Bridey Murphy

Supposée Irlandaise ayant vécu à Cork au XIXe siècle, et qui se serait mise à parler par l’intermédiaire de Virginia Tighe, de Pueblo, au Colorado, en 1952, lorsque Morey Bernstein, homme d’affaires de l’endroit et hypnotiseur amateur, l’a soumise à l’hypnose. Berstein encourageait ses sujets à remonter à leurs vies antérieures, et Tighe a obligeamment collaboré en se mettant à parler avec un fort accent, comme une habitante de l’Île d’émeraude. Sous hypnose, elle chantait des chansons du folklore irlandais et racontait des histoires sur ce pays, toujours sous le nom de Bridey Murphy. Le livre de Bernstein, À la recherche de Bridey Murphy, devint un grand succès de librairie. (L’auteur y donne à Tighe le nom de Ruth Simmons.) Les transcriptions des séances d’hypnose, traduites, comme le livre, en une dizaine de langues, se vendirent également très bien. La grande vogue de la réincarnation venait de naître dans le monde de l’édition des États-unis.

Des journaux envoyèrent leurs reporters effectuer des enquêtes en Irlande. Une rouquine du nom de Bridey Murphy avait-elle vécu là-bas au XIXe siècle? On n’en sait toujours rien, mais le Chicago American, pour sa part, a découvert une Bridie Murphey Corkell au Wisconsin, en plein XXe siècle, qui avait vécu dans la maison située juste en face de celle où Virginia Tighe avait grandi. Sous hypnose, Virginia n’avait pas évoqué d’extraordinaires souvenirs d’une vie antérieure, mais plutôt de banales images de sa petite enfance. Peu importe à quoi correspond l’état hypnotique, il permet au sujet de mettre en branle son imagination de façon particulièrement vive. Beaucoup de gens se sont dit impressionnés par les détails que contenaient les souvenirs de Tighe évoqués sous hypnose, mais ils n’avaient rien à voir avec une hypothétique vie antérieure, l’existence de la réincarnation, et encore moins possibilité de la canalisation. Ils ne représentaient que les fruits d’une imagination fertile, d’une mémoire confuse, d’une fraude ou d’une combinaison de tous ces éléments.

Lorsqu’il est question du surnaturel, on assiste souvent à un déplorable abandon de tout esprit critique: les partisans de récits aussi absurdes que ceux de Mme Tighe sont prêts à prendre de l’information banale, facilement accessible, pour la preuve incontournable de leur véracité. Par exemple, Tighe raconte comment elle a embrassé la pierre de Blarney en sachant très bien qu’il faut s’y prendre avec l’aide de quelqu’un qui vous tient par les jambes, pendant qu’on se penche vers l’arrière. Dans le monde anglo-saxon, cette coutume est archi-connue, et l’on en trouve des photos dans des centaines de sources. Comment a-t-on pu dire qu’il s’agissait là d’une preuve claire que Mme Tighe a véritablement embrassé la pierre dans une vie antérieure?* Ces mêmes personnes qui invoquent l’étrange et l’occulte se soucient comme d’une guigne du fait que le genre de réincarnation dont ils parlent entre en contradiction avec tout ce qui connu sur le fonctionnement de la mémoire, sans compter qu’il est impossible d’expliquer leurs affirmations sans faire fi de tout ce que nous savons sur la conscience et le cerveau. De telles croyances relèvent exclusivement de l’imaginaire. Pour des bandes dessinées ou des oeuvres de fiction, ça va, mais pas chez des gens qui prétendent s’intéresser à la vérité.

Pour reprendre le propos de Martin Gardner: «Presque n’importe quel sujet capable d’atteindre une transe hypnotique profonde va se mettre à débiter toutes sortes de choses à propos de vies antérieures si l’hypnotiseur le lui demande. Il parlera tout aussi bien de ses vies futures... Dans chacun des cas de ce genre, lorsqu’on a vérifié le passé du sujet de façon adéquate, on a découvert qu’il mettait bouts à bouts des éléments d’information acquis durant la petite enfance et oubliés depuis longtemps» (Gardner, 1957)

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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