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Médecine anthroposophique

La médecine anthroposophique (MA) est une médecine dont les fondements sont influencés par les enseignements de Rudolf Steiner. Ces enseignements sont dominés par une croyance selon laquelle le corps n'est pas un organe matériel important et qu'être en santé dépend surtout de l'harmonie entre le corps physique, l'esprit (ou la force vitale), l'âme et le moi (ego).

Une classe de remèdes prisée par la MA est celle des remèdes homéopathiques, ce qui n'est guère surprenant puisque l'homéopathie classique a ses racines dans le vitalisme, tout comme la philosophie de Steiner. À l'instar de l'homéopathie, la MA propose un traitement très individualisé pour chaque patient. Puisque Steiner croyait à la réincarnation, un docteur de la MA doit également essayer de comprendre "l'état spécifique de l'âme et de l'esprit"* du patient, face à ses multiples vies, passées, présente et futures.

Selon Peter Hinderberger, M.D.,

Rudolf Steiner a fait la découvert remarquable qu'une plante qui est en guérison présente une distorsion ou une anomalie dans sa physiologie ou morphologie. Les plantes médicinales sont "malades", en ce sens qu'elles subissent des développements qui ne constituent qu'une facette et qui sont maintenus uniquement par l'auto-guérison seule. Cela représente une reformulation moderne, scientifique de la doctrine ancienne de la signature des choses.

Un exemple l'illustre ainsi : les plantes qui croissent près de l'eau sont habituellement plus grosses, avec de grandes feuilles d'un vert foncé qui se déssèchent et se brisent facilement. Une plante fait toutefois exception : le salix alba (saule blanc), un arbre qui croît toujours à proximité de plans d'eau et qui aime la bagarre [sic]. Toutefois, contrairement à d'autres plantes aquatiques, le saule parait très léger et a des feuilles raffinées, presque sèches. Il a la capacité d'organiser l'eau, voire de l'aérer. Le saule ne retient pas l'eau. Il l'absorbe à travers son système de racines profondes, la transforme et la fait évaporer dans l'air. Ses branches sont incroyablement résistantes, élastiques et ne peuvent être facilement brisées. Elles plient et forment des "jointures" au lieu de se briser. Ces quelques signatures nous indiquent quelles peuvent être les usages thérapeutiques du salix alba : arthrite, déformation des jointures, jointures enflées, congestion à la tête, conditions inflammatoires et diarrhée. Ce sont les situations où l'organisme perd son contrôle au profit de l'élément aqueux. L'acide salicylique (aspirine) était à l'origine produit à partir de l'écorce du saule.*

Le docteur Hinderberger ne mentionne pas que tous les arbres transportent de l'eau de leurs racines jusqu'aux feuilles, et puis dans l'air.

Cette découverte selon laquelle « une plante est une plante guérisseuse quand elle présente une distorsion ou une anomalie » ne peut être fondée sur une étude de toutes les plantes. N'y a-t'il pas une seule plante qui présente une anomalie et qui ne soit pas une plante guérisseuse ? Dans beaucoup de cercles, ce genre de pensée s'appelle magie sympathique. Toutefois, qui pourrait être en désaccord avec l'affirmation du Docteur Hinderberger selon laquelle « Steiner a étendu le principe homéopathique fondé sur des études spirituelles/scientifiques et offert des réponses où Hahnemann s'était arrêté » ?

Steiner croyait que le modèle du corps humain devait être celui d'un système tripartite : nous recevons des choses, nous rejettons des choses, et nous gardons certaines choses constantes par notre rythme. Les sens reçoivent des choses, nous excrétons des choses, nous respirons et notre sang circule. Nous avons un système réfrigérant / durcissant, c'est-à-dire les sens et les nerfs, centrés dans la tête et dans la colonne vertébrale. Nous avons un système réchauffant / adoucissant, un système reproducteur / métabolique centré sous le diaphragme. Et nous avons un système rythmique, le coeur et les poumons, pour équilibrer les deux autres systèmes. La santé est au rendez-vous quand ces systèmes interagissent de façon harmonieuse. La maladie résulte d'un manque d'harmonie et son traitement peut faire intervenir non seulement des médicaments, mais aussi une thérapie artistique (peinture, modelage, musique, chant et discours créatif), l'eurythmie thérapeutique, et le counseling. En plus des

produits pharmaceutiques ordinaires utilisés en médecine, la médecine anthroposophique utilise des médicaments spéciaux qui sont produits selon la conception anthroposophique de l'être humain et ses connexions avec la nature. Ces médicaments peuvent contenir des substances de minéraux, de plantes, ou d'animaux, préparées sous différentes dilutions et selon différentes routes d'application, externes, orales ou parentérales. Certains médicaments sont semblables aux produits médicinaux herbeux, d'autres sont préparés selon les directives des pharmacopées homéopathiques. Toutefois, un ensemble important des spécialités anthroposophiques est fabriqué en utilisant des procédés pharmaceutiques propres à la compréhension anthroposophique du corps humain. La médecine anthroposophique représente ainsi une forme unique de produits médicaux. Cela a causé des difficultés dans l'application et l'harmonisation de la Loi européenne sur l'enregistrement de ces médicaments.

Selon Steiner, un être humain possède une « individualité éternelle ». À cause de la nature indivisualisée du traitement et pour des raisons éthiques, les médecins anthroposohiques ne font pas de tests en double-aveugle. Le fait qu'aucune vérification scientifique de ces remèdes ne soit effectuée pourrait expliquer certaines difficultés qu'a la MA à se conformer à la loi.

« Parmi les médicaments anthroposophiques les mieux connus, on retrouve les préparations de guï contre le cancer (Abnova viscum®, Helixor®, Iscador®, Iscucin®, Visorel®) ». Le gui fut proposé comme remède contre le cancer par Steiner en 1920. Steiner déduisait que, puisque le gui est un parasite botanique, il guérirait le cancer, qu'il croyait être un parasite des tissus et organes humains. Malgré cette analogie laborieuse, le gui est classé par la Société Américaine du Cancer comme remède dont l'efficacité pour le cancer n'a pas été prouvée (Jarvis 1997). L'Iscador est souvent vanté par les férus de médecines alternatives et complémentaires comme ayant le pouvoir de renforcer le système immunitaire, bien qu'il n'y ait aucune preuve qu'il le fasse. Si l'Iscador réussissait à renforcer le système immunitaire, il n'aurait pas un effet sur le cancer pour autant. Tandis que les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, en tuant les cellules cancéreuses, peuvent mener à la restauration du système immunitaire.

En mars 2001, l'actrice américaine Suzanne Somers a annoncé qu'elle prendrait de l'Iscador dans le cadre de son traitement contre le cancer du sein. Elle a aussi annoncé qu'elle se passerait de chimiothérapie. Plusieurs années plus tard, elle est toujours vivante. Son livre intitulé The Sexy Years: Discover the Hormone Connection--The Secret to Fabulous Sex, Great Health, and Vitality, for Women and Men, est sorti en mai 2004 et fut le 89e meilleur vendeur de l'année. Il faut tenir compte qu'avant de cesser la chimiothérapie, elle s'était fait enlever une partie des seins par chirurgie mammaire conservatrice et avait suivi des traitements de radiothérapie. La masse cancéreuse avait été découverte pas une échographie que le médecin avait commandée, tandis que la mammographie n'avait rien signalé. « La biopsie de son ganglion sentinelle ne montrait aucun signe que le noeud lymphoïde fusse atteint, et un de ses médecins trouvait qu'elle n'avait pas besoin de chimiothérapie. Un autre médecin l'avait conseillé, et un troisième médecin consulté hésitait ». La chimiothérapie était une altervative, mais n'était pas présentée comme essentielle ni comme partie nécessaire du traitement. Tout ce que nous pouvons affirmer est ce que nous savions avant qu'elle ne commence à prendre de l'Iscador : cela peut ne pas lui faire de mal, mais selon le Dr. Edzard Ernst, « certaines études semblent montrer que des dommages sérieux peuvent être causés par des injections de gui. Au lieu de supprimer le cancer, le gui pourrait encourager la croissance cellulaire chez certaines tumeurs malignes ».

L'Iscador a-t'il conduit Somers hors de danger ? Nous ne le savons pas. Si elle n'avait rien fait après la radiothérapie, elle pourrait néanmoins être en bonne santé aujourd'hui, mais il n'y a pas de moyen de le savoir.

Dans tous les cas, la médecine anthroposophique est encore plus à la remorque de la médecine moderne et conventionnelle que ne l'est l'homéopathie. Non seulement la MA pense que l'esprit vital joue un rôle important dans la santé - une vision partagée par l'homéopathie - mais la MA fait intervenir des entités métaphysiques qu'elle nomme corps éthérique, corps astral et le soi (ego). La MA pense que l'âme, les sens et la conscience sont des êtres qui existent indépendamment du corps et que des choses telles que des herbes et des huiles essentielles peuvent amener ces entités en phase les unes avec les autres et avec le corps physique. La MA est certainement en phase avec l'approche fondamentale de Steiner de la réalité, selon laquelle il pensait avoir des pouvoirs spéciaux lui permettant de voir directement dans la réalité occulte sans avoir à se soucier de tests, expériences ou vérifications par d'autres. Quiconque croyant avoir des pouvoirs de clairvoyance ne ressent pas le besoin de prouver ses affirmations comme le font les scientifiques. Steiner entrevoyait la médecine de la même manière qu'il entrevoyait tout le reste, de l'astrologie au mythe d'Atlantis, de l'éducation à l'agriculture, et jusqu'à la métaphysique : il ne faisait que dicter ses visions personnelles. Il est inconcevable que certains le considère comme scientifique. Ses notions de science, faisant intervenir des explications selon lesquelles des entités immatérielles affectent des entités matérielles, sont à l'opposé de la science.

 


Voir aussi: Naturopathie.

 

Lectures

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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