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Conférence du jeudi 13 mars 2008

Le jugement critique et les nouveaux

 mouvements religieux

Lorraine Derocher, Université de Sherbrooke

Texte annonçant la soirée

Bien que la diversité religieuse du Québec soit caractérisée largement par les religions issues de l’immigration, certains groupes religieux minoritaires, dont les « nouveaux mouvements religieux », contribuent à teinter le visage religieux du Québec. La perte d’emprise des grandes Églises traditionnelles a laissé place à une multitude d’« offres » de groupes religieux proposant divers types d’expériences spirituelles, caractérisant ainsi le champ socioreligieux depuis plus de trois décennies.

Par ailleurs, la société a pu assister à quelques « dérapages » de certains groupes religieux. Il a été fréquent d’apprendre par les médias que tel ou tel mouvement religieux s’adonnait à des activités illégales : fraudes, abus sexuels, violence psychologique, isolement, pratiques médicales douteuses, écoles illégales, etc.

Lorraine Derocher

La conférence procurera aux participants des notions qui leur permettront, dans un premier temps, de bien définir les nouvelles spiritualités et de bien cerner ce qui les distingue des grandes religions traditionnelles, des groupes sectaires ou des groupes potentiellement dangereux. Il sera ainsi plus aisé de comprendre certains comportements de membres liés à leurs croyances. Dans un deuxième temps, la conférencière abordera la question des critères de discernement afin d’éclairer un peu mieux les individus ouverts aux nouvelles spiritualités ou ceux qui aimeraient comprendre le phénomène.

Lorraine Derocher est chargée de cours à la Faculté de théologie, d’éthique et de philosophie de l’Université de Sherbrooke et professionnelle de recherche au sein du Groupe de recherche Société, Droit et Religions de l’Université de Sherbrooke. Son champ d’expertise aborde la question des enfants qui sont nés ou qui ont grandi au sein de groupes sectaires apocalyptiques. Elle donne de façon régulière des formations aux intervenants, aux professionnels et aux enseignants des commissions scolaires. Son ouvrage « Vivre son enfance au sein d’une secte religieuse – Comprendre pour mieux intervenir » vient tout juste d’être publié aux Presses de l’Université du Québec (2008) sous la collection « Problèmes sociaux et interventions sociales ». Mme Derocher est membre de la Coalition canadienne pour les droits des enfants.

Annonces

François Filiatrault, animateur de la soirée, précise la mission des Sceptiques du Québec, organisme à but non lucratif : améliorer l’esprit critique de ses membres, et du public en général, en tenant des conférences comme celle-ci, en publiant une revue et en maintenant un site Web et un forum de discussion sur des sujets sceptiques. Un nouveau conseil d’administration vient d’être élu ; il regroupe huit membres bénévoles.

Le dernier numéro du Québec sceptique est toujours en vente. Il est rempli d’articles fort intéressants, dont la mystification intellectuelle, la pensée magique du Secret, la polygamie et les OGM, en plus des comptes-rendus des soirées précédentes.

Actualités

Notre animateur commente ensuite un article paru dans Quartier libre, la revue des étudiants de l’Université de Montréal. On y caractérise les Sceptiques du Québec comme ayant « La passion de la raison ». Cécile Delporte, journaliste, voulait connaître la position des Sceptiques sur la religion. Elle en a interviewé plusieurs lors de l’Assemblée générale de l’organisme en février dernier. Essentiellement, tout en respectant les croyances de chacun, les Sceptiques disent pouvoir s’exprimer quand même sur celles qui tiennent un discours incohérent ou contraire aux faits.

Dans ce même numéro de Quartier libre, il y avait aussi un article sur le mouvement « La Nouvelle Acropole », basé sur une entrevue avec le directeur de cet organisme, Denis Bricnet. Les cours donnés seraient fortement teintés de spiritualité et, académiquement, ne relèveraient pas de la philosophie.

Une première candidature au prix Fosse Sceptique vient d’être acceptée. Il s’agit de MédiaMatinQuébec, quotidien publié par l’Union des syndicats du Journal de Québec, pour son numéro spécial de janvier 2008 sur l’astrologie et la numérologie. Quelques titres : « Les planètes travaillent en équipe », « Le zodiaque amoureux », « Le zodiaque au boulot »… Douze pages de pur délire pseudoscientifique. Une pub à peine déguisée pour les profiteurs de la crédulité. Absolument inacceptable de la part de journalistes sérieux qui semblent avoir choisi de publier des inanités.

Si vous voyez des cas semblables de promotion de paranormal, n’hésitez pas à nous soumettre vos candidatures, en donnant brièvement la raison de votre choix.

Revue littéraire

L’animateur nous présente ensuite deux livres passionnants. Le premier traite de psychanalyse, sujet controversé qui a été critiqué à profusion, notamment par l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS). Il a pour titre : « Sigmund est fou et Freud a tout faux » de René Pommier. Critique virulente de la psychanalyse, mais sous forme particulièrement amusante. Par exemple, sur l’imposante théorie du rêve, que Freud a qualifié de « voie royale de l’inconscient », l’auteur en fustige les nombreuses incohérences (si le rêve est la réalisation de désirs, pourquoi les cauchemars ?), et les justifications ad hoc (si votre rêve ne s’est pas réalisé, c’est que vous vouliez prendre ma théorie en défaut). Les sceptiques se retrouvent souvent dans une position difficile dans les médias, ils doivent démontrer en 30 secondes que la position paranormale est incohérente. Dixit Pommier : « Je sais par expérience qu’il est très vite fait de dire n’importe quoi, il faut au contraire beaucoup de temps et beaucoup de patience pour arriver à prouver formellement que quelqu’un dit n’importe quoi. »

Voici sa conclusion : « Pour conclure ces remarques très rapides et très incomplètes sur les thèses de Freud relatives au rêve, je dirai donc qu’il n’y a rien à en retenir. Freud est persuadé que le rêve est un produit très élaboré, le fruit d’un savant travail, le résultat d’une construction intellectuelle extrêmement complexe, l’œuvre d’un créateur qu’il sait parfaitement ce qu’il veut faire et qui fait preuve d’une inventivité et d’une ingéniosité sans limites. Rien n’est plus faux. L’inconscient freudien ressemble à son père. Il se croit très malin, mais c’est un bon à rien. » Bref, la théorie freudienne du rêve n’a jamais été démontrée. La psychologie aurait très bien pu exister sans Freud, même s’il a gagné un prix Nobel de littérature – et non pas de médecine, comme il le désirait.

Voici un autre livre très instructif et très intéressant, poursuit Filiatrault, semblable à ceux déjà présentés sur la psychologie du consommateur et le fonctionnement du cerveau : « 150 petites expériences de psychologie pour mieux comprendre nos semblables » de Serge Ciccotti. Ce livre contient des expérimentations très précises en psychologie sociale. Chaque expérience comporte un excellent résumé de la problématique lancée par une question. Par exemple : « Pourquoi trouvez-vous la poupée Barbie si belle ? » (Théories de l’évolution), « Pourquoi vos amis ne suivent-ils pas vos conseils et préfèrent persister dans l’erreur ? » (Confirmation des hypothèses), « Comment les magazines populaires s’y prennent-ils pour fabriquer des tests de personnalité qui reflètent aussi bien ce que nous sommes ? » (Effet Barnum). Peut-être pourrait-on en faire un petit jeu amusant à une soirée subséquente, propose l’animateur ?


Le jugement critique et les nouveaux

mouvements religieux

Lorraine Derocher, Université de Sherbrooke

Lorraine Derocher

Sociologue de formation, Lorraine Derocher étudie la religion comme un phénomène de société. Les nouveaux mouvements religieux fermés constituent à ses yeux une microsociété qui évolue à l’intérieur d’une société plus large. Comment exercer son jugement critique dans l’éventail des sectes qui font partie de toute société moderne ?

La conférencière présentera d’abord quelques définitions pertinentes sur les nouveaux mouvements religieux (expression qui remplace maintenant le terme « secte ») et sur le « sectisme » (qui pourrait s’apparenter au racisme). Elle abordera ensuite les critères qui permettront de reconnaître les caractéristiques principales de ces nouveaux mouvements religieux, ce qui permettra l’élaboration d’une classification typologique de ces mouvements.

Secte : terme péjoratif

Le terme « secte » traîne avec lui une connotation très négative. Quel adepte serait prêt à se vanter qu’il fait ou qu’il a fait partie d’une « secte » ? S’il advenait qu’il quitte le mouvement, il hésiterait probablement à en parler ouvertement, ou s’il choisit d’en parler, il est porté à se déresponsabiliser. La pression sociale est forte.

À cause de cette forte connotation négative, les chercheurs des sciences humaines préfèrent ne pas utiliser le terme « secte » à moins de le définir au préalable. Ils préféreront l’expression « nouveaux mouvements religieux » (NMR), qui projette une tout autre image, établissant une nette distinction avec les grandes traditions religieuses, tels l’hindouisme, le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme et l’islam. On distingue ainsi, à cause de l’ancienneté des religions traditionnelles, les nouveaux mouvements religieux comme étant tout mouvement religieux qui ne constitue pas en soit une tradition religieuse.

Définition objective de la secte

Le terme « secte » peut être défini plus positivement comme : un groupement religieux ou idéologique qui est clos sur lui-même et créé en opposition à des idées religieuses ou à de pratiques sociales dominantes. Au XVIe siècle, Luther et d’autres chefs religieux ont créé ce qu’on a alors convenu d’appeler des « sectes protestantes ». Ces groupes n’étaient pas des « sectes » comme on l’entend aujourd’hui quand on parle de groupes nébuleux et dangereux.

À l’origine, « secte » vient du latin « sectare », qui signifie « se détacher » ou « se couper » du noyau principal. Ces « sectes » seraient elles-mêmes soumises à des divisions ultérieures. Par exemple, l’Église fondamentaliste de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours s’est détachée des Mormons (l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours), qui elle-même est issue du protestantisme, provenant du catholicisme et, ultimement, du judaïsme.

Origine des sectes

Souvent, des individus ont tenté de réformer l’Église mère, mais devant l’échec, ils ont choisi alors de s’en détacher. La plupart des grandes traditions religieuses - non seulement la religion catholique - ont donné naissance à des « sectes », au sens de groupes religieux dissociés.

En plus de s’opposer aux pratiques religieuses d’une tradition religieuse, certains groupes s’opposent avant tout à certaines pratiques sociales dominantes. C’est le malaise créé par la modernité qui suscite cette fois chez des individus une scission d’avec la société. Celle-ci se transforme parfois en repli, voire en dérapage.

Pour résumer, les nouveaux mouvements religieux sont formés de réformateurs qui tentent de changer, de l’intérieur, soit leur religion, soit la société, mais n’y arrivant pas, ils se détachent du groupe principal dont ils contestent certaines pratiques.

Les sectes naissent ainsi d’une rupture contestataire avec la société et/ou avec une tradition religieuse. C’est la nature même de leur existence. Ces mouvements sont donc à la base des groupes marginaux.

Sectisme et racisme

Le terme « secte » ne nous aide donc pas à comprendre ce phénomène complexe. Il peut même conduire au « sectisme », qui s’apparente au racisme. Le rejet de l’autre ici se vit à l’égard des sectes plutôt qu’à des ethnies. Selon les théories sur le racisme de Pierre-André Taguieff, le racisme suit une logique de différentiation qui mène à une attitude condescendante vis-à-vis l’autre, l’étranger. Il s’appuie sur une stigmatisation de l’autre, mettant en évidence ses différences visibles (couleur de peau, voile ou autre signe religieux). On porte un jugement de valeur sur la base d’apparences visibles seulement, sans nécessairement connaître la personne.

L’essentialisation suit : l’individu, identifié à un groupe, est jugé selon son appartenance à un groupe donné. Les particularités des individus sont ainsi niées.

Le sectisme peut aussi conduire à une catégorisation unique péjorative. Trop de groupes religieux sont regroupés sous l’amalgame « secte », ce qui conduit au jugement d’intention. Ainsi, les différences fondamentales qui existent entre les différents groupes, les différentes doctrines et les différentes pratiques ne sont pas reconnues sous le vocable « secte ». Tous les nouveaux mouvements religieux, en les qualifiant de « sectes », deviennent ainsi des groupes dangereux desquels il faut se méfier.

Par conséquent, généraliser le phénomène conduit à le disqualifier et à l’inférioriser sans fondement véritable. On ne peut avoir une opinion éclairée que si on connaît vraiment la doctrine et les pratiques d’un mouvement religieux particulier.

Malheureusement, les médias, en quête de sensationnel, rapportent avec grand fracas les événements dramatiques relatifs aux nouveaux mouvements religieux et mouvements sectaires. Pensons à l’Ordre du Temple Solaire et à Jonestown, qui se sont soldés par des suicides collectifs et des crimes. Toutefois, même si ces événements sont véritablement des drames, ils demeurent l’exception.

L’opinion populaire à l’égard des nouveaux mouvements religieux est trop souvent fondée sur ces reportages. Nuançons ! nous met en garde la conférencière. C’est une erreur de considérer toutes les sectes sur un même pied ; elles ne suivent pas toutes des doctrines bizarres et radicales et ne sont pas toutes dangereuses.

La faiblesse de l’adepte et la force du gourou

Un autre terme, « adepte », porte aussi une forte connotation négative. Il est facilement associé à une personne faible qui s’est convertie dans une période de déprime. Des études ont élucidé les raisons d’affiliation religieuse. La plupart des gens adhéreront à une religion pour donner un sens à leur vie, pour y trouver des réponses existentielles, une communauté chaleureuse, des réponses aux questions de la souffrance, de la mort et d’autres questions complexes. De plus, certaines personnes y trouveront un lieu pour nourrir leur spiritualité. Un nouveau mouvement religieux ne fait pas exception: il offre généralement par sa doctrine la même chose que les grandes traditions, mais sous une forme différente.

L’expression « gourou » porte aussi aux préjugés. En fait, le terme « guru » désigne un maître spirituel hindou qui forme, par ses enseignements, des disciples qui généralement le suivent. Cela est très différent de la connotation négative occidentale, qui peut se résumer ainsi : « dangereux individu qui volontairement ne cherche que la gloire et le pouvoir sur des esprits soumis », précise la conférencière. Il y a bien sûr des chefs des NMR qui n’ont pas de formation appropriée et qui expérimentent leurs théories avec leurs « adeptes », mais ne les appelons pas des « gourous ». Ceci constitue une insulte pour les membres de la communauté hindoue.

Utiliser les trois termes décrits plus haut « secte, adepte, gourou » conduit à une idéologie raciste. Ces mots sont parfois appropriés, mais ne doivent pas être utilisés de façon générale. Le « sectisme » constitue donc l’expression plus ou moins radicale de la peur ou de la haine des sectes, poursuit Derocher. Cette relation avec les nouveaux groupes religieux ou idéologiques est formée de préjugés et de peurs. Ce point de vue ne s’appuie pas sur la documentation et l’étude sérieuse d’un mouvement ni sur l’exercice du jugement critique ; il reflète souvent le discours réducteur des médias avides de sensationnalisme.

Critères de discernement

Comment évaluer alors le degré de dangerosité qu’on peut retrouver chez certains groupements religieux ? C’est moins la doctrine que la façon d’y croire qui peut conduire à un dérapage sectaire, précise la conférencière.

L’intensité, un engagement total et inconditionnel, un sentiment élitiste, une vision dichotomique du monde et la présence d’absolu pourraient compter parmi les caractéristiques des groupes sectaires. L’importance de ces critères varie selon les mouvements. Cependant, ce ne sont pas là des éléments qui conduisent inévitablement à une dangerosité.

Nous retrouvons parmi les critères de discernement le rapport à l’argent. Une personne intéressée par un groupe, par exemple, pourrait se poser des questions, dès le début, sur le sujet. Y a-t-il une transparence financière ? Est-ce que le travail est bénévole ? Y a-t-il une dîme ou une quelconque offrande à payer pour les membres ? Et qu’en est-il des clauses testamentaires ?

Autre critère : une idéologie politique. Que pense-t-on des gouvernements ? Des politiques publiques ? Du système démocratique ? Des sociétés de droit ? Peut-on aller voter ? Sinon, pourquoi ? Est-ce que le mouvement religieux veut s’investir politiquement ? Si oui, comment et pour quelles raisons ?

Le rapport au corps constitue un autre élément critique. Certains groupes prônent l’expérimentation sexuelle en y fusionnant des éléments spirituels. D’autres mouvements divinisent ou démonisent la sexualité.

Enfin, comment perçoit-on les enfants ? Doivent-ils être présents aux liturgies du groupe ? Jusqu’à quel point doivent-ils être impliqués ? Fréquentent-ils l’école publique ? Ont-ils accès à leurs parents ?

Mais c’est sans aucun doute le degré de rupture avec l’extérieur qui constitue le critère le plus important. Certaines sectes plus radicales, contestataires et closes sur elles-mêmes, vont couper tous les liens avec la société. Cela se manifeste de différentes manières : certains membres couperont les liens familiaux, certains groupes n’utilisent pas leur droit d’aller voter, d’autres ne consulteront pas de médecins, n’enverront pas leurs enfants à l’école et parfois vivront isolés en retrait.

La rupture et l’isolement aident à établir des règles et des normes qui se détachent peu à peu de la réalité du monde extérieur, note la conférencière. Ses membres ne voient plus la réalité de la même façon que la société en général.

Autre critère révélateur : la façon dont l’autorité est exercée dans le groupe. Il arrive que certains leaders posent des gestes illégaux justifiés par la doctrine religieuse. L’autoréférence radicale, excluant tout autre point de vue, signale aussi un critère de discernement.

Le fondamentalisme religieux tient pour littéralement vrais les écrits sacrés faisant parfois fi du symbolisme. Ainsi donc, certaines interprétations littérales de livres sacrés peuvent conduire à certains abus.

Une autre pratique courante fait appel à la pensée magique, l’espoir d’un bonheur instantané obtenu sans effort. Pourtant, de nombreux sages affirment que la spiritualité est le fruit du cheminement de toute une vie.

Peu de groupes seront jugés blanchis de tous les critères mentionnés ci-haut. Ils auront tous certaines tendances au dérapage. Et c’est là qu’intervient le jugement critique. Les critères mentionnés sont relativement neutres puisqu’ils ne concernent généralement pas une doctrine spécifique (à moins que certaines actions soient directement légitimées par le discours religieux).

Classification des groupes

Pour y voir plus clair parmi tous ces nouveaux mouvements religieux, la conférencière nous propose une classification. Les nouveaux mouvements religieux peuvent faire partie de l’une ou l’autre de ces catégories :

1. D’inspiration judéo-chrétienne 

Leur idéologie est basée sur certaines parties identifiables de la Bible.

Par exemple, les groupes apocalyptiques fondent leur doctrine sur les visions prophétiques du dernier chapitre du Nouveau Testament : l’Apocalypse. Ces mouvements se sont généralement coupés de l’Église catholique ou des Églises protestantes.

2. D’inspiration orientale 

Ces groupes à tendance mystique puisent leurs sources au sein de religions traditionnelles orientales. Nous assistons ici généralement à une traduction occidentale des doctrines orientales.

3. Syncrétiques 

Ces groupes puisent leur inspiration dans plusieurs traditions : judéo-chrétienne ou orientale, ésotérique, occulte, magique et même scientifique. Des chercheurs ont démontré que ces groupes empruntent inévitablement théories et pratiques provenant de plusieurs traditions religieuses.

Lorraine Derocher termine son exposé sur cette classification, en espérant nous avoir éclairés sur la nature et les caractéristiques des nouveaux mouvements religieux.

Période de questions

Valeurs religieuses supérieures ?

Question : Quelle organisation religieuse pourrait offrir à une famille en désarroi social de l’aide pastorale et psychologique équilibrée ? Certaines études ont démontré que certains pasteurs montraient une empathie supérieure à celle des psychologues ou travailleurs sociaux professionnels. Cela permet de penser que certaines dénominations religieuses sont aptes à apporter un soutien psychosocial efficace et moins coûteux que celui des psychologues et psychiatres.

Vous avez raison, répond la conférencière. Certaines études ont démontré qu’une conversion religieuse authentique pourrait être, dans certains cas, plus efficace qu’une thérapie pour traiter une accoutumance à l’alcool ou aux drogues. Les valeurs religieuses semblent mieux motiver, dans certains cas, que l’approche psychologique. Le religieux est porteur de valeurs certaines. Beaucoup de groupes fermés ont des valeurs familiales très fortes. Les Mormons, par exemple, réservent un temps exclusivement pour la famille. Ce ne sont habituellement pas les valeurs elles-mêmes qui sont à l’origine des dérapages d’une secte, mais les critères de dangerosité déjà discutés.

Précisions

Question : Comment pouvez-vous affirmer que les membres de l’Ordre du Temple Solaire, incluant un vice-président d’Hydro-Québec étaient en bonne santé mentale ?

Ce n’est pas ce que j’ai dit, rétorque Derocher. En fait, je n’ai pas fait allusion à l’idée de santé mentale. J’ai simplement voulu préciser que ceux qui se joignent aux sectes ne sont pas nécessairement faibles, pauvres et illettrés. Ils peuvent tout aussi bien avoir un poste important, être financièrement à l’aise et posséder un diplôme de deuxième ou troisième cycle.

Question : Comment une secte peut-elle se transformer en religion ? Les grandes religions n’ont-elles pas toutes été d’abord des sectes ?

L’étymologie du mot « secte », rappelle la conférencière, signifie « se séparer ». Toute secte s’est donc séparée d’un mouvement religieux plus grand. Certaines sectes sont devenues religion d’État, elles se sont institutionnalisées. Être reconnues par l’État les a aidés à recruter de nouveaux membres. Il ne faut pas se surprendre si, aujourd’hui, les nouveaux mouvements religieux tiennent tant à être légalement reconnues comme des religions à part entière.

Réponse à la complexité

Question : Pourquoi y a-t-il des gens qui ont besoin de conseils religieux pour gérer leur vie ?

Nous vivons dans l’ère de la modernité, rappelle la conférencière, époque beaucoup plus complexe que les précédentes (antiquité, moyen âge, renaissance…). Pour certains, cette modernité est incompréhensible. Pensons aux questions complexes qui réclament notre attention : les droits et libertés individuels, les revendications des religions, les guerres, les désastres environnementaux, une recrudescence des cancers, le rythme effréné de la société, l’électronique, l’informatique… Il y a des gens qui ne peuvent supporter cette complexité, car elle crée un grand sentiment d’insécurité en eux.

Le religieux donne une réponse unique, rassurante et facile à comprendre face à l’origine du monde, à la mort et à la souffrance. La modernité, par contre, ne donne pas de réponses existentielles ou de sens à la vie, elle crée d’inexplicables contradictions. L’être humain doit comprendre ce qui l’entoure, sinon il se retrouve dans le chaos. De grandes inquiétudes ont aussi tenaillé les gens des temps anciens, telles la famine, la guerre et la peste, pour n’en nommer que quelques-unes. L’an mille a lui aussi connu une panoplie de groupes apocalyptiques.

Évaluation critique nécessaire

Question : Les sectes se limitent-elles au domaine religieux ?

Non, répond Derocher. Selon les critères de sectarisme déjà énumérés, n’importe quel groupe défendant une cause peut devenir un groupe sectaire qui s’enfermera dans sa propre idéologie.

Pour plus d’information

En terminant, Lorraine Derocher suggère deux sources d’information sur les sectes à Montréal : Info-secte (www.infosecte.org) et le Centre d’Information sur les Nouvelles Religions (www.cinr.qc.ca/). Tous deux regorgent d’informations sur un très grand nombre de sectes.

Par exemple, Info-secte, dirigée par Mike Kropveld, est un organisme qui existe depuis plus de 25 ans. Récemment, à la question : « Quelles sont les différences entre la situation sectaire d’aujourd’hui de celle d’il y a 25 ans ? » Mike Kropveld a répondu qu’au moment de la fondation de son organisme, les gens venaient consulter après avoir quitté une secte. Aujourd’hui, ils viennent chercher de l’information avant de s’engager. Et cela résume bien tout le propos de la conférencière : exercer votre jugement critique avant d’adhérer à un mouvement, dit-elle. Si vous décidez de vous joindre à lui, garder toujours votre esprit critique.

Compte-rendu rédigé par Louis Dubé, révisé et raccourci par la conférencière.

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