| Brain Gym |
(ou "kinésiologie éducative", ou "kinésiologie pédagogique")
Ensemble d’activités motrices – «ramper, dessiner, tracer des symboles dans les airs, bâiller et boire de l’eau» (Hyatt, 2007) – qui, d’après le site web de Brain Gym, est censé aider les enfants, adultes et personnes âgées à
L’idée de base de la Brain Gym? Certains mouvements effectués par le corps permettent de développer le cerveau et d’améliorer l’apprentissage. Brain Gym a été créée dans les années 1970 par le Dr Paul Dennison et sa femme, Gail E. Dennison, qui «cherchaient des façons plus efficaces d’aider les enfants et les adultes chez qui on avait identifié des "difficultés d’apprentissage". Ils sont tous deux partis d’un grand ensemble de recherches menées par des spécialistes du développement qui avaient tenté d’utiliser le mouvement pour améliorer les capacités d’apprentissage». Ils baptisèrent le fruit de leur travail «kinésiologie pédagogique». Paul a travaillé aux côtés du chiropracticien Richard Tyler *, ami d’Arnold Schwarzenegger et créateur d’une «chiropractie parallèle». Cette association devrait déjà susciter beaucoup de méfiance chez les personnes familiarisées avec la chiropractie, mais il y a bien pire. Ce qui suit est tiré du site web de Brain Gym:
Quiconque prétend se situer à l’avant-garde de la science a intérêt à fuir la kinésiologie appliquée. Ses praticiens refusent de reconnaître que les résultats de leurs tests s’expliquent avant tout par l’effet idéomoteur et rejettent les essais randomisés à double insu parce qu’ils ont toujours montré que leur discipline ne marche pas. Que les fondateurs de Brain Gym se rangent du côté d’une telle pseudo science n’augure rien de bon, mais c’est également un signe de ce qui attend ceux qui se pencheront sur ce «réseau mondial dédié à l’amélioration de la vie et de l’apprentissage par la science du mouvement».* Les Dennison ont réussi à faire passer leur produit pour une nouvelle approche en matière d’apprentissage, «l’apprentissage par le mouvement». Le site web de Brain Gym proclame que son programme est utilisé dans 80 pays. Les livres et manuels de Dennison ont été traduits en 40 langues. Malheureusement, la recherche sur laquelle ils se sont basés a été largement discréditée (Bruer 2004; Hyatt 2007; Novella 1996) et les études complémentaires sur le programme lui-même se sont révélées risiblement inadéquates. Tout d’abord, il n’y a eu que très peu d’études publiées sur Brain Gym. L’une d’elles portait sur quatre participants, dont l’un était l’auteur de l’étude. Trois ont paru dans un journal qui exige de l’auteur qu’il paie pour être publié. Une autre encore présentait de graves lacunes méthodologiques:
Malgré tout ce qu’on a entendu à propos du préjugé de publication (à savoir que les études aux résultats négatifs ne sont jamais publiées), une dissertation sur la Brain Gym est parue en 2001, dans laquelle on ne trouvait aucune différence significative entre les étudiants qui s’adonnaient à ses exercices et le groupe de contrôle. Brain Gym® International, fondée en 1987, appartient à l’Educational Kinesiology Foundation, située à Ventura, en Californie. Dans son site web, on retrouve un document de 21 pages vantant toute la recherche qui appuie le programme. La plupart des études citées sont des «communications universitaires», qui ont été publiées par le propre journal de la Brain Gym. Aucune ne semble avoir été reprise ailleurs. On peut obtenir des exemplaires de certaines d’entre elles auprès de l’entreprise au coût de 25 $ chacune. Une de ces études est un examen des publications en matière de neurosciences. Une autre concerne l’hyperactivité avec déficit de l'attention et des médicaments comme le Ritalin. Une autre encore traite de la Programmation neuro-linguistique et du cerveau. Parmi les différents titres, on relève «Le mouvement ou les médicaments? L’atténuation de l’hyperactivité avec déficit de l'attention». Un des articles, paru dans Perceptual and Motor Skills, affirme que les étudiants universitaires qu’on a soumis à la «restructuration de la la latéralité de Dennison» et à la Brain Gym réagissent plus vite aux stimuli visuels que ceux qui n’ont fait que de la Brain Gym. Ces deux groupes présentaient un temps de réponse plus rapide que celui d’un groupe de contrôle. Le résumé affiché sur la page de Brain Gym ne dit pas combien d’étudiants ont pris part à l’expérience, quels étaient les détails de la formation ni si les différences notées étaient statistiquement significatives. Fait encore plus important, on ne nous dit pas si de telles activités ont un effet réel ou non sur l’apprentissage. Plusieurs des études que propose Brain Gym portent sur le travail avec des élèves en difficulté d’apprentissage et ce qu’on appelle l’«équilibre statique». Il est possible que certains des exercices qu’on propose servent à l’acquisition d’un meilleur équilibre, mais il n’y a aucune preuve qu’ils remodèlent le cerveau en tout ou en partie. En fait, aucun des résumés ne dit quoi que ce soit sur la façon dont les auteurs des études sauraient le moindrement ce qui se passe dans le cerveau des élèves pendant qu’ils accomplissent les exercices. Selon le site web de Brain Gym
Si 80 % de ce processus ressemble à un programme intelligent d’acquisition de connaissances, pourquoi faut-il l’entacher de tout un jargon pseudo scientifique à propos de «remodelage neuronal» et de coordination des parties antérieures et postérieures du cerveau? Comme on l’a dit précédemment, une étude n’a fait participer que quatre adultes. Dans une autre, on lançait l’hypothèse que «les mouvements de la Brain Gym peuvent éliminer ou atténuer grandement les symptômes de l’hyperactivité avec déficit de l'attention, des troubles de l’apprentissage, des troubles affectifs et même du syndrome de l’alcoolisme fœtal». Dans une autre étude encore, 16 enseignants de l’élémentaire faisaient des mouvements désordonnés pendant dix minutes, ou pratiquaient une série de cinq activités de Brain Gym. «Les résultats ont indiqué que l’ouïe des enseignants était meilleure après les activités de Brain Gym qu’après les mouvements désordonnés.» Est-il possible de faire passer comme scientifique aux yeux d’éducateurs un produit éducatif qui ne se fonde sur aucune preuve scientifique convaincante? Apparemment, oui. Tout d’abord, il s’agit d’adopter un ton docte. Tout le secret de Brain Gym consiste à faire croire que ce qu’elle propose vient des neurosciences les plus orthodoxes, ce qui ne correspond pas du tout à la réalité. Les Dennison mettent de l’avant un cadre théorique sur le fonctionnement du cerveau qui a servi de base au développement, selon le site web de Brain Gym, des «26 activités ciblées faciles et agréables pour intégrer le corps et l’esprit, et amener des améliorations rapides et souvent spectaculaires de la concentration, de la mémoire, de la lecture, de l’écriture, de l’organisation, de l’écoute, de la coordination physique, et davantage». Selon les Dennison (1989), il importe de coordonner à la fois les hémisphères gauche et droit du cerveau, de même que ses parties antérieure et postérieure. Et surtout, n’oublions pas ses parties inférieure et supérieure. Ce qu’on est censé coordonner ainsi, ce sont la latéralité, la focalisation et le recentrement. Il est bien connu déjà que les différentes parties du cerveau doivent communiquer entre elles pour un fonctionnement optimal de cet organe, mais le tableau que brossent les Dennison est si général qu’il ne sert à rien pour le développement d’activités véritablement susceptibles d’améliorer la fonction cérébrale. Quand ils se font plus précis, par contre, les Dennison lancent des idées insolites que n’étayent aucunement la science, par exemple que le bâillement améliore la vue. (Dennison lui-même croit qu’il a amélioré la sienne ainsi.) Aucune des activités créées par le couple pour améliorer «l’apprentissage intellectuel n’avait pour composante l’enseignement comme tel», et aucun outil n’est prévu pour identifier quelle forme de coordination cérébrale est la plus nécessaire (Hyatt 2007). L’une des idées générales qui sous-tend la Brain Gym a été totalement discréditée dans le passé. Il s’agit du concept de la structuration motrice, de Doman et Delcato:
L’idée fondamentale du traitement Doman-Delcato, c’est que le cerveau ne peut fonctionner adéquatement uniquement si les habiletés motrices sont apprises dans la bonne séquence. Si un enfant est retardé, c’est peut-être qu’il a appris à marcher avant de ramper. La solution: des exercices visant à montrer à l’enfant comment ramper. Aucune preuve scientifique ne soutient de telles âneries, qui sont pourtant reprises par la Brain Gym. Samuel Torrey Orton (1879-1948), qui a tenté de trouver une explication neurobiologique de la dyslexie, est une autre des sources intellectuelles de la technique.
Orton a également postulé que la «dominance cérébrale mixte» causait des difficultés de lecture, une idée «que la science n’a pas corroborée»*, mais que les Dennison semblent avoir néanmoins reprise pour la Brain Gym. Les activités de la Brain Gym ont également été crées en fonction de la croyance en l’efficacité de la formation perceptivo-motrice, autre domaine que la science n’a pas validé.
À des fins de formation perceptivo-motrice, la Brain Gym emploie la thérapie visuelle.
On affirme que la Brain Gym «se concentre sur la performance d’activités physiques précises qui activent le cerveau pour un stockage et une utilisation maximales de l’information», mais ces activités n’ont de lien avec aucune des méthodes validées scientifiquement qui aident réellement ceux et celles qui désirent apprendre à lire, à réfléchir de façon critique ou à s’adonner aux mathématiques. En plus, Brain Gym accorde des licences à des instructeurs pour qu’ils transmettent ses idées erronées au sein des écoles. Dans la foire aux questions du site de Brain Gym, on peut lire:
Peut-être bien, mais rien ne prouve que les activités physiques que Brain Gym enseigne confère le moindre avantage en matière d’apprentissage. Affirmer que ramper, bâiller, sauter ou bouger la tête de gauche à droite peut avoir un effet quelconque sur les connections neuronales qui permettent de mieux apprendre est de la foutaise. Ben Goldacre, de Bad Science, est un critique inlassable de la Brain Gym, qu’il dit «ridiculement pseudo scientifique».* Il raconte comment des enfants lui écrivent pour dire à quel point ils trouvent la chose idiote, tandis que des enseignants, de leur côté, en prennent la défense. Goldacre n’en a pas après toutes les activités de la Brain Gym, cependant. Par exemple, on conseille aux étudiants de boire de l’eau avant de passer leurs examens. Rien de mal à ça, mais Brain Gym pense que l’eau va directement au cerveau, constitué à 90 % de ce liquide, ce qui aide à mieux réfléchir. Elle enseigne même que si on garde l’eau dans sa bouche quelques secondes, elle passera directement au cerveau.* On a beau se tenir sur la tête en buvant, pourtant, rien n’y fera. Goldacre écrit:
Voici la description d’un des exercices de Brain Gym qu’on appelle «raccordements»:
Intéressant, n’est-ce pas? Mais ce n’est là que jargon prétentieux, sans aucun lien avec l’apprentissage. Pourtant, cet exercice, comme bien d’autres de la Brain Gym, peut amuser en salle de classe et tromper l’ennui rattaché aux activités de tous les jours. Pourquoi ajouter cet épais manteau de jargon neuroscientifique, sinon pour tromper des éducateurs crédules? Goldacre vitupère contre les prétentions de ceux qui enseignent la Brain Gym:
Ce ne sont pas les exercices même qui provoquent la colère de Goldacre, mais tout le jargon employé pour faire croire qu’ils sont de nature scientifique. Malgré cinq années de critique assidue, Goldacre n’arrête pas de buter sur des défenseurs du programme, même si l’on n’a jamais pu présenter la moindre preuve scientifique de son efficacité au cours de ses trente ans d’existence. On n’en a jamais eu besoin, d’ailleurs, puisque ceux qui prennent part au programme sont soit des enfants qui pensent que leurs enseignants savent ce qu’ils font, soit des enseignants complètement mystifiés par le jargon de croyants enthousiastes et charismatiques. Brain Gym semble avoir mis la charrue devant les bœufs. Ces dernières années, on a effectué des travaux importants sur l’apprentissage neuromimétique. Une fois qu’on en aura compris toutes les ramifications, des applications appropriées suivront sans doute. On espère que les enseignants qu’aura désillusionnés la Brain Gym ne leur tourneront pas le dos. Il serait sans doute bon de mentionner que le programme n’est pas donné. Je me suis renseigné à propos d’un cours de Brain Gym 101. Il dure trois jours, et on y apprend «les 26 mouvements Brain Gym® de base ainsi que les étapes fondamentales pour mettre ces mouvements dans la fréquence appropriée». Au 8 février 2008, il m’en aurait coûté 400 $ US. Un séminaire d’un jour intitulé «la Brain Gym à l’école» coût 150 $ US. On fournit l’eau et le gueuleton.
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Source : skepdic.com |
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