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Mémoire cellulaire

"Il est inimaginable de penser qu'on puisse transmettre l'expérience de la vie par la transplantation d'organes."
Dr. John Schroeder, Centre médical Stanford
 

Théorie selon laquelle les cellules du corps humain renferment des traces de nos personnalités, nos goûts et notre passé, indépendamment du code génétique ou des cellules cérébrales. Cette idée absurde vient peut-être de La Dianétique de L. Ron Hubbard. L'ancien auteur de science-fiction y propose la mémoire cellulaire comme explication au fonctionnement des engrammes.

Mais peut-être possède-t-elle des racines plus anciennes. Dans Les Mains d'Orlac, Maurice Renard (1875-1939) raconte l'histoire d'un pianiste de concert qui perd les mains à la suite d'un accident, et qui se fait transplanter celles d'un meurtrier décédé. Après l'opération lui viennent subitement des envies homicides. Le roman de Renard a connu de nombreux avatars au grand écran, dont Orlacs Hände, film autrichien muet de 1935, Mad Love, également de 1935, Les Mains d'Orlac, de 1960, et Hands of a Stranger, de 1962. Et mon tout est un homme, histoire semblable de Pierre Boileau et Thomas Narcejac (à qui l'on doit Vertigo), s'est retrouvée dans le film Body Parts en 1991. Le psychiatre d'une prison perd un bras dans un accident, et se fait greffer celui d'un tueur psychotique qu'on a exécuté. Petit à petit, le membre greffé se met à agir contre la volonté de son nouveau propriétaire.

Plus récemment, après avoir subi une transplantation cœur-poumons, Claire Sylvia a expliqué son goût soudain pour la bière par le fait que le donneur des organes qu'elle avait reçus était un jeune homme de 18 ans, mort dans un accident de moto. Elle a même écrit sur le sujet un livre, dont on est censé faire un film mettant en vedette Sally Field. Paul Pearsall, psychologue et auteur de The Pleasure Principle, se réclame également de la théorie de la mémoire cellulaire et de son transfert. Il va bien plus loin dans ses explications, cependant, lorsqu'il prétend que "le cœur possède une connaissance encodée subtile qui nous relie à tout ce qui nous entoure. Cette connaissance accumulée forme notre esprit et notre âme(…) Le cœur est un organe conscient, sensible, capable de réflexion et de communication". Et comment le sait-il, ce brave homme? On ne daigne pas le révéler au lecteur.

Peut-être que ce savoir occulte lui a été communiqué par des extra-terrestres, ou de vieux sages de l'Orient? Ou alors, il a lu les romans d'Edna Buchanan, qui demande: "Et si l'ADN englobait l'âme? Et si l'âme englobait l'ADN?"

Sylvia Browne donne un cours à Sacramento, dans le cadre d'un programme d'enseignement "parallèle", qui s'intitule Guérir le corps, l'âme et l'esprit. En une séance de deux heures, Mme Browne peut montrer "comment accéder directement au code génétique de chaque cellule, manipuler ce code, et reprogrammer le corps pour qu'il retrouve son état normal". De la bouillie pour les chats, clairement, mais le public en redemande.

Et si je mange trop de poulet, est-ce que je vais me mettre à gratter le sol du bout du pied en agitant les bras? Et ce couple de diabétiques, qui vivent à l'étage? Les cris d'animaux de ferme qu'on entend chez eux, la nuit, viennent-ils de ce qu'ils prennent de l'insuline d'origine porcine et bovine? On songe avec horreur à ce pauvre bébé à qui on a greffé un cœur de babouin…



Voir également: Magie sympathique.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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