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Russell Blaylock

On estime que l'immunisation sauve quelque neuf millions de vies annuellement partout dans le monde. Chaque année, seize millions de décès supplémentaires pourraient être évités si des vaccins efficaces étaient utilisés contre toutes les maladies pouvant être prévenues par ce moyen.*
 
Russel Blaylock M.D.

Neurochirurgien bien connu au sein du mouvement antivaccination. Blaylock se présente comme un expert dans les domaines de la nutrition et des toxines alimentaires, des batteries de cuisine, de la dentition et des vaccins. Contrairement à tout ce que montre la recherche scientifique, Blaylock maintient que les vaccins comme celui contre la grippe H1N1 sont dangereux ou inefficaces, que les amalgames dentaires et l'eau fluorée sont nocifs, et que casseroles en aluminium, l'aspartame et le glutamate monosodique peuvent provoquer des lésions au cerveau. 1, 2, 3

Blaylock a laissé tomber la neurochirurgie pour une carrière d'opposant à la médecine scientifique. Il fait la promotion de la pseudo médecine et de suppléments alimentaires bidon, qu'il vend sous l'étiquette Brain Repair Formula. Il laisse entendre que ses produits permettent de prévenir et de traiter des affections comme la maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson. À l'en croire, ses formules «portent à leur sommet les possibilités du cerveau de se guérir et de réduire l'inflammation». La communauté scientifique hausse les épaules devant de telles affirmations, qu'aucun essai clinique à grande échelle n'appuie. Blaylock vend également de l'espoir aux cancéreux, en les encourageant à croire qu'il a découvert le secret de la prévention et de la guérison du cancer.5

Malgré toutes les preuves du contraire, il affirme que les vaccins causent la sclérose latérale amyotrophique, maladie de la moelle épinière et des cellules nerveuses qui contrôlent les mouvements musculaires involontaires, de même que la maladie de Parkinson et l'autisme.4 Il expose ce fatras d'idées dans divers livres et dans un site Web d'allégeance conservatrice, Newsmax, dans une section intitulée The Blaylock Wellness Report.* À l'encontre de toute preuve scientifique, Blaylock affirme que vacciner les enfants contre une vingtaine de maladies avant qu'ils ne commencent l'école est dangereux. Les experts du Center for Disease Control s'inscrivent en faux contre une telle bêtise.

Les données scientifiques actuelles montrent que la vaccination simultanée contre un grand nombre de maladies n'a aucun effet négatif sur le système immunitaire de l'enfant...
 
Il n'existe aucune preuve que les vaccins infantiles recommandés peuvent «surcharger» le système immunitaire. Au contraire, dès leur naissance, les bébés sont exposés quotidiennement à d'innombrables bactéries et virus. L'alimentation elle-même introduit de nouvelles bactéries dans le corps; quantité d'entre elles vivent dans la bouche et le nez, et l'enfant moyen se met toutes sortes d'objet dans la bouche des centaines de fois l'heure, exposant son système immunitaire à encore davantage d'antigènes. L'infection virale des voies respiratoires supérieures typique expose l'enfant à 4 à 10 antigènes, et toute angine streptococcique, à 25 à 50 antigènes.

Blaylock raconte que le vaccin pourrait être plus dangereux que la grippe porcine parce qu'il contient du squalène. Le squalène est un adjuvant qui confère au vaccin autant d'efficacité avec moins d'antigène (ce qui permet de fabriquer davantage de doses en utilisant moins de matière première). Or aucun vaccin administré aux États-Unis n'en contient, et même si c'était le cas, quelle importance? Rien ne montre que le squalène, substance produite naturellement par le corps, soit nocif. «Le squalène est un produit naturel et vital de la synthèse du cholestérol, des hormones stéroïdes et de la vitamine D par le corps humain.»*

Le Dr Harriet Hall écrit:

En Europe, on utilise le vaccin antigrippal contenant du MF59, adjuvant à base de squalène, depuis 10 ans, et plus de 22 millions de doses en ont été administrées. On n'a constaté aucune réaction indésirable grave, uniquement des réactions bénignes locales. Le vaccin ne fait pas grimper l'incidence ni les taux d'anticorps anti-squalène. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) le considère sûr.*

Blaylock affirme qu'on soupçonne fortement le squalène présent dans les vaccins d'être responsable du syndrome de la guerre du Golfe. Les vaccins administrés aux soldats qui ont pris part au conflit n'en contenaient pourtant pas.

Blaylock croit également que les grandes compagnies pharmaceutiques, l'OMS et le gouvernement américain complotent pour faire vacciner le public sous de faux prétextes:

Il est évident que cette pandémie, dont l'OMS et le gouvernement n'arrêtent pas de nous parler, permettra aux fabricants de vaccins d'engranger des milliards de dollars.

Joseph Mercola présente un argument de la même eau, mais comme le fait valoir Joseph Albietz, il est évident que les entreprises pharmaceutiques, les médecins et les hôpitaux gagneraient davantage en laissant la pandémie éclater au lieu de la prévenir. (Mercola est un conseiller médical anti-scientifique très présent dans Internet.)

Quand il ne pousse pas les hauts cris contre les vaccins, le Dr Blaylock se démène pour montrer, sans aucune preuve, que l'aspartame est une neurotoxine.

Un vaste examen de la recherche sur l'aspartame a été publié en 2007. On le concluait ainsi:

Les données tirées des études à grande échelle sur les effets neurotoxiques possibles de l'aspartame, en général, ne correspondent en rien à l'hypothèse que l'aspartame altère le fonctionnement du système nerveux, l'apprentissage ou le comportement. Les études épidémiologiques sur l'aspartame comprennent plusieurs étude cas-témoin et une étude épidémiologique prospective auprès d'une cohorte importante, au cours de laquelle on a mesuré la consommation d'aspartame. Les études ne présentent aucune preuve d'une association entre l'aspartame et le cancer. La majeure partie des preuves actuelles montrent que l'aspartame est sûr, aux niveaux actuels de consommation, en tant qu'édulcorant de synthèse.

La prépondérance de la preuve scientifique va à l'encontre des affirmations de Blaylock au sujet des dangers du mercure dans les amalgames dentaires.

Cette grande peur du mercure remonte apparemment à 1985 et la publication de It's All in Your Head, par Hal Huggins, dentiste du Colorado qui était convaincu qu'à peu près tout ce qui existe comme maladie résulte de la présence de mercure dans les amalgames dentaires. L'émission américaine 60 Minutes a contribué à répandre cette idée loufoque par un reportage intitulé «Poison in Your Mouth» (Du poison dans la bouche), bel exemple de ce que le Dr Stephen Barrett a appelé de la télé toxique.

Selon le département américain de la Santé et des Services humanitaires, «il n'y a que fort peu de preuves que la santé d'un vaste majorité de porteurs d'amalgames soit en danger». L'American Dental Association (ADA), pour sa part, affirme qu'il «ne semble y avoir aucune raison de cesser d'utiliser les amalgames dentaires». Évidemment, les adversaires des amalgames pensent que l'ADA fait partie d'un complot sordide pour dissimuler les dangers que représente ce traitement. Pourtant, la position de l'ADA n'est pas basée sur des questions financières; elle se fonde sur la recherche scientifique. Retirer les obturations «au mercure» et les remplacer par de la résine serait sans doute fort lucratif, puisque tant de gens sont convaincus, à l'instar de Blaylock, qu'ils s'éviteraient ainsi des problèmes de santé. Pourtant, on conseille aux dentistes d'éviter cette substitution, non seulement parce qu'il n'y a pas de preuve de l'existence d'un danger quelconque, mais aussi parce qu'«on pourrait ainsi exposer les patients à davantage de mercure. Quelques études ont en effet montré un pic temporaire des niveaux de mercure dans l'urine quand on retire des amalgames. Cette augmentation ne dure que quelques jours».*

Ceux qui s'inquiètent de la présence de mercure dans les amalgames, à l'instar des opposants aux préservatifs dans les vaccins, semblent commettre une erreur dite de généralisation ou de composition: ils pensent que si la partie d'un tout est toxique, le tout l'est aussi nécessairement. Une députée au Congrès américain, Diane Waters, a ainsi présenté un projet de loi au sujet de la présence du mercure dans les amalgames dentaires. Avec certains de ses collègues, elle voulait interdire le mercure dans les obturations parce qu'il s'agit d'une substance toxique. (Les amalgames sont faits d'un alliage d'argent, de cuivre, d'étain, de molybdène, de mercure et parfois d'un peu de zinc. Des traces de ces éléments peuvent flotter librement dans l'amalgame, mais dans des quantités trop faibles pour qu'on s'en émeuve.) Avant que l'interdiction n'entre en vigueur, elle voulait que les amalgames soient accompagnés de l'avertissement suivant: «Les amalgames dentaires contiennent environ 50 pour cent de mercure, élément hautement toxique. De tels produits ne doivent pas être administrés aux enfants de moins de 18 ans ni aux femmes enceintes ou allaitantes. On ne doit pas employer ce produit sans informer le consommateur du fait qu'il contient du mercure, élément hautement toxique constituant un risque pour la santé». Waters aurait pu aussi bien demander qu'on interdise le sel de table (qui renferme du chlore, un gaz mortel) ou l'eau (constituée d'hydrogène, gaz hautement inflammable, et d'oxygène, élément essentiel à la combustion). Où Mme Waters avait-elle trouvé les preuves scientifiques à l'appui de sa proposition? Nulle part, selon Leon Jaroff, qui l'a prise à partie dans les pages du Time.

La croyance de Blaylock que le thimérosal [un préservatif contenant de l'éthylmercure] se trouvant dans les vaccins cause l'autisme, la maladie d'Alzheimer et la maladie de Parkinson est également erronée, et n'a aucun rapport avec la prépondérance de la preuve.

Blaylock fait trop d'affirmations pour qu'on puisse toutes les réfuter dans ce bref article, mais il vaut la peine d'en souligner une dernière. Notre ami dit que «la vaccination contre des maladies comme la diphtérie et la coqueluche affiche des taux d'échec élevés». Ce n'est pas l'avis des experts:

Le vaccin dTca est efficace à 95 % dans la prévention de la diphtérie, du tétanos et de la coqueluche. On l'estime efficace à 59 % à 89 % pour la prévention de la coqueluche, tandis que les taux de protection contre la diphtérie et le tétanos sont encore plus élevés. Les enfants immunisés contre la coqueluche contractent parfois la maladie, mais sous une forme atténuée, entraînant moins de complications.

En outre, beaucoup de jeunes contractent maintenant la coqueluche (et en meurent, dans certains cas), parce que leurs parents ne les ont pas fait immuniser. Au Japon, où le taux de vaccination contre la coqueluche a chuté de 70 % de 1974 à 1976, on a assisté à une recrudescence correspondante du nombre de cas de cette maladie. En 1974, on a signalé 393 cas de coqueluche et aucun décès. En 1976, le nombre de cas s'est élevé à 13 000, et il y a eu 41 décès.*

Blaylock a ses partisans. Des gens comme Bill Maher, célébrité médiatique et opposant à la vaccination, le trouvent «extrêmement crédible». C'est sans doute parce que Blaylock confirme les idées préconçues de Maher à propos de la nutrition et de la santé (nous sommes en mauvaise santé à cause de nos mauvaises habitudes alimentaires), et parce qu'il croit de façon générale que les vaccins sont inutiles ou nuisibles.

Notre ami médecin a aussi ses opposants. Joe Schwarcz du journal The Gazette de Montréal considère que Blaylock a des soupçons de complot plein la tête.

Il [Blaylock] croit que les problèmes de toxicomanie que connaissent les États-Unis ont été créés par l'ex Union Soviétique «afin d'affaiblir la résistance de la société occidentale à une invasion communiste, détruire la religion et rendre la jeunesse incapable de résister au collectivisme». Ah oui, et les Rouges sont également responsables de l'épidémie de maladies vénériennes, d'hépatite, de sida et de  tuberculose résistante aux antibiotiques.
 
D'après Blaylock, les tentatives actuelles de réformer les soins de santé aux États-Unis sont ourdies par une «élite» autoproclamée (c'est-à-dire le président Obama, appuyé par la Fondation Rockefeller et d'autres organismes de même nature) qui cherche à établir un Nouvel Ordre mondial selon lequel les gens qui constituent un fardeau pour le système, comme les personnes âgées ou les handicapés, seront éliminées par euthanasie positive ou négative. De l'avis éclairé de Blaylock, «nous ne sommes plus très loin de la pensée du Parti national-socialiste allemand». Autrement dit, la réforme proposée par Obama offre des ressemblances avec le nazisme, et comporte des plans pour éclaircir les rangs des personnes âgées, qui acculent le système de sécurité sociale à la faillite.
 
«Sachant qu'il ne peuvent facilement adopter une loi sur l'euthanasie ou simplement rassembler les vieux quelque part pour les exterminer en masse, ils (ceux qui proposent la médecine socialisée) emploient le système de soins de santé pour accélérer leur disparition.» Le totalitarisme point à l'horizon, «à mesure que l'économie va se détériorer, ce qui va se passer avec la complicité des complices de la Réserve fédérale, et le public va en finir par accepter des mesures comme l'euthanasie des vieillards ou des malades chroniques». Les vaccins sont également l'une des nombreuses cibles de Blaylock. Il insinue que le virus H1N1 pourrait avoir été créé dans le cadre d'un projet de recherche pharmaceutique ayant mal tourné, voire qu'il s'agit d'un virus artificiel relâché expressément dans le cadre du «Programme de dépeuplement des Illuminati». Blaylock est régulièrement invité à des émissions de radio de la droite comme le Alex Jones Show, où l'on aime parler de fraude dans la recherche sur les changements climatiques ou de la prétendue érosion des libertés civiles sous Obama.
 
Le médicastre a aussi publié un document dans lequel il explique ce qu'il faut faire en cas de vaccination forcée, idée parfaitement ridicule.
 
Pour contrer les effets dangereux du vaccin, Blaylock suggère de placer immédiatement un cryosac sur le point d'injection, de prendre des douches froides et d'avaler un tas de suppléments alimentaires, allant de l'huile de poisson et des vitamines à l'astaxanthine et au zinc.

Suivre les conseils de tels prophètes de malheur est la meilleure façon de se mettre les pieds dans les plats. Blaylock fait la promotion active de la pseudo science et jouant sur les craintes du public. La première chose à faire pour prendre des décisions éclairées en matière de santé, c'est de se renseigner auprès de sources crédibles, et d'éviter de devenir victime du travail de désinformation qu'effectuent les charlatans.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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