| Delphinothérapie |
Prétendue thérapie se déroulant en présence de dauphins et qu'on recommande pour toutes sortes de troubles physiques ou mentaux. Elle est particulièrement populaire auprès de parents qui croient à son effet positif «sur le comportement cognitif, physique et socio-émotionnel» de leurs enfants handicapés (Humphries 2003). En 2003, elle coûtait en général quelque 2600 $ pour une séance de 40 minutes. Humphries la décrit ainsi:
![]() De tels programmes se donnent partout dans le monde, mais il n'y a que très peu de preuves que nager parmi des dauphins représente quoi que ce soit d'autre qu'un coup de pub (Marino et Lilienfeld 1998, Lilienfeld Lynn et Lohr 2002). Il n'y a apparemment eu qu'une seule expérience contrôlée dont les résultats ont été publiés dans une publication jugée par des scientifiques (British Medical Journal, 26 nov. 2005). Les résultats étaient positifs, mais l'échantillon, restreint (25 participants seulement se sont rendus jusqu'au bout) et la durée même de l'étude n'était que de deux semaines pour des patients dépressifs. Il reste à vérifier si les effets d'un tel régime thérapeutique sur des sujets dont la dépression va de légère à modérée sont durables et pourront être repris ailleurs. Pour les médias, par contre, les résultats ne font aucun doute. (Une recherche par Google a permis de découvrir des dizaines d'articles de presse basés sur cette recherche très préliminaire. Les titres allaient de «Nager avec des dauphins permet de combattre la dépression» à «Un dauphin par jour: le sourire pour toujours».) Il faudra également voir si l'on peut démontrer que la thérapie employant des dauphins vaut véritablement plus que d'autres formes de zoothérapie. Cette thérapie est non seulement douteuse, mais également dangereuse. Comme la plupart des animaux sauvages que l'on maintient en captivité et qu'on nourrit, les dauphins peuvent devenir agressifs et frapper ou mordre (Samuels et Spradlin 1995; Frohoff et Packard 1995; Webster et autres, 1998). Il existe également un risque d'infection bactérienne, virale ou fongique (Buck et Schroeder 1990).* Pour l'instant, aucune des études appuyant la delphinothérapie n'a été menée avec un groupe de contrôle; elles présentent donc des failles sérieuses. Par exemple, D.E. Nathanson et certains de ses associés ont produit plusieurs études souvent citées à l'appui de l'efficacité de la thérapie. Comme elles ont été effectuées sans groupe de contrôle, «il est impossible de déterminer si leurs résultats sont dus précisément aux effets de la thérapie ou à une foule d'autres facteurs créant des interférences» (Marino et Lilienfeld 1998). Marino et Lilienfeld signalent également d'autres problèmes dans les travaux de Nathanson et autres.
Humphries (2003) a évalué six études sans pouvoir y découvrir les données soutenant «l'idée qu'employer des interactions avec des dauphins est plus efficace que d'autres moyens d'améliorer l'apprentissage ou le développement socio-émotif chez l'enfant». Après avoir examiné plus de vingt ans de recherches, dont la majeure partie vantait l'efficacité de la delphinothérapie, Karsten Brensing (2005) a conclu: «Il n'y a pas encore de preuve que la delphinothérapie remporte davantage de succès que les autres formes de zoothérapies». Pourquoi est-elle si répandue, alors? C'est un peu la faute des médias, qui n'ont pas su se montrer assez critiques à propos des études qu'on a présentées. Comme Brensing (2005) l'a fait remarquer, il est difficile de penser qu'il n'y a pas quelque chose d'avantageux à cette thérapie quand on songe à ce qui suit:
Les effets positifs de la delphinothérapie peuvent s'expliquer par la socialisation, qui entraîne, par exemple, une plus grande confiance ou un meilleur sens des responsabilités. Les effets physiques, quant à eux, pourraient venir de facteurs allant de la présence d'eau salée à l'effet placebo ou à la validation subjective. Depuis toutes ces années où l'on effectue de la recherche sur le sujet, les preuves montrant que la satisfaction des clients vient du fait qu'ils ont côtoyé des dauphins plutôt que d'autres facteurs se font encore attendre. Malgré le manque de preuves venant d'études adéquatement conçues, plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer comment fonctionne la delphinothérapie. Entre autres, on a dit que les dauphins émettent des vibrations énergétiques à effet thérapeutique. Rosemary Angelis, artiste métapsychique et experte en énergie vibratoire, affirme qu'elle peut canaliser l'énergie des dauphins, et que si l'on place la paume au-dessus de l'image d'un dauphin qu'elle a dessinée, on peut «recevoir la sensation de leur énergie remplie de sollicitude». Au moins, cette méthode évite la capture et la mise en cage de dauphins. On a également dit que les ultrasons du système d'écholocation des dauphins favorisent la guérison des malades en stimulant leur système endocrinien.
Malheureusement, Brensing et autres ont étudié la question et ont conclu que
Et puis, si ce sont les ultrasons qui guérissent, pourquoi ne pas employer carrément l'ultrasonothérapie? Deux chercheurs britanniques se sont creusé le crâne pour en arriver à la théorie que «le système d'écholocation, la valeur esthétique et les émotions produites par l'interaction avec les dauphins pourraient expliquer les propriétés thérapeutiques de ces mammifères».* L'un des premiers promoteurs de l'interaction entre les humains et les dauphins, John Lilly, m.d., a également été un pionnier de l'auto expérimentation du LSD et de la recherche en privation sensorielle. Lilly se prenait pour un médium, en communication avec des extraterrestres qui le guidaient dans son travail par l'intermédiaire des dauphins. Oui, il considérait les dauphins comme des intermédiaires métapsychiques entre les extraterrestres et lui.* On n'a pas grand raison de croire les intuitions métapsychiques ou psychotiques de Lilly. Malgré le manque d'expériences menées de façon appropriée, la delphinothérapie constitue un phénomène mondial virtuellement non réglementé. Un groupe en particulier, la Upledger Foundation, unit à des fins mercantiles deux types spéciaux de charlatanisme, la thérapie crânio-sacrale et la delphinothérapie. Leur programme de quatre jours à 4500 $ attirera sans doute de nombreux parents désespérés qui cherchent un traitement pour des enfants «dont le diagnostic va de la paralysie cérébrale aux lésions traumatiques au cerveau ou à la moelle épinière et à la douleur chronique». ![]() S'il n'y avait pas tant de parcs d'attractions aquatiques et de delphinariums, on ne s'intéresserait pas autant à la delphinothérapie. Il n'est pas difficile d'être attiré par ces mammifères éternellement souriants, mais nous nous trompons si nous croyons savoir ce que c'est que d'être un dauphin. Quoi qu'il en soit, ce sont des animaux sauvages, et les utiliser pour notre amusement ou notre bien-être imaginaire semble aussi cruel qu'injustifié. (Betsy Smith, l'une des pionnières de la delphinothérapie pour les enfants autistes, a laissé tomber ses recherches auprès de dauphins en captivité pour des raisons d'éthique.) Il est touchant que tant de personnes soient ainsi émues ou stimulées par leur rencontre avec des dauphins, mais il faut être vraiment naïfs pour penser que ces merveilleux animaux veulent la même chose que nous: notre bien-être et notre bonne santé.
Source : skepdic.com |
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