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Blondlot et les rayons N

« Chaque fois qu'un nouvel étudiant est venu travailler avec moi, une des premières choses que j'ai tenté de lui faire comprendre a toujours été à quel point il est difficile de ne pas succomber aux a priori. » *
Michael Witherell, directeur du Laboratoire de l'accélérateur national Fermi.

 

René Blondlot

Célèbre erreur scientifique. Peu de temps après la découverte des rayons X par Roentgen, le physicien français René Prosper Blondlot (1849-1930) a cru avoir découvert un nouveau type de rayonnement, qu'il a baptisé rayons N en l'honneur de la ville de Nancy, à l'université de laquelle il travaillait. Blondlot tentait alors de polariser des rayons X. Des dizaines d'autres scientifiques ont confirmé l'existence des rayons N dans leur propre laboratoire. Malheureusement pour tout le monde, les rayons N n'existent pas. Comment autant d'experts ont-ils pu se tromper? Tout simplement en se persuadant qu'ils voyaient quelque chose qu'ils n'avaient pas sous les yeux. Ils ont vu ce qu'ils désiraient voir par l'intermédiaire de leurs instruments au lieu de ce que leurs instruments leur montraient réellement (ou, dans ce cas-ci, ce qu'ils ne montraient pas.)

L'histoire de Blondlot est un exemple typique d'aveuglement scientifique. Parce que certaines personnes croient que la science devrait être infaillible et constituer une véritable fontaine de vérités absolues, ils se servent de cet épisode pour appuyer leur scepticisme excessif envers la science. Cette histoire leur plaît tout particulièrement parce qu'elle met en scène un scientifique respecté qui commet une bourde magistrale. Au contraire, pour qui comprend véritablement la science et les scientifiques, l'histoire de Blondlot ne fait rien d'autre que montrer la faillibilité des scientifiques et la nature autocorrectrice de la science.

Selon Blondlot, les rayons N présentaient des propriétés apparemment inconcevables, et toutes les substances les émettaient, à l'exception du bois vert et de certains métaux traités. En 1903, il prétendit avoir généré des rayons N à l'aide d'un fil chauffé à l'intérieur d'un tube de fer. Les rayons étaient détectés par un fil de sulfure de calcium qui brillait légèrement dans l'obscurité lorsque les rayons étaient réfractés par un prisme d'aluminium possédant un angle de 60 degrés. Le chercheur affirmait qu'un flux étroit de rayons se réfractait par le prisme et produisait un spectre. Les rayons étaient censés être invisibles, sauf lorsqu'ils frappaient le fil chauffé. Blondlot faisait passer le fil dans l'intervalle ou circulaient les rayons, et disait qu'il s'illuminait sous leur action.

Le magazine Nature se montrait sceptique face aux résultats de Blondlot, parce que des laboratoires Anglais et Allemands n'avaient pas réussi à les reproduire. Nature envoya le physicien américain Robert W. Wood, de l'université John Hopkins, enquêter sur la découverte de Blondlot. Wood soupçonnait l'erreur scientifique. Afin d'en faire la démonstration, il retira, à l'insu de Blondlot et de son assistant, le prisme du détecteur de rayons N. En principe, sans cette pièce, l'appareil devenait inopérant. Pourtant, l'assistant de Blondlot, qui mena l'expérience devant Wood, aperçut les rayons. Wood tenta alors de remettre le prisme à sa place sans que rien n'y paraisse, mais l'assistant surprit son geste et crut qu'il essayait plutôt de retirer la pièce. À l'essai suivant, l'assistant jura qu'il ne voyait pas les rayons. Il aurait pourtant dû, puisque l'appareil était, en théorie, parfaitement fonctionnel.

D'après Martin Gardner, le rapport accablant de Wood mena Blondlot à la folie et à la mort (Gardner, 345, no 1). Mais que penser de ceux qui ont validé les expériences de Blondlot? Étaient-ils stupides ou incompétents? Pas nécessairement, car ce qui était en question n'était ni l'intelligence ni la compétence, mais la psychologie de la perception. Blondlot et ceux qui l'appuyaient ont souffert «d'hallucinations visuelles qu'ils avaient eux-mêmes provoquées» (ibid).

Quelle leçon tirer de cette mésaventure? James Randi écrit:

... la science n'apprend pas toujours de ce genre d'erreurs. Je suis récemment allé à Nancy, prononcer une allocution sur le sujet des pseudosciences, et j'ai évoqué cet exemple. Même si j'étais dans la ville qui avait donné son nom aux rayons N, personne dans l'auditoire n'en avait jamais entendu parler, ni de Blondlot, d'ailleurs, pas même les professeurs de l'université de Nancy!
James Randi, à Cal Tech

Le fait qu'on ne se souvienne plus de Blondlot à Nancy ne montre-t-il pas au contraire que la science tire véritablement des leçons de ses erreurs? Que Blondlot ne soit pas considéré comme un prophète en son pays est un bon signe: même si l'on voit souvent des scientifiques commettre des erreurs, et parfois des erreurs majeures, d'autres chercheurs s'en rendent compte et remettent la science sur le droit chemin de la connaissance de la nature. Ceux qui croient que la science devrait être infaillible ne comprennent rien à la nature de l'activité scientifique.

Parmi les exemples récents de ce qu'il convient d'appeler le «syndrome de Blondlot», on retrouve la découverte de la fusion à froid de Pons et Fleischmann (1989) et celle de l'élément 118, l'ununoctium (1999) par le Laboratoire national Lawrence Berkeley de Californie, quoique des données falsifiées semblent à l'origine de cette dernière affaire.

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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