Birthers

«Le parti Républicain moderne s'avère un terreau très fertile pour les conspirationnistes birthers.»
Rachel Maddow

 

Terme employé, avant tout par dérision, pour décrire ceux qui prétendent que Barack Obama, élu président des États-Unis en 2008, n'est pas né au pays, ce qui le rendrait inéligible en vertu de l'article 2 de la constitution nationale. Pire, Obama le sait pertinemment et fait partie d'une conspiration visant à cacher la vérité au public. Quelques birthers, comme Orly Taitz, vont même plus loin et prétendent qu'Obama ne serait pas éligible à la présidence même s'il était né aux É.-U. parce que l'un de ses parents est originaire d'un pays étranger. Et alors? direz-vous. C'est parce que vous ignorez les propos du philosophe suisse Emerich de Vattel, qui, dans son ouvrage Le Droit des gens (1758), définit le «naturel ou indigène» comme la personne dont les parents sont eux-mêmes des citoyens du pays. Pour mémoire, il s'agit de la même Orly Taitz qui a produit un faux acte de naissance disant qu'Obama était né au Kenya. Celle-là même qui se donne pour la reine des birthers.

Parmi les premières erreurs logiques commises par les birthers, et récemment répétées par un joueur de baseball professionnel, on retrouve la pétition de principe et l'appel à l'ignorance. Si Obama n'a pas prouvé qu'il est né aux États-Unis, c'est qu'il n'y est pas né. En outre, aucune preuve, peu importe sa source, ne peut prouver qu'il y est né. (Ce dernier argument pourrait s'appeler appel à l'impossible - on exige une preuve en affirmant du même souffle qu'aucune preuve ne saurait suffire en l'occurrence.)

Certificat de naissance

Cliquer ici pour voir plus en détail une copie de l'acte de naissance de Barack Obama. Malgré le fait que ce document a été soigneusement analysé et authentifié par un organisme indépendant, le Annenberg Public Policy Center de l'Université de Pennsylvanie, les birthers soutiennent qu'il s'agit d'un faux. Le «vrai acte de naissance», disent-ils, mentionnerait l'hôpital, le poids à la naissance du bébé et le médecin accoucheur. Les établissements hospitaliers conservent ces «vrais actes de naissance», aussi appelés «actes détaillés». Bien entendu, si l'on avait produit cet acte détaillé, les birthers en auraient également contesté l'authenticité ou se seraient demandé pourquoi il a fallu tant de temps pour le produire. Ils auraient bientôt exigé de nouveau qu'Obama donne de vraies preuves qu'il est né aux É.-U., ou alors, qu'il leur prouve autre chose. En fait, ils ont déjà exigé que, par ses dossiers collégial et universitaire, il démontre qu'il ne s'est pas inscrit à titre d'«étudiant étranger» ni qu'il a reçu de l'aide financière en tant que tel. Là encore, tout document produit en réponse à ces demandes serait considéré comme faux.

Honolulu Advertiser

Serait également fausse cette petite annonce publiée par le Honolulu Advertiser le dimanche 13 août 1961. Un birther cherchant à salir Obama l'a déterrée dans les archives du journal. S'il ne s'agit pas d'un faux, alors l'annonce a été payée par ses grands-parents, et l'adresse est celle que les Obama avaient précédemment.

Le lecteur le moindrement familiarisé avec les méthodes des conspirationnistes sait qu'aucun birther n'acceptera un acte de naissance d'Obama comme authentique, même s'il a fait l'objet d'un examen soigné, à moins qu'il n'indique un autre lieu de naissance que les É.-U. L'un des traits de comportement les plus curieux des conspirationnistes est qu'ils suivent toujours les mêmes méthodes en boucle, apparemment à l'infini: ils demandent la preuve de X, la rejettent quand on la leur donne, puis exigent de nouvelles preuves de X, ou encore exigent la preuve de Y à la place, et tout recommence ad nauseam. De plus, si la preuve de X ne vient pas immédiatement, tout «retard» est vu comme la preuve d'un complot visant à dissimuler la vérité et une justification pour la remise en question de la preuve alors présentée.

Toute personne raisonnable comprend très vite que les conspirationnistes ne recherchent pas vraiment des preuves, puisque rien ne peut être considéré tel à leurs yeux. Ce qu'ils désirent avant tout, c'est faire perdurer leur théorie. La chose est évidente quand on considère que le conspirationniste ne donne jamais de preuves lui-même, mais lance des spéculations (le président est né au Kenya, ou bien, il a renoncé à sa citoyenneté américaine pendant qu'il était en Indonésie) fondées sur tout ce qui se présente à son imagination, et pose des questions sans désarmer à propos de tout ce qui peut lui paraître le moindrement étrange. L'absurdité ou l'absence de fondement de ces spéculations ne paraîtront pas suspectes à ceux qui sont déjà disposés à se méfier d'Obama, voire à le détester. «En octobre 2008, Rush Limbaugh a laissé entendre que le voyage d'Obama à Hawaï pour voir sa grand-mère mourante devait servir en fait à quelque sinistre entreprise de falsification. Le comparse de Limbaugh, Michael Savage, a immédiatement saisi la balle au bond.»*

Répondre à leurs affirmations par des preuves contraires ne fait qu'encourager les conspirationnistes à fouiller davantage et à accuser ceux qui leur répliquent d'être crédules ou de faire partie de la conspiration même. Tout fait négatif à propos d'Obama est accepté sans remise en question par les fidèles, encore sous le choc de l'avoir comme président.

Les birthers ont vu leurs rangs grossis par ceux qui «accusent» Obama d'être musulman. Son appartenance au christianisme a été contestée par quelques birthers et conspirationnistes avant tout, semble-t-il, parce que son père était musulman, et que d'après l'islam, tout enfant né d'un père musulman est d'emblée musulman, ou encore parce que son beau-père était musulman, et qu'Obama a fréquenté une école musulmane en Indonésie quand il avait six ans. (Il a également fréquenté une école catholique pendant quelques années, a appartenu à une église chrétienne de Chicago, a contracté un mariage chrétien, et élève ses enfants dans la foi chrétienne.) Prouver qu'il est chrétien est tout aussi difficile que prouver qu'il est citoyen étasunien. Environ le tiers des républicains conservateurs des É.-U. croient qu'Obama est musulman.

Malgré ce que racontent les birthers, leur motivation n'est pas de préserver l'inviolabilité de la constitution des É.-U. Leur objectif est de détruire Barack Obama.

L'origine raciale du père d'Obama figure sur l'acte de naissance. On peut supposer que le fait qu'il soit le fils d'un père africain et d'une mère blanche (en partie irlandaise, d'après ce qu'on peut lire) explique en bonne partie l'animosité qu'on exprime envers lui par l'accusation erronée qu'il n'est pas un natif des É.-U. L'une des raisons pour lesquelles bien des conservateurs et des républicains étasuniens ne prennent pas leur distance par rapport aux positions des birthers, dont ils connaissent pourtant l'inanité, c'est qu'elles constituent une atmosphère négative qui pourrait finir par nuire au président dans l'opinion publique. Les conservateurs ne cachent aucunement qu'ils veulent détruire Obama et bloquer chacune des mesures qu'il veut proposer. Dénoncer les birthers serait désavantageux pour eux. Une enquête de CNN menée en août 2010 montrait que 41 % des républicains sont birthers. (Voir l'article de Wikipedia [en anglais] «Barack Obama citizenship conspiracy theories» pour obtenir plus de détails sur les républicains et les conservateurs qui emploient les allégations des birthers pour critiquer les conférences de presse, les procédures juridiques et les campagnes médiatiques d'Obama. L'article donne une histoire complète du mouvement birther qu'on ne répétera pas ici.)

Évidemment, il est toujours possible qu'en 1961, les parents d'Obama se soient rendus au Kenya ou n'importe où ailleurs qu'aux É.-U. pour la naissance de leur fils, tout en s'arrangeant pour qu'un faux acte de naissance soit produit dans l'État d'Hawaï, où ils vivaient à l'époque. On a fait paraître une annonce à propos de la naissance par leurs soins ou ceux de quelqu'un d'aussi cauteleux dans un journal d'Honolulu. En agissant ainsi, les parents ont fait preuve d'une grande prescience, car sinon leur fils n'aurait jamais pu devenir président des É.-U. un jour, dans un avenir lointain, quand on jugerait enfin les gens à leur intelligence et non à la couleur de leur peau. Dommage qu'ils ne lui aient pas donné un nom de consonance plus biblique, ou qu'ils n'aient pas prévu le genre de conservateurs ou de républicains qui séviraient au cours des premières années du XXIe siècle. Ils lui auraient épargné ainsi bien des maux de tête. Aspect plus réjouissant: ils ont apporté de l'eau au moulin de tous ces gueulards, racistes et minables de la politique dont le but principal dans la vie est de se plaindre à propos des «libéraux», des «étrangers» et des «socialistes» tout en s'enrichissant, en déclenchant des guerres et en payant le moins d'impôt possible, bien cachés derrière la constitution du pays et le «God Bless America». Du moins, c'est ce que certains affirment; il faut le mentionner par souci d'équité.

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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