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Conférence du lundi 13 septembre 2004

La soirée a débuté avec le mot de notre président, Louis Dubé, qui a présenté l'association des Sceptiques du Québec. M. Dubé a énoncé le but de l'association : promouvoir la pensée rationnelle et l'esprit critique face aux pseudosciences et aux phénomènes paranormaux. La démarche sceptique, faite de doute, d'examen et de vérification, s'applique aussi à tous les phénomènes d'intérêt humain.

M. Dubé a mentionné que le réchauffement planétaire est devenu une question incontournable. Il serait la cause des changements climatiques, comme le plus grand nombre d'ouragans que connaîtrait l'année 2004. Mais comment en être certain ? Par l'accumulation des faits cohérents, qui trancheront entre les différentes thèses à ce sujet. Malheureusement, on préfère souvent soutenir une idéologie plutôt que de chercher la vérité, ce qui nous amène à nous heurter à des pièges argumentaires comme :

  • retenir sélectivement seulement les faits qui soutiennent notre thèse ;
  • caricaturer la position adverse ;
  • citer l'avis d'autorités qui sont non compétentes dans le domaine visé, ou qui ont des intérêts cachés, ou qui entretiennent des préjugés connus ;
  • s'en prendre à la personne plutôt qu'à l'argument, en laissant supposer, par exemple, qu'un scientifique dépend de certaines subventions.

Ainsi, d'une part, plusieurs sont sceptiques devant les conclusions, parfois alarmistes, de certains environnementalistes étant donné que des intérêts importants sont effectivement en jeu. Mais, d'autre part, M. Dubé a entendu dire récemment que le chef scientifique de la Grande-Bretagne avait été vertement réprimandé pour avoir soutenu, et même réaffirmé, que les changements climatiques posaient un problème beaucoup plus grave à l'humanité que le terrorisme international. Dans sa conférence, M. Guilbeault a ajouté que ce scientifique n'est pas le seul à tenir ce discours : le Pentagone a envoyé, au printemps 2004, un rapport à la Maison Blanche qui concluait que les changements climatiques sont une menace bien plus importante à la sécurité américaine que le terrorisme.

Terminons cette introduction par les données climatiques suivantes. Depuis 100 ans :

  • la concentration atmosphérique de CO2 a augmenté de 30% ;
  • la température moyenne à la surface de la Terre a augmenté de 0,6°C, passant de 14,4°C à 15°C. On attend une augmentation supplémentaire de 0,9°C en raison des gaz à effet de serre déjà présents dans l'atmosphère. À titre de comparaison, une baisse de seulement 4°C de la température moyenne à la surface de la Terre entraîne une période glaciaire ;
  • le niveau de la mer a augmenté de 25 cm, cela étant principalement dû à la dilatation thermique de l'eau (si la concentration atmosphérique de CO2 était multipliée par 4, le niveau de la mer augmenterait de 16 m).

Source : OURANOS. Le groupe OURANOS est un consortium construit par le gouvernement du Québec qui comporte 6 ministères provinciaux, 2 ministères fédéraux et 3 universités. Sa mission est d'étudier les impacts des changements climatiques au Québec et de déterminer comment il faudra s'adapter.

Les solutions, selon OURANOS, consistent à ne plus dépendre du pétrole et du charbon (dont la combustion libère des gaz à effet de serre), à se retirer des zones côtières (car elles seront submergées) et à aider les gens affectés. Il faut donc changer notre façon de vivre, afin de ralentir et idéalement d'arrêter l'augmentation continue de la concentration des gaz à effet de serre, et en même temps se préparer aux effets inévitables.

François Filiatrault a animé cette soirée et a dirigé la période de questions. Voici comment s'est présenté le conférencier :

Steven Guilbeault détient un B.A. en Sciences politiques et Théologie de l'Université de Montréal. Il termine présentement une maîtrise en sociologie de l'environnement dont le sujet porte sur les négociations entourant les changements climatiques. Depuis 1994, Steven Guilbeault s'occupe des enjeux reliés aux changements climatiques. Il a oeuvré successivement au sein du Groupe de recherche en intérêt public, de la Coalition québécoise sur les changements climatiques, et depuis sept ans il est responsable de la campagne Climat et Énergie pour Greenpeace Canada. Il a participé à 5 des 8 Conférences des Parties tenues sous les auspices de la Convention-cadre des Nations Unies, dont la Conférence ayant mené à l'adoption du Protocole de Kyoto au Japon en 1997. Steven Guilbeault a aussi apporté sa contribution à de nombreux dossiers, dont ceux de la pollution de l'air au niveau local, de la gestion des déchets, et celui des droits de la personne.

La conférence de M. Guilbeault avait trois objectifs principaux :

  1. faire un portrait d'ensemble du dossier des changements climatiques ;
  2. parler de la science des changements climatiques, des impacts et des solutions ;
  3. parler brièvement du dossier énergétique au Québec, qui s'inscrit dans ce cadre.

La soirée s'est terminée par une période de questions et d'échanges entre l'auditoire et M. Guilbeault.

CHANGEMENTS CLIMATIQUES : Science, impacts et solutions

Steven Guilbeault

par Steven Guilbeault, Greenpeace Canada

M. Guilbeault a admis ne pas être un acteur neutre dans le dossier des changements climatiques. Il est membre de Greenpeace, une organisation bien engagée pour la protection de l'environnement. Néanmoins, il essaiera de faire la part des choses, en précisant où il y a des consensus et où il n'y en a pas, en indiquant où on a trouvé des réponses scientifiques et où on en cherche encore.

PLAN DE LA CONFÉRENCE

  1. Un portrait d'ensemble du dossier des changements climatiques.
  2. La science des changements climatiques, les impacts et les solutions.
  3. Le dossier énergétique au Québec.

1. UN PORTRAIT D'ENSEMBLE DU DOSSIER DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES.

Les fondements scientifiques de la théorie sur les changements climatiques remontent à 150 ans. Mais ce n'est qu'au début des années 1970 qu'on commence à s'intéresser à cette question au niveau international, lorsqu'on constate une recrudescence anormale des phénomènes climatiques catastrophiques. Une des premières questions que l'on s'est posé était de savoir s'il y avait réellement des changements climatiques, ou si cette recrudescence était due à des facteurs non reliés au climat, à des facteurs démographiques (augmentation de la population mondiale) et géographiques (migration des populations vers les villes, entraînant une concentration des populations sur de petits territoires : lorsqu'une catastrophe frappe, elle fait plus de victimes).

Pour répondre à cette question, il fallait remonter le temps. M. Guilbeault a présenté les résultats de plusieurs études sous forme de graphiques. Un premier graphique montrait l'évolution, au cours des 400 000 dernières années (jusqu'en 1950), de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre (en équivalent CO2, le CO2 n'étant pas le seul gaz à effet de serre) en parallèle avec l'évolution de la température planétaire moyenne. Une corrélation très nette se dégage : la température moyenne augmente ou diminue au même rythme que la concentration des gaz à effet de serre. On constate de plus que les périodes de basse température globale, qui correspondent aux ères glaciaires, se produisent aux 100 000 ans. Les données proviennent d'échantillons de glace prélevés au Groenland et en Antarctique.

M. Guilbeault nous a présenté un second graphique, retraçant l'évolution de la température globale moyenne au cours des derniers 1000 ans. Les données proviennent de coraux et d'échantillons de glace. Vers 1860, au début de l'ère industrielle, la concentration atmosphérique de CO2 était d'environ 280 ppm (parties par million). C'est à partir de cette époque qu'on commence à mesurer et à enregistrer des données journalières sur le climat. On constate qu'au cours des 140 dernières années, la température a augmenté assez rapidement à l'échelle planétaire.

Selon le GIEEC, le Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'Évolution du Climat, qui compte 2500 scientifiques provenant de tous les pays et qui a été mis sur pied en 1988 par les Nations Unies pour répondre aux interrogations internationales croissantes sur les changements climatiques, la température a augmenté de 0,6°C depuis 140 ans. Au Canada, c'est presque deux fois plus. M. Guilbeault a fait remarquer que les rapports de ce groupe, avant d'être rendus publics, doivent être adoptés par les Nations Unies, donc par les politiciens. En 2004, la concentration atmosphérique de CO2 a dépassé 360 ppm.

Depuis 2001, de plus en plus de scientifiques affirment que les activités humaines ont effectivement un impact sur le climat. Les phénomènes climatiques ne peuvent s'expliquer uniquement par des causes naturelles : la modélisation informatique montre que l'augmentation de température, observée depuis 1860, doit être attribuée à la fois à des causes naturelles d'émission de gaz à effet de serre (pour 25%) et aux activités humaines (pour 75%). Les émissions humaines de gaz à effet de serre proviennent à 75% de la combustion des combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) et à 25% de la déforestation et des changements dans l'utilisation du territoire (comme l'étalement urbain).

2. LA SCIENCE DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES, LES IMPACTS ET LES SOLUTIONS

LA SCIENCE DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Prévisions météo à long terme

M. Guilbeault a présenté trois grandes catégories de scénarios, obtenues par modélisation informatique. Il a précisé que la modélisation informatique n'est pas une boule de cristal révélant l'avenir : elle produit des scénarios plausibles. Ce qui en sort dépend beaucoup de ce qu'on y met, c'est-à-dire des hypothèses de départ, portant notamment sur l'augmentation de la population mondiale, l'évolution de l'économie mondiale, les changements technologiques, les types d'énergie utilisés, etc. Bien entendu, on retient des hypothèses reconnues par la majorité de la communauté scientifique.

  1. Les scénarios " low " (ou scénarios optimistes) prévoient une augmentation de température relativement peu élevée, de l'ordre de 1,5°C : la température planétaire moyenne passerait de 15°C à 16,5°C.
  2. Les scénarios " best " (ou scénarios moyens ; ce sont les scénarios des écologistes).
  3. Les scénarios " high " (ou scénarios " combustible fossile ") prévoient une augmentation allant jusqu'à 5,8°C : la température planétaire moyenne pourrait atteindre 20,8°C.

M. Guilbeault a mentionné, à titre de comparaison, qu'une ère glaciaire survient à la suite d'une diminution de température de 4 à 6°C. Lors de la dernière ère glaciaire, la température planétaire moyenne était de 11°C, plutôt que de 15°C, et le Canada était recouvert d'une couche de glace épaisse de 1 à 1,5 km. On ne peut cependant pas savoir ce qui arriverait si la température augmentait de 4 à 6°C, car on n'a pas de données historiques pour de telles hausses.

Note de l'auteur de ce compte-rendu : l'émission Découverte du dimanche 3 octobre 2004, présentée à la télévision de Radio-Canada, apporte quelques réponses au sujet d'une telle hausse. La vie sur Terre a déjà connu 5 grandes extinctions de masse. La plus célèbre, celle des dinosaures, est survenue il y a 65 millions d'années et a aussi entraîné la disparition des deux tiers de toutes les espèces vivantes, terrestres et marines. Mais ce n'était que la deuxième pire extinction de masse de l'histoire. La plus grande extinction de masse de tous les temps est survenue il y a 250 millions d'années, à la fin d'une période géologique nommée le " Permien " : elle a entraîné la disparition de 95% de toutes les espèces vivantes, terrestres et marines. L'émission Découverte a présenté la plus récente théorie scientifique tentant d'expliquer cet événement. L'extinction, qui s'est étalée sur 80 000 ans, se serait déroulée en trois phases :

  1. Une période de volcanisme anormalement intense et prolongée, en Sibérie, libère de grandes quantités de poussières et de gaz à effet de serre. Ces irruptions de basalte d'inondation ont formé les trapps sibériens. Dans un premier temps, les poussières bloquent le Soleil et la température planétaire diminue. Un hiver planétaire s'installe, qui dure entre quelques mois et quelques années. Les poussières finissent par retomber au sol, et les gaz à effet de serre provoquent alors un réchauffement planétaire de 4 ou 5°C. Plusieurs espèces terrestres s'éteignent, mais on ne parle pas encore d'extinction de masse. Durée de cette phase : 40 000 ans.
  2. Les océans se réchauffent également, entraînant une hécatombe de la vie marine. Beaucoup d'organismes marins sont en effet très sensibles à la température de l'eau. La disparition de certains maillons des chaînes alimentaires entraîne la disparition d'autres maillons, voire des chaînes complètes. Durée de cette phase : 5000 ans.
  3. D'immenses gisements de méthane gelé se situent juste sous le fond de la mer. Le méthane est un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2. Une petite élévation de la température de l'eau, de l'ordre de 4 ou 5°C, suffit à faire fondre le méthane. Le méthane gelé se transforme en gaz : d'énormes quantités en sont libérées dans l'atmosphère. La température augmente de 5°C supplémentaires (augmentation totale de 9 ou 10°C), ce qui entraîne l'extinction de masse sur les continents. Durée de cette phase : 35 000 ans.

La vie a ensuite pris 100 000 ans pour se rétablir. Certains disent que la Terre connaît actuellement sa 6e extinction de masse, causée celle-ci par l'humain.

Des simulations informatiques d'Environnement Canada montrent que le réchauffement planétaire ne s'effectue pas de la même manière partout. L'hémisphère nord se réchauffe plus que l'hémisphère sud, sans doute parce qu'il contient plus de masse terrestre. En certains endroits même, dans la partie ouest de l'Antarctique et au large du Labrador, la température se refroidit, sans doute en raison de la fonte des glaces, fonte qui est elle-même sans doute causée par le réchauffement planétaire.

LES IMPACTS

Les glaciers et les ouragans

M. Guilbeault a montré des photos de différents glaciers prises au début et à la fin du 20e siècle. La comparaison montre que la presque totalité des glaciers fondent : en Europe, en Asie, en Nouvelle-Zélande, en Amérique du Nord et en Amérique du Sud. Dans les Andes péruviennes, la situation est même très préoccupante : entre 1998 et 2001, le retrait des glaciers s'est fait 32 fois plus rapidement que la moyenne des 30 dernières années.

Les scientifiques hésitent cependant à faire des affirmations sur les glaciers et les ouragans en raison du peu de données historiques. Il pourrait s'agir de phénomènes très localisés dans le temps, quoique dans le cas des glaciers, de plus en plus d'études pointent vers les changements climatiques.

L'Arctique

On observe déjà un double impact important des changements climatiques sur l'Arctique : (1) les glaces permanentes ont beaucoup rétréci ; (2) les glaces temporaires (aussi dites hivernales) ont également beaucoup rétréci : éventuellement, il n'y aura presque plus de glace hivernale touchant aux îles de l'Arctique canadien.

Les premières victimes de ce double impact sont les animaux, notamment les ours polaires qui ont besoin de la glace pour chasser le phoque. La glace se forme de plus en plus tardivement et fond de plus en plus tôt ; l'hiver est ainsi de plus en plus court en Arctique, comme dans l'ensemble du Canada d'ailleurs. (M. Guilbeault a précisé qu'il ne faut pas se fier à l'hiver 2004 qui fut très froid. Il faut regarder les températures moyennes et les tendances à long terme, et non les hivers pris individuellement.) On a observé chez les ours polaires, au cours des 30 dernières années, une perte de poids moyenne de 25%.

Le niveau des océans

Le niveau des océans a augmenté de 25 cm au cours de 100 dernières années. Ce phénomène est dû à la dilatation thermique de l'eau : tout corps qui se réchauffe prend de l'expansion. Le scénario " best " (moyen) prévoit une augmentation supplémentaire de 50 cm au cours des 100 prochaines années, pour un total de 75 cm sur 200 ans.

Selon Environnement Canada, si on ne fait rien au cours des 100 à 150 prochaines années, le niveau des océans pourrait monter de jusqu'à 6 mètres. Et si demain on réduisait de 50% nos émissions de gaz à effet de serre, les océans continueraient de se réchauffer pendant quelques siècles.

Les régions côtières

Pour les petits pays insulaires et pour toutes les îles habitées, l'augmentation actuelle du niveau de la mer est déjà un problème. Les marées avancent de plus en plus loin sur la terre ferme. Lors des tempêtes, l'eau pénètre de plus en plus profondément dans le territoire. Certaines îles-nations du Pacifique vont même carrément disparaître d'ici à 50 à 60 ans : il faut déjà préparer les populations à être relocalisées de manière permanente.

La ville de Venise souffre d'un problème double. (1) Elle repose sur une nappe phréatique dont on a complètement pompé l'eau pour les besoins industriels : la ville s'enfonce. (2) Le niveau de la mer s'élève. Le nombre d'inondations, dont la moyenne est de 6 par année, fut de 32 en 2002 ! L'Union européenne a dû débloquer 9 milliards d'euros pour construire des digues afin de protéger Venise.

La ville de Nouvelle-Orléans connaît déjà des problèmes. Si le niveau de la mer s'élevait de 3 m, une bonne partie de Floride disparaîtrait.

Le fleuve St-Laurent

Le groupe OURANOS a observé que, depuis 1999, le niveau du fleuve est de 1 m inférieur à la moyenne des 30 dernières années. OURANOS se pose 2 questions. (1) Si ce niveau devient le nouveau niveau moyen, quel sera le nouveau niveau extrême ? (2) Comment va-t-on s'adapter à ce nouveau niveau du fleuve ? 70% de la population du Québec tire son eau potable du St-Laurent. M. Guilbeault a ajouté qu'on prévoyait déjà une baisse de 1 m du niveau du fleuve, mais seulement pour 2030 ou 2040.

Les assurances

Le nombre de catastrophes significatives, c'est-à-dire de catastrophes où la région affectée n'arrive pas à parer à ses besoins par elle-même (par exemple la crise du verglas au Québec en janvier 1998 et les ouragans de 2004 en Floride et aux Caraïbes) a beaucoup augmenté, de sorte que beaucoup de compagnies d'assurances refusent maintenant d'assurer les catastrophes naturelles (par exemple en Floride), ou sinon chargent des tarifs très élevés.

Le pétrole de l'Alberta

Les sables bitumineux de l'Alberta constituent la plus importante réserve de pétrole du monde : 320 milliards de barils, contre 280 milliards pour l'Arabie Saoudite. Le Canada est d'ailleurs le plus grand exportateur de pétrole vers les États-Unis, à raison de 1 million de barils par jour. Ses principaux compétiteurs sont l'Arabie Saoudite et le Venezuela. Mais la forme sous laquelle le pétrole se présente au Canada est différente. Au Moyen-Orient, on creuse un trou et le pétrole sort. Les sables bitumineux sont un mélange d'eau, de sable et de pétrole. L'extraction des sables bitumineux est une opération minière. Il faut d'abord raser la forêt, pour pouvoir creuser jusqu'à environ 100 m de profondeur. Ensuite, il faut séparer le pétrole de l'eau et du sable. Ainsi, un baril de pétrole qui provient du Moyen-Orient émet entre 16 et 18 kg de CO2, alors que s'il provient de sables bitumineux, il émet entre 68 et 80 kg de CO2, soit 4 fois plus.

Ces scientifiques qui doutent des impacts...

Deux catégories de scientifiques remettent en question les prévisions sur l'avenir du climat. (1) Des scientifiques qui font des travaux valables mais qui arrivent à des résultats différents. (2) Des mercenaires, embauchés par des compagnies pétrolières ou par des gouvernements, comme celui de l'Arabie Saoudite ou du Koweït, pour dire qu'il n'y a pas de problème. Il existe aussi des ONG (Organisations Non Gouvernementales) pro-industrie qui font des campagnes de désinformation en prétendant que l'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre serait la meilleure chose pour la planète. Leur argument est le suivant : les arbres et les plantes se nourrissent de CO2, donc nos forêts devraient croître à un rythme jamais connu. Ces ONG se basent sur des expériences faites en serre, où toutes les variables peuvent être contrôlées individuellement : le taux de précipitation, le taux d'humidité, la température, ... Mais l'écosystème planétaire n'est pas un écosystème sous verre : on ne peut pas contrôler à volonté chacune de ces variables.

LES SOLUTIONS

Le protocole de Kyoto

Le protocole de Kyoto de 1997 est le 1er accord international à caractère contraignant : une clause prévoit des sanctions en cas de non-respect. Le protocole de Kyoto repose sur la convention de Rio des Nations Unies sur les changements climatiques de 1992. La convention de Rio avait pour objectif de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1992 pour l'an 2000. (En 1992, le Canada émettait l'équivalent de 600 millions de tonnes de CO2 en gaz à effet de serre.) La plupart des pays industrialisés ont raté la cible : rien n'a été fait dans les années 1990 ! Par exemple, la principale mesure adoptée par le gouvernement canadien consiste en des programmes volontaires : aucun incitatif, aucune réglementation, aucun encouragement. De sorte qu'en l'an 2000, les émissions de gaz à effet de serre au Canada ont augmenté de 20% par rapport à 1992.

Pour le Canada, l'objectif de Kyoto est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 6 % du niveau de 1990 dans la période 2008-2012. Selon plusieurs études, et malgré ce que certains prétendent, l'impact de Kyoto sur l'économie canadienne (au niveau de la croissance du PNB) serait marginal. M. Guilbeault espère que le gouvernement fédéral mettra en place des mesures et des sanctions, comme le prévoit Kyoto, pour inciter les entreprises et les individus à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

L'efficacité des véhicules

Pour 2000$ supplémentaire par véhicule, on pourrait réduire de 50% la consommation d'essence de tous les véhicules neufs, et ce, avec la technologie actuelle, simplement en rendant les moteurs à combustion interne plus efficaces. Ce qui bloque de telles initiatives, c'est le manque de volonté politique.

La voiture à hydrogène de Chrysler, la voiture électrique de Ford et la Prius de Toyota (un hybride électricité-essence) ont un rôle à jouer. Mais le gros du problème est ailleurs : (1) on parcourt de plus en plus de kilomètres à chaque année et (2) il y a de plus en plus de véhicules sur les routes. Cette double tendance pourrait annuler tous les gains écologiques possibles à utiliser des voitures qui émettent moins de gaz à effet de serre.

Le transport en commun

Il faut donc investir dans le transport en commun ! Pour que les gens l'utilisent, il doit être fiable, abordable et disponible. Pour 40 millions de dollars par année, dans la grande région de Montréal, on pourrait réduire le temps d'attente hors pointe de 30 minutes à 15 minutes. Mais les gouvernements disent ne pas trouver cet argent... Il en résulte un cercle vicieux : l'achalandage diminue, donc on réduit les budgets alloués au transport en commun, donc l'achalande diminue, donc...

L'énergie solaire

La production d'énergie par le solaire existe sous deux formes : (1) le solaire voltaïque, qui sert à produire de l'électricité et (2) le solaire thermique, qui sert à chauffer l'eau et les bâtiments.

Le solaire thermique est passif : il s'agit de bien orienter les maisons, d'installer beaucoup de fenêtres au sud et peu au nord. Un design très performant permettrait d'aller chercher jusqu'à 50% des besoins de chauffage, sans impliquer aucun coût. L'installation d'un chauffe-eau solaire sur le toit de sa maison, au Québec, permettrait de réduire sa consommation d'électricité de presque de moitié.

Une autre technologie déjà existante est le mur solaire. L'usine Canadair de Bombardier, à Dorval, a installé un mur noir perforé au sud. L'air frais est préchauffé par le mur noir, qui absorbe la chaleur du Soleil, avant d'entrer dans l'usine. Coût d'acquisition : 350 000 $ ; coût de chauffage sauvé par année : 200 000 $

Mais le solaire est essentiellement ignoré au Québec ; le potentiel solaire du Québec n'a même pas été étudié ! L'Autriche est le pays qui utilise le plus le solaire.

La société de consommation

Le problème des changements climatiques serait essentiellement un problème de consommation. Selon des données américaines, pour chaque 1,50 $ que l'on dépense (en vêtements, ...), un demi-litre de pétrole est brûlé (en transport, pour la transformation, pour la machinerie, ...) Chaque repas que l'on mange au Canada parcourt en moyenne 2500 km (oranges de la Floride, café d'Amérique du Sud, ...)

Or, qui dit énergie dit émission de gaz à effet de serre. À l'échelle planétaire, 80% de l'énergie est produite à partir de combustibles fossiles. En tant que consommateurs, nous avons des choix à faire et nous avons un pouvoir énorme.

Des organismes, comme Équiterre, ont déjà mis sur pied des programmes d'agriculture communautaire. On consomme ce qui est produit localement, afin de réduire le transport. On tente aussi de réduire la quantité d'emballages en réutilisant ceux-ci.

La volonté politique ?

Toutes ces mesures existent déjà, mais les politiciens n'en tiennent pas compte. Ils ne font pas d'évaluation de potentiel, pas d'évaluation d'économie d'énergie possible, ... Les politiciens préfèrent considérer la construction de centrales à gaz naturel ou de nouveaux barrages.

3. LE DOSSIER ÉNERGÉTIQUE AU QUÉBEC

Selon Greenpeace, le Québec n'a pas besoin de centrales au gaz naturel, comme celles du Suroît et de Bécancour. Deux études ont été présentées à la Régie de l'énergie sur cette question, concluant que le Québec pourrait combler l'augmentation de ses besoins en énergie par une combinaison d'efficacité énergétique et de production d'énergie par éolienne. La Régie a reconnu ces deux études, mais pas Hydro-Québec, selon qui les centrales au gaz naturel seraient la seule option possible. M. Guilbeault a fait remarquer que les centrales au gaz naturel ont un défaut supplémentaire : elles nous rendent vulnérables aux fluctuations du prix du gaz naturel, que le Québec ne produit pas.

L'éolien est une forme de production d'énergie déjà éprouvée. Le Danemark produit 20% de son énergie par éolienne. L'Allemagne prévoit installer des éoliennes qui produiront 25 000 mégawatts d'ici les 20 prochaines années. À titre de comparaison, la production annuelle d'Hydro-Québec est de 30 000 mégawatts. Là où on manque de territoire, on construit déjà des éoliennes en mer. À l'échelle planétaire, l'éolien est devenu une entreprise très grosse : 20 000 emplois et 6 milliards d'euros de chiffre d'affaire en 2002. Les propriétaires terriens qui font poser une éolienne sur leur terrain reçoivent une rente. S'ils sont fermiers, les éoliennes ne gênent pas leurs activités.

Note de l'auteur de ce compte-rendu : au début du mois d'octobre 2004, le gouvernement du Québec a annoncé un investissement de 1 milliard de dollars à Matane et à Gaspé pour la construction d'éoliennes qui produiront 1000 mégawatts.

CONCLUSION

Les armes utilisées par Greenpeace pour dénoncer les dirigeants sont parfois sensationnelles, comme l'installation d'une banderole sur la tour du CN à Toronto. M. Guilbeault a justifié de telles actions en rappelant que Greenpeace n'est pas à armes égales pour lutter contre les pétrolières et les gouvernements qui ne veulent pas voir ces nouvelles mesures apparaître sur le marché. Greenpeace doit faire preuve de créativité.

Pour en savoir plus sur la science des changements climatiques, les impacts et les solutions, M. Guilbeault a suggéré de consulter des sites Internet comme ceux de Greenpeace, du Fond mondial pour la nature, du GIEEC, d'Environnement Canada, de la Nasa et du Centre britannique de recherche sur le climat.

PÉRIODE DE QUESTIONS ET D'ÉCHANGES

UN EFFET DE SERRE QUI POURRAIT S'EMBALLER

Les scientifiques nous mettent en garde que le réchauffement n'est pas un phénomène linéaire : il est très possible que l'on franchisse un seuil au-delà duquel le phénomène va s'amplifier et s'accélérer de lui-même. On perdrait alors complètement le contrôle sur le climat et on ne pourrait plus rien faire.

  1. Le pergélisol contient des masses de méthane très importantes. Le méthane est un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le CO2. Si la température augmentait suffisamment pour que le pergélisol fonde, ce méthane serait libéré et la température augmenterait très rapidement. Un épisode de la série télévisée " The Nature of Things " de David Suzuki, diffusée sur CBC, a montré que le pergélisol a déjà commencé à fondre en été en Alaska et dans le Grand Nord canadien. Le pergélisol est un mélange de boue, de glaise et de glace : lorsqu'il font, il se transforme en boue. Des maisons construites sur le pergélisol se sont affaissées. Les arbres qui poussent sur le pergélisol ne sont plus à la verticale : ils penchent dans des directions aléatoires. M. Guilbeault a raconté le drame de Salluit, un village inuit du Grand Nord québécois : l'école a été engloutie par un glissement de terrain en 2001. Heureusement, l'événement s'est déroulé la nuit. Le pergélisol est une couche de 11 mètres de profondeur. On a découvert qu'entre 1994 et 2001 il y a eu un réchauffement de 1°C jusqu'à 10 mètres de profondeur dans le pergélisol du Grand Nord canadien. Normalement, un réchauffement de 1°C se fait sur des périodes géologiques, et non en moins de 10 ans !
  2. L'albédo est le pourcentage de la lumière incidente du Soleil que la Terre réfléchit dans l'espace. Les nuages, la neige et la glace en sont les principaux responsables. Si la neige et la glace fondent, l'albédo diminuera, faisant en sorte que la Terre absorbera plus de chaleur. Le réchauffement supplémentaire qui en suivra accélérera la fonte de la neige et de la glace, et ainsi de suite.
  3. Un reportage diffusé à Télé-Québec expliquait qu'il existe deux sortes principales de diatomées vivant dans les océans. Les diatomées sont des microorganismes qui participent au cycle du CO2 ; chaque espèce y est impliquée de manière différente. Si la température augmentait au-delà d'un certain seuil, il y aurait inversion de la population dominante chez les diatomées, ce qui modifierait le cycle du CO2. La conséquence serait une augmentation du CO2 dans l'atmosphère, entraînant une augmentation supplémentaire de température.
  4. Les océans absorbent de grandes quantités de CO2 : il y a environ 8 fois plus de CO2 dilué dans les océans que présent dans l'atmosphère. Les grands courants marins, dont le Gulf Stream qui procure à l'Europe un climat anormalement doux pour la latitude, font partie d'une boucle océanique globale qui fait le tour du monde en à peu près 1000 années. Le réchauffement des eaux pourrait perturber cette boucle, soit en la ralentissant, soit - pire - en la faisant s'arrêter. Conséquences : (1) les climats locaux, comme celui de l'Europe, seraient sérieusement modifiés ; (2) de grandes quantités de CO2 seraient alors libérées dans l'atmosphère. Le taux atmosphérique de CO2 serait alors multiplié par bien plus que 2 ou 3 fois ! Il est plausible qu'une telle catastrophe survienne dans 40 à 50 ans.

Note de l'auteur de ce compte-rendu : cela nous rappelle la 3e phase de l'extinction de masse du Permien, il y a 250 millions d'années. On aura beau être méfiant envers les scénarios apocalyptiques, il n'en demeure pas moins que de tels événements ont déjà réellement eu lieu.

Une personne du public a fait une comparaison avec la planète Vénus, dont l'atmosphère est composée à 96% de CO2. Certes, Vénus reçoit plus de chaleur que la Terre étant donné qu'elle se situe plus près du Soleil. Mais c'est l'effet de serre extrême qui y règne qui engendre une température moyenne de 477°C. Cela nous donne une idée approximative, un peu trop extrême sans doute, de ce qui pourrait arriver à la Terre dans le pire des cas, si l'effet de serre s'emballait.

LE NIVEAU DE LA MER

La fonte des glaces qui flottent sur l'océan, comme en Arctique, a peu d'impact sur l'augmentation du niveau de la mer. Cela peut s'expliquer par l'analogie suivante : si on met un cube de glace dans un verre d'eau, ce cube déplace un volume d'eau ayant la même masse que lui. C'est le principe d'Archimède. Si le cube font, son nouveau volume sera égal à celui de sa partie qui était submergée. Le niveau d'eau reste donc le même. C'est la fonte des glaces continentales, comme au Groenland et en Antarctique, qui aura un impact. Mais cet impact sera relativement mineur. M. Guilbeault a rappelé que le facteur principal est l'expansion thermique de l'eau.

LE FLEUVE ET LES GRANDS LACS

La diminution du niveau du fleuve et des Grands Lacs est un phénomène régional, attribuable à deux causes principales. (1) En raison du réchauffement, il se fait de plus en plus d'évaporation. (2) Le régime des précipitations a changé au cours des dernières décennies : il tombe un peu moins de précipitations, mais surtout on assiste maintenant à des périodes très intenses de précipitations (par exemple les inondations du Saguenay) suivies de périodes de sécheresse relative. Lorsqu'il pleut, il tombe tellement d'eau que le sol et les rivières sont saturés et ne peuvent tout absorber. L'eau s'en va à l'océan. Les coupes forestières ont aussi leur part de responsabilité : plus on coupe d'arbres et moins le sol est capable de retenir d'eau.

KYOTO ET L'ÉCONOMIE

Selon une étude du gouvernement fédéral, implanter Kyoto aurait un effet net nul sur l'emploi et l'économie. Les pertes d'emplois, notamment dans l'industrie du pétrole en Alberta, seraient compensées par des gains d'emplois dans le secteur des énergies renouvelables (solaire et éolien).

COÛTS ET BÉNÉFICES DU RÉCHAUFFEMENT PLANÉTAIRE

Une étude, publiée sous le titre " The Dynamics of Climate Change ", a tenté d'évaluer les coûts et bénéfices du réchauffement. La conclusion générale est que le réchauffement entraînerait des coûts très nets pour la majorité des pays, mais qu'il y aurait des gains pour certains pays, notamment la Russie et le Canada.

Les États-Unis seraient perdants en raison du réchauffement... à moins qu'on ne tienne compte du coût des contre-mesures pour lutter contre le réchauffement. Ce coût excéderait largement celui de l'adaptation au réchauffement.

Une personne du public a insisté sur le fait qu'on ne voit pas assez les avantages d'une augmentation de température de 3 ou 4°C. Pensons par exemple à la réduction des coûts de chauffage au Canada. M Guilbeault a répondu que cette réduction serait compensée par l'augmentation du coût de climatisation. Le conférencier a ajouté que l'ensemble des décideurs et l'ensemble de la communauté scientifique ne sont pas de l'avis de la personne du public. Les scientifiques concluent que les désavantages seraient plus importants que les avantages. On peut consulter à ce sujet le dernier rapport du GIEEC, en 2001, sur Internet.

On prévoit que le taux de CO2 va doubler vers 2040 (entre 2035 et 2050). Selon une étude, la forêt boréale canadienne pourrait alors s'étendre jusqu'à la Baie d'Ungava au nord. Au sud, elle serait remplacée par les prairies et la forêt tempérée. Mais cette étude ne tient pas compte de la capacité des sols d'accueillir, en 50 ans, des écosystèmes radicalement différents de ce qu'ils connaissent depuis la fin de la dernière glaciation... Les conclusions de cette étude sont donc loin d'être certaines. Dans 40 ans, on pourrait théoriquement faire pousser des oranges au Lac St-Jean, si on ne considère que la variable température. Mais en pratique, il y a bien d'autres variables à considérer : régime et abondance des précipitations, capacité du sol, ...

La température n'augmente pas de façon égale partout. Elle augmente davantage dans l'hémisphère nord. Ainsi, le Canada est l'un des pays ou l'impact des changements climatiques sera le plus significatif. Le Canada connaîtra son lot d'impacts négatifs :

  1. Le smog en été est rare au Canada. Il se forme lorsque la température s'élève au-dessus de 28°C, ce qui survient seulement quelques jours par année. Selon Environnement Canada et Santé Canada, le smog à Montréal cause 1000 morts prématurées par année, surtout chez les jeunes enfants et les personnes âgées. Si la température moyenne dans une ville comme Montréal passait de 26 à 31°C (augmentation de 5°C), le nombre de journées de smog serait multiplié, et le nombre de décès prématurés aussi.
  2. Le niveau de la mer augmente dans l'est du Québec, en Gaspésie et sur la Côte Nord. Il faudra éventuellement refaire tout le réseau routier de ces régions.
  3. Si le niveau du fleuve diminue et que le niveau de la mer augmente, l'eau salée pourrait pénétrer jusqu'à la ville Québec ! La ville de Québec - comme les villes situées en aval - devra alors soit aller puiser son eau douce ailleurs (mais où ?), soit recourir à des technologies de désalinisation, dont le coût actuel est exorbitant.
  4. Si le pergélisol fond, que va-t-il arriver aux communautés qui vivent dans le Grand Nord ? Leurs maisons, leurs routes et leurs infrastructures sont toutes construites sur le pergélisol.

LA VALIDITÉ DES ÉTUDES

Un membre de l'assistance a souligné que nous sommes dans la même situation qu'il y a 30 ans : on fait des projections presque apocalyptiques pour les 50 prochaines années, mais il y a des raisons d'en douter. L'incertitude est considérable sur les études qui font des prévisions à long terme. Par exemple, les prédictions du Club de Rome, faites au début des années 1970, ne se sont pas réalisées. Il faut être très convaincant pour amener les gouvernements à engager des dépenses considérables pour se protéger d'un danger qui n'est pas encore là. M. Guilbeault a répondu que le progrès des connaissances scientifiques au cours des 30 dernières années fut phénoménal, entre autres aux niveaux de la modélisation informatique et de notre compréhension de l'écosystème terrestre. De plus, le nombre de gens et d'instituts qui travaillent sur ces questions a beaucoup augmenté. Il ne faudrait pas comparer les prédictions actuelles à celles d'il y a 30 ans.

M. Guilbeault a indiqué que ce serait une erreur de considérer individuellement les différentes études. Pour chaque étude affirmant qu'il vaut mieux ne rien faire, on en trouvera toujours une affirmant qu'il vaut mieux agir. Ce qu'il faut faire, c'est regarder le portrait global tracé par la communauté scientifique : le groupe OURANOS, les économistes, l'Académie nationale des sciences américaine, la NASA, le GIEEC, ... Le consensus actuel est que de façon globale, le réchauffement fera plus de mal que de bien.

SE PRÉPARER À L'INÉVITABLE

Une personne de l'assistance a affirmé que (1) il faut s'adapter aux changements climatiques et (2) il faut développer la fusion nucléaire, qui serait la solution définitive au problème de production d'énergie. La fusion nucléaire n'engendre pratiquement aucune pollution (notamment aucune radioactivité), sauf un peu de pollution thermique. Elle fait augmenter quelque peu la température des rivières. M. Guilbeault croit aussi qu'on n'aura pas le choix de s'adapter à une partie des changements climatiques, inévitables. Les gaz à effet de serre déjà présents dans l'atmosphère résultent de la pollution produite entre 1900 et 1950. Les gaz à effet de serre que l'on émet aujourd'hui resteront plusieurs décennies.

L'AVENIR ET LES ÉNERGIES RENOUVELABLES

Selon Greenpeace, quels pourcentages des besoins énergétiques pourraient être satisfaits par des énergies renouvelables ? D'ici 2040, environ 50% des besoins pourraient être comblés par l'éolien, le solaire voltaïque (pour la production d'énergie) et le solaire thermique (pour le chauffage de l'eau et des bâtiments). M. Guilbeault a ajouté que nous émettons actuellement deux fois plus de gaz à effet de serre que ce que la planète peut gérer. Si nous réduisons nos émissions de 50%, nous serons assez près du but.

Le département d'énergie américain prévoit que la moitié de toute l'augmentation de la demande énergétique aux États-Unis peut être rencontrée par l'efficacité et la conservation de l'énergie.

Selon M. Guilbeault, l'énergie éolienne est peu utilisée au Québec non parce qu'elle ne serait pas rentable, mais parce qu'elle est peu connue. Jusqu'en avril 2004, aucune étude n'avait été faite pour évaluer le potentiel de l'éolien au Québec, bien que les études abondaient sur les centrales au gaz naturel, sur la construction de nouveaux barrages et sur le nucléaire à Gentilly 2. En avril 2004, on a réalisé qu'on était assis sur une mine d'or ! M. Gulibeaut a ajouté que le potentiel du solaire thermique au Québec serait presque aussi grand que celui de l'éolien.

L'augmentation du prix de l'essence est une excellente nouvelle d'un point de vue écologique, bien qu'elle va affecter négativement les gens les plus pauvres. Cette augmentation rend les énergies alternatives plus compétitives. Un sondage indique que 75% des automobilistes vont considérer la consommation d'essence du véhicule lors de leur prochain achat. On trouvera sans doute moins de véhicules sports utilitaires au cours des prochaines années.

Les sondages montrent que les gens ont une grande volonté d'agir, à condition qu'on leur en donne les moyens et qu'on leur explique pourquoi.

L'HYDROGÈNE

L'hydrogène pourrait-il remplacer les combustibles fossiles ? Ce n'est pas si sûr. Le problème est qu'il y a très peu d'hydrogène disponible à la surface de la planète. Il faut le produire et cela demande beaucoup d'énergie. Par exemple, la voiture à hydrogène de Chrysler produit son hydrogène à partir de l'essence. D'un point de vue énergétique, cette voiture est à peine plus efficace qu'un moteur à combustion interne très performant, comme celui de la Golf TDI. Idéalement, il faudrait produire l'hydrogène à partir de l'eau avec des énergies renouvelables.

L'Islande est un pays qui a un grand recours à l'hydrogène. Mais il s'agit d'un cas unique au monde : l'Islande est le seul endroit qui dispose d'une grande réserve d'énergie géothermique, utilisée pour produire l'hydrogène.

Au Québec, le transport de l'énergie de la Baie James jusqu'aux villes et villages entraîne de grandes pertes, de l'ordre de 20 %. Ne serait-il pas préférable de produire de l'hydrogène sur place en remplacement ? M. Guilbeault a répondu qu'il y aurait aussi des pertes, lors de la production de l'hydrogène. La question de savoir si ces pertes seraient plus faibles que celles du transport sur les lignes est restée sans réponse.

Le recours à l'hydrogène poserait un autre problème majeur : l'hydrogène étant trop corrosif pour les pipelines déjà existants, il faudrait construire un nouveau réseau de pipelines à échelle nationale ou continentale pour le transporter.

L'HYDROÉLECTRICITÉ

M. Guilbeault a expliqué que l'hydroélectricité n'est pas une solution de rechange aux combustibles fossiles. (1) Elle émet elle-même des gaz à effet de serre, par la décomposition de matière organique inondée lors de la création d'un réservoir artificiel. Mais une grande incertitude plane sur la quantité de cette émission : à l'échelle mondiale, les réservoirs seraient responsables de 2 à 28% des émissions de gaz à effet de serre. (2) L'hydroélectricité dépend aussi de la disponibilité de sites propices. On estime que l'hydroélectricité a déjà plafonné au niveau mondial pour sa part de production d'énergie.

Greenpeace estime que le Québec est trop dépendant d'une seule forme de production d'énergie (environ 96% de son électricité provient de l'hydroélectricité), ce qui le rend vulnérable au niveau de sa sécurité énergétique.

Les niveaux des réservoirs au Québec ont beaucoup baissé. Cela est sans doute en partie attribuable aux changements climatiques. Mais une part importante du problème est que le Québec a vendu trop d'électricité aux États-Unis pour sa capacité de production.

Greenpeace prône la diversification pour le Québec. La combinaison hydroélectricité / éolien serait un mariage parfait. Il faudrait aussi que chaque bâtiment produise une partie de l'énergie qu'il consomme, ce qui permettrait de réduire les pertes dues au transport et le coût des infrastructures de transport.

VARIA

Le Soleil suit un cycle de 11 ans. Selon plusieurs études de l'Université du Colorado, les variations solaires sont responsables d'au plus 25% de l'augmentation de température lors d'un maximum, dont le dernier a eu lieu autour de l'an 2000.

On a demandé à M. Guilbeault en quoi le réchauffement planétaire serait une menace plus grande que le terrorisme. Le conférencier a donné des exemples tirés du rapport du Pentagone : plus d'ouragans et des ouragans plus violents (quoique cet exemple ne soit pas certain en raison du peu de données historiques), l'augmentation du niveau de la mer, des problèmes de sécheresse chronique (comme au Midwest américain, qui est le grenier des États-Unis), plus de feux de forêt, plus d'épidémies. Le magazine Scientific American a consacré un numéro spécial au sujet des épidémies. La température augmentant, les insectes porteurs d'agents pathogènes, comme ceux de la malaria et du virus du Nil occidental, peuvent survivre dans des régions plus nordiques. De telles maladies peuvent ainsi monter vers le nord.

Le graphique présentant l'évolution du climat au cours des 400 000 dernières années montre que l'on devrait se diriger vers une ère glaciaire. L'ère interglaciaire actuelle est une exception, plus longue que les moyennes du passé.

Compte-rendu rédigé par Daniel Fortier.
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