Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Code de la Bible

Code de la Bible

 Titre d’un livre par Michael Drosnin dans lequel il prétend que Dieu a dissimulé dans la Bible un code déchiffrable par la recherche de sauts équidistants de lettres (SEL). On l’appelle Code de la Bible ou Code de la Torah. En partant d’une lettre quelconque («L»), on lit la énième lettre («N») d’un des textes sacrés, sans compter les espaces. En prenant un des livres de la Bible au complet, comme la Genèse, on obtient une longue suite de lettres. Si l’on emploie différentes valeurs pour L et N, il est possible de générer de nombreuses chaînes de lettres. Imaginons maintenant qu’on enroule ces chaînes de lettres autour d’un cylindre, de façon à ce que toutes les lettres soient visibles. En ramenant ce cylindre à deux dimensions, on obtiendra plusieurs lignes formant des colonnes de mêmes longueurs, à l’exception de la dernière, qui pourrait être plus courte que les autres. Ne reste plus qu’à rechercher des noms significatifs, situés près de dates, horizontalement, verticalement, en diagonale, ou de n’importe quelle autre façon. Un groupe de mathématiciens israéliens qui se sont prêtés à l’exercice ont affirmé que lorsqu’ils ont fait des rapprochements entre des noms et des dates de naissance ou de décès (à partir de l’Encyclopédie des grands hommes d’Israël), ils ont découvert de nombreuses correspondances. Par exemple, la date de l’assassinat de Yitzhak Rabin se trouvait tout près des lettres formant son nom. Doron Witztum, Eliyahu Rips et Yoav Rosenberg (1994) ont publié leurs conclusions dans un rapport intitulé «Séquences équidistantes de lettres dans le livre de la Genèse». L’éditeur de la publication à laquelle ils s’étaient adressés a commenté ainsi leur travail: 

Lorsque les auteurs ont utilisé un test de randomisation pour savoir à quel point leurs résultats pouvaient s’expliquer par le hasard seul, ils ont obtenu un chiffre hautement significatif, la probabilité étant de 0,000016. Nos lecteurs étaient stupéfaits: à leur connaissance, il était impossible que la Genèse contienne des références significatives à des personnalités modernes. Pourtant, quand les auteurs ont mené des analyses et vérifications additionnelles, cet effet est demeuré.

Autrement dit, les chances qu’ils obtiennent des résultats semblables par hasard étaient de seize sur un million, ou d’une sur 62 500. Selon les auteurs: «L’analyse de randomisation montre que l’effet est significatif au niveau de 0,00002 [et que] la proximité de SEL reliés à un sens précis dans la Genèse n’est pas due à la chance». Harold Gans, ancien cryptologue du département de la Défense des États-Unis a repris le travail de l’équipe israélienne pour arriver aux mêmes conclusions. Plus tard, Witztum a affirmé que, d’après une analyse, les probabilités qu’on obtienne de tels résultats par hasard n’étaient que d’une sur quatre millions. Sans doute a-t-il changé d’avis depuis, puisqu’il les situe maintenant à 0,00000019 (1 chance sur 5,3 millions).

Comme preuve additionnelle de la signification statistique de leurs résultats, les chercheurs israéliens ont analysé une version hébraïque du Livre d’Isaïe, ainsi que les 78 064 premiers caractères d’une traduction en hébreu de Guerre et Paix de Tolstoï. (La version du Livre de la Genèse qu’ils ont utilisée dans le cadre de leur travail, la version Koren, comportait 78 064 caractères.) Ils ont découvert de nombreux noms à proximité de dates de naissance et de décès, mais les résultats ne présentaient aucune signification statistique.

Que doit-on en conclure? Pour certains, la chose est claire: les informations découvertes dans la Genèse présentent un caractère intentionnel, et Dieu est à l’origine du code dans lesquelles elles ont été rédigées. Mais si tel est le cas, doit-on rejeter le Livre d’Isaïe et tous les autres livres de la Bible qui ne passent pas le test des SEL? Doit-on conclure de ces statistiques que les Juifs forment effectivement le Peuple élu, ou qu’aucun nom ne doit être ajouté à la liste des grands hommes d’Israël si on ne le trouve pas d’abord sous la forme d’un SEL? Les amateurs de surnaturel qu’impressionnent ces données devraient peut-être considérer comme des supercheries toutes les religions ou croyances dont les écrits sacrés ne présentent pas des résultats aussi improbables. Faut-il traduire les livres sacrés de toutes les religions du monde en hébreu pour voir combien des grands hommes d’Israël s’y retrouvent encodés?

Code de la bible

Un ordinateur peut-il vraiment comprendre ce que Dieu avait en tête? Il faut croire que oui. Apparemment Dieu a dicté dans sa langue favorite, l’hébreu, tout un récit biblique plus ou moins intelligible, lorsqu’on le prend tel quel, à propos de jardins d’Éden, de déluges, de guerres fratricides, de miracles, et j’en passe, sans oublier les nombreux messages à portée morale. Mais ce Dieu amateur de langues anciennes aurait choisi ces mots avec soins, pour dissimuler dans la Bible des prophéties et des messages totalement dépourvus de valeur religieuse.

Il y en a, malgré tout, que cette apparente ambiguïté ne trouble nullement. Certains créationnistes voient dans le code de la Bible la preuve scientifique de l’existence de Dieu. S’ils ont raison, ils devraient se convertir au judaïsme. Doron Witztum ne pourra pas le faire, lui qui fait déjà partie du Peuple élu, mais il a amené le travail effectué sur la Genèse un peu plus loin que ses collègues. À la télévision israélienne, il a révélé que les noms des sous-camps d’Auschwitz figurant sur une carte de la région formaient presque, de façon troublante, l’expression «à Auschwitz». Les chances pour qu’une telle chose arrive, selon lui, étaient «d’une sur un million». Certains de ses étudiants ont effectué des calculs à ce sujet, pour conclure qu’il s’était trompé «par un facteur de 289 149». Les habiletés mathématiques de Witztum ne sont peut-être pas aussi bonnes que ses intentions, mais quelles étaient ses intentions, au juste? Dieu a-t-il cherché à révéler de façon mystérieuse que les sous-camps d’Auschwitz se trouvaient à Auschwitz?

Michael Drosnin a écrit un livre basé sur l’étude des SEL. Dans Le Code de la Bible (1997), il prétend que le décodage de la Bible mène à la découverte de prophéties et de vérités fondamentales de nature séculaire, qui ne sont pas toutes en rapport avec les Juifs. D’après Drosnin, la Bible est le seul texte dans lequel on retrouve des phrases codées en nombre statistiquement significatif, et qu’il est improbable que le tout soit dû au hasard. En étudiant des SEL, Drosnin affirme que la Bible a prédit l’assassinat de Yitzhak Rabin, tout comme celui d’Anouar al-Sadate et des frères Kennedy.

Ce n’est pas tout le monde qui est d’accord avec l’hypothèse de Drosnin. Harold Gans, le cryptologue qui a corroboré le travail de Witztum, Rips et Rosenberg, a dit que

selon le livre, les codes de la Torah peuvent servir à faire des prédictions. Cette affirmation est dépourvue de fondement. Aucune base scientifique ou mathématique ne permet de la faire, et les raisonnements employés pour en arriver à une telle conclusion procèdent d’une logique déficiente. On a bien démontré que certains événements historiques étaient encodés dans certaines configurations de la Genèse, mais il est absolument faux de prétendre que chaque configuration de termes «encodés» similaire représente nécessairement un événement historique potentiel. En fait, c’est le contraire qui est vrai: la plupart des configurations se produisent de façon aléatoire, et l’on peut s’attendre à les retrouver dans n’importe quel texte suffisamment long. M. Drosnin prétend que sa «prédiction» de l’assassinat de Rabin «prouve» que le code de la Bible peut servir à prédire l’avenir. Une seule réussite, ou même plusieurs, toutes spectaculaires qu’elles puissent être, ne prouvent rien, à moins que ces prédictions ne soient effectuées et évaluées dans des conditions soigneusement contrôlées. Tout scientifique qui se respecte sait bien qu’une preuve anecdotique ne prouve jamais rien.*

 Eliyahu Rips, l’un des auteurs à l’origine de la vogue du code de la Bible, s’est également prononcé au sujet du livre de Drosnin.

 Je n’appuie ni le travail de M. Drosnin sur les codes ni les conclusions qu’il en tire… Toute tentative de tirer des messages des codes de la Torah ou de faire des prédictions à partir de ces codes est futile et sans valeur. Il ne s’agit pas que de mon opinion; c’est également celle de chacun des scientifiques qui a participé à la recherche originale.

 Le professeur Menachem Cohen, célèbre spécialiste de la Bible de l’Université Bar-Han, s’est montré critique envers Witztum et ses collègues pour deux raisons: 1) il y a plusieurs autres versions hébraïques de la Genèse pour lesquelles les SEL ne donnent pas de résultats significatifs du point de vue statistique, et 2) les appellations données aux grands hommes d’Israël étaient arbitraires et manquaient d’uniformité. D’autres critiques, comme Brendan McKay, ont mené leurs propres analyses de Guerre et Paix, et leurs résultats diffèrent grandement de ceux du groupe de Witztum. Bien d’entre eux, cependant, n’ont rien fait d’autre que d’utiliser les SEL pour trouver des noms et des dates dans différents ouvrages, ce qui, comme le sait le plus médiocre des statisticiens, ne présente absolument rien d’extraordinaire. Comme Drosnin avait déjà déclaré: «Quand ceux qui me critiquent auront découvert un message sur l’assassinat d’un premier ministre dans Moby Dick, je les croirai», McKay a sauté sur l’occasion. Il a produit une analyse du roman à l’aide de SEL qui lui a permis de découvrir des prédictions non seulement pour Indira Gandhi, mais aussi pour Martin Luther King, John F. Kennedy, Abraham Lincoln et Yitzhak Rabin, ainsi que pour la princesse Diana. Le mathématicien David Thomas, quant à lui, a effectué sa propre analyse de la Genèse grâce aux SEL et a retrouvé les mots «code» et «foutaise» à proximité l’un de l’autre non pas une fois, mais bien à soixante reprises. Thomas a également analysé Le Code de la Bible II de Drosnin (2002), pour y découvrir le message «Le Code de la Bible est un attrape-nigaud pitoyable, imbécile, malhonnête et malodorant, digne du pire des arracheurs de dents».* Dieu aurait-il créé un code révélant qu’il n’y a pas de code?

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2016 Les Sceptiques du Québec (version française)