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Électro-sensibilité

(et électro-hypersensibilité)

Ensemble de problèmes physiques ou psychologiques divers qu'on attribue aux radiations électro-magnétiques produites par les appareils électroménagers, postes radio, téléviseurs, téléphones cellulaires, émetteurs Wi-Fi, écrans d'ordinateurs, lignes aériennes de transport d'électricité et bien d'autres sources. Il s'agit d'un terme que les personnes concernées se décernent elles-mêmes, et qui n'a rien de médical.

Des études à double insu avec groupe de contrôle ont montré de façon répétée que les personnes électro-sensibles ne peuvent différencier des champs électro-magnétiques véritables et des simulations.1,2 Par exemple, une équipe norvégienne a mené des tests (2007) au cours desquels on a exposé des sujets à 65 radiofréquences de téléphones mobiles et leurs simulations, par groupes de deux. «L'augmentation de la douleur ou de l'inconfort pour les fréquences réelles était de 10.1, et de 12.6 (P=0.30) pour les fréquences simulées». Les changements de fréquence cardiaque ou de tension artérielle n'étaient pas liés au type d'exposition (P: 0.30-0.88). L'étude n'a montré aucune preuve que les champs de radiofréquences produits par les téléphones mobiles causent des maux de tête ou de l'inconfort, ni qu'ils ont un effet quelconque sur des variables physiologiques. La raison la plus probable des symptômes ressentis est l'effet nocebo.

Quelques personnes électro-sensibles croient que des champs électro-magnétiques ont déclenché le cancer dont elles souffrent. En réalité, il est très peu probable que le genre de choses que craignent ces personnes causent cette maladie. Toute radiation électro-magnétique est produite par des photons. L'énergie d'un photon dépend de sa fréquence. «En gros, un million de photons au sein d'une ligne de transport d'électricité possèdent ensemble la même énergie qu'un seul photon produit par un four à micro-ondes, et il faut un millier de photons produits par un tel appareil pour obtenir la même énergie d'un seul photon de lumière visible» (Lakshmikumar 2009). On sait très bien que les radiations ionisantes ont un effet sur la santé; «elles peuvent rompre les liens d'électrons qui tiennent soudées les molécules d'ADN» (Trottier 2009). «L'énergie photonique d'un champ électro-magnétique produit par un téléphone cellulaire est dix millions de fois plus faible que la plus faible des radiations ionisantes» (Trottier 2009). Ainsi, la possibilité que nos cellulaires, fours à micro-ondes, ordinateurs et autres appareils électroniques soient cancérogènes est minuscule.

Malgré les preuves scientifiques montrant très clairement que nos gadgets électroniques ne causent pas de stress, de maux de tête, de nausées, ni ne mènent à la maladie d'Alzheimer, il existe des mouvements dans plusieurs pays pour mettre le public en garde contre les champs électro-magnétiques. Aux États-Unis, on retrouve le EMR Policy Institute, mais aussi le Bioinitiative Report, site Web de Cindy Sage, de Sage Associates, société d'experts-conseils située à Santa Barbara, en Californie. Bioinitiative Report rassemble des signatures sur une pétition où l'on peut lire:

Nous soussignés sommes d'avis que les limites imposées actuellement par le gouvernement ne protègent pas le public contre les effets nocifs des radiations électro-magnétiques (REM) venant des lignes de transport d'électricité, des téléphones cellulaires, des terminaux Internet sans fil et des antennes qui y sont associées, de même que les radars et les antennes de radiodiffusion pour la télévision et la radio FM.
 
La plupart des limites existantes pour ces formes de radiations sont jusqu'à quatre mille fois trop élevées pour protéger le public de façon efficace contre des problèmes de santé divers, entre autres, la maladie d'Alzheimer et autres maladies neurodégénératives, des problèmes de l'appareil reproducteur, des troubles du sommeil, de l'apprentissage et de la mémoire, un ralentissement de la capacité d'auto-guérison du corps, des interférences avec la fonction immunitaire, le cancer et l'électro-hypersensibilité.

La pétition conclut en affirmant qu'il y a des preuves scientifiques montrant que nombre de symptômes non spécifiques sont attribuables aux champs électro-magnétiques. Elle donne ensuite ce qui, de l'opinion de Sage et associés, devraient être les limites d'exposition. Selon Sage, les «polluants environnementaux qui connaissent la croissance la plus rapide de nos jours sont sans doute les champs électro-magnétiques, y compris les rayonnements radioélectriques». Elle lance de nombreuses autres affirmations effrayantes qui ne correspondent pas à la prépondérance de la preuve, y compris celle que «l'exposition au téléphone cellulaire peut être assez puissante pour endommager l'ADN des usagers». Elle a peut-être vu cette vidéo de YouTube, où quelques personnes semblent faire éclater des grains de maïs à l'aide de leurs téléphones cellulaires. (Pour savoir ce qu'il en est vraiment, cliquer ici.)

Au Royaume-Uni, Powerwatch répand depuis 1988 l'idée que les champs magnétiques sont dangereux pour la santé, tout en vendant des appareils de mesure de ces champs. En France, plusieurs communautés ont protesté de façon répétée contre l'érection d'antennes pour les téléphones mobiles et ont mené des campagnes contre l'Internet sans fil.* Un groupe de personnes se disant électro-sensibles ont même constitué une communauté dans la vallée de la Drôme, dans le sud de la France, pour échapper aux ondes radio qu'on retrouve partout dans les villes. À leurs yeux, leur terrain de caravaning constitue un «refuge électro-magnétique». Elles emballent leurs caravanes de métal pour les blinder contre les champs électro-magnétiques mortels. Les dames portent des châles de fibres métalliques ou des capes d'aluminium. Il n'y a, bien entendu, aucune preuve qu'un blindage métallique (pas plus qu'un petit chapeau en papier d'alu, d'ailleurs) offre une protection quelconque contre les troubles physiques ou psychologiques causés par les cellulaires ou autres sources du genre.

 

Un camping spécial pour électrosensibles, dans la Drôme.
(Voir aussi l'information traitée par TF1 et France2 Matin & 13H)

Le National Research Council (NRC) a consacré au-delà de trois ans à compulser plus de 500 études scientifiques menées sur une période de vingt ans et n'a trouvé «aucune preuve concluante et cohérente» que les champs électro-magnétiques font du tort aux humains. Le président du panel du NRC, le neurobiologiste Charles F. Stevens, a déclaré: «La recherche ne montre pas de façon convaincante que les champs électro-magnétiques qu'on trouve habituellement dans nos demeures peuvent entraîner des problèmes de santé, et des tests poussés en laboratoire n'ont pas montré que les champs électro-magnétiques peuvent endommager des cellules d'une façon nuisible à la santé humaine».*

L'Association suédoise des personnes électro-sensibles tient un site Web qui donne une liste de groupes de soutien dans treize pays.

En 1997, le New England Journal of Medicine a publié les résultats de l'étude la plus importante et la plus détaillée jamais faite sur la relation entre les champs électro-magnétiques et le cancer. Selon le Dr Martha S. Linet, «Nous n'avons trouvé aucune preuve que les champs magnétiques présents dans nos maisons font croître les risques de leucémie chez les enfants». L'étude, d'une durée de huit ans, s'est également penchée sur l'exposition aux champs magnétiques générés par les lignes de transport de l'électricité situées près des maisons. Un groupe de 638 enfants de moins de 15 ans souffrant de leucémie lymphoblastique aiguë a été comparé à un groupe de 620 enfants en bonne santé. «Les chercheurs ont mesuré les champs magnétiques dans toutes les maisons où les enfants ont vécu pendant les cinq années qui ont précédé la découverte de leur cancer, de même que les maisons où leurs mères ont vécu durant leur grossesse.»

De telles preuves n'intéressent apparemment pas ceux qui mènent la guerre aux champs électro-magnétiques.

Bien sûr, si l'on compulse assez d'études, on finit toujours par en trouver qui correspondent au point de vue qu'on veut, aussi erroné soit-il. Comme il y a un fort contingent de personnes qui tiennent absolument à prouver qu'un lien existe entre les champs électro-magnétiques et toutes sortes de problèmes de santé, on peut penser qu'il va continuer de se faire des recherches pour soutenir cette opinion. Ainsi, une équipe suédoise a découvert un risque accru de tumeurs au cerveau chez les utilisateurs de téléphones cellulaires ou sans fil (2006). L'échantillon était modeste, et on évaluait l'exposition à l'aide de questionnaires auto administrés. D'autre part, une autre étude, danoise, celle-là, auprès de 420 000 utilisateurs de téléphones mobiles n'a révélé aucun lien entre l'utilisation à court ou à long terme de ces appareils et un risque accru de cancer (2006). Les chercheurs danois ne se sont pas fiés à la mémoire des participants pour évaluer leur exposition; ils ont analysé les données de compagnies de téléphonie mobile. Une autre petite étude suédoise n'a établi aucune augmentation du risque de neuromes acoustiques en relation avec l'utilisation à court terme du téléphone mobile (2004). Les chercheurs croient voir dans leurs données une hausse du risque de neurome acoustique lié à dix ans d'utilisation. Ils ne disent pas comment ils ont mesuré l'exposition, mais ils écrivent que «des informations détaillées à propos de l'utilisation du téléphone mobile et d'autres expositions environnementales ont été rassemblées». Des études sur des animaux de laboratoire laissent entrevoir des effets venant de l'exposition aux micro-ondes (2003; 2006; 2007). Certains travaux ont rassemblé des données pouvant montrer des effets nocifs possibles des micro-ondes de téléphones portables, mais les échantillons en étaient trop petits pour qu'on puisse écarter l'effet du hasard ou d'autres agents (2006), ou encore, elles n'ont pas été testés sur des cellules in vivo (2004; 2006a; 2006b).

Pour le moment, il semble que l'électro-hypersensibilité (ou électro-sensibilité, ou hypersensibilité électro-magnétique) soit un trouble psychosomatique. Il ne s'agit pas d'un terme médical en tant que tel, et cet état n'est identifié qu'auprès de ceux ou celles qui le signalent. Il est possible que beaucoup de personnes électro-sensibles se fourvoient quant au diagnostic qu'elles posent sur elles-mêmes. Par exemple, l'insomniaque qui souffre également de maux de tête pourrait songer à passer de deux cafetières par jour à deux tasses seulement au lieu d'imputer ses problèmes de santé au réseau Wi-Fi de son voisin. On ne s'étonnerait nullement d'apprendre un jour qu'une étude montre comment les personnes électro-sensibles répondent bien à l'acuponcture, à l'homéopathie, au toucher thérapeutique ou d'autres formes de médecine placebo.

On ignore le nombre exact de personnes électro-sensibles, mais selon une enquête téléphonique en Californie, 3 % de la population sondée a signalé une «réaction allergique ou une grande sensibilité» à proximité d'appareils électriques.* Dans le cadre d'une enquête suisse, environ 5 % des répondants ont signalé des troubles du sommeil, des maux de tête et d'autres symptômes non spécifiques qu'ils attribuaient à de l'électro-hypersensibilité.*

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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