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Créationnisme

(et créationnisme scientifique)

“La preuve paléontologique suffit à imposer la théorie de l'évolution.”
“Rien dans la biologie n'a de sens si ce n'est à la lumière de l'évolution.”

Le créationnisme est une théorie religieuse et métaphysique sur l'origine de l'univers. Ce n'est pas une théorie scientifique. Techniquement, le créationnisme n'est relié à aucune religion en particulier. Il exige simplement une croyance dans un Créateur surnaturel. Des millions de chrétiens et de non-chrétiens croient qu'il existe un Créateur de l'univers et que la théorie de l'évolution n'entre pas en conflit avec la croyance dans un Créateur. Cependant, des chrétiens fondamentalistes ont créé le terme «créationnisme» et il est maintenant difficile de parler de créationnisme sans qu'il soit entendu qu'on veuille parler de la doctrine chrétienne fondamentaliste soutenue par, entre autres, Ronald Reagan, Jerry Falwell, Pat Robertson aux États-Unis ou Stockwell Day au Canada.

Cette théorie affirme que :

  1. le récit de l'origine de l'univers et de la vie sur terre, raconté dans la Genèse, doit être pris littéralement, et que
  2. la Genèse est incompatible avec les théories du Big Bang et de l'évolution.

Ainsi, les créationnistes sont des chrétiens qui croient que le récit de la création de l'univers, tel que présenté dans la Genèse, est littéralement vrai au sujet d'Adam et Êve, des six jours de la création, du déluge etc., et que cela ne doit pas être interprété comme une allégorie. Le créationnisme scientifique est l'expression employée par certains créationnistes pour indiquer qu'ils croient que la Genèse est un récit scientifique. Faire la lecture de la Bible comme si c'était un texte scientifique contredit les théories du Big Bang et de l'évolution. Les «créationnistes scientifiques» disent que ces théories sont fausses et que les scientifiques qui les défendent se trompent au sujet des origines de l'univers et de la vie sur terre. Un des principaux promoteurs du créationnisme scientifique est Duane T. Gish, du «Institute for Creation Research», qui met de l'avant ses vues personnelles en même temps qu'il attaque l'évolution. Gish est l'auteur de «Evolution, the Challenge of the Fossil Record» (San Diego, California, Creation-Life Publishers, 1985) et «Evolution, the Fossils Say No» (San Diego, California, Creation-Life Publishers, 1978).

Un autre leader de ce mouvement est Walter Brown, du «Centre for Scientific Creationism». Ni Gish ni Brown ne semblent comprendre la différence entre un fait et une théorie. Ils proclament fort que l'évolution n'est juste qu'une théorie et qu'elle est fausse. Les théories scientifiques ne sont ni vraies ni fausses, elles sont une explication des faits. Que les espèces aient évolué vers d'autres espèces est considéré par 99,99 % de la communauté scientifique comme étant un fait scientifique. Comment les espèces évoluent, c'est ce que la théorie de l'évolution est censée expliquer.

La théorie de Darwin sur la façon dont l'évolution s'est produite s'appelle la sélection naturelle. Cette théorie est tout à fait distincte du fait de l'évolution. D'autres scientifiques prônent différentes théories à propos de l'évolution, mais seulement un très petit nombre nie le fait de l'évolution. Duane Gish ne fait pas de la science quand il conteste que l'évolution est un fait. Il prête lui-même peu d'intérêt aux faits ou aux théories scientifiques. Son intérêt et son but sont dans l'apologétique : il veut défendre la foi contre ce qu'il croit être des attaques contre la vérité de Dieu. Tous ses arguments sont défensifs; ils ont tous pour but de nier les preuves qui soutiennent le fait scientifique de l'évolution.

Les créationnistes, confondant l'incertitude en science avec le non scientifique, considèrent la discussion entre les évolutionnistes comme un signe de faiblesse. Pour les scientifiques, l'incertitude est simplement un élément inévitable et important de la démarche scientifique. Ils considèrent la discussion sur les questions théoriques fondamentales comme saine et stimulante. La Science, indique le biologiste évolutionniste Stephen Jay Gould, est «amusante quand elle joue avec des idées intéressantes, examine leurs implications, et constate que d'anciennes connaissances peuvent être expliquées de façons étonnamment nouvelles.» Ainsi, malgré toute la discussion au sujet des mécanismes évolutionnistes, les biologistes n'ont jamais douté que l'évolution se soit produite. «Nous discutons comment elle s'est produite,» dit Gould (1983, p. 256).

Le créationnisme scientifique et la pseudo-science

La créationnisme scientifique d'autre part, n'est pas de la science, c'est de la pseudo-science. C'est une doctrine reliée à un groupe particulier de Chrétiens fondamentalistes. La plupart des Chrétiens, fondamentalistes ou pas, n'ont probablement jamais entendu parler de créationnisme scientifique. Comme la plupart des autres créationnismes, le créationnisme scientifique présente ses revendications comme absolument certaines et inaltérables. Cette théorie prétend que le monde doit se conformer à la Bible et elle prétend que la Bible n'a besoin d'aucune révision et ne peut contenir aucune erreur. Là où le créationnisme scientifique diffère du créationnisme en général est dans sa notion qu'une fois qu'il a interprété la Bible pour signifier quelque chose, aucun argument ne peut venir changer cette interprétation. C'est plutôt cet argument qui doit être réfuté.

Comparez cette attitude à celle des principaux créationnistes européens du 17ème siècle qui ont dû admettre que la Terre n'était pas le centre de l'univers et que le soleil ne tourne pas autour de notre planète. Ils n'ont pas eu à admettre que la Bible était erronée. Ils ont seulement dû admettre que les traductions humaines de la Bible l'étaient. Les créationnistes d'aujourd'hui semblent incapables d'admettre que leur interprétation de la Bible pourrait être erronée.

Les scientifiques créationnistes ne peuvent être considérés comme de vrais scientifiques parce qu'ils affirment que leur traduction de la Bible ne peut pas être erronée. Ils présentent leurs vues comme étant irréfutables. Par conséquent, quand les faits contredisent leur lecture de la Bible, ils prétendent que les faits sont faux. La seule recherche scientifique qu'ils semblent faire a toujours pour but de prouver que telle ou telle allégation scientifique est fausse. Le créationnisme scientifique ne voit aucun besoin de tester ses propres théories puisqu'elles ont été révélées par Dieu. Une théorie absolument sûre ne peut pas être empiriquement testée, sauf que la testabilité empirique est le propre d'une véritable théorie scientifique. Les prétentions à l'infaillibilité et la certitude absolue ne caractérisent pas la science, mais les pseudo-sciences.

Ce qui est le plus révélateur sur le manque de rigueur scientifique des créationnistes est de voir avec quelle facilité, quel empressement et le peu d'esprit critique ils acceptent et adoptent une nouvelle pensée du moment que cette pensée semble contredire la théorie de l'évolution. Particulièrement, tout fait semblant soutenir la notion que les dinosaures et les humains ont vécu ensemble sera accueilli avec enthousiasme par les militants créationnistes.

Le «créationnisme scientifique» est non-scientifique

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La théorie du créationnisme scientifique est un bon exemple d'une théorie non scientifique parce qu'elle ne peut pas être falsifiée. «Je peux imaginer des observations et des expériences qui réfuteraient n'importe quelle théorie évolutionniste que je connais» écrit Stephen Jay Gould, «mais je ne peux imaginer quelles données potentielles pourraient conduire les créationnistes à abandonner leur croyance. Les systèmes infalsifiables sont des dogmes, pas de la science» (Gould, 1983). Le créationnisme scientifique est une pseudo-science, car il ne partage aucune des caractéristiques essentielles de la théorisation scientifique. Il représente une théorie qui demeurera pour toujours inchangée et qui n'engendrera aucune discussion parmi les scientifiques au sujet des mécanismes fondamentaux de l'univers. C'est une théorie qui n'a produit aucune prédiction empirique qui pourrait être utilisée comme test. Elle est prétendue être irréfutable, car elle suppose, a priori, qu'il n'existe aucun fait pouvant la falsifier.

Quand les scientifiques de la création osent s'aventurer dans un domaine scientifique tel la deuxième loi de la thermodynamique, ils font de la très mauvaise science et plusieurs vont même jusqu'à la mystification et la fausse représentation (Stenger). Cependant, dire qu'ils sont malhonnêtes est peut-être exagéré; leur démarche scientifique incorrecte n'est probablement simplement due qu'à de l'incompétence.

La vraie science

L'histoire de la science prouve clairement que les théories scientifiques ne demeurent pas inchangées. L'histoire de la science n'est pas l'histoire d'une vérité absolue étant construite à partir d'autres vérités absolues. C'est plutôt l'histoire de la théorisation, testant, discutant, raffinant, rejetant, substituant plus de théorisation, plus de test, etc. C'est l'histoire de théories fonctionnant bien pendant un certain temps jusqu'à ce que des anomalies se produisent (c.-à-d., la découverte de nouveaux faits qui ne cadrent pas avec les théories établies), puis de nouvelles théories sont proposées qui vienne partiellement ou complètement remplacer les anciennes.

Naturellement, il est possible que des scientifiques agissent non scientifiquement, qu'ils soient dogmatiques et malhonnêtes. Mais le fait qu'on trouve occasionnellement une pomme pourrie ou un charlatan dans l'histoire de la science (ou une personne intègre et intelligente parmi des pseudo-scientifiques) n'implique pas qu'il n'y a pas de différence entre science et pseudo-science. En raison de la nature publique, empirique et démocratique de la discussion scientifique, les charlatans sont découverts, les erreurs sont corrigées et la recherche sincère de la vérité prédomine. Ce ne peut pas être le cas avec des pseudo-sciences tels que le créationnisme scientifique, où il n'y a aucune méthode appropriée pour détecter les erreurs (puisqu'elle ne peut pas errer) et encore moins pour les corriger.

Une théorie comme le créationnisme ne peut pas être réfutée, même en principe, parce que tout en elle se doit d'être cohérent, même les erreurs ou les contradictions apparentes. Des théories scientifiques permettent de faire des prédictions précises et elles peuvent, en principe, être réfutées. Des théories telles que le Big Bang et la théorie des «équilibres ponctués» peuvent être testées par des expériences et des observations. Les théories métaphysiques telles que le créationnisme sont «hermétiques» si elles sont auto-cohérentes, c'est-à-dire qu'elles prétendent ne contenir aucun élément contradictoire. Une théorie scientifique n'est jamais hermétique.

Le créationnisme comme une théorie scientifique

Une théorie créationniste soutenue par un groupe religieux pourrait cependant être scientifique. Par exemple, si une théorie indique que le monde a été créé 4004 ans avant notre ère, mais que les faits indiques que la terre est vieille de plusieurs milliards d'années, alors la théorie est scientifique si elle accepte d'être réfutée par les faits. Mais si, par exemple, une hypothèse ad-hoc est apportée à l'effet que Dieu a créé le monde en 4004 avant notre ère, complet, avec les fossiles et tout ce qui fait paraître la terre beaucoup plus ancienne qu'elle ne l'est vraiment (pour tester notre foi peut-être, ou pour réaliser un mystérieux plan divin), alors la théorie religieuse n'est pas scientifique, elle est métaphysique. Rien ne peut la réfuter; elle est hermétique. Philip Henry Gosse a fait cette démonstration au temps de Darwin dans un travail intitulé "Creation (Omphalos) : An Attempt to Untie the Geological Knot" (une tentative de délier le noeud géologique), publié en 1857.

Si l'âge ou les techniques de datation scientifiques des éléments fossiles sont contestés, mais qu'ils sont considérés à l'avance pertinents et conformes à la théorie religieuse, alors la théorie est métaphysique. Une théorie scientifique ne peut pas préjuger de ce que seront les résultats de ses investigations. Si la cosmologie religieuse nie que la Terre est vieille de milliards d'années parce que leurs propres essais «scientifiques» révèlent que la terre est très jeune, alors le fardeau de la preuve est sur eux et ils doivent démontrer que les méthodes et les techniques scientifiques standards pour dater les fossiles sont incorrectes. Sinon, aucune personne raisonnable ne devrait prendre au sérieux une prétention aussi frivole qui implique que que la communauté scientifique entière soit dans l'erreur. C'est pourtant ce que fait Duane Gish. Le fait qu'il ne peut pas rallier même un petit segment de la communauté scientifique à sa façon de penser est une forte indication que ses arguments sont sans valeur.

blague

Plusieurs choses nous démontrent la nature non scientifique des créationnistes : d'abord leur souci primordial de faire correspondre les faits avec une théorie préconçue. Ensuite, leur croyance qu'ils sont en possession de la vérité absolue et que l'investigation scientifique n'est pas essentielle pour trouver la vérité. Pour eux, la vérité n'est pas quelque chose qui doit être constamment remis en question, discuté, amélioré ou modifié. Pour les créationnistes scientifiques, la vérité semble être quelque chose qui est donné une fois pour toute à des personnes spéciales choisies pour la garder précieusement et la défendre à jamais.

Les créationnistes métaphysiques

Beaucoup de gens croyants dans la cosmologie religieuse de la Genèse n'allèguent pas que leur croyance soit scientifique ni ne prétendent que la Bible doive être considérée comme un texte scientifique. Pour eux, la Bible contient des enseignements relatifs à leur vie spirituelle. Elle exprime des idées spirituelles au sujet de la nature de Dieu et de son rapport avec les humains et le reste de l'univers. De telles personnes ne croient pas que la Bible devrait être prise littéralement quand il s'agit de questions scientifiques. La Bible, selon eux, devrait être lue pour ses messages spirituels, pas comme un traité de biologie, de physique ou de chimie. Cette façon de voir était la norme chez les théologiens. Les traductions allégoriques de la Bible remontent aussi loin que Philon d'Alexandrie (v. 20 av. J.-C.-50 apr. J.-C.). Des analyses philosophiques de l'absurdité des conceptions populaires des dieux ont été faites par des philosophes tels que Épicure (342-270). Les créationnistes scientifiques fondamentalistes d'aujourd'hui exigent cependant que la Bible soit lue avec les yeux d'une personne simple et sans éducation spéciale. Ils refusent les traductions allégoriques qui n'ont pas la faveur populaire immédiate et ils évitent tout ce qui ressemble une recherche philosophique profonde.

Le créationnisme et les politiciens

Privés de la rigueur philosophique et du cadre intellectuel des grands penseurs religieux du passé, les présents défenseurs du créationnisme scientifique ont fait campagne pour faire enseigner leur version biblique de la création comme science dans des écoles d'état des États-Unis. Ils ont réussi dans l'état de l'Arkansas qui a passé une loi exigeant l'enseignement du créationnisme dans des écoles d'état. (Jusqu'en 1968, il était illégal d'enseigner l'évolution en Arkansas.) En 1981, cependant, la loi est déclarée inconstitutionnelle par un juge fédéral qui confirme la nature religieuse du créationnisme (McLean v. Arkansas). Une loi semblable de la Louisiane est invalidée par la cour suprême des États-Unis en 1987 (Edwards v. Aguillard). En 1994, la commission scolaire de la paroisse de Tangipahoa a passé une loi, sous prétexte de favoriser «la pensée critique», exigeant des professeurs de lire à haute voix un avertissement avant d'enseigner l'évolution. Cette ruse malhonnête a été dénoncée par la 5ème cour d'appel en 1999. Une autre tactique a été essayée par le professeur de biologie créationniste John Peloza en 1994. Il a poursuivi sa commission scolaire pour l'avoir forcé à enseigner la «religion de l'évolutionnisme». Il a perdu et la cour d'appel a jugé qu'il n'existait pas de telle religion. En outre, il convient noter qu'en 1990 la cour d'appel a jugé que les commissions scolaires peuvent interdire l'enseignement du créationnisme puisque c'est une forme de doctrine religieuse (Webster versus la commission scolaire de New Lenox). Beaucoup de chefs religieux supportent ce jugement. Ils reconnaissent que permettre à des écoles d'enseigner le créationnisme va favoriser les vues religieuses d'un groupe au détriment de celles des autres.

Les créationnistes scientifiques ont échoué autant dans leurs tentatives pour interdire l'évolution dans les salles de classe que pour forcer l'enseignement du créationnisme en même temps que l'évolution. Cependant, les créationnistes actifs politiquement n'ont pas abandonné; ils ont changé de tactique. Les militants créationnistes ont été encouragés à se faire élire comme commissaire d'école afin de prendre le contrôle de l'enseignement de l'évolution. En effet, ce sont les commissions scolaires qui déterminent les textes que les écoles peuvent et ne peuvent pas utiliser. Les plaintes contre l'enseignement de l'évolution ont plus de chance d'être entendues s'il y a des créationnistes parmi les commissaires.

En Alabama, les manuels de biologie comportent un avertissement qui dit : «L'évolution est une théorie controversée que quelques scientifiques présentent comme une explication scientifique pour l'origine de la vie. Personne n'était présent lorsque la vie est apparue sur la terre. Par conséquent, toute explication sur les origines de la vie devraient être considérées comme une théorie et non comme un fait.» En Alabama, je suppose, si vous vous réveillez un matin et qu'il y a de la neige sur le sol, mais que personne n'a vu la neige tomber, vous pouvez seulement proposer une théorie quant à l'origine de la neige. Apparemment, le grand état de l'Alabama croit que ses étudiants sont trop stupides pour se faire une opinion et on essaye de les tromper et de les manipuler.

En août de 1999, le département d'état de l'éducation du Kansas a rejeté l'évolution et le Big Bang en tant que théories scientifiques.

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Le bureau de dix membres a voté à six contre quatre pour retirer ces sujets des programmes d'études des sciences. Le conseil du Kansas n'a pas interdit l'enseignement de l'évolution ou de la théorie du Big Bang. Le conseil a simplement effacé toute mention de l'évolution et du Big Bang du programme d'études des sciences et des documents servant aux examens. Les créationnistes, dont Steve Abrams, membre du conseil et ancien dirigeant du parti républicain de l'état, ont salué la décision comme victoire dans la guerre contre des évolutionnistes. Les créationnistes veulent que les enfants croient que Dieu les a créés ainsi que chaque espèce individuellement et dans un but précis. Ils ne veulent pas que les enfants pensent qu'une puissance divine pourrait être derrière le Big Bang ou l'évolution des espèces parce que cela permet de penser que Dieu pourrait ne pas exister. Ces théories scientifiques, comme toutes les théories scientifiques aujourd'hui, ne font aucune référence à Dieu. Le créationnisme, au contraire, soutient que Dieu a tout créé; c'est une croyance qui refuse toute explication sur l'existence et la nature des choses qui ne ferait pas référence à Dieu. Si un enfant étudie la science, l'enfant peut un jour conclure que Dieu est une hypothèse inutile. Pour un créationniste, les enfants ne doivent pas étudier une science dans laquelle ils apprendront des erreurs telles que l'évolution et le Big Bang.

La guerre contre l'évolution

En même temps que les créationnistes militants essayent de censurer les manuels, ils se plaignent de la censure qui serait faite à l'endroit de travaux créationnistes. Cette tactique de combattre le feu par le feu a mené le créationniste Jerry Bergman à prétendre que l'évolution (à la différence de la Genèse, je suppose) enseigne que les femmes sont inférieures aux hommes. Le but des créationnistes militants aujourd'hui est de dénoncer l'évolution de toutes les façons possibles et non de faire avancer la connaissance scientifique. Une de leurs tactiques est d'expliquer les crimes et les péchés par un enseignement de la Bible insuffisant et inadéquat et la diffusion de théories «sans Dieu» telle que l'évolution et le Big Bang.

Marc Looy du groupe de discussions «Answers in Genesis» indique que la décision du Kansas était importante parce que dans des écoles publiques on enseigne aux étudiants que l'évolution est un fait et qu'ils sont le produit de la lutte pour la survie du plus fort. Cela crée un sens d'inutilité et de désespoir qui, je pense, mène à des choses comme la souffrance, le meurtre, et le suicide.

Qu'il n'y ait aucune preuve scientifique pour supporter ces prétentions est de peu d'importance pour ceux qui y croient. Quand la science contredit leur croyance, ils attaquent la science comme étant l'oeuvre de Satan. Je me demande ce que M. Looy peut dire au sujet de la «Christian Identity» (Buford Furrow Jr.) et à propos de World Church of the Creator (Benjamin Nathaniel Smith) ou encore Erich Rudolph, ou Operation Rescue (Randal Terry) et d'autres groupes de partisans de la Bible qui prêchent la haine, la violence et le meurtre. Que dirait-il au sujet de Matthew et de Tyler Williams qui, dans les mots de leur mère, «ont tué deux homos» parce que la loi de Dieu [Lévitique 20 :13] l'exige? (journal Sacramento Bee, «Les racistes utilisent souvent la Bible pour justifier leurs attaques», par Gary Delsohn et Sam Stanton, 23 septembre 1999.) Ces tueurs ont certainement trouvé une raison de vivre, mais y a-t-il vraiment un rapport entre une raison de vivre et la fin de la souffrance, du meurtre ou du suicide? D'après ce que nous en savons, plus les gens sont forcés de lire des versets de la Bible sur les murs de leur école ou dans leurs manuels scolaires, plus nous voyons de souffrance, de meurtres et de violence; pas le contraire. Des appels comme ceux de M. Looy semblent être des gestes désespérés de personnes prêtes à tout pour faire accepter leur interprétation personnelle de la Bible. C'est comme si ces créationnistes militants étaient engagés dans une guerre sainte.

Ce désespoir est aussi mis en évidence par le fait qu'en dépit de nombreux avertissements de la part des évolutionnistes, certains créationnistes militants essayent toujours d'amener le public à confondre évolution et Darwinisme social. Cette tactique intellectuellement malhonnête est utilisée fréquemment et nous en avons un exemple dans une lettre parue dans un journal de Sacramento. La lettre était en réponse à un article qui mentionnait que les racistes emploient souvent la Bible pour justifier leur haine.

C'est l'évolution de Darwin, et non les Écritures saintes, qui justifie le racisme… L'évolution enseigne la survie du plus fort, y compris (comme Hitler l'a souligné) la survie de la race la plus forte à l'intérieur de l'espèce humaine. L'évolution véritable ne laisse aucune place à une véritable égalité. Cette philosophie évolutionniste est à la base même de la haine que les groupes racistes affichent envers les homosexuels. Ils voient les homosexuels comme anormaux et donc inférieurs.
Scott Lively, 10/3/99 

L'opinion que la théorie darwinienne de la sélection naturelle encourage le racisme ou l'inégalité ne peut être émise que par une personne très peu informée de la théorie scientifique de l'évolution ou encore par une personne qui connaît la vérité, mais qui pense qu'un petit mensonge au nom de la religion est moralement justifié. En réalité, la grande majorité des athées et des créationnistes ne passent pas leur temps à se détester et à s'entretuer. Cette confusion, propagée par les créationnistes militants, est une stratégie malhonnête qui nous prive de temps et d'énergie précieux qui pourraient être consacrés à l'étude des causes de la violence et de la haine qui sévissent aujourd'hui.

Le créationnisme militant évolue

Les créationnistes militants ont même créé les nouveaux concepts absolument contraires à la biologie, mais qui leurs sont utiles dans la guerre qu'ils mènent contre l'évolution. Ils ont inventé une distinction entre la macro évolution et la micro évolution afin de pouvoir expliquer certains changements dans des espèces qu'ils ne pouvaient pas nier et sans avoir à reconnaître le concept de la sélection naturelle. Un de leurs leaders, Doug Sharp, dit ceci de la macro évolution :

La macro évolution est une tentative d'expliquer l'origine de la vie, des molécules à l'homme, en termes purement naturels. Cette explication est un affront aux chrétiens parce qu'elle tente délibérément d'écarter Dieu en tant que créateur de la vie. L'idée que l'homme est le résultat de millions d'accidents heureux qui ont conduit de la boue, le long de la chaîne alimentaire jusqu'aux singes, devrait paraître insensée à toute personne raisonnable. (Sharp)

Ce qui devrait être un affront à beaucoup de créationnistes, Chrétiens et non-Chrétiens, c'est l'insinuation que si on n'adhère pas à la traduction littérale de la Bible, on offense Dieu. Beaucoup de créationnistes croient que Dieu est derrière le beau phénomène de l'évolution. Il n'y a pas de contradiction entre croire que ce qui semble être un processus mécanique et sans but peut être téléologique et commandé par Dieu. La poussière ou la boue, en quoi cela importe-t-il? Ni l'un ni l'autre n'est très plaisant comme image, si on y pense un peu. Il y a aussi des gens brillants et instruits qui sont choqués par le fanatisme des créationnistes et qui pensent que la science et la religion ne devraient pas être ennemies. Ils refusent aux créationnistes le monopole de la vérité et n'acceptent pas que leur religion soit mise en doute uniquement parce, selon ces derniers, il est impossible de réconcilier le récit de la Genèse avec la science moderne.

 

Traduit par Pierre Cloutier.

 

 

 

Preuves de l'évolution et erreurs du créationnisme, par Louis Dubé.
(format PDF, extrait du Québec sceptique - Numéro 60, pages 8-9, été 2006)

 

Livre conseillé: Why Evolution Is True, par Jerry Coyne* [en anglais].

 

Audio: La chronique sceptique de Pierre Cloutier (30 mai 2008, Passion FM).
 
  

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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