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Cochrane Collaboration

 

Important regroupement d'universitaires qui publient des études systématiques relativement à la recherche scientifique menée sur l'efficacité de différentes interventions, conventionnelles ou non, en matière de soins de santé. La Cochrane Collaboration a été fondée en 1993 à l'initiative de Iain Chalmers. Les études elles-mêmes sont publiées par la Cochrane Library.

Des experts de partout au monde examinent les essais cliniques et les études observationnelles afin de déterminer quels traitements fonctionnent et quels traitements sont inefficaces ou n'obtiennent pas de résultats supérieurs aux placebos. D'après Wikipedia, en octobre 2010 la Cochrane Collaboration comptait «quelque 27 000 bénévoles dans plus de 90 pays». Selon Ernst et Singh (2008), la Cochrane Collaboration compte 12 centres un peu partout dans le monde et plus de 10 000 «experts bénévoles dans le domaine de la santé».o

Toujours selon Ernst et Singh, il serait «aussi peu pratique que sensé» pour les médecins de lire les centaines d'études publiées chaque année en faveur ou contre les différents traitements médicaux existants. La tâche serait, pour dire le moins, redoutable. Souvent, les études se contredisent les unes les autres. Certaines, bien conçues, sont menées avec un soin méticuleux. D'autres, plus brouillonnes, n'ont qu'une portée restreinte. Bien d'entre elles comportent un mélange de préparation et d'exécution de qualité variable.

La Cochrane Collaboration a été nommée ainsi en mémoire d'Archie Cochrane (1909-1988), qui déplorait que la profession médicale à laquelle il appartenait n'eût pas «organisé de résumés critiques, par spécialisation ou sous-spécialisation, adaptés périodiquement, de tous les essais contrôlés randomisés pertinents». C'est ainsi qu'est née l'idée d'un examen systématique, dans lequel les études sur un traitement donné se voient accorder des valeurs différentes selon la façon dont elles sont conçues, le nombre de sujets qu'elles comportent, et ainsi de suite. Un examen systématique ne part pas du principe que toutes les études se valent. L'objectif est de déterminer de manière non biaisée quelles sont les meilleures preuves existantes à propos d'un traitement donné.

Ernst et Singh écrivent :

Ces examens systématiques portent sur l'efficacité de produits pharmaceutiques, mais aussi sur toutes sortes d'autres traitements, de même que sur des mesures de prévention, la valeur du dépistage, et l'incidence du mode de vie et du régime alimentaire sur la santé.

Par bonheur, beaucoup des rapports de la Cochrane Collaboration se trouvent en ligne. Si un médecin ou un patient potentiel désire savoir, par exemple, quelles sont les meilleures preuves de l'efficacité de l'acuponcture dans le traitement de la migraine, il pourra trouver auprès de la Cochrane Collaboration des rapports non biaisés, indépendants, rigoureux et relativement à jour. Il suffit d'inscrire Cochrane Collaboration, acuponcture et migraine dans son fureteur favori.

Le médecin ou le patient en question ne pourra cependant faire l'économie d'une réflexion critique même après avoir consulté la Cochrane Collaboration. En suivant le lien obtenu dans Google par la méthode susmentionnée, on peut lire:

Dans l'ensemble, les études montrent que l'acuponcture profite aux patients migraineux, bien que l'emplacement des aiguilles semble moins pertinent que ne le pensent habituellement les acuponcteurs.

Le fait que l'endroit où l'on insère les aiguilles semble peu important devrait déconcerter le praticien traditionnel. En effet, cette conclusion contredit les enseignements traditionnels voulant qu'il faille insérer les aiguilles à des points précis le long des méridiens censés servir à la circulation du chi. La découverte susmentionnée implique que quelque chose cloche dans l'enseignement traditionnel de l'acuponcture. D'autre part, le fait que les patients migraineux bénéficient à la fois de la véritable acuponcture et de l'acuponcture simulée indique que l'insertion d'aiguilles constitue un traitement efficace chez le patient migraineux. Par contre, si l'on n'est pas au courant des plus récents développements dans les essais en acuponcture, qui font appel à une simulation au cours de laquelle on n'insère pas du tout d'aiguilles (grâce à des aiguilles rétractables), on pourrait sauter à la conclusion que les aiguilles déclenchent un mécanisme quelconque capable de bloquer la douleur due à la migraine. On pourrait, par exemple, déduire que l'efficacité de l'acuponcture s'explique par la théorie du portail. Pourtant, cette interprétation comporte des problèmes.

Les résultats les plus récents contredisent certaines des conclusions les plus positives des examens du groupe. Si d'autres essais répètent ces résultats, la Cochrane Collaboration va probablement revoir ses conclusions pour les rendre moins positives (Ernst et Singh 2008).

Il faut également tenir compte du fait qu'un certain nombre d'études n'ont découvert aucune différence significative au chapitre de l'efficacité entre la véritable acuponcture et l'acuponcture simulée. Beaucoup de ces études ne cherchaient pas à mesurer la douleur; s'il existe un mécanisme expliquant l'efficacité de l'acuponcture contre, par exemple, la nausée, il doit s'agir d'autre chose que la théorie du portail. Bien des critiques des thérapies parallèles sont prêts à parier qu'un effet éventuel de l'acuponcture peut s'expliquer par l'effet placebo. Ils qualifient l'acuponcture (et d'autres traitements de médecine parallèle comme l'homéopathie) de médecine placebo. Ces critiques veulent ainsi dire que l'acuponcture doit son effet non pas aux aiguilles même, mais plutôt à toutes sortes d'autres facteurs, comme les attentes du patient, le conditionnement relié au rituel de guérison, le sentiment de détente que procure le fait d'être traité par un expert dans un contexte professionnel l'effet Hawthorne, etc. Peuvent également jouer des facteurs comme la guérison spontanée, les changements dans la gravité des symptômes, l'effet de régression à la moyenne, et le désir inconscient de plaire au thérapeute. Établir si l'acuponcture est supérieure ou non à l'effet placebo se trouve compliqué du fait qu'il est impossible de concevoir des essais en double aveugle. L'aiguille rétractable peut faire l'affaire, à cet égard, pour le patient, mais comment s'y prendre pour le praticien?

La chose peut sembler sans grande importance, mais il demeure un risque que le praticien communique à son patient de façon inconsciente qu'il est en train de lui administrer un placebo, peut-être par son attitude ou le ton de sa voix. Il se peut que les résultats légèrement positifs qui se dégagent de certains essais en faveur de l'acuponcture dans le traitement de la nausée et de la douleur s'expliquent simplement par les biais qui perdurent en l'absence du double insu.

La Cochrane Collaboration constitue un excellent point de départ lorsqu'on fait des recherches sur des traitements en matière de santé, mais il ne s'agit pas d'un outil infaillible. On ne peut en aucun cas faire fi de l'ensemble de la preuve disponible.

 

Voir également: Essai contrôlé et Méta-analyse.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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