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Mouvement antivaccination

De nos jours, où que ce soit dans le monde, les maladies infantiles font moins de victimes qu'à n'importe quelle autre époque de notre histoire. Aujourd'hui, environ 80 % des enfants sont vaccinés contre des maladies mortelles telles que la rougeole et la polio, comparativement à 20 % seulement au début des années 1980.*
 
On a estimé à 30 à 40 millions le nombre de cas de rougeole en 2000, pour quelque 777 000 décès.*
 
On estime que l'immunisation sauve quelque neuf millions de vies par année partout dans le monde. Chaque année, seize millions de décès supplémentaires pourraient être évités si des vaccins efficaces étaient utilisés contre toutes les maladies pouvant être prévenues par ce moyen.*
 
Vaccination

Le mouvement antivaccination comporte au moins deux aspects: d’un côté, on y retrouve des gens qui nient tout lien causal entre les vaccins et l'éradication ou le recul significatif de maladies comme la variole, la polio, la rougeole et la rubéole; d’autre part, il regroupe aussi des gens qui affirment que les vaccins causent des maladies, par exemple que le vaccin RRO (contre la rougeole, la rubéole et les oreillons) cause l'autisme. Dans un cas comme dans l’autre, les partisans de ce mouvement s'opposent à toute forme de vaccination contre la maladie.

On pourrait même dire que le mouvement comporte un troisième aspect: y militent aussi des partisans des «vaccins» homéopathiques ou des préparations isopathiques pour des maladies comme les infections au méningocoque, la grippe, les maladies infantiles, la malaria, et le VIH. Au lieu de véritables vaccins mis au point et testés de façon adéquate par des scientifiques, ces personnes ne font qu'offrir un équivalent moderne de l'eau de Pâques. Elles croient que l'eau a été énergisée et qu'elle possède une «mémoire» sélective des molécules que le processus de dilution homéopathique a fait disparaître depuis longtemps. La plupart des vaccins homéopathiques ne contiennent rien d'autre que de l'eau ou des substances inertes, et ne peuvent protéger contre quoi que ce soit. Lorsqu'on les offre comme moyen de protection contre des maladies telle la malaria, ils mettent véritablement en danger la vie des patients. Cela n’empêche pas ceux et celles qui se méfient des vrais vaccins et qui vivent selon les principes du vitalisme et de la pensée magique de les rechercher. Ainsi, on peut bien dire que ceux qui recommandent les vaccins homéopathiques font partie du mouvement antivaccination puisque, dans les faits, ils s'opposent à toute véritable vaccination contre la maladie.

Les représentants de ces trois aspects du mouvement ont en commun de ne garder des faits que ceux qui soutiennent leur thèse, et de dénigrer un des plus grands succès de la médecine scientifique dans le domaine de la santé publique.

Les vaccins sont-ils efficaces?

Robert Mendelsohn, M.D., est l'un des principaux opposants à la vaccination aux États-Unis. Il affirme qu’il n’y a «aucune preuve scientifique convaincante que les inoculations de masse aient éliminé la moindre maladie infantile», et pense que personne ne sait vraiment pourquoi des maladies comme la polio ont été presque éradiquées, même s’il soupçonne que l’amélioration des conditions de vie pourrait y être pour quelque chose. Quackwatch désigne ce genre de conception comme l’idée fausse no 1 à propos de l’immunisation. Selon Mendelsohn, les vaccins ne servent à rien parce que l’incidence des maladies a reculé non seulement aux États-Unis, où la vaccination se fait à grande échelle, mais aussi en Europe, où il n’y a pas eu de vaccination de masse. Mais si cela est exact, comment s’en étonner? Au sein de populations isolées ne présentant qu’une faible immunité, on devrait s’attendre à ce qu’une maladie infectieuse tue ses victimes ou les immunise contre de nouvelles infections. Quoi qu’il en soit, l’idée que les maladies infectieuses ont reculé même sans inoculation n’a rien à voir avec l’efficacité causale des vaccins. Ce qui compte, par exemple, c’est que l’incidence de la rougeole a sans aucun doute reculé grâce aux programmes de vaccination aux États-Unis et en Grande-Bretagne. (Maintenant qu’un nombre important de parents n’y font plus vacciner leurs enfants, on a constaté des poussées de rougeole dans ces deux pays.)

Malgré tout ce que peuvent dire les opposants, les preuves de l’efficacité des vaccins sont nombreuses et incontestables. (Voir par exemple la page sur les vaccins et l’immunisation des Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis.) Bien entendu, il faut les interpréter en rapport avec la théorie sur l’immunisation, en remontant au raisonnement d’Edward Jenner à propos des gardiennes de vaches et la variole. Ainsi, nous savons ce qui est arrivé au Japon lorsque le taux de vaccination contre la coqueluche a baissé de 70 % de 1974 à 1976. En 1974, on comptait 393 cas de la maladie et aucun décès. En 1976, il y a eu plus de 13 000 cas et 41 décès.*

Autre exemple: le succès du vaccin Hib contre la méningite causée par la bactérie hemophilus influenzae B. Quand on a commencé à administrer le vaccin aux États-Unis en 1990, la bactérie causait 15 000 cas et 400 à 500 décès par année, des chiffres constants depuis des décennies. «Après l’introduction du vaccin Hib actuel, l’incidence de la méningite à Hib est passée à moins de 50 cas par année!»* Pris isolément, ces exemples pourraient ressembler à du raisonnement post hoc, mais justement, ils ne sont pas pris isolément; ils s’inscrivent dans le contexte de notre savoir collectif sur le fonctionnement du système immunitaire.

Parmi les opposants à la vaccination, on retrouve également Anita Petek-Dimmer. Elle écrit:

De l’automne 1999 au printemps 2000, la Suisse a été touchée par une épidémie d’oreillons. Le Bureau fédéral suisse de la Santé a fini par reconnaître, devant l’insistance du corps médical, que plus de 75 % de ceux qui avaient contracté les oreillons avaient été vaccinés en bonne et due forme. Faut-il ajouter le moindre commentaire?*

Bien sûr, qu’il le faut. Un vaccin n’est jamais une garantie absolue de protection contre la maladie. Selon l’Institute of Child Health:

Après une dose du vaccin RRO, environ 90 % à 95 % des enfants sont protégés contre la rougeole, plus de 95 % contre la rubéole, et 85 % à 90 % contre les oreillons. Après deux doses, près de 100 % des patients seront protégés contre les trois maladies. Comme elles sont hautement infectieuses, il est nécessaire, afin de les juguler, d’avoir des niveaux d’immunité très élevés au sein des populations, ce qu’on ne peut obtenir qu’en administrant deux doses du vaccin aux enfants. C’est la raison pour laquelle presque tous les pays au monde recommandent deux doses. Les pays où un grand nombre d’enfants reçoivent deux doses du vaccin RRO sont ceux où l’on a eu le plus de succès contre ces maladies.*

Si, au sein d’une population, tout le monde est immunisé contre une maladie donnée, les risques de la contracter deviennent quasi nuls; ils croîtront cependant en fonction du nombre d’individus au sein de cette population qui omettront de se faire vacciner. Imaginons un enfant robuste et non vacciné qui attrape les oreillons. Avant que ses parents ne le retirent de l’école, il infecte la moitié de ses camarades de classe. Parmi eux, certains ont été vaccinés et ne contractent pas la maladie, mais d’autres n’ont pas reçu le vaccin et attrapent les oreillons. La plupart se rétablissent, sauf peut-être un enfant, qui en meurt. Il pourrait aussi y avoir un enfant qui a reçu le vaccin, mais dont la constitution est plus faible et qui se fait infecter par plusieurs de ses camarades, dont quelques-uns ont été vaccinés, et d’autres, non. L’enfant vacciné, mais plus faible, meurt. Doit-on en conclure que le vaccin n’est pas efficace? Non. Cela veut plutôt dire que lorsque certains ne se font pas vacciner, ils font courir un risque supplémentaire à ceux qui l’ont fait. D’un autre côté, si un très grand nombre de personnes reçoivent le vaccin, les quelques individus qui ne l’ont pas fait profitent de l’immunité des autres et se font protéger contre la maladie «gratuitement», pour ainsi dire. Plus grand est le nombre de ceux qui négligent de se faire vacciner, plus grand devient le risque que court la population dans son ensemble.

Voilà pourquoi, aux États-Unis, l’immunisation n’est pas optionnelle dans les écoles publiques. Des exceptions sont prévues pour les parents qui ont des motifs religieux de ne pas faire vacciner leurs enfants, ainsi que pour les enfants qu’on ne peut vacciner pour des raisons médicales. Tant que le nombre de refus demeure bas, les autorités scolaires peuvent faire preuve de tolérance, mais lorsqu’il devient trop élevé, comme la chose s’est déjà produite, il leur faut agir, sinon l’immunisation de masse ne servira à rien, et le danger d’une épidémie se fera bien réel. Ainsi, deux mois après le début de l’année scolaire, le conseil de Prince George’s County, au Maryland, a découvert que plus de 2000 élèves (sur 132 000) n’avaient toujours pas reçu les vaccins requis. Les membres du conseil se sont adressés aux tribunaux, et le juge C. Philip Nichols a envoyé une lettre aux parents les enjoignant de se présenter au palais de justice et de fournir une preuve de vaccination de leurs enfants, de les faire vacciner sur place, ou d’expliquer pourquoi ils n’avaient pas été vaccinés, faute de quoi, ils pourraient passer jusqu’à dix jours en prison. Même après l’échéance imposée, il restait encore 900 élèves pour lesquels on n’avait aucune preuve de vaccination. Un groupe d’opposants dont faisait partie Charles Frohman a vivement protesté. Frohman croit qu’on devrait laisser à chacun le choix de faire immuniser ou non ses enfants. L’idée paraît raisonnable, mais elle ne l’est pas: ceux qui ne se font pas vacciner mettent en danger ceux qui le font et empêchent l’éradication de l’agent causal de maladies.

Certains semblent penser qu’il vaudrait mieux pour leurs enfants d’attraper une maladie que de courir le risque que comporte le vaccin. Selon l’Institute of Child Health des États-Unis:

Laisser un enfant contracter une maladie, c’est courir le risque de le voir devenir gravement malade ou même de mourir. Par contre, les vaccins ne causent d’effets indésirables graves que très rarement. Il est vrai que les vaccins ne confèrent pas systématiquement une immunité absolue et permanente, mais il en va de même de nombreuses maladies. Ainsi, il est possible de souffrir de la coqueluche, de la rubéole ou d’une infection au Hib ou au méningocoque plus d’une fois. Cependant, l’enfant qui contracte une maladie après avoir été vacciné n’aura habituellement à subir que des inconvénients mineurs. Dans la plupart des cas, le vaccin permet d’éviter la maladie chez les enfants, et quand assez d’individus sont vaccinés, l’immunité collective contrebalance le caractère temporaire de l’immunité individuelle. Les personnes qui ont perdu leur immunité se trouvent ainsi protégées.

Il n’est guère préférable pour un enfant de contracter les oreillons, la rougeole ou la rubéole sans avoir été vacciné. Il pourrait se retrouver mort, paralysé ou sourd.

Les vaccins rendent-ils malade?

La plupart des gens qui ne se font pas vacciner ou qui ne font pas vacciner leurs enfants se rangent probablement dans le camp de ceux qui croient que les vaccins causent des maladies. L’un des mythes les plus répandus à ce sujet veut que le vaccin RRO cause l’autisme,* soit de lui-même, soit en raison du thimérosal qu’on y retrouve, soit par une combinaison des deux. (Le thimérosal est un antiseptique organo-mercuriel employé depuis les années 1930 pour empêcher la contamination des vaccins par des microbes. S’il était vraiment nocif, on peut penser qu’on l’aurait décelé beaucoup plus tôt.) L’idée semble prendre de l’ampleur, malgré l’absence de preuves réellement convaincantes à ce sujet. On retrouve dans ce mouvement des groupes de pression formés de parents appuyés par une médecine douteuse et une propagande médiatique venant de célébrités et des personnalités politiques comme Robert F. Kennedy Jr.

Vaccination contre la rougeole dans le Timor oriental par une équipe de l’Unicef

Le Danemark a retiré le thimérosal de ses vaccins RRO en 1992, et d’autres pays ont emboîté le pas, non parce que des preuves avaient établi un lien clair entre le thimérosal et l’autisme ou d’autres maladies, mais devant la peur engendrée par des parents inquiets et les médias, et la menace de poursuites. Une étude publiée dans le magazine Pediatrics en 2003 montrait clairement que le thimérosal utilisé couramment dans les vaccins était fort peu susceptible de provoquer l’autisme. Les chercheurs ont examiné des données portant sur 956 enfants autistes de 1971 à 2000. Le taux d’incidence de la maladie a cru de façon régulière de moins d’un enfant par 10 000, en 1990, à près de 5 par 10 000 en 1999, sept ans après l’abandon du thimérosal dans les vaccins au Danemark. «Le thimérosal a été éliminé des vaccins destinés aux enfants dans la plupart des pays industrialisés», a déclaré le principal auteur de l’étude, le Dr Kreesten Meldgaard Madsen. «S’il s’agissait vraiment d’une cause importante de l’autisme, [le taux d’autisme] aurait dû baisser rapidement dans ces pays.»* Malheureusement, il n’y a pas eu de baisse soudaine des troubles liés à l’autisme après le retrait du thimérosal. (Un rapport affirmait que cette baisse avait bel et bien eu lieu, mais il a été entièrement réfuté depuis.) En 2004, un comité d’experts nommés par l’Institute of Medicine a terminé un examen des études scientifiques effectuées partout dans le monde et a conclu qu’il n’y avait aucune preuve convaincante que les vaccins causent l’autisme. En particulier, aucun lien n’a été découvert entre l’autisme et le vaccin RRO ni aucun autre vaccin contenant du thimérosal.*

On a décrété que le thimérosal était potentiellement dangereux parce qu’il s'agit d'un composé du mercure que le corps humain métabolise en mercure d'éthyle. Il est possible que certaines personnes au sein du mouvement antivaccination aient confondu ce sous-produit avec le méthylmercure, dont on connaît la toxicité. Certains parents soumettent leurs enfants autistes à une thérapie par chélation pour retirer les métaux lourds de leur sang. Il ne faut cependant pas prendre la chélation à la légère*. Il y a eu au moins un cas où cette thérapie a provoqué la mort d'un jeune autiste de cinq ans.

Il existe beaucoup de sites Web contre l'immunisation, et certains d'entre eux colportent des faussetés sur les preuves d’un lien causal entre la vaccination et l'autisme. Beaucoup d'entre eux ont été créés par des parents d'autistes. Le Dr Michael Fitzpatrick, auteur de MMR and Autism (Le RRO et l'autisme) s'inquiète du fait que certains parents d'autistes croient que leur expérience personnelle et leurs recherches – dont la majeure partie est guidée uniquement par le désir de prouver une conviction intime, à savoir, que la condition de leur enfant a été causée par la vaccination – font d’eux des experts en matière d'autisme et de vaccination.* En tant que père d'un enfant autiste, Fitzpatrick comprend ce désir de trouver la cause de la maladie, mais, comme il le fait remarquer, être le père ou la mère d'un enfant autiste ne confère «aucune lumière spéciale sur la question des causes de l'autisme ni sur aucun autre aspect de la maladie».

Mais Fitzpatrick s'inquiète de bien davantage que de la circulation d'informations erronées:

Le père ou la mère qui cherche à s'informer auprès de groupes antivaccination tombe rapidement sur des condamnations virulentes du gouvernement, du corps médical et des compagnies pharmaceutiques. Quiconque défend l'immunisation peut s'attendre à des injures et des accusations de corruption ou de complot. L'idée maîtresse, c'est que ceux qui préconisent la vaccination entretiennent des liens commerciaux avec les compagnies pharmaceutiques. Pourtant, et ce n'est sans doute pas surprenant, il existe des liens avec des intérêts commerciaux au sein des groupes antivaccination.

Il parle ainsi d'un groupe répondant au nom de Jabs (Justice, awareness and basic support) qui se bat contre le vaccin RRO depuis plus d'une décennie par la voie des tribunaux. Le cabinet d'avocats d'Alexander Harris, en Grande-Bretagne,

s'est approprié environ 5 des 15 millions de livres d'aide juridique disponibles avant que la Commission des services juridiques mette fin au projet en octobre dernier. L'insistance du Jabs auprès de parents pour qu'ils s'associent à une entreprise boiteuse censée leur obtenir des indemnisations a eu sur eux un effet démoralisateur, non seulement pour les familles, mais aussi sur les parents d'autistes, qu'on a rendus coupables d'avoir laissé administrer à leurs enfants le vaccin RRO ayant provoqué leur maladie.

En outre, le Dr Andrew Wakefield, qui a été le premier à parler d’un lien possible entre le vaccin RRO, l’autisme et les maladies intestinales chez les enfants, a reçu plus de 400 000 ₤ de la part d’avocats qui tentaient de prouver que le vaccin était néfaste. Cette somme faisait partie des 3,4 millions de livres distribuées par le fond d’aide juridique aux médecins et scientifiques auxquels on avait fait appel dans le cadre d’une poursuite – aujourd’hui abandonnée – contre les fabricants de vaccins.* En partie à cause de la fausse alarme lancée par le Dr Wakefield, en Europe, des enfants ont recommencé à mourir de la rougeole, car de nombreux parents ont craint de faire vacciner leurs enfants. En Angleterre même, le nombre de cas de rougeole est redevenu aussi élevé qu’il l’était vingt ans auparavant, après la chute des taux d’immunisation.* En 2002, le Centre national de surveillance des maladies en Irlande a publié un document sur le contrôle de la rougeole après une chute des taux d'immunisation.* L'Écosse, où Wakefield pratique, a également signalé des problèmes avec cette maladie.

Selon Fitzpatrick, les sites Web anti immunisation comportent des liens vers des cliniques privées offrant des vaccins RRO substituts et des vaccins RRO «sans mercure». «Ces cliniques ont été les principaux bénéficiaires de l’inquiétude générale à propos de l'immunisation. Elles ont dégagé d’importants profits grâce à des vaccins de qualité inférieure, vendus à des prix indécents à des parents dont les craintes avaient été exacerbées par de fausses informations et une presse alarmiste.» Le Dr David Pugh a été l'un de ces bénéficiaires, mais ses cliniques de Sheffield et d'Elstree, dans le Hertfordshire, ont été fermées à la suite d'accusations de pratiques frauduleuses et non salubres. Pugh, qui doit subir un procès en cour pénale, a pourtant reçu l'appui d'un certain nombre de groupes de parents.

Aux États-Unis, plus de 4900 réclamations relatives à des cas d'autisme sont en attente d'une audience. Elles s'accumulent ainsi depuis environ huit ans (Novella 2007). En juin 2007, neuf causes ont été entendues par trois «juges spéciaux» de l'Autism Omnibus, une cour fédérale des réclamations. En septembre 2007, la cour a publié un bilan. Les plaignants ne prennent aucune chance et font valoir trois liens de causalité possible: le vaccin RRO et le thimérosal causent l'autisme, le thimérosal seul cause l'autisme, le vaccin RRO seul cause l'autisme. La décision du tribunal dans ces neuf causes déterminera le résultat des 4900 autres réclamations. Bien entendu, si le tribunal décrète qu'il n'y a aucune preuve claire d'un lien causal entre le vaccin et l'autisme, de nombreux plaignants verront là une nouvelle «conspiration», et concluront que les grandes compagnies pharmaceutiques ont acheté les juges, ou quelque chose du genre. Il est impossible de prévoir quelle sera la décision du tribunal, peu importe ce que les scientifiques ont à dire de la question.

Vaccins et préjudices réels

Il faut reconnaître qu'il y a eu des cas où la vaccination a eu des résultats tragiques. Dans le nord du Nigéria, une flambée de polio est survenue, en 2003, justement par la faute d’un vaccin destiné à éliminer la maladie.*

Des religieux musulmans et des hommes politiques mécontents ont interdit l’administration de vaccins contre la polio dans leur région, en affirmant que la vaccination n’était qu’un complot occidental pour répandre le VIH et rendre les jeunes musulmanes stériles. Le boycott a duré un an, au cours duquel les cas de polio se sont multipliés, permettant au virus de franchir les frontières et de se propager à une dizaine d’autres pays – un recul catastrophique pour une campagne d’éradication qui semblait enfin près du but...
 
... l’Organisation mondiale de la santé et les Centers for Disease Control ont révélé, début octobre [2007], que 69 petits Nigériens ont été paralysés par le virus de la polio depuis 2005. Ils ont contracté la maladie après avoir été exposés au virus actif présent dans le vaccin sous forme orale... (Time)

Néanmoins, la couverture vaccinale a doublé partout au Nigéria, passant de 35 % en 2005 à un sommet d’environ 76 % en 2007. Le taux des nouvelles infections, quant à lui, a connu une chute spectaculaire. Le Nigéria ne compte plus le plus grand nombre de cas de polio au monde. En 2006, 1125 des 2000 cas de polio sur la planète venaient de ce pays. En octobre 2007, ce chiffre était tombé à 198. (À titre de comparaison, en 1988, il y a eu 350 000 nouveaux cas de polio dans 125 pays, la plupart dans des pays en développement.)*

«Il faut intensifier la campagne d’éradication du virus de la polio», déclare le Sheikh Ahmed Gumbi, le puissant grand imam de la mosquée Sultan Bello de Kaduna [la seconde ville en importance du nord du Nigéria]. «Il faut mener à bien tout ce bon travail. Le vaccin est sûr et salubre, malgré les quelques infections qu’il a causées. L’immunisation doit se poursuivre jusqu’à ce que la polio ait disparu du Nigéria.» (Time)

Les opposants à la vaccination font remarquer que la polio mène à la paralysie seulement une fois sur 200. De la fièvre, des symptômes rappelant ceux de la grippe ou une absence totale de symptômes se constatent plus souvent chez les porteurs du virus.* Il faut cependant se rappeler que seul un très petit pourcentage des personnes vaccinées à l’aide du virus de la polio contracteront la maladie, et que ce pourcentage sera beaucoup plus petit que le pourcentage de ceux qui la contracteront en l’absence d’un programme d’immunisation. «La flambée a été causée par le virus encore actif de la polio qu’on emploie dans les vaccins donnés oralement, ce qui est la méthode d’immunisation privilégiée dans les pays en voie de développement parce qu’elle est peu onéreuse et qu’il ne faut aucune formation médicale pour l’administrer.»* Ce malheureux épisode au Nigéria n’était pas le premier du genre. En 2001, 22 enfants ont contracté la polio et se sont retrouvés paralysés en République dominicaine et en Haïti. «Le vaccin oral contient une forme atténuée du virus de la polio. Les enfants vaccinés excrètent le virus et, dans des conditions insalubres, il peut se retrouver dans l’eau et infecter ainsi des enfants non vaccinés.»*

Aucune forme de vaccination n’est entièrement dénuée de risque. Les autorités de santé publique exigent certains vaccins afin de prévenir des flambées de maladies infectieuses, dont les coûts dépasseraient de loin ceux de la vaccination.

Les vaccins affaiblissent-ils le système immunitaire?

Enfin, certaines personnes croient que les vaccins affaiblissent le système immunitaire des enfants, ce qui les rendrait vulnérables plus tard au cours de leur existence. Selon Quackwatch, il s’agit de l’idée fausse no 7. Par exemple, certaines personnes pensent que l’asthme ou les problèmes respiratoires de leur enfant pourrait venir d’une «charge vaccinale excessive» sur des systèmes immunitaires immatures.

En fait, les bébés ont la capacité, dès la naissance, de lutter contre une foule de germes différents. Le corps se trouve constamment entouré de microbes et doit leur faire face de multiples façons. Si l’immunisation est préférable à la maladie, c’est que le vaccin n’utilise qu’une partie du microbe, ou sinon, le virus au complet, mais neutralisé ou diminué («atténué»). De la sorte, le système immunitaire est moins grandement sollicité que dans le cas d’une infection véritable, mais il l’est tout de même assez pour en arriver à produire une bonne protection.
 
En 2002, le Comité d’examen de l’innocuité en matière d’immunisation de l’American Institute of Medicine s’est livré à un examen détaillé de toutes les données sur les effets des vaccinations multiples sur le système immunitaire des bébés. Rien n’a permis de conclure que ce système pouvait se trouver débordé. Les membres du comité ont fortement appuyé l’utilisation de la vaccination contre de nombreuses maladies...
 
Retarder la vaccination d’un enfant, c’est le laisser sans protection plus longtemps que nécessaire, ce qui pourrait être particulièrement dangereux pour la coqueluche et le Hib. Les très jeunes bébés atteints de la coqueluche sont susceptibles d’être plus gravement malades que les bébés plus âgés, et auront sans doute davantage besoin de soins hospitaliers. Les bébés de moins de un an sont plus susceptibles d’attraper le Hib que les enfants plus vieux. Des études ont montré que lorsque les vaccins sont administrés plus tôt dans la vie, les bébés vaccinés ont moins de réactions comme de la fièvre, une enflure aux sites d’injection, etc., tout en étant protégés contre la maladie.*

De nombreuses études soigneusement conçues ont examiné la possibilité que les vaccins causent des maladies chroniques comme l’asthme, la sclérose en plaques, l’arthrite chronique, le syndrome de la mort subite du nourrisson et le diabète. Aucune preuve concluante n’a permis d’établir de tels liens.*

 

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A voir également:

Depuis la sortie du film Silence, on vaccine, de Lina Moreco, le débat sur la vaccination a quelque peu repris au Québec. On peut lire l'article de Pauline Gravel dans Le Devoir.com à ce sujet (Silence, on vaccine - La vaccination peut-elle être dangereuse?)

 

Vidéo: Le virus de la peur, un reportage de Radio-Canada du 5 novembre 2009.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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