| Consegrity® |
(Consilience Energy Mirrors)
Type de fidéisme thérapeutique et de médecine énergétique créé par le Dr Mary A. Lynch, médecin à la retraite, et Debra Harrison, massothérapeute, morte au cours de l'été 2005 pendant que le Dr Lynch (photo) appliquait la Consegrity sur elle. Harrison est décédée des suites d'un diabète non traité, mais aussi de sa foi envers ses propres balivernes. Lorsque la mère de Harrison lui a conseillé d'aller à l'hôpital, un an et demi environ avant son décès, «Mary Lynch l'a emmenée dans une autre pièce et a dit [à ma tante] de ne plus jamais faire ça», selon le neveu de la victime, Noa Hawkins, qui poursuit:
La mère de Debra aussi est devenue adepte de la Consegrity, et malgré des signes de problèmes de santé graves (une grande douleur et un ictère), sa fille lui a déconseillé de voir un médecin. L'état de sa mère s'est finalement détérioré à un point tel qu'elle a accepté d'en consulter un, au milieu du mois de mai 2005. Selon Chris Ducey, le frère de Harrison:
Telle est la logique de ceux qui tentent de rationaliser l'échec patent de leur thérapie magique. Debra se trouvait en Europe quand sa mère est décédée. Selon Chris Ducey: «Maman et Debra n'ont pas été les seules personnes à mourir tandis qu'on les traitait avec la Consegrity. Bien sûr, ces personnes auraient pu décéder de toute manière (tout le monde finit par mourir), mais peut-être qu'un traitement médical les aurait aidées, comme dans le cas de Debra». Quelques semaines après le décès de leur mère, Chris a vu Debra en vie pour la dernière fois.
D'après Noa Hawkins, le rapport du coroner montre que Harrison est morte des complications dues à un diabète non traité (correspondance personnelle de l'auteur). Selon Chris Ducey: «Elle est morte d'acido-cétose diabétique consécutive à un diabète sucré non diagnostiqué. L'autopsie a montré que les îlots de Langerhans de son pancréas s'étaient atrophiés» (correspondance personnelle de l'auteur). Vous vous demandez sans doute quelle est cette extraordinaire thérapie, par laquelle sa fondatrice et sa mère n'ont pu guérir? «La Consegrity ne fait rien... Elle tend au client un reflet qui lui permet de s'assainir et de se réorganiser».* Comme nombre de thérapies «parallèles», la Consegrity n'opère pas comme tel; elle est simplement censée permettre au corps de se guérir lui-même. Voici ce que Harrison et Lynch promettaient au monde avant la mort de Harrison:
Selon le site Web Consegrity, maintenant défunt, le nom «encapsule» CONscience et tenSeGRITY du corps - la capacité de supporter la tension et la pression, combinée à la conscience - «l'aspect omniscient qui est en nous». Le mouvement se donnait une mission très élevée:
Pas mal, non? Sauver la planète, et permettre la croissance personnelle tout en rendant chacun conscient de l'unité de l'Être. Ce qui porte des fruits, d'après les auteures, c'est croire que nos milliards de cellules vont se reconstruire d'elles-mêmes à tout jamais «si l'environnement autour des cellules demeure sain et pur».
Même si tout ce charabia était fondé, le retrait de cette énergie étrangère ne pourrait se faire par micro liposuccion ni aucun autre procédé mécanique ou chimique. La Consegrity est censée utiliser la conscience au niveau de l'ADN pour «faire disparaître l'énergie étrangère». Malheureusement, on ne peut la faire disparaître soi-même. Il faut l'aide d'un expert qu'on a formé à servir de miroir énergétique. Ce guérisseur est apparemment en mesure de sentir l'énergie ou la «sagesse» réactive du patient au niveau cellulaire, et renvoie cette sagesse au corps, le libérant ainsi de l'«énergie étrangère», ou quelque chose du genre. Lynch et Harrison ont dit de leur création qu'elle était une «Passerelle vers le bien-être»:
Quand la fondatrice d'une pseudo thérapie affirme avoir créé un traitement efficace contre le diabète et qu'elle meurt précisément de cette maladie, alors que la co-fondatrice la traite par cette invention charlatanesque, on pourrait penser que le mouvement va s'enrayer brusquement. Ce serait toutefois mal comprendre jusqu'où peuvent aller les victimes de la pensée magique plongées dans un état de dissonance cognitive. Le Dr Lynch n'a pu aider Debra Harrison à se débarrasser de son énergie étrangère, même si elle se trouvait à ses côtés quand elle est morte. On peut croire que Lynch et Harrison dispensaient la meilleure énergie curative que peut conférer la Consegrity, mais la chose s'est avérée insuffisante pour faire baisser la glycémie de Harrison sous les 900 mg/dl, taux qu'elle affichait à son décès. La normale se trouve en fait sous les 110 mg/dl. Comme on l'a dit, Mary Lynch ne reconnaît pas l'échec de son invention. Elle préfère blâmer l'énergie négative de la famille Harrison, dont les membres aimaient assez la victime pour essayer de la faire hospitaliser, afin qu'elle reçoive des traitements appropriés. Cette énergie négative aurait nui à l'effet bénéfique de la Consegrity. Le Dr Lynch ne daigne pas préciser ce qu'est cette énergie négative ni quel est son mode d'action. Lynch, diplômée de l'École de médecine de l'Université Georgetown, s'était spécialisée en chirurgie orthopédique et en médecine sportive avant de prendre sa retraite en 2003. Le site Web de la Consegrity (maintenant fermé) affirmait que «la Consegrity peut accroître le potentiel de performance dans tous les domaines reliés aux sports».* Il disait aussi que la Consegrity est efficace pour les animaux, et «qu'elle est utile pour restaurer leur équilibre vital et réduire vos frais de vétérinaire».* Lynch s'est intéressée à la médecine énergétique au cours d'une quête dans laquelle elle s'est lancée après la mort d'un proche dans un accident d'avion. Elle exerçait dans le domaine de la médecine sportive depuis 15 ans, et en avait assez de traiter uniquement des symptômes. Elle voulait «corriger les problèmes sous-jacents».* Elle a étudié l'œuvre du Dr Harold Saxton Burr, dont le livre Blueprint for Immortality est vu par certain comme le fondement de la médecine énergétique moderne. Semyon Kirlian et Masaru Emoto l'ont également influencée. Qu'a-t-elle appris, au juste?
Autrement dit, Lynch a délaissé la médecine moderne au profit d'une forme de patamédecine enrobée de jargon pseudo scientifique. Mais que peut bien vouloir dire «nous n'exploitons que moins de 40 % de notre ADN»? Quelqu'un comme Toby Alexander le sait peut-être. Harrison, pour sa part, était diplômée du l'Institut de myothérapie de l'Utah. Elle enseignait également le toucher thérapeutique et a agi comme «enseignante au sein de l'Institut Upledger, où elle a présenté une nouvelle thérapie, la détente vertébrale... que l'Institut a intégrée dans son programme». Elle pratiquait «la thérapie crânio-sacrale, la détente somato-émotionnelle, le drainage lymphatique et la manipulation viscérale...»* Elle était également adepte de la détente myofasciale, de la tension contre-tension, de l'équilibre nul, de la dynamique des fluides crâniens et du massage oriental Amma.* La compagne parfaite pour un ancien médecin gagné à la mystique des champs d'énergie... Ce que racontaient Lynch et Harrison semble déjà échevelé, mais il se trouve néanmoins quelqu'un dont les idées sont encore plus bizarres, leur mentor, John E. Upledger, qui croit communier avec ce qu'il appelle le «Guérisseur interne» de ses patients, dont il obtient des renseignements précieux.
Avec un tel mentor pour la guider, comment s'étonner que Harrison ait été attirée par toutes sortes de thérapies «parallèles» et qu'elle se soit imaginée en route vers le bien-être? Le site Web de la Consegrity n'existe peut-être plus, mais le Dr Lynch continue de vendre le même produit sous un autre nom, Consilience Energy Mirrors. À cette nouvelle désignation, elle accole fièrement le slogan Le rêve continue. (Ce site Web a depuis été entièrement refait à neuf.) Chris Ducey, exécuteur testamentaire et administrateur de la succession de Debra Harrison, affirme que Consegrity, Inc. a fermé pour des raisons financières. La compagnie était lourdement endettée et ne pouvait plus poursuivre son exploitation.* Mary Lynch accuse plutôt la famille de Debra Harrison. «Son objectif est d'empêcher la Consegrity de se développer», dit-elle*. Selon le Dr Lynch,
Les humbles mortels aux deux pieds fermement ancrés sur terre seront sans doute incapables d'interpréter un tel message dans toute sa profondeur, mais il semble s'en dégager l'impression que Lynch considère le terme «Consegrity» pris en otage par la déclaration suivante, figurant dans le site Web de la Consegrity:
Noa Hawkins pose sur les événements un regard qui diffère de celui de Mary Lynch.
Une telle manœuvre avait également sans doute pour but d'exonérer Lynch de toute responsabilité en cas de poursuites contre la compagnie que Harrison et elle avaient constituée. La «ferme» dont il est question était une véritable maison de ferme qui leur servait aussi de bureau, à Wichita, au Kansas. Elle comprenait également Energy Medicine Training Center, Inc., propriétaire de la marque de commerce déposée Consegrity, Inc. Non seulement le Dr Lynch a fait preuve d'énormément de prévoyance en cédant la compagnie à Debra avant sa mort, mais elle a également bénéficié d'une chance inouïe. Debra Harrison avait souscrit à une police d'assurance-vie de 500 000 $ US dont Mary Lynch était la bénéficiaire (Noa Hawkins et Chris Ducey, correspondance personnelle de l'auteur). Mary Lynch est peut-être sincère quand elle dit que la cause du décès de la co-fondatrice de la Consegrity est l'énergie négative émise par les membres de sa famille qui se souciaient d'elle, et qui ont tenté de la faire hospitaliser. Cette croyance est parfaitement absurde, mais elle peut être sincère. À ceux qui demandent quel mal il y a à croire des choses absurdes, il faut rappeler que le diabète se traite facilement. Mary Lynch va-t-elle mentionner ce fait dans l'un des cinq livres sur le bien-être auxquels elle est censée travailler?* La foire aux questions du site actuel de Lynch décrit le fabuleux traitement:
Apparemment, il faut être bien meilleur à communiquer ce qui fonctionne que les co-fondatrices de cette médecine pataphysique, mais au moins, on peut profiter de la séance pour piquer un bon roupillon. Fait très commode, le thérapeute peut exercer ses pouvoirs à distance, jusqu'à des milliers de kilomètres, puisqu'il n'y a aucune différence entre les résultats, que le praticien au chevet du patient ou à l'autre bout de la terre. C'est sans doute ce qu'il y a de plus vrai à propos de cette niaiserie. Et les bases scientifiques? D'après la foire aux questions du site Consilience Energy Mirrors:
Autrement dit, on a droit au même numéro que jouent de nombreuses fraudes thérapeutiques nouvelle-âgeuses: on devient malade à cause d'un déséquilibre d'une espèce d'énergie vitale, d'un manque d'harmonie ou d'un truc du genre. Le traitement consiste en découvrir quel est ce déséquilibre, afin d'y remédier. Dans le cas qui nous occupe, il faut évacuer de l'«énergie étrangère». Voilà pour la partie bouillie métaphysique pour les chats, mais est-ce que ça marche? Oui, bien sûr, en partie grâce à l'effet placebo. Les guérisseurs traditionnels savent depuis des millénaires que si l'on peut amener un malade à se détendre ou lui faire croire qu'on possède le pouvoir de le guérir, on le soulage de son stress au départ, tout en permettant à son corps de guérir de lui-même. Bob Park explique la chose très simplement:
Même si l'effet placebo ne peut guérir le cancer ou le diabète, des thérapies bidon comme la Consegrity l'utilisent dans leur pratique quotidienne. Tout insuccès peut être commodément mis sur le compte du patient, qui a consulté trop tard pour qu'on puisse le sauver, qui ne démontre pas assez de foi envers le processus, ou qui s'entoure de trop d'influences négatives. Si le fidéisme thérapeutique s'en tire aussi facilement, c'est parce que la plupart des maladies finissent par disparaître d'elles-mêmes. La plupart des malades finiraient par guérir même sans aucune forme de traitement (Hines 2003; Nickell 1998). Certaines guérisons peuvent même prendre une tournure spectaculaire quand un patient se laisse berner par son propre corps; il n'éprouve en fait qu'un soulagement temporaire dû à la nature subjective de la douleur ou à l'action des endorphines. On suit rarement les miraculés, mais quand on le fait, le «miracle» finit par s'évanouir. (Voir Hines 2003; Nickell 1988 et Randi 1989 pour de nombreux exemples, dont celui d'une femme qui jette son appareil de soutien lombaire en disant qu'elle est maintenant guérie de son cancer, et qui meurt deux mois après qu'une radiographie eut révélé «qu'une vertèbre fragilisée par le cancer s'était fracturée sous l'effort causé par son geste» au cours d'une séance de «guérison» de Kathryn Kuhlman [p.135]. Autre exemple, donné par Nickell, les médecins donnent un an à vivre à un enfant malade, mais un voyage à Lourdes convainc sa famille qu'il a été miraculeusement guéri. L'enfant meurt de leucémie un an plus tard, sans que la chose ne fasse grand bruit [p. 151].) Quand une maladie disparaît d'elle-même après un traitement par un guérisseur, on commet toujours l'erreur de louanger celui-ci. Il faut également tenir compte du fait que bien des gens reçoivent des diagnostics erronés - leur état est en fait moins grave que ce qu'ils croient. La majeure partie des guérisons du genre résultent cependant de la collaboration entre le guérisseur et son patient. La coopération, le fait de croire au traitement, de désirer fortement qu'il marche, tout cela tend à diminuer le stress du patient et à permettre au pouvoir thérapeutique de la suggestion d'agir, mais peut aussi motiver le patient à rendre un témoignage exagéré ou même faux à propos de la thérapie, afin d'accroître ses chances de guérison et de plaire au guérisseur. La validation subjective joue un rôle de premier plan relativement à la plupart des guérisons obtenues par fidéisme thérapeutique, si ce n'est à toutes. Bref, des guérisseurs comme Mary Lynch sont toujours gagnants. Ils pourraient recourir à n'importe quelle forme de traitement et obtenir malgré tout un taux d'approbation de 75 %, même en l'absence complète de connaissances ou d'habiletés de leur part. La majeure partie de leurs patients vont témoigner en leur faveur, et l'absence totale de suivi garantit que très peu d'échecs gênants seront révélés. En recevant chaque jour de nombreux témoignages de gratitude, ils en viennent inévitablement à croire en la valeur de ce qu'ils proposent. Emil Freireich, m.d., va même plus loin. Selon lui, tant qu'un traitement ne nuit ni aux malades ni aux bien portants, il s'avèrera «toujours efficace pour pratiquement chaque patient atteint d'une maladie grave quelconque» (nous soulignons, cité dans Randi 1989, p. 9). Et si le traitement échoue, les rationalisations habituelles citées précédemment s'appliquent. Si l'histoire de thérapie fatale que vous venez de lire ne vous a pas trop découragé, vous pouvez suivre un cours de base de six jours en reflet d'énergie donné par Mary Lynch elle-même pour la ridicule somme de 1500 $.* Après, il y aura les cours spécialisés de deux jours chacun (Comportement, Cancer et immunité, Système circulatoire, et Système musculo-squelettique) à 600 $ chacun. Prix sujets à changement, bien sûr. Étant donné le sort qui attendait sa partenaire, on peut se demander si le jeu en vaut la chandelle. Certains le croient, pourtant. Virginia Leslie écrit:
Les amateurs de charabia apprécieront... Malheureusement, beaucoup de gens pourtant intelligents se laissent avoir par des fadaises du cru. Nous avons tous tendance à prendre nos vœux pour la réalité, à «adopter des croyances réconfortantes et accepter sans se poser de questions les informations qui renforcent nos attitudes fondamentales et notre estime de soi» (Beyerstein 1999). Nous voyons souvent des faits significatifs là où il n'y en a pas, et des coïncidences troublantes dans de simples hasards. La perception et la mémoire, deux facultés hautement sélectives, viennent souvent renforcer nos préjugés, et nous devons parfois valider nos croyances magiques coûte que coûte. Bien des gens recherchent une façon d'être en santé qui fasse l'économie des hôpitaux, des médicaments et des médecins, ce qui est compréhensible. Il y a encore des maladies où toutes les connaissances scientifiques au monde seront inutiles, et il est toujours possible, même si la chose est rare, qu'on soit victime d'une erreur médicale, d'une maladie nosocomiale ou des effets indésirables d'un médicament. Certains préfèrent tenter leur chance auprès d'un charlatan dont le bagou leur donne de l'espoir plutôt que se retrouver dans les griffes du système hospitalier, synonyme à leurs yeux de maladie et de mort. Les guérisseurs auront toujours un bel avenir. Mary Lynch compte un certain nombre d'adeptes, y compris la propre fille de Debra Harrison, Emily. Il y a plus de 100 consegristes certifiés aux États-Unis, et probablement autant de praticiens de Consegrity Energy Mirror. On ignore combien d'entre eux conseillent à leurs patients de ne plus suivre l'avis du médecin, et combien de décès prématurés ils ont causés de ce fait. Debra Harrison avait 55 ans lorsqu'elle est morte.
Voir également: Delphinothérapie; Désensibilisation des mouvements oculaires et retraitement; Médecine parallèle; Sophisme de la régression; Syndrome du vrai croyant; Thérapie crânio-sacrale; Thérapie par champs de pensée; Toucher thérapeutique. Source : skepdic.com |
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