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Thérapies de détoxification

Voilà une idée irrationnelle qui n'est pas sans susciter la curiosité : c'est que la vie moderne nous abreuve tellement de produits toxiques, de la pollution atmosphérique aux additifs alimentaires, qu'il faille régulièrement nous « purger » (nous « détoxifier »). Peu importe que les substances chimiques naturelles de notre alimentation soient des milliers de fois plus actives que les additifs, ou que la plupart des Américains soient en meilleure santé, vivent plus longtemps, et aient un choix sans précédent des produits alimentaires les plus sains.
 
La véritable détoxication des substances exogènes a lieu dans le foie qui en modifie la structure chimique ; elles peuvent ainsi être excrétées du sang vers l'urine par la filtration rénale.
 
Le terme « toxine » est traditionnel dans la terminologie des pseudosciences.
 
« ... ces programmes de détoxification représentent un gros tas d'excréments, au propre comme au figuré. »
 

Les thérapies de détoxification [1] sont censées éliminer des substances toxiques de notre organisme. Les substances toxiques peuvent être naturelles ou synthétiques, et présentent une grande diversité d'actions. Par exemple, certaines plantes produisent des toxines qui repoussent ou tuent les animaux nuisibles. Les insecticides chimiques aussi tuent les animaux nuisibles. La plupart des aliments contiennent de petites quantités de toxines dont la nocivité sur la majorité des individus est peu probable. Beaucoup de substances toxiques sont présentes dans les aliments, par exemple l'arsenic, mais à si petites doses qu'il est inutile de s'en inquiéter. (Il n'y a pas moyen de déterminer si une dose donnée d'une substance toxique peut être totalement inoffensive pour un individu. [2]) Certaines toxines, comme la toxine botulique ou le venin du taïpan du désert, ou celui des cubozoaires, sont mortels. Pour l'être humain, la toxine botulique, produite par la bactérie Clostridium botulinum, est la plus dangereuse des toxines. Curieusement, celle-ci peut également soigner [3], démontrant un point important : toute toxine dangereuse n'est pas systématiquement nocive pour la santé. 

Certains produits toxiques proviennent de la pollution environnentale, par exemple les PCB (polychlorobiphényles), les phtalates et l'amiante.* Quelques substances toxiques, comme le plomb ou le mercure méthylique peuvent causer des lésions neurologiques irréversibles. Il existe un traitement scientifique appelé chélation destiné à éliminer les métaux lourds tel le plomb. Cette méthode avait été proposée pour soigner les maladies cardiovasculaires, mais les preuves sont insuffisantes pour affirmer que ce traitement fait disparaître, au sein des artères,  les plaques athéromateuses constituées [4]. La plupart des thérapies de détoxification sont vraisemblablement aussi inefficaces comme l'est la chélation pour éliminer les plaques d'athérosclérose des vaisseaux.

Dans la mesure où des produits comme les opiacés peuvent détruire le cerveau ou le foie, ce sont des produits toxiques et il est légitime d'employer à leur endroit le terme de désintoxication. Venir à bout d'une dépendance aux opiacés ne suppose pas l'élimination d'une substance toxique de l'organisme, et la plupart des gens ne considèrent probablement pas l'alcool, le tabac, l'héroïne ou la cocaïne comme des poisons. Et pourtant, de telles substances sont toxiques et les thérapies pour en effectuer le sevrage sont à juste titre appelées des désintoxications.

En dehors des cas d'intoxication aux métaux lourds ou de dépendance aux drogues, l'expression « élimination de toxiques » ou de « toxines » [5] ne signifie rien, comme l'écrit dans un document le collectif de trente-six personnes s'intitulant « Sense About Science » (SAS) [6]. Il y a des milliers de produits qui revendiquent la « détoxification » comme principal argument de vente. SAS a vérifié 15 produits représentatifs et a constaté qu'aucun n'avait identifié une seule substance toxique que ces produits étaient censés éliminer, qu'aucun fabricant n'était capable de fournir des preuves scientifiques concluantes que ses produits éliminaient des substances toxiques, qu'aucun vendeur ne possédait d'indication sur ce que les produits faisaient réellement, et que personne concerné par la fabrication ou la vente de ces produits de détoxification ne pouvait donner de définition claire de ce mot. 

Un exemple : « Detox in a box »

Detox in a box est un produit de détoxification non évalué par le collectif Sense about Science. Les promoteurs de ce produit ont fait la lourde erreur d'accepter de se présenter avec le Dr Ben Goldacre à une émission de la BBC.  Ben Goldacre ne supporte pas les imbéciles et avait apporté la copie d'une page du site de Detox in a box, qui prétendait que le produit était bénéfique en éliminant les métaux lourds comme le plomb, le mercure, le cadmium, le nickel, l'arsenic et l'aluminium.

Nas Amir-Ahmadi

Avec le Dr Goldacre était présente Nas Amir-Ahmadi - MD (MD signifiant « managing director » bien entendu) [7], qui mentit et se mit à rire en disant que le Dr Goldacre avait dû confondre son site avec un autre. (Ben Goldacre a posté les liens du fichier audio de l'émission). En une heure la page était modifiée et rapidement toutes les références concernant Detox in a box sur le site des archives Wayback Machine étaient effacées. Cependant, le preuve était apportée et la BBC a rapporté le mensonge (bien que le terme n'ait pas été employé, car une telle déclaration directe ne se fait pas). L'équipe de Detox in a Box a publié ceci sur son site après qu'il eut été manifeste que leur MD avait été surprise à mentir. Ce qui suit reprend l'ensemble de la déclaration au cas où celle-ci serait effacée.

À la suite de la participation de Nas Amir-Ahmadi et du Dr Goldacre à l'émission matinale « Aujourd'hui »,  la compagnie aimerait faire la déclaration suivante :
 
« Nous confirmons l'exactitude des propos du Dr Goldacre : pendant l'entretien, le site de Detox in a box contenait les mots "L'une des plus complexes fonctions de détoxification est de s'opposer aux métaux lourds  tels le plomb, le mercure, le cadminium [sic], le nickel, l'arsenic et l'aluminium" et nous nous excusons de ne l'avoir pas confirmé au moment opportun. Actuellement, le site a été modifié pour éviter d'entretenir l'équivoque.
 
Au cours des quatre dernières années, nous avons fourni une alimentation saine à de nombreux clients satisfaits, et ils nous en ont rapporté les nombreux bienfaits et les expériences positives. Nous avons tablé sur le bouche-à-oreille pour soutenir notre activité, car nous étions incapables de financer d'importantes campagnes publicitaires.
 
Nous nous efforçons d'être une compagnie prospère et dynamique, mettant en avant une alimentation saine au sein d'un pays de restauration rapide, passionnés que nous sommes de nutrition et de bien-être. 
 
Notre action relève en grande partie du bon sens,  mais nous assurons un réel service en fournissant des repas à des personnes qui n'ont peut-être pas le temps ou l'habitude de les préparer elles-mêmes, ou préfèrent atteindre leur objectif de perte de poids à l'aide d'une alimentation naturelle et l'élaboration d'un régime adapté. Notre alimentation est délicieuse, inspirée par le Proche Orient [8] ; nous employons en abondance des herbes fraîches et des épices au lieu d'arômes artificiels. Nous n'utilisons pas de viande rouge, de blé, de produits laitiers, ou de sucres synthétiques,  de colorants, d'arômes ou d'additifs. Toutes nos préparations sont pauvres en sel, mais nous tentons de les rendre pleines de saveur.
 
Les bienfaits et l'expérience d'un régime adapté sont propres à chaque individu ; voici quelques commentaires de clients satisfaits... » [consulté le 12 janvier 2009]

On épargnera au lecteur les témoignages éclatants sur la nourriture extraordinaire qu'offre cette compagnie. Certes, elle fournit de la nourriture. La détoxification est un argument de vente ; c'est un mensonge, mais cela reste un argument de vente. 

Nettoyage du côlon

Beaucoup de partisans des thérapies de détoxification soutiennent que le nettoyage du côlon est le plus important parmi tous les programmes de nettoyage d'organes. Malgré l'absence de travaux scientifiques confirmant les bienfaits d'irrigations régulières du côlon, de nombreuses personnes ont recours à l'hydrothérapie colique en automédication, dans le ferme espoir que cette méthode contribuera à une plus grande longévité et à une meilleure santé.  Katherine Rauch, sur le site WebMD, signale l'exemple d'un naturopathe qui prescrit des irrigations coliques pour « l'asthme, les douleurs articulaires, les pathologies sinusiennes, l'asthénie chronique et la constipation ». Le fait qu'il n'existe pas de preuves scientifiques à l'appui d'un tel traitement ne décourage guère les fervents croyants dans les « remèdes de la nature ». 

Katherine Rauch cite un praticien de la médecine scientifique qui déclare que les dangers de l'irrigation colique « comprennent la propagation d'une infection par du matériel contaminé et la perturbation de l'équilibre chimique de côlon. Le Dr Ross Black remarque : « Une des principales fonctions du côlon est l'absorption d'électrolytes vers la circulation sanguine [9]. Des irrigations coliques peuvent évacuer ces électrolytes et ainsi provoquer des carences ».

D'après le Dr Stephan Barrett  :

La théorie de l'auto-intoxication stipule que la stase stercorale du gros intestin (côlon) est à l'origine de toxines dont l'absorption intoxique l'organisme. Certains de ses partisans décrivent le gros intestin comme un réseau d'égouts se changeant en cloaque par manque d'entretien. D'autres affirment que la constipation provoque l'accumulation, pendant des mois (même des années),  de selles dures sur les parois du gros intestin, ce qui arrête ses fonctions d'absorption et d'élimination. Ils prétendent que cela empêche la digestion des aliments et l'élimination des déchets sanguins.
 
Au début du vingtième siècle, la plupart des médecins admettaient l'idée d'auto-intoxication,  mais elle fut abandonnée après que les observations scientifiques en eurent démontré le caractère erroné. En 1919 et 1922, il fut clairement établi que des symptômes tels que maux de tête, fatigue et perte d'appétit liés à l'existence d'un fécalome étaient provoqués par la distension mécanique du côlon plutôt que par la production ou l'absorption de toxines. En outre, l'observation directe du côlon au cours d'interventions chirurgicales ou d'autopsies n'apporta pas la preuve d'une accumulation de selles durcies sur les parois intestinales. [10]
 
On sait de nos jours que les processus de digestion ont lieu principalement dans l'intestin grêle, où l'organisme absorbe les nutriments. Les résidus alimentaires et les éléments non digérés pénètrent ensuite dans le gros intestin, que l'on peut comparer à un tuyau d'un peu plus d'un mètre de longueur. Ses fonctions principales sont le transport des déchets alimentaires de l'intestin grêle jusqu'au rectum en vue de leur élimination, et l'absorption d'eau et d'électrolytes.

Concevoir le côlon comme un réservoir de toxines n'est pas scientifiquement fondé, pourtant c'est une idée-force parmi les prescripteurs de médecines alternatives. Par exemple, la description d'un dépuratif [11] digestif, produit phare d'un important promoteur de la détoxification, ne mentionne pas une seule toxine prétendument en rétention dans le côlon, ou censée être éliminée par le produit. Cette description dit et redit que le produit « nettoie » ou « purifie », mais n'en donne aucune preuve. En fait, elle n'explique pas du tout de ce que signifie nettoyer ou purifier un organe. Pas plus qu'elle ne produit, bien entendu, une quelconque preuve qu'il est nécessaire de nettoyer ou purifier les organes. 

Nettoyage complet de l'organisme

Plus absurde encore que l'affirmation d'une commune nécessité de détoxifier le colon, est l'allégation que l'organisme doit être entièrement détoxifié. Si l'organisme était rempli de toxines, tous les individus seraient très malades ou morts. Cette réalité n'a pas éteint l'imagination des promoteurs de purges, de solutions ou d'appareils. Aqua Detox(TM) est un appareil existant depuis quelque temps qui est censé être « Le moyen le plus efficace pour rééquilibrer, réénergiser et détoxifier l'organisme sans régime particulier, sans boissons bizarres, sans exercices épuisants. ». Comment y parvient-il ? En générant un faible courant électrique dans l'eau du bain de pied que prend le patient. La preuve ? Le changement de couleur de l'eau. Est-ce la preuve de l'élimination des toxines par les pieds ou la rouille des électrodes ? Au lecteur de décider. 

AquaDetox  AquaDetox

Exercice et sauna

Qu'en est -il de l'exercice et du sauna ? Des substances toxiques ne sont-elles pas excrétées lors de la transpiration ? En effet. (Certains des composants présents dans la sueur ne sont pas excrétés directement, mais produits par des bactéries qui transforment la sueur. C'est de là que viennent les odeurs corporelles. Ainsi, on peut considérer une douche ou un bain comme une détoxification !). Et des substances toxiques sont excrétées dans les urines et les fècès, toujours en faibles quantités.  On ne risque pas de s'intoxiquer jusqu'à en mourir si, par exemple, on boit un verre de son urine ou de sa sueur. Il est possible qu'il y ait quelques bienfaits à transpirer un peu par l'exercice ou le sauna, et il se peut que quelques-uns de ces effets favorables proviennent de l'élimination de toxines. La transpiration est apparue au cours de l'évolution principalement pour assurer la thermorégulation, non pour éliminer des toxines. Apparemment, il n'existe pas d'études qui démontreraient des bienfaits précis pour la santé d'une élimination de substances toxiques par la transpiration. Une sudation excessive peut entraîner la déshydratation et la mort. Les médecins conseillent à leurs patients souffrant d'hypertension artérielle d'éviter le sauna et les bains chauds [12]. Et, bien entendu, si l'on verse du liquide sur des pierres chaudes dans son sauna, il faut employer une eau non toxique et disposer d'une ventilation adaptée, sinon les conséquences pourraient se révéler dramatiques. La discussion des avantages et des inconvénients de l'usage des antitranspirants est un autre sujet.

Selon les dermatologues, la sueur est composée essentiellement d'eau et d'électrolytes : du sel (chlorure de sodium) et du potassium, qui sont les plus abondants, ainsi que des traces d'autres substances, tels de l'ammoniaque, du calcium, du cuivre, de l'acide lactique et des phosphates. Ces éléments interviennent dans le maintien de l'équilibre hydroélectrolytique de l'organisme. La teneur en chlorure de sodium donne son goût salé à la sueur, et son pH acide provoque une irritation oculaire.
 
La déshydratation consécutive à une importante perte de sel et d'eau peut entraîner des troubles hémodynamiques, une insuffisance rénale et un coup de chaleur [13]. Il est donc important, pour compenser les pertes liquidiennes, de boire suffisamment lors de la pratique d'exercices physiques ou de fortes températures extérieures.

Tous intoxiqués

Il est vrai que la plupart des organismes présentent des traces de nombreuses substances toxiques. Le Centre pour le Contrôle et la Prévention des Maladies a publié en 2005 une étude portant sur plus de 2 000 personnes à travers les États-Unis. Des traces de plus de 60 composés toxiques ont été trouvées dans le sang et l'urine des sujets. Personne ne sait vraiment quelle est l'action de ces substances sur l'organisme, y compris les nombreuses personnes désireuses de vendre des produits garantissant l'élimination de ces éléments prétendument dangereux. Ainsi, devrait-on regarder avec un œil critique ce que les vendeurs de saunas infrarouges annoncent au sujet de leur produit :

Dans un sauna Sunlight, la détoxification est 7 à 10 fois plus importante que dans les saunas traditionnels parce que son efficacité est meilleure à des températures de 60 à 80 degrés plus basses que pour les saunas ordinaires.
 
Dans un sauna Sunlight, un individu moyen élimine par sudation 20 % de toxines et 80 % d'eau ! Dans les saunas ordinaires, ce sont respectivement 3% et 97%. 

Toute conjecture est permise quant à savoir comment ils obtiennent ces valeurs. Une fois de plus, il n'est fait allusion à aucune toxine qui aurait été identifiée, encore moins mesurée. Cependant, le site affirme : 

...on estime qu'un Américain sur quatre souffre à des degrés divers d'intoxication par les métaux lourds, comprenant le mercure, le plomb, le cadmium et l'aluminium.
 
L'organisme contient également des contaminants chimiques tels des pesticides, du DDT, des PCB (polychlorobiphényles) et des additifs alimentaires. Les drogues et l'alcool ont aussi des effets toxiques sur l'organisme.

Pour ces dernières allégations, il est indiqué comme référence  le Dr Zane R. Gard [14], promoteur du « sauna de réduction biotoxique ». Il se peut que la plupart des organismes contiennent des traces de nombreuses toxines au sein de leurs cellules, mais le Dr Gard, pas plus que quiconque, ne connaît réellement quelles en sont les répercussions sur la santé, non plus que l'élimination par la sueur de quelques-unes de ces toxines puisse apporter l'amélioration notable d'un trouble donné.   

Naturopathie et détoxification

Très friands de détoxification sont les naturopathes. Par exemple, Peter Bennett N.D [15] croit que « chacun devrait se détoxifier au moins une fois par an ».* Il déclare également que « des études scientifiques montrent les bienfaits de la détoxification pour la santé » sans en donner aucune en référence. Linda Page N.D affirme « il est primordial de se détoxifier » de nos jours parce qu'il n'y a jamais eu autant de toxiques dans l'environnement. Il est possible qu'il y ait plus de toxiques qu'auparavant, mais il ne s'ensuit pas que la détoxication est bénéfique, et encore moins nécessaire. Linda Page préconise la détoxification « pour des symptômes tels une fatigue inexpliquée, un transit ralenti, des irritations cutanées, des allergies, des infections bénignes ; des poches sous les yeux ; un relâchement abdominal,  même sans obésité ; des dysménorrhées ; ou la confusion mentale [16] ». Elle ne fournit aucune preuve scientifique montrant que des toxiques soient la cause de l'un de ces symptômes.

Alors, les naturopathes recommandent-ils soit de transpirer, soit de consommer des herbes ou des aliments naturels pour se détoxifier ?  Non ; ce qu'ils conseillent, c'est d'éliminer l'alcool, le café, les cigarettes, les sucres raffinés et les graisses saturées. Est-ce à dire que l'alcool et le tabac contenant des toxines, ne pas en consommer serait une façon de se détoxifier ? On peut supposer que oui. En d'autres termes, la première étape pour se détoxifier est d'éviter les toxiques. Hum... Ces naturopathes considèrent également les hormones de stress comme source de toxiques, donc on se détoxifie en diminuant la tension par la méditation. Peter Bennett croit qu'un bon programme de détoxification prend une semaine et nécessite un nettoyage du sang. Autrement dit, il croit que l'alimentation, les herbes, les vitamines, l'eau, la respiration, la méditation et l'exercice, que tous ces éléments sont capables de remplir les fonctions du foie et des reins. Il n'existe aucune preuve scientifique montrant que des toxines particulières sont éliminées par ces méthodes qui, d'une façon ou d'une autre, ne le seraient pas par le foie et les reins.

Le jeûne

Le jeûne est aussi une préconisation en vogue chez les fanatiques de la détoxification. Certains prétendent que le jeûne avec apport de jus de fruits et de légumes représente l'élément essentiel de la détoxification. D'autres soutiennent que la consommation de nourriture crue ou le régime végétarien est la meilleure des thérapies de détoxification. D'aucuns ne jurent que par les lavements ; plusieurs par l'ozonothérapie, par l'acupuncture, les massages. Quelques-uns ne jurent que par l'absorption de doses massives de vitamines et d'anti-oxydants. D'autres encore affirment qu'il ne faut manger que des fruits avant midi pour que l'organisme puisse se détoxifier convenablement. Là encore, aucun des partisans de ces méthodes ne mentionne une seule toxine qui serait éliminée, en quelle quantité, et pour quel bienfait précis. D'ailleurs, pour confirmer l'effet favorable du jeûne, il n'existe pas d'études scientifiques contrôlées évaluant les toxines spécifiques éliminées et les bienfaits particuliers en résultant. Durant un jeûne hydrique, Jack Goldstein a examiné ses propres excrétats (urines, fècès, sueur) et son enduit lingual. Selon  Chris Strychacz, chercheur en psychologie au Centre Naval de Recherches pour la Santé de San Diego en Californie, Jack Goldstein « a trouvé que leur composition [pendant le jeûne] était différente de la normale -- que des toxines comme le DDT étaient évacuées. »*  Cependant, que des expériences puissent reproduire cette élimination ou que celle-ci revête une quelconque importance pour la santé n'est que spéculation.

Que penser de tous les clients satisfaits ?

Comment expliquer les nombreux témoignages de clients satisfaits ? Ces gens sont-ils tous des menteurs ou des dupes ? En réalité, ne seraient-ils pas déçus des produits qu'ils vantent ? Sont-ils payés pour jouer un rôle au nom des industries de détoxification ? Un seul d'entre eux a-t-il vraiment ressenti de mieux-être ou de réelle amélioration après l'usage de l'un des nombreux produits de détoxification présents sur le marché ? 

C'est par conditionnement que certains usagers de l'un de ces produits ressentent des effets bénéfiques sur leur santé. Ils se sentent réellement malades ou fatigués avant d'y recourir, et se trouvent mieux après son utilisation. Ils sont peut-être malades, mais ce n'est pas à cause des toxines, et il se peut qu'ils réagissent au traitement comme beaucoup de personnes le font quand elles sont conditionnées pour répondre aux produits administrés d'une certaine façon, présentés dans un emballage particulier, qui leur sont conseillés par des gens à qui elles font confiance et qu'elles estiment crédibles. Il y a des patients dont l'organisme réagit physiquement aux incitations de ceux qui semblent dignes de confiance. Leurs croyances, leurs souhaits et leurs espérances jouent un rôle essentiel dans leur réponse au traitement médical. Certains patients réagissent favorablement aux gadgets d'aspect scientifique, maniés par des individus en blouse blanche dont le jargon les fait paraître savants et crédibles. Cette sorte de réponse est appelée l'effet placebo.

Il se peut que des patients voient disparaître une maladie après un traitement par détoxification, mais en fait l'affection n'a fait que suivre son cours naturel. Il est possible que la cure n'ait rien à voir avec l'évolution favorable. Quelques-uns ont pu recevoir simultanément un traitement fondé sur la médecine scientifique, peut-être la raison principale de l'amélioration de leur état.

Certains utilisateurs des produits de détoxification y ont recours pour éliminer des toxines qui n'existent pas. Quel qu'il soit, le mieux-être opéré ou ressenti est d'ordre psychologique. On peut effectivement se sentir mieux, mais ce n'est pas à cause d'un effet organique directement provoqué par le produit. Tous ceux qui sont séduits par la détoxification n'ont pas que des troubles fonctionnels, mais beaucoup en ont. Comme leurs pathologies, leur guérison est d'ordre psychosomatique.

Si l'utilisateur d'un produit de détoxification était atteint d'un grave empoisonnement par des substances toxiques, il serait mort ou sévèrement handicapé. Il n'aurait pas laissé de témoignage sur les merveilleux effets d'un tel produit magique.

On peut être certain que les morts ne témoignent pas. Pas plus qu'en définitive les clients mécontents ne le font. Peu importe le nombre d'attestations d'usagers satisfaits présentées pour la promotion d'un produit, on ne saura jamais combien d'utilisateurs mécontents restent dans l'ombre ou sont enterrés au cimetière du coin.

Conclusion

Ainsi, tandis que foisonnent les thérapies de détoxification, il ne semble exister aucune raison convaincante pour qu'une personne ordinaire doive envisager de recourir à l'une d'entre elles. Elles ne sont pas fondées sur de solides preuves scientifiques. Elles sont vendues au public en invoquant la peur (d'être empoisonné par la nourriture, par l'eau, par l'air, et par l'ensemble de l'environnement moderne) et l'espoir (d'une bonne santé, d'un mieux-être ou d'une moindre fatigue, et d'autres choses du même ordre). Le pire de tout est l'usage, par les vendeurs d'aliments, de boissons, d'herbes et d'appareils, du mot détoxification, presque toujours vague, ambigu ou obscur au point d'en être dépourvu de sens. Les fournisseurs de ces produits imaginent offrir une réponse évolutive aux nombreuses de polluants du monde moderne qui s'insinuent dans notre organisme. En réalité, ces marchands d'orviétan s'apparentent aux barbiers et aux médecins d'antan et qui recouraient aux saignées pour éliminer les « mauvaises humeurs » et les poisons, s'efforçant ainsi de purifier l'organisme de leurs patients.

 

 

 

 
Notes du traducteur.

[1] On a, dans la présente traduction, employé le néologisme de détoxification, calque de l'anglais, pour les méthodes pseudo-scientifiques censées éliminer les « toxines » de l'organisme afin de réserver le terme de détoxication à « l'ensemble des biotransformations que subissent certains composés exogènes (médicaments par exemple) ou endogènes (hormones stéroïdes, bilirubine) en vue de leur élimination de l'organisme. »*

Mais l'usage n'est pas fixé : les tenants de ces pratiques inéprouvées utilisent l'un ou l'autre terme, parfois même celui de détoxination ; on trouve également l'abréviation « détox », placée en apposition pour qualifier les cures, les régimes, les aliments...  

[2] La toxicité d'un métal ou d'un métalloïde est déterminée par sa forme chimique ; pour reprendre le cas de l'arsenic, lune forme organique telle l'arsénobétaïne, présente dans les poissons et les crustacés est  « quasi inoffensive ».*  

[3] La toxine botulinique connaît plusieurs indications en médecine ; la principale est la dystonie focale, contracture localisée et involontaire de certains muscles.*  

[4] C'est en 1956 que le Dr Norman Clarke publie un article intitulé « Traitement de l'angine de poitrine par l'acide éthylènediaminetétracétique [EDTA]» ; il aurait observé l'amélioration de symptômes de pathologies cardio-vasculaires lors du traitement par l'EDTA de l'intoxication au plomb chez des ouvriers fabriquant des batteries de voiture.

À ce jour, aucune preuve scientifique n'a été apportée pour soutenir l'efficacité de cette méthode dont les effets indésirables sont en revanche bien établis.*   

[5] Les deux termes sont généralement employés indifféremment par les promoteurs de ces méthodes ; dans la pratique médicale, le substantif toxine désigne toute substance « élaborée par un organisme vivant (bactérie, champignon vénéneux, insecte ou serpent venimeux), auquel elle confère son pouvoir pathogène. »*  

[6] Que l'on pourrait traduire par « Comprendre la Science » : organisation britannique se présentant comme indépendante, à but non lucratif, comprenant des scientifiques de nombreuses disciplines et promouvant une vulgarisation rigoureuse de la science.*  

[7] Les lettres MD, du latin Medicinæ Doctor, indiquent traditionnellement le titre de docteur en médecine dans les pays anglo-saxons ; ici, la confusion est entretenue avec la fonction de directeur général, qui possède les mêmes initiales en anglais.  

[8] S'agit-il d'une allusion au régime méditerranéen ?*  

[9] Le côlon absorbe de l'eau, du sodium et du chlore, et excrète du potassium et des bicarbonates ; l'hypokaliémie provoquée (perte de potassium) représente un danger (troubles du rythme cardiaque).*  

[10] Irrigation colique et théorie de l'auto-intoxication : un triomphe de l'ignorance sur la science.*  

[11] Substance propre à débarrasser un organisme des impuretés qu'il contient.*  

[12] Plus généralement dans les pathologies cardiovasculaires à cause de l'astreinte cardiaque d'adaptation à la chaleur.*  

[13] Ensemble de symptômes provoqués par l'hyperthermie lorsque les phénomènes de thermorégulation sont dépassés.*  

[14] Chiropraticien pratiquant une « médecine holistique »; coauteur d'un article qui prétend que la « chaleur du sauna est un méthode efficace pour éliminer les toxines emmagasinées dans le tissu adipeux de l'organisme ».  

[15] N.D : Doctor of Naturopathic Medicine, docteur en médecine naturopathique.*  

[16] Linda Page, l'auteur de la citation, évoque-t-elle le tableau neurologique associant troubles de la conscience et troubles cognitifs (désorientation temporospatiale), souvent d'étiologie organique ?*  

 


 

Sur le blog du Pharmachien
 

5 mensonges au sujet des toxines

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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