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Delphinothérapie

«Quand on comprend la vie des dauphins en captivité, les spectacles de dauphins et leurs tours si amusants paraissent sous un autre jour... Il s'agit de maltraitance. Une fois qu'on a saisi que les dauphins font tout ça parce que c'est le seul moyen pour eux de rester en vie, on commence à voir les choses comme elles sont: c'est de l'exploitation. Nous forçons les dauphins à faire des choses idiotes qu'ils ne feraient jamais dans la nature parce que ça nous amuse de dominer les membres sans défense d'autres espèces. Le pire, c'est qu'on enseigne à nos enfants que c'est bien de se moquer ainsi d'une des créatures les plus fascinantes de la nature.»

 

Prétendue thérapie se déroulant en présence de dauphins et qu'on recommande pour toutes sortes de troubles physiques ou mentaux. Elle est particulièrement populaire auprès de parents qui croient à son effet positif «sur le comportement cognitif, physique et socio-émotionnel» de leurs enfants handicapés (Humphries 2003). En 2003, elle coûtait en général quelque 2600 $ pour une séance de 40 minutes. Humphries la décrit ainsi:

Habituellement, la thérapie se déroule dans des parcs aquatiques ou des aquariums à dauphins, dans le cadre de programmes permettant au public de nager avec ces mammifères. Les enfants qu'on soumet à la thérapie prennent part à des séances individuelles d'activités ciblées avec un thérapeute (un orthothérapeute, ergothérapeute ou physiothérapeute, selon le problème du patient), et leur interaction avec les dauphins dépend des réactions cognitives, physique ou socio-émotionnelles correctes.
Des dauphins

De tels programmes se donnent partout dans le monde, mais il n'y a que très peu de preuves que nager parmi des dauphins représente quoi que ce soit d'autre qu'un coup de pub (Marino et Lilienfeld 1998, Lilienfeld Lynn et Lohr 2002). Il n'y a apparemment eu qu'une seule expérience contrôlée dont les résultats ont été publiés dans une publication jugée par des scientifiques (British Medical Journal, 26 nov. 2005). Les résultats étaient positifs, mais l'échantillon, restreint (25 participants seulement se sont rendus jusqu'au bout) et la durée même de l'étude n'était que de deux semaines pour des patients dépressifs. Il reste à vérifier si les effets d'un tel régime thérapeutique sur des sujets dont la dépression va de légère à modérée sont durables et pourront être repris ailleurs. Pour les médias, par contre, les résultats ne font aucun doute. (Une recherche par Google a permis de découvrir des dizaines d'articles de presse basés sur cette recherche très préliminaire. Les titres allaient de «Nager avec des dauphins permet de combattre la dépression» à «Un dauphin par jour: le sourire pour toujours».) Il faudra également voir si l'on peut démontrer que la thérapie employant des dauphins vaut véritablement plus que d'autres formes de zoothérapie.

Cette thérapie est non seulement douteuse, mais également dangereuse. Comme la plupart des animaux sauvages que l'on maintient en captivité et qu'on nourrit, les dauphins peuvent devenir agressifs et frapper ou mordre (Samuels et Spradlin 1995; Frohoff et Packard 1995; Webster et autres, 1998). Il existe également un risque d'infection bactérienne, virale ou fongique (Buck et Schroeder 1990).*

Pour l'instant, aucune des études appuyant la delphinothérapie n'a été menée avec un groupe de contrôle; elles présentent donc des failles sérieuses. Par exemple, D.E. Nathanson et certains de ses associés ont produit plusieurs études souvent citées à l'appui de l'efficacité de la thérapie. Comme elles ont été effectuées sans groupe de contrôle, «il est impossible de déterminer si leurs résultats sont dus précisément aux effets de la thérapie ou à une foule d'autres facteurs créant des interférences» (Marino et Lilienfeld 1998). Marino et Lilienfeld signalent également d'autres problèmes dans les travaux de Nathanson et autres.

On a comparé les réactions des sujets exposés aux dauphins à celles des sujets pour qui on avait plutôt utilisé un jouet favori, mais les conditions auxquelles on faisait référence étaient entièrement différentes. Le Centre de recherche sur les dauphins est très différent d'un motel quelconque, ce qui a entraîné une grande confusion.

Les comportements qui ont pu s'aggraver n'ont jamais été systématiquement évalués ni analysés.

Des 137 questionnaires envoyés aux parents, seuls 52 % ont été retournés. Le 48 % restant a-t-il été retenu par des clients insatisfaits?

Humphries (2003) a évalué six études sans pouvoir y découvrir les données soutenant «l'idée qu'employer des interactions avec des dauphins est plus efficace que d'autres moyens d'améliorer l'apprentissage ou le développement socio-émotif chez l'enfant».

Après avoir examiné plus de vingt ans de recherches, dont la majeure partie vantait l'efficacité de la delphinothérapie, Karsten Brensing (2005) a conclu: «Il n'y a pas encore de preuve que la delphinothérapie remporte davantage de succès que les autres formes de zoothérapies».

Pourquoi est-elle si répandue, alors? C'est un peu la faute des médias, qui n'ont pas su se montrer assez critiques à propos des études qu'on a présentées. Comme Brensing (2005) l'a fait remarquer, il est difficile de penser qu'il n'y a pas quelque chose d'avantageux à cette thérapie quand on songe à ce qui suit:

On emploie la delphinothérapie depuis environ 20 ans pour venir en aide à des personnes souffrants de problèmes physiques ou mentaux, ou encore à des malades en phase terminale. Depuis 1982, plusieurs psychologues ont publié un certain nombre d'articles à son sujet. Le premier article portait sur une étude de cas dans lequel des dauphins servaient à motiver un enfant autiste à communiquer (Smith 1981). Un peu plus tard, une expérience a montré que les enfants apprenaient deux à dix fois plus vite et retenaient davantage grâce aux interactions avec les dauphins (Nathanson 1989). Des améliorations importantes relatives aux réactions cognitives hiérarchiques se produisaient également chez les enfants handicapés mentaux qui interagissaient avec des dauphins (Nathanson et de Faria 1993). On a observé en outre une amélioration de la situation sociale des familles comportant un enfant handicapé (Voorhees 1995). Une analyse d'électro-encéphalogrammes a montré que l'interaction avec des dauphins avait une influence relaxante sur les humains (Cole 1996; Birch 1997). On a présenté des preuves de l'efficacité à court terme (Nathanson, de Castro et McMahon 1997) et à long terme (Nathanson 1998) de la delphinothérapie pour les enfants souffrant de handicaps graves. On a observé, à partir d'une étude sur environ 1500 patients, une influence positive sur le statut homéostasique et psycho-émotionnel végétatif (Lukina 1999). De plus, la présence de dauphins semblait soulager la douleur des patients souffrant de dermatose atopique tandis qu'ils se baignaient dans l'eau de mer. On a pu montrer que cette maladie de la peau s'améliorait grandement, tandis que les niveaux d'IL-8 sérique baissaient (Iikura et autres 2001). Une baisse de l'anxiété chez des groupes de touristes se baignant ensemble dans la mer a également été observée (Webb et Drummond 2001). [Voir Brensing pour les titres complets de ces références.]

Les effets positifs de la delphinothérapie peuvent s'expliquer par la socialisation, qui entraîne, par exemple, une plus grande confiance ou un meilleur sens des responsabilités. Les effets physiques, quant à eux, pourraient venir de facteurs allant de la présence d'eau salée à l'effet placebo ou à la validation subjective. Depuis toutes ces années où l'on effectue de la recherche sur le sujet, les preuves montrant que la satisfaction des clients vient du fait qu'ils ont côtoyé des dauphins plutôt que d'autres facteurs se font encore attendre.

Malgré le manque de preuves venant d'études adéquatement conçues, plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer comment fonctionne la delphinothérapie. Entre autres, on a dit que les dauphins émettent des vibrations énergétiques à effet thérapeutique. Rosemary Angelis, artiste métapsychique et experte en énergie vibratoire, affirme qu'elle peut canaliser l'énergie des dauphins, et que si l'on place la paume au-dessus de l'image d'un dauphin qu'elle a dessinée, on peut «recevoir la sensation de leur énergie remplie de sollicitude». Au moins, cette méthode évite la capture et la mise en cage de dauphins.

On a également dit que les ultrasons du système d'écholocation des dauphins favorisent la guérison des malades en stimulant leur système endocrinien.

Birch et Cole ont montré que l'électro-encéphalogramme des sujets change de façon importante en fréquences et en amplitude après qu'ils ont nagé avec des dauphins. Aucun changement n'a été constaté pour le groupe de contrôle, dont les sujets ont nagé sans les dauphins. Les deux auteurs ont présenté cette «idée» lors d'une conférence en 1996. Depuis, le public semble vouloir croire à la chose (Brensing).

Malheureusement, Brensing et autres ont étudié la question et ont conclu que

... même si les dauphins produisaient des ultrasons de façon continue à la puissance maximale de 230 dB, le temps d'application de 10 secondes par patient n'est pas assez long pour se comparer à un traitement médical par ultrasons. En outre, il semble pratiquement impossible qu'un dauphin puisse produire des ultrasons pendant plusieurs minutes à une puissance maximale en direction d'un même patient. Si la chose pouvait néanmoins se produire, les ultrasons risqueraient d'endommager les tissus du sujet (Brensing et autres 2003).

Et puis, si ce sont les ultrasons qui guérissent, pourquoi ne pas employer carrément l'ultrasonothérapie?

Deux chercheurs britanniques se sont creusé le crâne pour en arriver à la théorie que «le système d'écholocation, la valeur esthétique et les émotions produites par l'interaction avec les dauphins pourraient expliquer les propriétés thérapeutiques de ces mammifères».*

L'un des premiers promoteurs de l'interaction entre les humains et les dauphins, John Lilly, m.d., a également été un pionnier de l'auto expérimentation du LSD et de la recherche en privation sensorielle. Lilly se prenait pour un médium, en communication avec des extraterrestres qui le guidaient dans son travail par l'intermédiaire des dauphins. Oui, il considérait les dauphins comme des intermédiaires métapsychiques entre les extraterrestres et lui.* On n'a pas grand raison de croire les intuitions métapsychiques ou psychotiques de Lilly.

Malgré le manque d'expériences menées de façon appropriée, la delphinothérapie constitue un phénomène mondial virtuellement non réglementé. Un groupe en particulier, la Upledger Foundation, unit à des fins mercantiles deux types spéciaux de charlatanisme, la thérapie crânio-sacrale et la delphinothérapie. Leur programme de quatre jours à 4500 $ attirera sans doute de nombreux parents désespérés qui cherchent un traitement pour des enfants «dont le diagnostic va de la paralysie cérébrale aux lésions traumatiques au cerveau ou à la moelle épinière et à la douleur chronique».

Un dauphin

S'il n'y avait pas tant de parcs d'attractions aquatiques et de delphinariums, on ne s'intéresserait pas autant à la delphinothérapie. Il n'est pas difficile d'être attiré par ces mammifères éternellement souriants, mais nous nous trompons si nous croyons savoir ce que c'est que d'être un dauphin. Quoi qu'il en soit, ce sont des animaux sauvages, et les utiliser pour notre amusement ou notre bien-être imaginaire semble aussi cruel qu'injustifié. (Betsy Smith, l'une des pionnières de la delphinothérapie pour les enfants autistes, a laissé tomber ses recherches auprès de dauphins en captivité pour des raisons d'éthique.) Il est touchant que tant de personnes soient ainsi émues ou stimulées par leur rencontre avec des dauphins, mais il faut être vraiment naïfs pour penser que ces merveilleux animaux veulent la même chose que nous: notre bien-être et notre bonne santé.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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