Athéisme

Traditionnellement défini comme la non-croyance en l'existence de Dieu. En tant que tel, l'athéisme implique un rejet actif de cette idée.

Néanmoins, comme il y a une multitude de conceptions différentes au sujet de Dieu et qu'elles sont généralement enracinées dans quelque culture ou tradition, l'athéisme pourrait se définir comme la croyance qu'un certain mot utilisé pour faire référence à un dieu en particulier ne renvoie, en réalité, à rien. Ainsi, il y aurait autant de types d'athéisme qu'il y a de noms de dieux.

Certains athées peuvent rejeter en bloc l'existence de tous les différents dieux dont ils ont entendu parler. On pourrait dire de telles personnes qu'elles sont polyathées. Mais la plupart des gens qui se considèrent athées veulent probablement dire qu'ils ne croient pas en l'existence du dieu propre à leur culture. Par exemple, la plupart de ceux qui se disent athées dans une culture où domine une des religions du Livre (le Christianisme, le Judaïsme ou l'Islam) veulent sans doute dire, à tout le moins, qu'ils nient l'existence d'un créateur omnipotent, omniscient, providentiel et personnel de l'univers. De leur côté, les fidèles de ces trois religions considèreraient une telle négation comme équivalent à de l'athéisme. Baruch de Spinoza (1632-1677), par exemple, identifie Dieu à la Nature, et à une substance aux attributs infinis. De nombreux juifs et chrétiens le considéraient athée parce qu'il rejetait et le Dieu traditionnel des grandes religions monothéistes et l'immortalité. Thomas Hobbes (1588-1679) était aussi considéré athée parce qu'il croyait que toute substance est matérielle et que, par conséquent, Dieu aussi doit être matériel, et non spirituel. Cependant, ni Spinoza ni Hobbes ne se disaient athées.

Épicure non plus ne se proclamait pas athée, mais il rejetait les conceptions entourant les dieux de la Grèce antique. Les dieux sont parfaits, disait-il. Par conséquent, ils ne peuvent ressembler à ces êtres imparfaits décrits par Hésiode, Homère et autres. Dans la Grèce ancienne, on attribuait aux dieux des faiblesses humaines, telle la jalousie. Or, rien, pas même le comportement des hommes, ne devrait troubler des êtres parfaits. Par conséquent, l'idée que les dieux puissent nous punir ou récompenser est absurde. Être parfait, c'est ne jamais se départir de son équanimité. Ainsi, le concept de perfection implique que les dieux demeurent indifférents au comportement des hommes. Certains ont rejeté la croyance au Dieu des chrétiens pour des raisons semblables. L'idée d'un être parfait qui crée l'univers est illogique. Comment la perfection peut-elle être améliorée? Créer, c'est réagir à un manque, une imperfection. Si on peut répondre à cette objection, il en est une autre : dans la création d'un Dieu tout-puissant et bienveillant, le mal ne devrait pas exister. Par conséquent, soit Dieu est bon, mais permet au mal d'exister parce qu'il n'est pas tout-puissant, soit Dieu est tout-puissant, et permet au mal d'exister parce qu'il n'est pas d'une infinie bonté. Un tel argument ne nie manifestement pas l'existence de tous les dieux.

Certains ont rejeté le Dieu des chrétiens parce qu'ils croient que le concept d'adoration, indispensable pour la majorité des chrétiens, est en contradiction avec celui d'omnipotence (Rachel, 1989). D'autres encore refusent le Dieu des grandes religions monothéistes, parce qu'ils considèrent que les écrits fondateurs n'en sont pas crédibles. Des théologiens ont essayé de prouver l'existence de Dieu sur la base de la seule raison. Néanmoins, le rejet de telles preuves ne constitue pas de l'athéisme.

Certains chrétiens considèrent que les bouddhistes sont athées, apparamment pour la même raison qu'ils considèrent Spinoza ou Platon comme tels : quiconque rejette l'idée d'un Créateur personnel, omnipotent, et infiniment bon rejette Dieu. Pourtant, rejeter Dieu, Yahvé ou Allah ne revient pas à nier tous les dieux. Pas plus que rejeter le Dieu de la religion du livre soit la même chose que rejeter la croyance en un principe suprême de vie et de bonté, un être qui explique à la fois pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, et pourquoi chaque chose est telle qu'elle est. Rejeter les grandes religions monothéistes n'équivaut pas non plus à rejeter l'existence d'êtres tels que les devas ou les esprits, immortels et exempts de faiblesses humaines ou animales.

Enfin, les athées ne nient pas que certaines personnes aient des expériences mystiques ou religieuses, au cours desquelles elles ressentent la présence de Dieu, ou éprouvent le sentiment d'appartenir à un tout et de saisir le sens profond de la vie. Ils ne nient pas non plus que de nombreuses personnes fassent l'expérience de la présence de Dieu dans leur vie de tous les jours. Ils nient plutôt que les états mentaux produisant ces sensations aient des causes surnaturelles.

L'athéisme est-il très répandu? Une enquête mondiale effectuée par l'entreprise de sondages Gallup en 2000 a montré que 8 % des répondants ne pensaient pas qu'il y avait un esprit, Dieu ou élan vital quelconque. Quelque 17 % n'en étaient pas sûrs. Néanmoins, plus de la moitié de la population mondiale et plus de 90 % des scientifiques du monde entier ne croient pas en un Dieu unique, et seraient donc considérés athées par de nombreux chrétiens.



Voir aussi: Agnosticisme, Antithéisme, Brights, Dieu, Libre penseur, Miracles, Nouvel athéisme et Théisme.

 
Bibliographie

Sites Webs:
Lectures en ligne:
 
Livres conseillés:

 

Traduit par Christophe Ladroue.

 


 

Libres penseurs dans l’histoire du Québec (La mémoire volée).
Conférence de Daniel Laprès, septembre 2008.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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