Ectoplasme

Matière censée exsuder des fantômes ou des esprits et qui leur permet de se matérialiser ou de faire de la télékinésie et soulever des tables dans l’obscurité (on parlait autrefois de masse téléplasmique).

Photographie d'un ectoplasme

À la belle époque des séances – le XIXe siècle et le début du XXe siècle – l’ectoplasme s’écoulait librement des différents orifices des médiums (qu’on appelait des médiums physiques). Un bout de matière blanchâtre semblable à du tissu (mais alors là, semblable à s’y méprendre) sortant de la bouche, des oreilles ou du nez de l’un d’entre eux était alors considéré comme la preuve éclatante d’une vie après la mort aux yeux de ceux qui pensaient que les esprits ne résidaient ni au ciel ni en enfer ni dans un HLM quelconque, mais qu’ils passaient leur temps à flotter autour de la Terre en essayant de nous donner des preuves matérielles de leur existence. La plupart des photographies d’époque montrent des ectoplasmes ressemblant en tous points au genre d’articles qu’on pourrait trouver chez le marchand de tissu du coin.

L’un des médiums physiques les plus célèbres de l’histoire des États-unis fut Mina Crandon, épouse du Dr Le Roi Goddard Crandon, un médecin fasciné par l’histoire de la beauté de Belfast, le médium Kathleen Goligher (Christopher, 1975, p. 192). La vie de Goligher avait été racontée par William Jackson Crawford, un enquêteur du paranormal plutôt bizarre – Houdini le croyait fou –, obsédé par les sous-vêtements (Roach, 2005, pp. 132 sqq). Déséquilibré ou non, Crawford était loin de valoir Hercule Poirot. Voyons la description détaillée de ce qu’il a senti dans le noir au cours d’une séance chez Goligher: «(...) je fus effleuré par quelque chose comme des os regroupés... ou des orteils», mais au lieu de conclure qu’il s’agissait du pied du médium (dont elle se servait sans doute pour produire un trucage quelconque), Crawford explique qu’il touchait sa «structure psychique» (Roach 2005, p. 133). En examinant les empreintes laissées sur le mastic placé sous la table servant à la séance, il y découvrit celles d’une chaussure de femme, d’un talon, d’un gros orteil, mais n’en conclut absolument pas qu’elles avaient été faites par un pied de femme, non: elles étaient le fait de membres métapsychiques

Selon Crawford, ces membres étaient principalement gazeux, et seul l’extrémité libre paraissait solide et capable d’organisation. Geley [le Dr Gustav Geley, auteur d’«Ectoplasmie et Clairvoyance»] remarque que les ectoplasmes revêtent des apparences très variables. Ils sont parfois vaporeux, parfois à l’état de pâte élastique, forment des faisceaux de fils ténus, ou des membranes présentant des renflements ou des franges, ou encore, une feuille ressemblant à un tissu très fin. Ils peuvent être blancs (c’est la couleur la plus fréquemment observée, sans doute parce qu’elle est naturellement la plus visible), gris ou noirs, et peuvent même être lumineux, comme phosphorescent. Leur visibilité peut croître ou faiblir. Au toucher, ils peuvent paraître doux, élastique, fibreux ou rigide. Il peuvent se déplacer d’eux-mêmes, et bouger en général avec un lent mouvement reptilien, quoiqu’il peuvent le faire avec une extrême rapidité. Il sont capables à la fois d’évolution et d’involution; il s’agit donc d’une substance vivante. Il est extrêmement douteux qu’ils perdent jamais, même dans les formations les plus parfaites, contact avec le médium pour poursuivre une vie indépendante, même momentanée, même s’il faut toujours garder une telle hypothèse à l’esprit

 Apparemment, l’image d’une tulle dotée d’un mouvement reptilien a motivé le Dr Crandon à encourager sa femme de tenter de communiquer avec quelques-uns de ces esprits prisonniers de la Terre. Le reste appartient à l’histoire, comme on dit. Mina Crandon, connue sous le nom de «Margery», allait devenir «le médium le plus polyvalent jamais connu» (Christopher 1975, p. 193). Elle était particulièrement douée avec les ectoplasmes. Certains de ses partisans «croyaient qu’un mystérieux membre spirite sortait d’entre ses jambes pour produire certains phénomènes» (Christopher 1975, p. 206). Les sceptiques croyaient plutôt que l’ectoplasme était dissimulé dans son vagin (Christopher 1975, p. 212).

Le magazine Scientific American établit un comité pour enquêter sur les exploits métapsychiques de Margery. Le professeur de psychologie de Harvard, William McDougall, écrivit à cette occasion :

Il y a de bonnes preuves que l’«ectoplasme» sort, ou est sorti, à quelques reprises et probablement chaque fois, d’une «ouverture anatomique» précise (c’est-à-dire, du vagin)
(Cité dans Roach 2005, p. 137).
William McDougall

Ce n’était pas tout le monde au sein du comité qui était d’accord avec McDougall, qui ne considérait pas l’ectoplasme vaginal comme une preuve concluante que Margery était une fraudeuse. Houdini, qui faisait partie du comité, de même que l’enquêteur indépendant J.B. Rhine, pensaient tous deux que Margery simulait. Que Rhine ait été de cet avis est particulièrement intéressant, puisque peu après que sa femme et lui soient allés à Duke, en 1927, pour travailler avec William McDougall, ils enquêtèrent au sujet d’un prétendu cheval télépathe appelé Lady Wonder. Tous deux déclarèrent qu’ils ne pouvaient déceler de trucage dans ce cas précis, et que le cheval lisait bel et bien dans les pensées. Au cours d’une étude de suivi, le cheval refusa de faire étalage de ses dons, et les Rhine déclarèrent qu’il avait perdu ses capacités métapsychiques.

L’un des membres de l’équipe du Scientific American, le Dr James Malcolm Bird, se dit publiquement convaincu que Margery possédait des pouvoirs surnaturels dans un livre intitulé "Margery" the Medium. Houdini affirma que Bird était «un extraordinaire menteur» et écrivit qu’il était «si crédule qu’il se laissait abuser par les tours de magie les plus élémentaires» (cité dans Christopher 1975, p. 219). Selon Bird, les Crandon étaient prêts à permettre «une fouille complète» de Margery avant les séances, ce qui montrait bien qu’ils n’avaient rien à cacher. Houdini rétorqua qu’en fait, le Dr Crandon «avait catégoriquement refusé une telle fouille... ajoutant que si quelqu’un l’exigeait de Mme Crandon, il mettrait fin aux séances». En 1930, Bird démissionna de l’American Society for Psychical Research (ASPR) peu après avoir soumis un rapport dans lequel il reconnaissait penser vraiment que Margery simulait. Il reconnaissait également que Mina Crandon lui avait demandé de produire de faux résultats afin de tromper Houdini. L’ASPR tint le rapport de Crandon secret pendant de nombreuses années (Williams 2000, p. 205), montrant ainsi qu’elle avait autant d’intégrité que Bird.

En 1924, Eric John Dingwall, de la British Society for Psychical Research, arriva à Boston et offrit son aide dans la mise à l’épreuve des médiums. Il exigea que Margery exécute ses séances en collants. Impossible, répliqua-t-elle. Toutefois, les médiums «actifs dans les années 1930 étaient soumis à des examens des cavités corporelles par les chercheurs avant chaque séance» (voir Roach 2005, p. 141 pour plus de détails). Afin d’éviter cette grave atteinte à la vie privée autant que l’emploi de faux ectoplasmes vaginaux ou rectaux, le magicien et enquêteur Harry Price inventa la «tunique de séance», qui couvrait le médium entièrement, y compris les mains ne laissant dépasser que la tête. Mais à quoi bon? Hiram Maxim raconte l’histoire d’un médium qu’on avait enfermé dans un vêtement fermé hermétiquement à l’encolure. Avant la séance, elle avait défait la couture et dissimulé des fleurs sous ses seins, afin de les faire apparaître «mystérieusement» plus tard (Christopher 1975, p. 212).

Price est l’auteur de Regurgitation and the Duncan Mediumship. Il soupçonnait certains médiums d’avaler toutes sortes de choses pour les régurgiter plus tard, en cours de séance. Mary Roach (2005, p. 144) explique comment on accomplissait cet exploit plutôt écœurant. Roach donne également une explication mille fois plus simple de la production d’ectoplasmes: Faites asseoir votre mari à côté de vous pendant la séance. Assurez-vous qu’il a bourré son pantalon ou sa chemise de ce qu’il pourra vous refiler plus tard, lorsque les lumières seront éteintes.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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