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Traînées toxiques (Chemtrails)

Selon les paranoïaques spécialistes des complots, formation nuageuse semblable à une traînée de condensation laissée dans le ciel par des avions d’origine inconnue, quand ils relâchent d’énigmatiques substances chimiques à des fins inavouables (Thayer).

L’un de ces paranos, William Thomas, affirme que les traînées toxiques font partie «d’une vaste opération secrète du gouvernement [américain] visant à retarder le réchauffement mondial en accroissant la quantité de lumière réfléchie par la Terre dans l’espace» (Sheaffer). Que le gouvernement des États-Unis, qui, jusqu’à récemment, niait la gravité de la question, possède un programme secret pour retarder le réchauffement planétaire semble déjà curieux. Quoi qu’il en soit, les découvreurs de complots croient que des changements détectables se sont produits dans les formations nuageuses, ces dernières décennies, et que c’est là la preuve que quelque chose de sinistre est en train de se dérouler. Peut-être bien, mais comme le fait remarquer un critique, si de tels changements se sont produits dans les formations nuageuses en haute altitude ces dix à vingt dernières années, ce pourrait fort bien être dû justement au réchauffement de la planète (Wickson).

Traînées de condensation au-dessus du lac Supérieur

Chemtrails

Les traînées de condensation se forment derrière les avions à réaction lorsqu’ils brûlent leur carburant dans la haute troposphère, là où «les températures très basses transforment instantanément les gouttelettes de condensation en cristaux de glace» (Reynolds). «L’hydrogène que contient le carburant se combine à l’oxygène de l’air durant la combustion, ce qui donne, entre autres sous-produits, de la vapeur d’eau» (Wickson). «Les traînées de condensation se forment en haute altitude, dans la troposphère, quand la vapeur d’eau rejetée par les réacteurs des avions gèle au contact de l’air» (Clarke). Si l’air environnant est sec, les traînées s’évaporent presque immédiatement. L’air doit être «prêt du point de saturation» pour qu’une traînée se forme (Reynolds).

Selon William Thomas, «les traînées de condensation sont de minces lignes qui disparaissent assez vite, habituellement en une minute. Toute autre chose est une traînée toxique, à la fois sinistre et nocive pour la santé» (Sheaffer) D’après Tony Thayer:

Les traînées toxiques ressemblent d’abord à des traînées de condensation, mais elles sont beaucoup plus denses, s’étirent sur tout le ciel et forment souvent toutes sortes de quadrillages, de lignes parallèles, de grilles de tictacto ou de X. Au lieu de se dissiper rapidement, elles s’étendent et forment des dessins de plumes ou de queues de cheval. En trente minutes ou moins, elles se constituent en formations vaporeuses qui fusionnent et forment un mince voile blanc ou un faux cirrus qui persiste des heures (Thayer).

La science étudie les traînées de condensation depuis un bon bout de temps. On sait qu’elles «favorisent la croissance de cirrus qui peuvent atteindre une envergure énorme». Elles «semblent faire augmenter les températures à la surface du globe en emprisonnant la chaleur réémise par le sol» (Sheaffer, qui cite une étude de dix ans du climatologue français Olivier Boucher publiée dans Nature, 397: 30, le 7 janvier 1999). «Selon l’altitude de l’appareil, et la température et l’humidité de l’atmosphère, les traînées de condensation peuvent varier énormément en densité et en durée, de même, par voie de conséquence, dans leur capacité réfléchissante ou isolante. La plupart durent quelques minutes ou quelques heures, certaines durent plusieurs jours» (Clarke). «Des rangées de cirrus duveteux créées par un nombre sans cesse grandissant d’avions à réaction peuvent parfois remplir la moitié du ciel» (Kotulak). Les fabricants de complots préfèrent rejeter les observations scientifiques et affirment que les traînées de condensation ne se transforment pas en beaux nuages cotonneux.

Patrick Minnis, chercheur principal au Langley Research Center de la NASA à Hampton, en Virginie, a étudié des images satellites de nuages produits par les traînées de condensation d’appareils militaires au cours des trois jours où les aéroports des États-Unis sont demeurés fermés, après les attentats du 11 septembre 2001. Habituellement, environ 13 000 avions sillonnent le ciel du pays chaque jour. Ils laissent tant de traînées se croisant dans tous les sens que les images satellites s’en trouvent brouillées. Minnis a déterminé que les cirrus qui se formaient à partir de traînées de condensation duraient en moyenne six à huit heures, et que six à huit d’entre elles pouvaient croître jusqu’à former un nuage aussi grand que l’état du Massachusetts (Kotulak).

Se fiant sur des spéculations, et exploitant la méfiance que les Américains éprouvent généralement envers leur gouvernement, les conspirationnistes affirment que:

  1. Des appareils militaires volant en formations inhabituelles «vaporisent» des agents chimiques ou biologiques dans leurs traînées de condensation.
  2. Un nouveau carburant militaire, le JP-8 avec additif + 100, contient du bromure d'éthylène, et les traînées de condensation qui en renferment causent diverses maladies.
  3. Les appareils larguent une matière ressemblant à du fil de toile d’araignée, qui cause diverses maladies.
  4. Des appareils militaires mènent des expériences de contrôle du temps, peut-être conjointement avec le projet HAARP (Reynolds).

Songeons cependant au fait qu’un agent biologique ou chimique largué d’une altitude de 25 000 pieds ou plus serait impossible à contrôler, ce qui rendrait toute mesure de ses effets au sol quasi impossible. (Mais sans doute les sinistres conspirateurs ont-ils pris la précaution de s’immuniser contre les effets de leurs poisons.) Un tel exercice serait absurde, à moins que l’on ne cherche à polluer l’atmosphère. Et qu’en est-il des preuves au sujet des maladies causées par ces hypothétiques agents? Ces produits chimiques ont sûrement été identifiés, et les maladies qu’ils provoquent portent un nom? (Oui, à en croire Clifford E. Carnicorn, qui dit avoir analysé des échantillons d’air au niveau du sol et qui y a découvert toutes sortes de choses nocives.* Il faut cependant faire acte de foi pour croire que ces substances toxiques se sont déposées au sol après avoir été larguées par un avion du gouvernement dans un but inavouable, quelque part dans le passé.) Quand on désire empoisonner le public, on doit préférablement s’y prendre une nuit sans vent, en faisant voler ses appareils à basse altitude, afin de bien savoir où les substances toxiques vont se déposer. Ne pas oublier d’employer un produit indétectable. Des toiles d’araignée et des nuages dispersés dans la troposphère sont susceptibles d’atterrir à des milliers de kilomètres de l’endroit où on les a répandus et seraient visibles d’un grand nombre de personnes.

Traînées de condensation saintes

Les conspirationnistes soutiennent que les gouvernements et les compagnies pharmaceutiques nous empoisonnent parce que «Des malades chroniques sont plus utiles que des morts».* Comment cela? se demanderait toute personne rationnelle. Quand on souffre de maladies chroniques, on a besoin de médicaments coûteux, et il est plus facile de vous asservir. Bon sang, mais c’est bien sûr! D’un autre côté, des gens en bonne santé peuvent travailler, payer des impôts, stimuler l’économie, payer eux-mêmes pour leurs médicaments et faire vivre tout un appareil gouvernemental...

L’explication la plus raisonnable pour l’abondance des traînées de condensation de toutes les formes et de toutes les tailles, c’est (1) la croissance du nombre de vols commerciaux ces dernières années, et (2) la réalité du réchauffement du climat. Il ne découle pas de ces deux faits – s’il s’agit bien de faits – qu’il y a nécessairement eu machination gouvernementale pour qu’on épande des produits chimiques dans l’atmosphère (voir Cole). Et il y a une grande distance entre ce fait – s’il s’agit bien d’un fait – et l’idée que des gouvernements et des compagnies pharmaceutiques répandent systématiquement des substances toxiques dans l’atmosphère pour nous rendre malade, dans le cadre de quelque complot bizarre.

 

 

 

Photos supplémentaires:
  • Traînées de condensation au-dessus de Davis, en Californie; 2 avril 2007: 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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