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Affirmation du conséquent

Sophisme formel, c'est-à-dire, erreur de logique reconnaissable à sa forme plutôt qu'à son contenu. Il s'exprime ainsi :

Si P, alors Q.
 
Q.
 
Donc, P.

P et Q représentent des énoncés différents. Tout énoncé prenant la forme « Si P, alors Q » est un énoncé conditionnel. P est l'antécédent, et Q, le conséquent de l'énoncé conditionnel.

Si l'affirmation du conséquent ne mène pas à un raisonnement valide, il est toujours possible que les prémisses de l'argument soient vraies, même si la conclusion du raisonnement est erronée. Pour qu'un argument soit valide, la conclusion doit découler des prémisses, autrement dit, il est impossible que les prémisses soient vraies si la conclusion est fausse.

Voici quelques exemples de raisonnements faux dans lesquels il y a affirmation du conséquent :

Si mon astrologue est extra-lucide, elle a prédit les feux de forêt en Russie.
 
Elle a prédit les feux de forêt en Russie.
 
Mon astrologue est donc extra-lucide.
 

 
Si une divinité quelconque a créé l'univers, nous devrions pouvoir constater la présence d'un certain ordre dans la nature.
 
On constate la présence d'un certain ordre dans la nature.
 
Par conséquent, l'univers a été créé par une divinité quelconque.
 

 
Si un effet télépathique quelconque se fait sentir, les sujets de notre expérience réussiront à deviner quelles cartes nous leur présentons plus souvent que par le simple hasard.
 
Les sujets de notre expérience ont réussi à deviner quelles cartes nous leur avons présentées plus souvent que par le simple hasard.
 
Un effet télépathique s'est donc bel et bien fait sentir.
 

 
Si ce type ment, il va se mettre à suer.
 
Il sue.
 
Il ment.
 

 
Si le suspect ment, il va produire une réaction galvanique cutanée (de par la présence de sueurs).
 
Le suspect a produit une réaction galvanique cutanée.
 
Par conséquent, le suspect ment.

Dans chacun des énoncés précédents, la prémisse peut être vraie, mais la conclusion n'en découle pas logiquement. L'invalidité de ces arguments n'a rien à voir avec leur contenu; elle vient entièrement de leur forme. Un énoncé p ne s'ensuit jamais de si p, alors q et q. Même si les prémisses d'un argument dans lequel on affirme le conséquent sont vraies, elles n'entraînent pas la conclusion donnée. Leur caractère de sophisme ne signifie pas que la conclusion est fausse, cependant. Ainsi, les exemples suivants d'affirmation du conséquent comportent des conclusions vraies.

Si le président Obama est chrétien, il n'est pas musulman.
 
Il n'est pas musulman.
 
Donc, le président Obama est chrétien.
 

 
Si le président Obama est né à Hawaï, il est citoyen américain.
 
C'est un citoyen américain.
 
Donc, le président Obama est né à Hawaï.

Certains se demanderont si toutes les conclusions tirées d'expériences scientifiques ne sont pas invalides du point de vue de la logique formelle? Est-ce que les chercheurs ne se rendent pas coupables de ce sophisme quand ils se disent : si mon hypothèse est juste, je vais observer x, y, et z en faisant l'expérience E. J'ai observé x, y, et z en faisant l'expérience E, donc mon hypothèse est juste? Non, car les chercheurs raisonnent selon la forme valide du modus ponens :

Si x, y et z se produisent au cours de l'expérience E, tel que le prévoit l'hypothèse de départ, celle-ci sera confirmée. X, y, et z se sont produits au cours de l'expérience E, tel que le prévoyait l'hypothèse de départ, donc cette hypothèse est confirmée.

Les scientifiques compétents raisonnent également selon la forme valide du modus tollens :

Si x, y et z se produisent au cours de l'expérience E, tel que le prévoit l'hypothèse de départ, celle-ci sera confirmée. X, y, et z ne se sont pas produits au cours de l'expérience E, contrairement à ce que prévoyait l'hypothèse de départ, donc cette hypothèse est infirmée.

Un raisonnement valide, toutefois, ne suffit pas pour établir la véracité d'une conclusion. Toutes les prémisses du raisonnement doivent également être vraies, comme dans l'exemple précédent. La clé d'un raisonnement logique et robuste à propos d'une expérience scientifique repose sur la justification de la première prémisse: est-il réellement vrai que l'hypothèse sera confirmée si ce qu'on a prédit se produit (ou, si l'hypothèse est juste, ce qu'on a prédit se produira)? Beaucoup de chercheurs présument de façon erronée que si ce qu'ils prédisent se produit, ils auront confirmé leur hypothèse. Tous les exemples de raisonnement fautif qui ont précédé pourraient être réécrits de façon à devenir valides. Ainsi:

Si nous obtenons des résultats supérieurs à ceux qu'on obtiendrait de façon simplement aléatoire, c'est qu'il y a eu télépathie.
 
Nous avons obtenu des résultats supérieurs à ceux qu'on obtiendrait de façon simplement aléatoire.
 
Donc, il y a eu télépathie.

Dans l'article Hypothèse sur la présence du psi, le lecteur en apprendra plus long sur ce problème, qui consiste à présumer de l'existence de ce que l'on cherche à prouver, quoique le phénomène ne se voit pas que chez les parapsychologues. Les chercheurs compétents doivent également tenir compte de facteurs inconnus, et par conséquent non contrôlés, qui pourraient aussi expliquer les résultats qu'ils obtiennent.

 

Voir également: Négation de l'antécédent.

 

Note du traducteur:

Modus ponens : Si P, alors Q ; P, donc Q.
Modus tollens : Si P, alors Q ; Non Q, donc non P.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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