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Étude chinoise

Livre de T. Colin Campbell et son fils Thomas M. Campbell II : The China Study: Startling Implications for Diet, Weight Loss and Long-Term Health [L'étude chinoise: Quelques conclusions étonnantes sur le régime alimentaire, la perte de poids et la santé à long terme]. Dans leur ouvrage, les Campbell maintiennent qu'on peut prévenir, voire guérir, la plupart des maladies par la seule alimentation. Les preuves à cet égard viennent principalement d'une étude menée sur quelques villages en Chine, bien que les auteurs citent d'autres études un peu partout dans le livre à l'appui de leur thèse sensationaliste. Le régime qu'ils préconisent est faible en protéines et ne contient que peu de viande et aucun produit laitier. Rappelons d'emblée que l'alimentation est importante dans la prévention du cancer, et qu'un régime faible en viande rouge et riche en fruits, légumes, céréales complètes et légumineuses, peut sans doute être considéré comme sain pour la plupart. Mais c'est un rêve patent de penser qu'une telle alimentation suffira en soi pour prévenir le cancer ou n'importe quelle autre maladie, et encore plus qu'elle pourra guérir le cancer, les cardiopathies, les maladies du foie ou toutes les autres affections signalées par les Campbell.

Le Dr Harriet Hall, de Science-Based Medicine, a rédigé une critique du livre, et quiconque recherche un avis impartial de l'ouvrage des Campbell aura intérêt à la lire. Elle écrit :

Ce serait merveilleux de pouvoir prévenir le cancer et toutes ces autres maladies en évitant les protéines animales.

Malheureusement, les preuves scientifiques n'appuient pas la thèse radicale de Campbell à propos des protéines animales et des plantes. Selon Denise Minger :

... les données de l'étude chinoise sont éloquentes : il n'y a pas davantage de corrélations entre les protéines animales et la maladie, même dans les régions où l'on consomme le plus de viande, comme Tuoli, dont les habitants prennent 134 grammes de protéines animales par jour.
 
Le lien entre consommation de nourriture animale et niveaux de cholestérol n'est pas non plus toujours aussi fort que Campbell le laisse entendre. Par exemple, malgré leur ingestion massive de protéines animales, les habitants de Tuoli ont les mêmes niveaux moyens de cholestérol qu'une autre région presque végétalienne nommée Taixing. (Autant Shanyang et Taixing consomment moins de un gramme de protéine animale par jour en moyenne.)

Pour un examen critique soigné du travail des Campbell, on peut aussi recommander «The China Study : Fact of Fallacy?» de Minger, qui écrit :

En somme, «The China Study» est un assemblage convaincant de données soigneusement sélectionnées. Malheureusement à la fois pour ceux qui se soucient de leur santé et la communauté scientifique, Campbell semble exclure les données pertinentes lorsqu'elles montrent que les aliments végétaux causent des maladies, ou quand elles montrent les avantages possibles des produits animaux. On présente ainsi au lecteur une interprétation fortement trompeuse des résultats originaux de l'étude, de même qu'une perspective biaisée sur la recherche en nutrition d'autres domaines (y compris des recherches menées par Campbell lui-même).

Comment croire qu'une seule et même alimentation peut convenir à tous les êtres humains? Il y a toutes sortes d'alimentations saines, quelques-unes végétaliennes, d'autres végétariennes, et d'autres encore, omnivores. Il n'y a rien à rien à dire contre ceux qui évitent la viande ou les produits laitiers, mais on peut s'élever contre ceux qui prétendent avoir des preuves que la viande et les produits laitiers causent le cancer et doivent être rejetés. Les preuves à ce sujet n'ont rien de clair, et prendre les perles que contiennent les études pour y laisser les pierres n'arrange pas les choses.

Les partisans de Campbell accordent à l'inné (la génétique) fort peu d'importance par rapport à l'acquis (l'alimentation), surtout quand il est question de prévention ou de guérison du cancer.  Un régime inadéquat peut causer certaines maladies (le scorbut, par exemple, résulte d'une carence en vitamine C), mais la génétique joue un rôle de premier plan pour des affections comme le cancer. Ceux qui croient que l'acquis seul (que ce soit sous la forme d'un régime alimentaire ou de suppléments) peut prévenir le cancer auraient intérêt à lire The Emperor of All Maladies : A Biography of Cancer de Siddhartha Mukherjee. Dans cette recension du livre de Mukherjee, on peut lire cette citation de l'auteur:

«Le cancer, on le sait maintenant, est une maladie clonale. Presque chacune des formes connues du cancer provient d'une cellule ancestrale qui, après avoir acquis la capacité de se diviser sans limite et de survivre indéfiniment, donne naissance à un nombre incalculable de descendants... Le cancer est lié à l'âge, parfois de façon exponentielle. Le risque de cancer du sein, par exemple, se situe à environ 1 chance sur 400 pour les femmes de 30 ans, et à environ 1 chance sur 9 pour les femmes de soixante-dix ans.» Chaque gène de chaque cellule de notre corps présente un potentiel de mutation. Certaines de ces mutations touchent les gènes qui règlent la division cellulaire de façons qui mènent au cancer. Au cœur de la recherche contemporaine, on cible justement ces mutations, de même que les moyens d'en atténuer les effets incontrôlés, voire de les éliminer.

Ceux qui affirment que l'alimentation ou la prise de vitamines et de suppléments minéraux seuls peuvent prévenir le cancer vont à l'encontre de ce que nous apprend la science. On attend encore de découvrir des gens qui accordent aux données génétiques leur poids approprié et qui affirment que l'alimentation, l'exercice, l'abandon de la cigarette et les facteurs environnementaux n'ont pas d'importance dans la survenue des maladies.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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