Corps astral

Origine et évolution (1529-1912)

L'utilisation du terme corps astral semble remonter à l'alchimiste suisse Paracelse (1493-1541), qui percevait l'homme comme étant constitué de trois corps, deux âmes et quatre esprits. Il nommait un de ces corps corps astral, quoiqu'irrégulièrement, et conférait entre autres à celui-ci la propriété de se détacher du corps physique durant le sommeil pour s'élever et entrer en communication avec d'autres corps astraux.

Le terme et le concept ont été repris par des occultistes du 19e siècle comme Éliphas Lévi (occultiste français, ancien prêtre, dont le vrai nom était Alphonse-Louis Constant) qui en parle entre autres dans son Histoire de la Magie avec une exposition claire et précise de ses procédés, de ses rites et de ses mystères, en 1861. Parmi ces occultistes on retrouve également madame Blavatsky, elle même lectrice d'Éliphas Lévi, fondatrice de la Société Théosophique (1875). Elle est probablement responsable de la popularité qu'a prise la notion de corps astral au cours du siècle suivant et qui perdure jusqu'à nos jours.

Dans son récit Isis Unveiled (1877) elle résume et reprend des théories de Paracelse, selon lesquelles l'homme possède une âme, un corps physique et un corps astral. Une des propriétés de ce corps est de vitaliser le corps physique.

Dans The Secret Doctrine (1888), madame Blavatsky fait entrer en matière des concepts provenant de l'hindouisme par le bouddhisme tibétain et auxquels elle réfère sous le nom de bouddhisme ésotérique [sic]. Elle les utilise pour échafauder une théorie des sept niveaux de constitution de l'homme, qu'elle associe également à des concepts empruntés à la kabbale. Elle regroupe ces sept niveaux (a-g) en quatre mondes (1-4) :

  1. a. Corps physique (Rupa)
  2. bc. Vie / Corps astral (Prana / linga s(h)arira)
  3. de. Âme animal / Mental (Kama rupa / manas)
  4. fg. Âme / esprit (Buddhi / atma)

Les termes entre parenthèses étant ceux du bouddhisme ésotérique. Elle identifie donc le corps astral au linga s(h)arira et le met au même niveau que la vie, de façon conséquente avec la propriété vitalisante donnée au corps astral dans Isis Unveiled.

En 1910, l'occultiste autrichien Rudolf Steiner, qui était alors théosophe, mentionne ces sept niveaux dans un ouvrage intitulé Theosophie. Il les ré-organise en en dégageant les quatre corps suivant :

  1. Corps physique
  2. Corps étherique / vital
  3. Corps de l'âme sensible / astral
  4. Corps de l'esprit / ego

Pour des raisons nébuleuses, Steiner diverge de l'inteprétation de madame Blavatsky en identifiant le corps astral au kama rupa, plutôt qu'au linga s(h)arira, qu'il relègue désormais au rang de corps vital. Le corps astral de madame Blavatsky perd donc ses fonctions vitales et devient surtout le siège des passions. Steiner emmènera cette conception dans l'anthroposophie, un mouvement qu'il fondera deux ans plus tard. Les mouvements dits rosicruciens qui découlent (directement ou non) de la théosophie steinerienne, comme l'Association Rosicrucienne Max Heindel et le Lectorium Rosicrucianum, ont conservé cette conception des quatre corps qu'ils ont légèrement modifiée en remplaçant le dernier corps par un corps mental / de l'intellect.

En 1912, le théosophe Charles Webster Leadbetter (A Textbook of Theosophy) s'en tient à une conception plus fidèle à celle de madame Blavatsky où le corps astral revient en deuxième place:

  1. Corps physique
  2. Corps astral
  3. Corps mental
  4. Corps causal

mais il conserve dans son texte l'aspect émotionnel que Steiner a conféré au corps astral. Le corps physique se trouve également complété d'un corps étherique vital.

Propriétés du corps astral

Corps astral

Il se dégage des éléments communs de toutes ces conceptions du corps astral, mais comme c'est souvent le cas en occultisme, la notion peut vouloir dire un peu n'importe quoi et son contraire, surtout une fois adoptée par des disciples qui n'ont pas le souci de cohérence des concepts intellectuels. Il faudrait se garder de penser que le fait que l'on retrouve des éléments communs chez divers auteurs soit un gage de véracité du concept : on vient de voir que le concept provient d'une origine commune et relativement récente.

L'élément principal de divergence associé au corps astral est son rôle de vitalisation, qu'on retrouve chez madame Blavatsky mais pas chez les autres. Également, la plupart de ces occultistes semblent considérer le corps astral comme le siège des passions et émotions, alors que madame Blavatsky reléguait ce rôle à l'âme animale. Il se pourrait que cette divergence entre madame Blavatsky et les autres fusse causée par un passage de The Secret Doctrine où madame Blavatsky avance que notre planète terre est dans un état kamarupique, qu'elle décrit comme étant le corps astral des désirs de l'ahamkara (égoïsme).

Quoiqu'il en soit, la plupart s'entendent pour dire que quand l'homme meurt, il perd son corps physique et emmène avec lui ses corps subtils (qu'ils soient étheriques, astral, mental, causal, etc) dans l'au-delà ou le monde invisible / supérieur, etc. Il se défait ensuite de ses corps, un à un. Pour ceux qui conçoivent l'existence d'un corps étherique indépendant du corps physique, ce n'est qu'une question de temps avant que celui-ci se désagrège. L'homme vivra ensuite dans son corps astral jusqu'à ce qu'il se soit expurgé des pensées terrestres, désirs et passions. Le monde astral est donc une sorte de purgatoire, et le séjour y sera d'autant plus long qu'on aura cultivé, dans cette vie, des désirs ou passions plus ou moins sains. Évidemment, des exercices et modes de vie recommandés par les gourous (qu'ils soient théosophes, anthroposophes ou rosicruciens), visent à se préparer en vue de ce séjour... Les animaux sont aussi affublés d'un corps astral selon la plupart de ces occultistes.

Durant le sommeil, le corps astral d'un homme vivant se détache et va vivre temporairement dans le monde astral. Cette conception remonte à Paracelse et semble bien enracinée. Dans ce monde astral, il peut communiquer avec d'autres corps astraux, soit de vivants endormis, soit de personnes décédées qui ne se sont pas encore défaits de leurs leur. Max Heindel va même jusqu'à nous mettre en garde contre l'exécution de criminels dangereux, car une fois leur corps astral libéré dans le monde astral, ils peuvent assaillir des esprits faibles et les faire commettre des crimes ignobles, voire, perpétrer leur vengeance.

C.W. Leadbetter et Rudolf Steiner spéculent également sur l'apparence du corps astral, qui malheureusement n'est pas visible par tout le monde. En effet, ce corps astral serait comme une aura, une sorte de nuage ovoïde lumineux tourbillonnant, dont les vibrations déterminent les couleurs qui changent selon la nature des passions et désirs. Il serait possible de reconnaître, une fois dans le monde astral, le corps astral d'une personne qu'on a connue vivante. Toutefois la plupart des auteurs mentionnent qu'un corps astral ne peut voir les corps physique, ce qui contredit certaines expériences de voyage astral fréquemment relatées et faisant intervenir le corps astral, où la personne voit son corps physique inanimé.

Rudolf Steiner avance même que le corps astral possède l'équivalent des organes du corps physique; ce sont les chakras. C.W. Leadbetter, lui, croit plutôt que le corps astral ne possède pas l'équivalent de nos sens physiques et communique plutôt en échangeant des molécules avec le reste du monde astral.

En dehors de la théosophie

Aleister Crowley utilisait également le terme corps astral, tout en prenant ses distances, dans ses écrits et rituels.

De par sa capacité à voyager librement durant le sommeil, on retrouve le corps astral dans les théories de projection astrale et de voyages astraux.

Il va sans dire qu'il n'y aucune preuve scientifique de l'existence d'un tel corps, et que de l'invoquer dans un mécanisme quelconque revient à renoncer à comprendre vraiment ce qui peut se passer.

 

Cet article fut rédigé pour rendre compte des conclusions données dans l'article Astral Body du Skeptic's Dictionary (en anglais) de Robert Todd Carroll.

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