) DÉFINITIONS : MORALITÉ ET ÉTHIQUE

On peut définir la moralité comme la nature des comportements humains : soit qu'ils sont bons, c'est-à-dire qu'ils fassent plaisir et rendent heureux, soit qu'ils sont mauvais, c'est-à-dire qu'ils fassent souffrir et rendent malheureux. Par exemple, il est clairement moral de nourrir ses enfants et immoral de les laisser mourir de faim.

On peut définir l'éthique comme l'examen des comportements humains et des théories qui les justifient. Par exemple, on peut nourrir ses enfants par amour, par devoir ou encore parce que tout enfant a droit à la vie et au plein développement de sa personne. Les principes éthiques font appel à des raisonnements moraux et à l'esprit critique. Ils peuvent donc se baser sur des faits, des argumentations, de l'analyse et enfin sur la vérification des résultats, c'est-à-dire la vérification que les répercussions escomptées ont bel et bien été obtenues.

M. Dubé discutera des deux origines principales du sens moral :

  1. l'origine naturelle (voir la partie (C) de la conférence) et
  2. l'origine divine (voir la partie (E) de la conférence).

(C) ÉVOLUTION DE LA MORALITÉ : DES PRIMATES À HOMO SAPIENS

Selon la théorie de l'évolution, les sentiments moraux ont évolué à partir de comportements que la sélection naturelle a favorisés parce qu'ils donnaient un avantage à l'individu ou au groupe qui les affichait. Ces comportements ont favorisé la cohésion du groupe, les échanges entre les membres, la spécialisation du rôle, la possession individuelle ou partagée et la résolution des inévitables conflits.

Les principes moraux dérivés de ce sens moral naturel sont d'abord relatifs à la culture et à l'époque, et parfois même à l'individu, mais possèdent également certains aspects universels reliés à la survie de l'espèce humaine.

Les primates et les hominidés vivant dans des bandes de quelques dizaines d'individus manifestent des sentiments pré-moraux. Chez l'humain, à mesure que le nombre d'individus dans le groupe s'est accru au cours des âges, les règles morales sont devenues de plus en plus complexes et sujettes au compromis, augmentant ainsi la cohésion du groupe et son efficacité. Ce n'est qu'il y a environ 10 000 ans que ces règles morales ont été codifiées dans un système favorisant une classe dirigeante et s'appuyant sur le droit divin.

(D) LES PRINCIPALES RÈGLES DE CONDUITE ET LEURS FONDEMENTS

(1) La règle d'or : « fais aux autres ce que tu aimerais qu'ils te fassent. »

Il s'agit d'une règle positive, reconnue comme un idéal à rechercher, bien qu'il soit plutôt difficile de s'y conformer complètement. La règle d'or est une règle de réciprocité qui se fonde sur l'égalité entre tous les humains. Elle a été formulée de différentes manières dans différentes cultures et à différentes époques. Sa formulation chrétienne nous est bien connue : « aime ton prochain comme toi-même, quoi qu'il t'ait fait. »

Il existe également plusieurs formulations modernes de la règle d'or, reposant sur des tests.

  1. Selon le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804), pour qui l'éthique doit se fonder sur la raison, une action est morale si elle réussit le test d'universalisation : j'agis moralement si je puis accepter que tous les autres agissent comme moi, que la règle que je pratique puisse devenir une loi universelle.
  2. Le philosophe et jurisconsulte anglais Jeremy Bentham (1748-1832) a proposé le test d'utilité maximale pour déterminer le caractère moral d'une action. La meilleure action sur le plan moral est celle qui produira le plus grand bonheur (excédent du plaisir sur la douleur) du plus grand nombre de personnes possible, chacun comptant pour un.
  3. Le philosophe politique américain John Rawls (1921-2002) a suggéré le test du voile d'ignorance. Avant de faire des lois ou d'agir, on anticipe les conséquences : il faut alors ignorer sa position réelle dans la société (riche ou pauvre, jeune ou vieux, en santé ou malade, etc.) pour éliminer toute partialité.

(2) La règle d'argent : « ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'ils te fassent. »

Cette règle est en fait la variante négative de la règle d'or. Elle est sans doute plus suivie, car elle n'impose pas un devoir positif, mais plutôt des restrictions. Pensons, par exemple, à la règle « ne vole pas ton prochain si tu ne veux pas qu'il te vole. »

Les droits fondamentaux, réaffirmés en 1948 par l'ONU, sont un exemple de la règle d'argent. Ces droits sont dits négatifs, car respecter la vie ou la liberté ou la propriété de l'autre signifie ne pas les lui enlever. Respecter l'égalité signifie ne pas faire de discrimination.

Les règles d'or et d'argent ont toujours été à la base des comportements humains, parce que ce sont les seules qui permettent la vie en société. Toutes les grandes religions ont codifié ces règles dans leurs textes sacrés; il semble que les religions fondées plus récemment ont préféré la forme positive comme idéal à atteindre.

M. Dubé a fait remarquer que les commandements de Dieu, dans la Bible, ne semblent s'appliquer qu'à la communauté qui se sert du livre sacré. Ainsi, Dieu, qui commande « tu ne tueras point », a néanmoins arrêté la marche du Soleil pour permettre aux Israéliens de massacrer leurs ennemis jusqu'au dernier lors de la bataille de Gabaôn (Livre de Josué, 10:12-13).

M. Dubé a ensuite posé une question piège : la fin justifie-t-elle les moyens? On peut répondre oui, mais seulement si on tient compte de tous les effets qui en découlent. Il y a des effets qui ne seraient pas acceptables, quel que soit le but visé. Il faut se mettre à la place de ceux que les moyens affectent. Il faut utiliser l'imagination pour trouver des moyens acceptables.

(3) La règle de bronze : « fais aux autres ce qu'ils te font. »

Cette règle est assez souvent utilisée. Elle s'apparente à la loi du talion, « oeil pour oeil, dent pour dent. » Le désir de George W. Bush de punir les terroristes de façon exemplaire en est une bonne illustration.

M. Dubé a souligné que la loi du talion fait elle aussi partie de textes sacrés, du moins pour les religions chrétienne et musulmane. Le fidèle peut donc toujours justifier ses actes en choisissant le passage approprié de son livre préféré.

(4) La règle de fer : « fais aux autres ce qu'il te plaît, avant qu'ils te le fassent. »

(5) La règle d'étain : « flatte tes supérieurs et abuse des inférieurs »

Cette règle est d'abord composée de la règle d'or : « fais à tes supérieurs ce qu'il leur plaît, pour t'attirer leurs faveurs ». Elle poursuit avec une version de la règle de fer, parce que « les inférieurs ne peuvent te rendre la pareille ».

(6) La règle de cuivre : « favorise ta parenté et tes amis, au détriment des autres. »

Ce comportement, encore assez commun, est aujourd'hui appelé népotisme.

(7) La règle du tac au tac : « coopère d'abord, puis fait à l'autre ce qu'il te fait. »

Si l'autre collabore, on continue de collaborer avec lui. S'il ne collabore pas, on lui rend la pareille, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il est préférable de collaborer.

(8) « Celui qui possède l'or fait les règles. »

Certains voient cette dernière règle comme une réalité universelle, appliquée discrètement sous toutes formes de justification.

(E) UNE MORALE ABSOLUE DE SOURCE DIVINE

Une morale absolue, d'inspiration présumée divine, n'est pas nécessaire et peut même être nuisible.

  1. On peut facilement démontrer qu'une morale préalable est nécessaire. Socrate l'a fait en posant le problème comme suit : « ce qui est bon est-il aimé des dieux parce que c'est bon ou est-ce bon parce que c'est aimé des dieux? ». Si une chose est bonne en tant que telle, et non pas parce qu'elle est le caprice des dieux, c'est que nous avons au préalable une idée de ce qui est bon. (Note de l'auteur de ce compte-rendu : l'idée que la divinité est nécessairement bonne n'est pas universelle. On la retrouve, bien sûr, dans les traditions chrétiennes et musulmanes. La tradition juive présente plutôt un Dieu totalitaire et vengeur. Chez les Grecs et les Romains polythéistes, les dieux étaient très « humains », avec leurs qualités mais aussi leurs défauts, avec leurs exploits mais aussi leurs rivalités, leurs jalousies, leurs vengeances, etc.)
  2. Certains commandements divins se contredisent. Doit-on enlever un oeil pour un oeil ou tendre la joue gauche si on nous frappe la joue droite? Comment déterminer ce qui est moralement acceptable, parmi des maximes contradictoires, sans une morale préalable?
  3. On ne peut pas prouver que les communications divines sont authentiques.
  4. Les commandements divins sont vagues, de nature générale et ne tiennent pas compte des nombreuses exceptions et circonstances différentes.
  5. Les commandements divins n'abordent pas certaines questions modernes, telles que le clonage, le génie génétique, les cellules souches, etc.
  6. Une morale absolue pourrait même être nuisible. Plusieurs arguments soutiennent ce point de vue. S'il n'y a pas de morale sans dieu(x), ceux qui doutent ou perdent la foi pourraient alors agir de façon immorale. Ce qui n'est pourtant pas le cas : les athées et les agnostiques se tournent vers l'humanisme.
  7. Les commandements divins sont parfois erronés. Par exemple, la loi du talion appliquée systématiquement conduirait à d'interminables vendettas meurtrières.
  8. La morale divine déresponsabilise l'humain, car celui-ci peut facilement justifier ses actions selon son interprétation des textes, en disant que c'est Dieu qui le veut ou encore que Dieu est avec lui.
  9. La morale divine n'empêche pas de commettre des actes très répréhensibles, même sous peine d'un châtiment éternel. Ne dit-on pas qu'un mauvais catholique repentant ira au Ciel? Mais qu'un athée généreux ira en Enfer…

(F) POURQUOI AGIR MORALEMENT?

  1. Nous pouvons agir moralement par cohérence : nous devrions accepter que les autres nous fassent ce que nous leur faisons. Le voleur volé ne devrait pas se plaindre! La société façonne ce que nous sommes et nous procure des bienfaits. Les avantages que la société nous procure ne dureraient pas très longtemps si une proportion des gens, même petite, faisait fi des principes moraux.
  2. Nous pouvons agir moralement par sentiment : nier nos propres sentiments moraux nous mettrait mal à l'aise. D'ailleurs, beaucoup de gens disent qu'à la fin de leur vie, ce qui leur ferait le plus plaisir serait d'avoir agi moralement.
  3. Nous pouvons agir moralement par choix : nous désirons être de bonnes personnes.
  4. Selon Shermer, nous agissons moralement pour des raisons qui nous transcendent en tant qu'individus : ces raisons prennent leur source dans ce qu'est devenue la nature humaine par l'évolution.
  5. Nous pouvons agir moralement pour des raisons existentielles. La vie paraîtrait absurde si nous vivions dans un monde fragile, perdu dans l'espace infini, où seule la force ferait loi. La vie paraît tellement plus sensée et agréable lorsque nous réfléchissons et collaborons les uns avec les autres pour essayer de faire de notre monde un monde meilleur.

(G) LES FONDEMENTS D'UNE ÉTHIQUE SCEPTIQUE

Est-il possible de s'appuyer sur une éthique dérivée de la démarche sceptique, faite de doute, d'examen et de vérification? Selon M. Dubé, oui : être vraiment moral demande de faire l'effort de réfléchir à toutes les conséquences de ses actions, plutôt que de se fier aveuglément à un principe moral absolu et souvent simpliste. En éthique comme en science, il n'y a pas de vérité absolue. Toute connaissance est donc provisoire. On accepte certaines conclusions ou règles morales, pour leur valeur prédictive en terme de conséquences sur notre vie et sur celle des autres et de la société.

Voici donc ce que seraient les fondements d'une approche sceptique à l'éthique.

  1. La moralité se définit en degrés.
  2. Les comportements humains peuvent se mesurer.
  3. Ils peuvent donc être compris et étudiés scientifiquement.
  4. Ils peuvent être modifiés, pour le bien commun, par l'éducation ou par des lois basées sur des arguments moraux.
  5. La validité des règles morales peut être confirmée ou réfutée par les effets de ces règles dans une société complexe.

Les principes de base sur lesquels une morale sceptique doit se fonder sont les suivants.

  1. Le principe premier est la règle d'or, car celle-ci présuppose les principes d'égalité et de réciprocité. Mais ce principe seul n'est pas suffisant, puisque les individus ont des goûts, des intérêts et des traditions différentes.
  2. Il faut donc se renseigner sur les désirs et les besoins de l'autre,
  3. rechercher le bonheur de l'autre,
  4. rechercher sa liberté personnelle en tenant compte du bonheur et de la liberté d'autrui et enfin
  5. éviter les réactions extrémistes, comme la guerre, qui conduisent toujours à des catastrophes du point de vue humanitaire.

(H) LA PRATIQUE : 10 QUESTIONS TROUBLANTES

Avec ces principes de base à l'esprit, M. Dubé a fait distribuer un questionnaire aux participants afin que ceux-ci puissent exercer leur réflexion sur différentes questions. Il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses : ces questions font appel à l'évaluation que font les participants des conséquences aux actions posées. Un tel exercice revient principalement à faire un calcul utilitariste des biens et des torts causés en tenant compte de toutes les personnes impliquées, ainsi que de l'acuité et de l'irréversibilité des torts causés. La période de discussion qui a accompagné le dévoilement des résultats au sondage a été animée par Evelyne Gadbois.

SONDAGE SUR L'ÉTHIQUE SCEPTIQUE

À votre avis, le geste posé est-il très moral, plutôt moral, neutre, plutôt immoral ou très immoral?

Les répondants : 13 femmes, 21 hommes, 1 sexe non identifié, 1 refus de répondre.

Société

1. Un politicien choisit seulement les faits qui soutiennent sa position.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13)   3 1 9  
Hommes (21)     5 11 5
Total (35)   3 6 21 5
Abstentions :

2. Les services secrets torturent un présumé terroriste pour éviter une catastrophe.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13)   4   4 4
Hommes (21)   5 3 6 7
Total (35)   9 3 10 12
Abstentions :

3. Le port du voile islamique par les élèves devrait être prohibé à l'école publique.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13)   4 4 4 1
Hommes (21) 6 8 1 5 1
Total (35) 6 12 5 10 2
Abstentions :
Individu

4. Un adulte fréquente régulièrement des clubs de danseuses nues.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13)   3 7 3  
Hommes (21) 2 1 12 6  
Total (35) 2 5 19 9  
Abstentions :

5. Une personne préfère taire ses infidélités occasionnelles à son/sa conjoint/e.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13)   1 3 8 1
Hommes (21)   3 6 9 3
Total (35)   4 9 18 4
Abstentions :

6. Vous achetez un puissant véhicule utilitaire pour tous vos déplacements.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13)     3 7 3
Hommes (21)     4 14 3
Total (35)     7 22 6
Abstentions :
Santé

7. Une femme de 18 ans, enceinte de 2 mois, fait avorter sa grossesse accidentelle.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13) 1 8 3 1  
Hommes (21) 9 7 4 1  
Total (35) 10 15 8 2  
Abstentions :

8. Un athlète olympique, par son entraînement intensif, met en danger sa santé.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13)   2 4 7  
Hommes (21)   1 9 7 4
Total (35)   3 13 14 5
Abstentions :

9. Vous allez vous procurer un rein dans un pays du tiers-monde.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13)       5 8
Hommes (21)   1 2 5 13
Total (35)   2 2 10 21
Abstentions :

10. À la prière du patient, un médecin débranche le respirateur qui le maintient en vie.

  Très Moral Plutôt Moral Neutre Plutôt Immoral Très Immoral
Femmes (13) 4 6 3    
Hommes (21) 10 7 3   1
Total (35) 14 14 6   1
Abstentions :
Commentaires écrits :

Je refuse de répondre aux questions posées, car les choix proposés ne reflètent pas mon opinion. C'est trop absolutiste. Ce n'est pas tant l'acte en soi qui me pose un problème moral, mais l'intention derrière ces actes. Les questions sont posées de façon absolue! Pour chaque question, on peut imaginer des contextes différents qui pourraient changer le degré de moralité. Répondre aux questions du point de vue de mon épanouissement personnel? Ou du point de vue de la collectivité, de son bien, de sa survie, de la paix sociale, etc.? J'ai choisi la survie de la collectivité.

Environnement : Je ne comprends pas la morale de la pollution.

Avortement : Elle a le droit de choisir, je n'ai pas le droit de juger.

Olympisme : C'est son choix et sûrement une passion.

Euthanasie : Si la souffrance ne peut être soulagée et est inévitable et si le patient le demande en étant conscient.

(1) LE MENSONGE

Propos du conférencier

La vérité est ce qui permet un échange en toute confiance dans la société. Une vision binaire du monde suggère que le mensonge est mauvais et la vérité bonne. Mais en réalité, les choses sont pas mal plus complexes.

La plupart d'entre nous ont sans doute déjà menti au moins une fois aujourd'hui. On ment pour épargner les susceptibilités, par charité, par politesse, par vantardise, pour s'aider à vivre, pour se soutenir ou se supporter soi-même, par peur de l'incertitude ou de l'inconnu, etc. On ment en faisant des blagues qui laissent entendre que ce que l'on dit est vrai, alors que c'est faux. Les politiciens mentent lorsqu'ils font des promesses, ou encore ne disent pas toute la vérité. Les bonnes raisons ne manquent pas pour mentir ou déformer la vérité!

Les mauvaises raisons pour mentir ou déformer la vérité sont moins nombreuses, mais assez populaires. On ment pour tromper, pour obtenir un avantage ou pour éviter un inconvénient, pour garder ses privilèges, pour conserver ses acquis, pour sauver la face, pour voir à son profit (dans un monde compétitif, si on ne gagne pas, on perd), etc.

Par ailleurs, Kant, fidèle à son principe d'universalisation, soutenait qu'on ne doit jamais mentir. Par exemple, si une femme battue vient se cacher chez vous et que son mari violent, qui veut la tuer, vous demande si vous l'avez vue, vous devez lui dire la vérité.

Question

Un politicien choisit seulement les faits qui soutiennent sa position. Est-ce moral?

Discussion

Nul ne peut être tenu responsable des tenants et aboutissements de tous les cas : on ne peut prendre de décisions qu'en fonction des informations disponibles.

La politique est l'ensemble des règles et des principes de vie en société que les gens se donnent.

(2) LA TORTURE

Propos du conférencier

Certains prétendent que la torture est inévitable : la société doit l'utiliser pour se protéger des actions des terroristes. Des circonstances extraordinaires demandent des mesures extraordinaires. Certains affirment qu'on ne torture jamais des personnes, mais seulement des criminels, des fascistes, des communistes, des terroristes. La seule façon de faire avouer ceux-ci est de les humilier, de les terroriser, de les tordre (au sens étymologique). Les innocents que l'on pourrait sauver auraient-ils moins de droits que les coupables?

Toutes les organisations policières du monde utilisent une certaine forme de coercition pour obtenir des aveux. Le criminaliste américain Alan Dershowitz défend la torture, à condition qu'elle soit réglementée et autorisée seulement dans certains cas spécifiques. Dershowitz préconise que tout interrogatoire devrait être filmé pour éviter les abus. Si l'on n'est pas prêt à filmer la torture, il ne faut pas l'utiliser.

Les avis contre toute torture ne manquent pas non plus. Tout être humain a droit au respect. La déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, ainsi que la convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre de 1950, condamnent toute torture sans exception. Aucune fin ne peut justifier certains moyens : c'est ce qui fait la différence entre un terroriste et celui qui ne l'est pas.

On ne peut pas contrôler le degré d'inconfort ou de souffrance provoqué par la torture. Un prisonnier torturé peut dire n'importe quoi pour faire cesser sa souffrance. Qui pourrait prétendre que la torture est justifiée quand le prisonnier ne sait rien, et comment savoir s'il sait quelque chose? Peut-être a-t-il été fait prisonnier par erreur?

Question

Les services secrets torturent un présumé terroriste pour éviter une catastrophe. Il aurait déposé une bombe quelque part au centre-ville de Montréal. Est-ce moral?

Discussion

Voilà une question difficile : la torture est immorale, mais prévenir une catastrophe est moral. Si l'on torture un « présumé » terroriste, il y a le risque de torturer un innocent. S'il n'y avait jamais d'erreur judiciaire, la torture pourrait être morale.

Torturer quelqu'un est immoral : cela revient à entrer dans l'esprit et le corps d'un individu de façon délibérée, sans sa permission. Cela brise des choses aux niveaux psychologique et physiologique.

Le caractère moral ou immoral de la torture - faire souffrir une personne pour prévenir la souffrance d'un grand nombre de personnes - est fonction du temps disponible pour prévenir la catastrophe (y a-t-il urgence?) et de l'échelle de celle-ci.

La torture physique ne serait pas nécessaire : enfermer quelqu'un est déjà une torture psychologique.

Une personne a dit que si c'était pour sauver son enfant, elle trouverait tout à coup que la torture est très morale!

3. LE VOILE ISLAMIQUE

Propos du conférencier

Nous parlons ici du port volontaire du voile islamique par des jeunes filles à l'école publique primaire et secondaire. On peut être en faveur du port du voile pour diverses raisons. Les droits de la jeune citoyenne sont protégés par la charte canadienne des droits et libertés. Elle a le droit de pratiquer sa religion selon sa coutume, à moins qu'elle ne brime la liberté des autres élèves - ce qui n'est évidemment pas le cas. On doit accepter les différences religieuses qui font partie du pluralisme de la société québécoise. L'interdiction de porter le voile à l'école pourrait conduire à l'exclusion de ces jeunes filles de l'école. La controverse pourrait raviver l'intégrisme musulman. On ne doit pas combattre une idéologie discutable par une prohibition, mais par l'éducation.

Les arguments contre le port du voile sont importants. Le port du voile par l'élève est-il vraiment volontaire? L'école ne doit-elle pas être un lieu d'apprentissage exempt de toute pression religieuse ou autre? Le voile n'introduit-il pas un élément de division et même de discrimination dans le milieu scolaire? N'est-il pas également une entrave à certains cours, comme l'éducation physique?

Dans les pays musulmans où son port est obligatoire, sous peine d'être ostracisée et même tuée, le voile n'est-il pas un symbole d'inégalité et d'oppression? Le port obligatoire du voile islamique dans certains pays musulmans ne date que de quelques dizaines d'années. Il est même banni dans d'autres pays musulmans. Il correspond à une interprétation intégriste de la religion musulmane. Cette obligation est idéologique et politique, et non pas religieuse. Refuser l'intégrisme intolérant n'est pas faire preuve d'intolérance.

Question

Le port du voile islamique par les élèves devrait être prohibé à l'école publique. Cela est-il moral?

Discussion

Il faudrait interdire tous les signes religieux à l'école, et pas seulement le voile islamique, pour éviter de s'attaquer à une religion en particulier. Les communautés religieuses peuvent construire leurs propres écoles.

Porter des symboles religieux ne fait pas de mal aux autres : il faut vivre et laisser vivre.

On a souligné que la question du port du kirpan (un poignard religieux) est différente : la sécurité est alors impliquée.

Interdire ou non le port du voile dépend des valeurs de la société. En France, le port du voile est interdit. Si l'on souhaite que le Canada soit une société ouverte, le port du voile ne devrait pas être prohibé.

Une personne ayant enseigné au secondaire a déjà eu des étudiantes voilées, parfois même très voilées. Ces filles ne pouvaient pas faire d'éducation physique. Elles avaient très chaud en classe. L'interdiction du port du voile islamique dans les écoles publiques est donc très morale. Il faudrait aussi recourir à d'autres sortes de moyens pour intervenir auprès des parents qui décident de « faire souffrir » leurs filles à la maison en leur imposant le port du voile.

4. LA PORNOGRAPHIE

Propos du conférencier

On s'adonne à la pornographie pour toutes sortes de raisons. Chacun a ses fantaisies sexuelles personnelles. Certains les complètent à l'aide d'images ou de films décrivant des comportements érotiques, ou pornographiques selon les avis. Lorsque cette pratique n'est qu'un supplément occasionnel qui ne remplace pas une relation amoureuse normale, voire qui augmente le désir, pourquoi pas?

Il y a problème lorsque la pornographie décrit des situations violentes et abusives, banalise le viol ou implique des mineurs. Plusieurs argumentent que la pornographie conduit facilement à la prostitution, surtout à cause des criminels qui souvent en tirent profit et dominent les travailleuses du sexe par la menace ou la drogue. On dit souvent que la plupart des femmes qui s'y adonnent s'en sentent dévalorisées, et s'enfoncent dans un engrenage dépressif de dépendance, dont il est très difficile de sortir. Chez les adolescents, la pornographie pourrait servir d'éducation sexuelle mal avisée.

Question

Un adulte fréquente régulièrement des clubs de danseuses nues. Est-ce moral ou non? Ou sans conséquence?

Discussion

On a souligné que personne n'a répondu « très immoral ». La pornographie est un sujet délicat. Elle est clairement immorale lorsqu'elle implique des mineurs. Il n'y a pas de problèmes lorsqu'elle a lieu entre des adultes consentants, mais ce n'est pas toujours la réalité : obliger quelqu'un est immoral.

5. L'INFIDÉLITÉ

Propos du conférencier

Pour certains, l'infidélité amoureuse est sans véritables conséquences. C'est avant tout une question de liberté individuelle. Il est aussi bien connu que la variété des partenaires sexuels stimule la libido. On peut sûrement aimer plus d'une personne à la fois. Quel mal y a-t-il si les aventures sont occasionnelles ou non planifiées?

Par contre, dans la réalité, une infidélité brise souvent de façon irrémédiable l'engagement initial, du moins pour l'autre partenaire. Le lien de confiance est rompu. L'infidélité peut aussi lancer à l'autre partenaire un message d'insatisfaction personnelle ou d'avoir trouvé mieux. L'infidélité peut causer du tort à la famille et aux enfants, et même conduire à la séparation.

Certains croient qu'il n'est pas possible d'avoir des relations profondément enrichissantes avec plusieurs partenaires à la fois, surtout lorsque ceux-ci se croient uniques.

Question

Est-il moral qu'une personne préfère taire ses infidélités occasionnelles à son/sa conjoint/e?

Discussion

On a souligné que personne n'a répondu « très moral ».

Pourquoi la question porte-t-elle sur le fait de taire ses infidélités plutôt que sur l'infidélité elle-même? La question semble suggérer qu'il est normal d'être infidèle! On a répondu que la question se posait en fait une fois qu'une infidélité avait eu lieu. Taire ses infidélités ou les camoufler sous de faux alibis signifie mentir.

Une personne a affirmé que l'infidélité est immorale lorsqu'il y a engagement entre deux personnes, sauf s'il y a eu entente à cet effet. Une autre personne a précisé que, dans ce dernier cas, on ne peut pas parler d'infidélité.

La fidélité se fait par rapport à un code, par rapport à des règles ou à des principes. Il est très immoral d'enfreindre les règles que nous nous donnons nous-mêmes.

Une personne a cité le cas d'un de ses amis qui trouve moral de taire ses infidélités. Cet ami considère en fait que l'infidélité elle-même est morale, et que la taire est d'en assumer la suite logique.

6. L'ENVIRONNEMENT

Propos du conférencier

On peut vouloir protéger l'environnement pour diverses raisons. On veut vivre aujourd'hui dans un environnement sain, que ce soit à la ville ou à la campagne. On craint les effets nocifs de la pollution à moyen ou à long terme, tel le réchauffement de la planète. On doit aussi penser aux générations futures, qui devront se débrouiller avec nos déchets, légués en héritage. On désire préserver les richesses périssables, comme le pétrole, les poissons, les forêts, etc.

Mais certains affirment que la Terre appartient aux humains, qui peuvent l'exploiter selon leurs besoins comme ils l'ont d'ailleurs toujours fait. Chaque espèce vivante en exploite une autre pour sa survie : l'humain ne fait que prendre la place qui lui revient en tant que roi de la nature.

Selon le point de vue utilitariste, le bonheur du plus grand nombre d'humains exige un développement constant. Vouloir protéger les forêts mène au chômage des travailleurs forestiers et entraîne une augmentation du prix du bois.

Enfin, certains prétendent que l'invention humaine, soutenue par le besoin et un marché capitaliste, découvrira, au moment voulu, la façon de se sortir de n'importe quelle situation, si périlleuse soit-elle. (Note de l'auteur de ce compte-rendu : y aurait-il lieu, aujourd'hui, de parler « d'économisme » de la même manière que l'on parlait de « scientisme » au XIXème siècle, une idée alors à la mode selon laquelle la science réglerait tous les problèmes de l'humanité?)

Question

Est-il moral d'acheter un puissant véhicule utilitaire pour tous vos déplacements?

Discussion

Certains participants ont dit que c'est plutôt moral : les gens ont le droit d'avoir des 4 X 4, pourvu que ces véhicules soient taxés en fonction de la pollution et des inconvénients qu'ils causent. D'autres ont répondu que c'est plutôt immoral : les adultes qui inculquent à leurs enfants l'importance de recycler les papiers, mais qui se permettent d'avoir un 4 X 4, se contredisent eux-mêmes.

7. L'AVORTEMENT

Propos du conférencier

Ceux qui sont pour l'avortement font valoir que le foetus n'est qu'un humain potentiel, en développement, et non un être humain à part entière, non une personne légale. L'avortement ne peut pas être considéré comme un meurtre. Même les pro-vie les plus convaincus ne feront pas de funérailles à un foetus éliminé dans une fausse couche et ne réclameront pas une enquête criminelle pour déterminer si la fausse couche a été provoquée délibérément. La vie et le bien-être de la mère sont plus importants que ceux d'un foetus en développement. La plupart pensent que le stade de développement du foetus est crucial dans la décision d'avorter et pourraient s'y opposer après le 6ème mois, alors que les fonctions neurologiques typiquement humaines commencent à se développer et que le foetus pourrait être viable.

Un autre argument important est celui qu'un bébé non désiré a plus de risques d'être négligé ou maltraité par ses parents qu'un bébé désiré. On déplore que la société mette l'accent sur le caractère précieux de la vie de l'enfant à naître, mais consacre peu de ressources pour aider le développement des enfants après la naissance.

Certains considèrent que l'embryon a une âme ou est un humain à part entière dès la conception, que ce soit sur la base de croyances religieuses ou de connaissances biologiques, tel le caractère unique du code génétique de chaque individu. Tuer un foetus, c'est tuer un humain. Qui pourrait d'ailleurs prétendre que tuer un bébé quelques jours avant sa naissance n'est pas un meurtre, alors que le tuer immédiatement après sa naissance serait de bon droit considéré comme un infanticide? On considère aussi que la vie et le bien-être de la mère sont moins importants que ceux de l'enfant à naître, car c'est le rôle, et même le devoir, de la mère de le porter. D'ailleurs, cet être sans défense a toute une vie devant lui. Si la mère ne peut s'en occuper, d'autres le feront. La société y veillera.

Question

Une femme de 18 ans, enceinte de 2 mois, fait avorter sa grossesse accidentelle. Un foetus de 2 mois mesure environ 3 cm de hauteur. Est-ce moral?

Discussion

Une personne a répondu neutre : sans blâmer la femme qui se fait avorter, elle se dit sensible au fait que l'on tue quelqu'un qui aurait été viable.

Un enfant non désiré vivrait-il une vie heureuse? Mieux vaut un avortement qu'un enfant non désiré. Une autre personne rétorque qu'un enfant non désiré peut effectivement être traité avec soins et amour par ses parents une fois au monde. (Note de l'auteur de ce compte-rendu : on pourrait ajouter que des enfants bel et bien désirés sont maltraités ou négligés par leurs parents une fois au monde.)

On a souligné les risques que l'avortement implique pour la santé de la femme.

8. LES COMPéTITIONS OLYMPIQUES

Propos du conférencier

Les jeux olympiques servent à motiver les jeunes à faire du sport et leur donnent des exemples de persévérance à suivre. Du point de vue économique, les jeux font de la bonne publicité pour le pays hôte et aussi pour tous les pays participants - surtout s'ils remportent des médailles!

Mais on peut opposer plusieurs arguments aux jeux olympiques. Le spectateur ne fait pas de sport. Le modèle de persévérance poussée à l'extrême peut même contribuer à détériorer de façon irrémédiable la santé de l'athlète, surtout si en plus il se sert des populaires drogues rehaussant les performances. Ce sont les intérêts publicitaires des multinationales qui dictent les décisions et demandent que les performances soient de plus en plus grandes, jusqu'au point de rupture du corps humain. Tout est faussé dans les Jeux Olympiques : les spectateurs applaudissent les athlètes souvent non pour leurs performances, mais parce qu'ils représentent leurs pays, et ce, même s'ils sont originaires d'un autre pays. L'idée qu'il faille un gagnant et un perdant fait oublier que l'effort seul est valable et que tous ceux qui participent aux jeux, de même que ceux qui ne se sont pas qualifiés, méritent notre admiration. S'inquiète-t-on de ce qui va arriver à ceux qui perdent? L'esprit de compétition est destructeur : il est aux antipodes d'une saine coopération entre les humains, qui seule peut garantir un progrès durable dans un monde généreux.

Question

Un athlète olympique, par son entraînement intensif, met en danger sa santé. Est-ce moral?

Discussion

C'est plutôt moral, car c'est le choix de l'athlète. Les athlètes sont des gens qui ont une passion extraordinaire et on n'a pas le droit de la leur enlever.

On a demandé si les gens qui ont voté immoral regardent les Olympiques.

La réalité est très immorale pour les athlètes olympiques eux-mêmes. Aucun athlète, de nos jours, ne peut se rendre au niveau olympique sans être bourré de drogues et ainsi raccourcir sa vie. On a rétorqué en demandant s'il est immoral d'occuper un emploi qui met sa vie en péril, comme dans la police ou dans la construction. La réponse donnée fut non : ce n'est pas la même question.

Une personne a dit ne pas avoir de réponse à cette question. Les gens sont libres : libres de manger comme des cochons et d'être obèses; libres de faire du diabète (de type II); libres de s'injecter des hormones; etc. Cependant, lorsque ces gens ont des accidents, ils sont soignés aux frais de la collectivité. Faut-il pour autant tout interdire? Où se trouve la marge? Par exemple, en Angleterre, certains médecins refusent de soigner les fumeurs ou les obèses « récidivistes » ou qui ne font rien pour corriger la situation.

Les Olympiques incarnent un idéal de santé, de beauté et de force. Le fait que les athlètes, par leur entraînement et/ou la consommation de certains produits, mettent leur santé en péril n'entre-t-il pas en contradiction avec ces idéaux? On a déploré que les athlètes soient aussi soumis aux caprices des commanditaires qui veulent des vedettes. On a rappelé que l'on ne reconnaît que les vainqueurs : on oublie les autres, et surtout, on oublie le travail énorme que tous les athlètes ont dû faire pendant des années pour se rendre aux Olympiques. Le dernier aux Olympiques est tout de même le meilleur dernier au monde!

On a suggéré la mise sur pied d'Olympiques sans médailles.

En parallèle, on a rappelé que beaucoup d'actrices obtiennent des rôles grâce à leurs seins, pas toujours naturels. Ces vedettes renoncent à une certaine identité pour se conformer à un certain idéal ; à l'instar des athlètes, elles sacrifient quelque chose de corporel pour atteindre leur objectif.

9. LE DON D'ORGANES

Propos du conférencier

Derrière votre carte d'assurance maladie, vous pouvez coller et signer une étiquette disant ceci : « à mon décès, je consens à ce qu'on prélève tous les organes pouvant servir à des greffes. » à défaut de coller et de signer cette étiquette, on ne vous considérera pas comme un donneur lors de votre décès. Au Canada, comme ailleurs, il faut attendre parfois longtemps pour obtenir un organe. Par exemple, l'attente est de 8 ans pour un rein. L'attribution d'un organe à une personne de plus de 60 ans risque d'être reportée indéfiniment.

Il existe une autre possibilité pour se procurer un organe : l'acheter, habituellement dans un pays du tiers monde. Le coût est assez élevé : autour de 200 000 CAD. Dans ce cas, le don d'organe est volontaire, en apparence. Le don d'un organe contre rémunération est proscrit au Canada en raison des abus possibles. Les donneurs que l'on paye sont donc des pauvres du tiers-monde. Un reportage disait récemment que les donneurs ne reçoivent en général que 2000 CAD et que souvent, après leur don, ils ne peuvent plus travailler aussi fort, du moins à mesure qu'ils avancent en âge. Les statistiques semblent démontrer qu'à moyen et long terme ils n'améliorent pas leur sort économiquement. à court terme, ils doivent parfois combattre l'infection, avec des médicaments qu'ils doivent se payer eux-mêmes. Il y a aussi la possibilité très réelle que le trafic soit contrôlé par la mafia, auquel cas les donneurs pourraient être contraints à donner de leurs organes.

Question

Est-il moral de se procurer un rein dans un pays du tiers-monde?

Discussion

Une personne, qui a répondu très immoral, confesse que sa réponse était très facile étant donné qu'il y a très peu de chances qu'elle ait un jour besoin d'une transplantation d'organe et qu'elle dispose alors des 200 000 CAD. Mais elle avoue que si c'était le cas, elle changerait peut-être d'idée.

On a souligné la possibilité qu'une personne du tiers monde qui vend un organe ne le fasse pas réellement de plein gré.

Une autre personne, qui a répondu neutre, a dit que si elle devait acheter un rein, elle s'arrangerait pour que le donneur reçoive plus que 2000 CAD. Il existe sûrement une façon morale de se procurer un rein, en s'arrangeant pour que le donneur ait une vie décente.

On a dénoncé le trafic clandestin d'organes en provenance du tiers monde. Si l'on avait des lois et des législateurs solides, on n'accepterait pas que quelqu'un soit abusé. On mettrait des mécanismes sur pied.

Pourquoi ne pas rendre le don d'organes obligatoire? Serait-ce moral? Selon certaines croyances, il faut préserver l'intégrité du cadavre : ces croyances sont-elles morales? Au Québec, il faut signer le verso de sa carte d'assurance maladie pour donner son consentement au don d'organes. On pourrait changer la loi pour que le consentement au don d'organes soit la norme, par défaut, et que la signature ne soit requise qu'en cas de refus : ainsi, les gens qui s'en fichent seraient des donneurs par défaut plutôt que des non-donneurs par défaut.

10. L'EUTHANASIE

Propos du conférencier

L'euthanasie est la provocation de la mort par compassion. Dans les cas les plus dramatiques, des personnes atteintes de maladies dégénératives souffrent terriblement et sont clouées au lit. La médecine ne voit aucun espoir d'améliorer leur condition. Ces personnes expriment le désir de mourir, mais ne peuvent mettre fin à leurs jours elles-mêmes. Certains malades peuvent être condamnés à vivre jusqu'à la fin de leurs jours branchés à un respirateur, comme Nancy B. Dans ces cas, en vertu du principe de consentement libre et éclairé, la cour leur reconnaît le droit de refuser le traitement.

Dans d'autres cas, l'administration d'une dose massive de morphine soulage des douleurs atroces, mais a aussi pour effet secondaire de hâter indirectement la mort. La morphine permet aux mourants de vivre leurs derniers jours dans la dignité. M. Dubé a ajouté que donner plus d'attention ou d'affection au malade serait un autre moyen d'alléger ses souffrances ; ces soins palliatifs pourraient peut-être même enlever l'idée du suicide.

Certains croient que si le patient a le droit de refuser un traitement qui pourrait prolonger sa vie, il a aussi le droit de demander qu'on l'aide à mourir. Le meurtre n'est répréhensible que si l'on enlève la vie d'une personne sans sa permission. Bien que le suicide ne soit plus un acte criminel au Canada, la question cruciale qui demeure est de savoir si le suicide découle vraiment d'un consentement libre et éclairé ou d'une incontrôlable psychose.

D'ailleurs, l'argument le plus souvent invoqué contre l'euthanasie est le risque que des pressions subtiles de la famille ou des médecins conduisent à une mort non véritablement désirée par les plus faibles et les plus démunis. Les membres de la famille peuvent avoir toutes sortes de raisons personnelles pour vouloir précipiter la mort d'un de leurs proches, économiques ou autres. L'hôpital pourrait aussi trouver les traitements trop coûteux ou avoir besoin de lits.

Plusieurs sont contre l'euthanasie pour des raisons essentiellement religieuses. La vie est sacrée : on ne peut tuer, ni se tuer. Dieu seul peut choisir le moment de la mort. La souffrance permet d'obtenir une meilleure place au ciel.

Question

À la prière du patient, un médecin débranche le respirateur qui le maintient en vie. Est-ce moral ou non? Le patient pourrait être Nancy B. et le médecin le Dr Kevorkian, le « docteur suicide » du Michigan, maintenant en prison.

Discussion

L'euthanasie est morale si la personne est consciente et y consent de son plein gré.

La personne ayant voté contre l'euthanasie est embêtée par l'abondance de cas de personnes âgées fortunées qui demandent à leurs enfants de les aider à se suicider. Mais dans certains cas, comme celui de Nancy B., elle est d'accord avec l'euthanasie.

On a abordé la question du suicide chez les jeunes, différente de celle du suicide chez les personnes très malades et souffrantes.

On a fait la distinction entre, d'une part, le droit de refuser les soins nécessaires au maintien de la vie et le droit de refuser de s'alimenter, et, d'autre part, l'euthanasie qui est l'acte de provoquer la mort par une injection létale de morphine. La loi oblige à prodiguer la médication nécessaire pour atténuer la souffrance, mais si la personne décide de cesser de s'alimenter, on n'a pas le droit de l'y forcer. Selon la législation canadienne, l'euthanasie est immorale et illégale.

(I) CONCLUSIONS

Il n'est pas facile de faire la part des choses sur des questions éthiques complexes. Trouver des solutions provisoires, afin de mieux vivre ensemble, repose sur :

  • Une application nuancée de la règle d'or,
  • L'analyse détaillée des faits,
  • Une réflexion rigoureuse sur les arguments pour et contre,
  • Des évaluations honnêtes sur les conséquences prévisibles pour toutes les personnes impliquées,
  • Et la vérification des résultats prévus.

Si les hypothèses morales n'ont pas les répercussions escomptées, on doit s'efforcer d'en trouver des meilleures.

La question de l'euthanasie sera peut-être, à la fin de notre vie, notre dernière décision morale.

Compte-rendu rédigé par Daniel Fortier.

Daniel Fortier tient à remercier Louis Dubé de lui avoir fourni les notes qu'il a utilisées pour sa conférence.

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