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États altérés de conscience

État de conscience qui diffère de façon importante de l'état habituel ou normal, et qu'on identifie souvent à un état cérébral différant de façon importante de l'état cérébral habituel ou normal. Il faut cependant noter que ce n'est pas l'état cérébral lui-même qui constitue un état altéré de conscience. L'état cérébral possède un caractère objectif, mais il ne faut pas voir d'adéquation entre celui-ci et des résultats d'EEG ou d'IRM, sinon il faudrait inclure l'éternuement, le toussotement, le sommeil, le coma, le fait de penser à la couleur rouge et la mort parmi les états altérés de conscience. L'imagerie par résonance magnétique et l'électro-encéphalogramme rendent visible l'activité ou l'inactivité du cerveau, mais ne sont pas très fiables pour déceler un état altéré de conscience. Par exemple, on a associé les ondes alpha à de tels états, mais la présence d'ondes alpha correspond habituellement à une baisse de la qualité du traitement visuel et à un manque de concentration, quoiqu'il puisse aussi révéler un état d'expérience gratifiante intrinsèque, aussi baptisé la « zone ». Cet état est connu de quelques athlètes et adeptes de joueurs vidéo, qui, en pratiquant leurs activités, se mettent à « marcher au radar ».*

On peut dire qu'un état cérébral normal se caractérise avant tout par deux traits subjectifs importants: le sentiment que le soi se situe au cœur même des perceptions, et l'identification de ce soi avec l'enveloppe corporelle. Les états altérés de conscience correspondent aux moments où il y a suspension du sentiment d'identification du soi avec l'enveloppe corporelle ou avec ses perceptions. On peut atteindre de tels états spontanément, mais ils peuvent aussi résulter de traumatismes, de troubles du sommeil, de la privation ou de l'hypertension sensorielle, de déséquilibres neurochimiques, de crises d'épilepsie ou de fièvre. Ils peuvent également être provoqués par certains comportements sociaux, tels que la danse frénétique ou la prière incessante. Enfin, il est possible de les obtenir par la stimulation de certaines régions du cerveau, ou par l'utilisation de substances psychotropes.

Beaucoup pensent que la transe hypnotique est un état altéré de conscience. Malgré la ressemblance, la chose paraît douteuse. Le sujet sous hypnose rappelle beaucoup certains amnésiques qu'on peut faire réagir en leur montrant des mots précis. Plus tard, aucun souvenir conscient ne leur reste d'avoir vu les mots en question, mais ils montrent qu'ils en ont conservé le souvenir implicite. On peut difficilement considérer l'amnésie comme un état altéré de conscience.

Rien ne prouve vraiment que de tels états peuvent mener à un plan de conscience plus élevée ou à une vérité transcendantale, comme l'ont affirmé les parapsychologues Charles Tart et Raymond Moody, mais on sait avec certitude que certains d'entre eux peuvent produire des sensations très plaisantes et avoir un effet profond sur la personnalité. À propos de certaines expériences religieuses, par exemple, des sujets ont parlé du ravissement que produisait la proximité de la présence divine et un sentiment d'unité profonde avec l'univers. Des drogues comme le LSD et la mescaline donnent parfois des effets similaires. Certains patients souffrant d'épilepsie temporale évoquent de véritables extases durant lesquelles ils s'unissent à Dieu (Ramachandran, 1998). En stimulant les lobes temporaux de ses sujets, Michael Persinger a pu obtenir qu'ils éprouvent le sentiment d'une présence invisible près d'eux, qu'ils vivent la sensation d'effectuer un voyage astral, et qu'il éprouvent d'autres sensations associées au mysticisme et aux enlèvements par des extraterrestres (Persinger, 1987). Pehr Granqvist, de l'Université d'Uppsala, a signalé que l'exposition des lobes temporaux à de faibles champs magnétiques n'avait aucun effet perceptible.* (Dans un domaine semblable, le Dr Stuart Meloy, anesthésiologiste et spécialiste de la douleur à Winston-Salem, en Caroline du Nord, a découvert accidentellement, durant des tests sur une nouvelle invention destinée à lutter contre la douleur, qu'en stimulant la colonne rachidienne chez des sujets féminins, il pouvait leur faire atteindre l'orgasme.)

Les états mentaux qui produisent des sentiments transcendantaux que le mystique, l'épileptique, le consommateur de LSD et le sujet dont on a bardé la tête d'électrodes sont-ils produits par Dieu? Peut-être, mais dans ce cas, nous n'avons aucun moyen de nous en assurer. Il demeure beaucoup plus probable que les mécanismes qui déclenchent de telles sensations présentent une origine parfaitement naturelle. Peut-être s'agit-il d'un effet secondaire plaisant de la sélection naturelle, mais jusqu'à présent, nous n'avons aucune idée de la raison pour laquelle ils existent. Bien qu'il soit franchement intéressant d'apprendre que des expériences religieuses peuvent être reproduites par la maladie, la stimulation électrique et la drogue, on ne voit pas comment la chose rend nécessaire de croire en Dieu. Ce pourrait être une bonne raison, bien entendu, de ne pas se soigner, de consommer de la drogue, et d'utiliser un électrostimulateur crânien en espérant qu'il fonctionne comme l'« orgasmotron » du film « Woody et les robots ». La plupart des religions considèrent comme une espèce d'idéal les sensations vécues durant un état de conscience altérée: évasion de l'âme hors du corps et du soi, union avec l'entité divine. En ce sens, rechercher un état de conscience altéré, c'est comme faire taire le soi, à la recherche de l'orgasme ultime.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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