| Électropsychomètre |
(ou électromètre, ou e-meter)
![]() Appareil électronique inventé dans les années 1940 par un chiropraticien du nom de Volney Mathison. Appelé à l'origine «Électropsychomètre Mathison, Modèle B», le gadget était présenté comme un instrument utile en psychothérapie et en chiropractie.* La demande de brevet pour le premier électropsychomètre portait cependant le nom de L. Ron Hubbard (1911-1986), auteur de La Dianétique et fondateur de l'Église de Scientologie, laquelle lui attribue la paternité de l'invention.* (Ironiquement, la scientologie considère la psychothérapie comme une véritable plaie.) Selon le fils de Hubbard, Ronald: «Mon père a obtenu les droits de l'électropsychomètre de Volney Mathison en 1952 de la manière qui lui était habituelle - par la fraude et la menace».* Le brevet de Hubbard portait sur une version modifiée de l'invention de Mathison qu'ont mise au point les scientologues Don Breeding et Joe Wallis en 1958.* Au début des années 1950, Hubbard a découvert que toute chose cherche à survivre, et que certaines de ces choses «empêtrent» l'homme (Carroll 1996). Hubbard croyait avoir compris ce qui nous emberlificote ainsi: des combinaisons d'images mentales. Il affirmait avoir mesuré ces images à l'aide de son électropsychomètre. L'appareil pouvait jauger la réaction de l'âme tandis qu'elle s'extériorisait de l'être. L'électropsychomètre envoie de légères impulsions électriques par des fils reliés à deux électrodes que tient l'usager et mesure la résistance électrique, c'est-à-dire, le degré auquel un corps s'oppose au passage d'un courant électrique. La résistance se mesure en ohms; l'humidité, la température et la pression peuvent la modifier sans que le sujet n'en soit conscient, et aucun de ces facteurs n'est nécessairement lié à ses pensées ou ses sentiments. Fondamentalement, l'électropsychomètre est «un ohmmètre aux paramètres de sensibilité et de calibrage variables en continu».* À un niveau purement physique, les changements de résistance sont provoqués par des modifications du flux des électrons. Ces modifications peuvent résulter de changements à la source des électrons ou au médium par lequel les particules passent. Comme les électrodes de l'appareil sont tenues à la main, certains des changements de résistance détectés peuvent s'expliquer par des changements inconscients dans la pression que le sujet applique sur les électrodes (effet idéomoteur), mais ce ne semble pourtant pas être le principal facteur dans les changements qu'affiche l'appareil.* Les fluctuations résultent soit des changements de la température ou de la moiteur des mains, soit du flux des ions à la surface de la peau. «Les scientologues reconnaissent que le sujet aux mains inhabituellement sèches peut avoir besoin d'une lotion hydratante afin d'établir un bon contact avec les électrodes. On se demande combien de candidats auditeurs se sont prévalus de cette solution pour résoudre leurs problèmes spirituels.»* Pendant qu'il faisait ses études supérieures en biophysique à l'Université de Californie à San Francisco, Chris Schafmeister a rédigé un travail dans lequel il affirmait que l'électropsychomètre mesure les modulations du flux des électrons amenés à la surface de la peau par des ions qui ont probablement «traversé les cellules des muscles longs, parcouru des axones ou encore le flux sanguin»*. Selon Schafmeister,
Martin Hunt, ancien scientologue et auditeur, croit lui aussi que des mécanismes de rétroaction biologique sont à l'œuvre. Selon Thomas J. Wheeler, la rétroaction biologique impliquant «la mesure de la tension musculaire et la température cutanée (une température plus élevée associée à la relaxation)» n'a rien de controversé. De telles techniques «ont été incorporées dans beaucoup de programmes de traitement». ![]() Les fluctuations mesurées par l'électropsychomètre peuvent être directement liées à des changements survenant dans les pensées et images mentales du sujet, mais le sens qu'on accorde à ces fluctuations de la résistance électrique - au-delà des principes de base de la biophysique - est arbitraire et subjectif. La signification du lien entre la résistance électrique d'une main ou d'un doigt et des images mentales est avant tout une question de foi. La croyance dans la capacité de l'appareil d'arriver à lire les profondeurs de l'âme est sans doute la meilleure preuve que la scientologie est une religion, car elle est contraire à tout ce que la science nous enseigne sur l'électricité et le cerveau. L'électropsychomètre a connu plusieurs générations; le modèle actuel porte le nom de Super Mark VII. Un ingénieur électricien qui a examiné l'appareil en 1995 a «estimé que des appareils de ce type, manufacturés sur demande et vendus à faible volume, se vendraient normalement dans les 300 $».* Aujourd'hui, l'Église de Scientologie en demande environ 4000 $.* Les scientologues produisent quelque 10 000 électropsychomètres par années - entre autres choses - à leur usine de 50 millions de dollars de Hemet, en Californie. La fabrication d'une unité prend une heure et vingt minutes (Tobin 1998). (Pour un coup d'œil à l'intérieur du Mark VII, voir ici). Il s'agit essentiellement d'un pont de Wheatstone. L'instrument comporte un microprocesseur Intel 8051 de 8 octets, qui ne sert à rien pour mesurer la résistance électrique de la peau, mais qui est nécessaire pour la connexion qui permet le contrôle par un tiers. À en croire l'Église de Scientologie, l'électropsychomètre est «un outil de direction pastorale» qui permet de détecter «la détresse ou le travail spirituel».* C'est aussi une aide au recrutement. Par exemple, à la Downtown Plaza de Sacramento, en Californie, où les scientologues louent un stand 2000 $ par mois, on offre des «tests de stress» gratuits aux passants. Au cours du fameux test, on demande au sujet de tenir les électrodes d'un électropsychomètre tout en lui posant des questions du genre «Quelle est la cause de votre stress?» Les scientologues se chargent ensuite d'interpréter ce que dit l'appareil.
Selon le dogme scientologique,
De telles explications ne sont fondées que sur de la pure spéculation. Il n'existe aucun concept de masse ou d'énergie des images mentales en physique ou en neurologie. On ne peut en conclure que les pensées n'ont aucune répercussion physique, toutefois, puisqu'elles en ont. On ne révèle cependant rien lorsqu'on dit que repenser à l'événement le plus désagréable qu'on a connu au cours de la journée entraîne une réaction physique. Faire coïncider la lecture d'un appareil de mesure à de telles pensées n'est rien d'autre qu'un tour d'illusionniste, l'emploi d'un dispositif scénique pour redire ce que tout le monde sait déjà en l'emballant dans une explication d'allure scientifico-magique. L'interprétation de cette lecture par des concepts comme les engrammes, l'esprit réactif et d'autres termes fantaisistes ajoute à l'atmosphère théâtrale qu'on cherche à créer et donne à tout le processus un air de respectabilité qu'il ne possède pas vraiment. Il est intéressant de lire la mise en garde qui accompagne l'appareil.
Cette brève mise en garde est venue à la suite d'une décision de la Cour de district des États-Unis, District de Columbia, en 1971, à la suite d'une décennie de litige entre le gouvernement et l'Église de scientologie. Dans sa décision, la Cour déclarait: «l'électropsychomètre ne s'est montré d'aucune utilité dans le diagnostic, le traitement ou la prévention d'une maladie quelconque, pas plus qu'il ne peut, du point de vue médical ou scientifique, améliorer les fonctions corporelles». Auparavant, l'appareil «était présenté de façon trompeuse, par l'allégation fallacieuse qu'il pouvait traiter efficacement 70 % de toutes les maladies mentales et physiques» (Janssen 1993 [traduction libre]).
Les scientologues n'en continuent pas moins d'employer leur bidule durant les auditions, même si certains modèles peuvent maintenant être employés par une seule personne, sans doute pour les aider à leur développement spirituel. L'église prend bien soin de ne pas affirmer publiquement que l'appareil est bon pour la santé. Quelques-uns de ses membres, comme John Travolta et Priscilla Presley, disent l'utiliser régulièrement. Tout avantage présumé tiré de l'appareil doit cependant être attribué à la validation subjective de la part de l'usager. On peut, en effet, facilement voir comment un tel gadget peut procurer un certain sentiment de réconfort à des gens qui croient que leurs pensées ont une masse et de l'énergie et ont l'habitude de faire preuve de créativité. L'électropsychomètre leur paraît sans doute utile à la découverte d'eux-mêmes. Les petites aiguilles de l'appareil les portent sans doute à réfléchir à leurs gestes et pensées, ce qui peut mener à mieux planifier leur avenir. Tout le processus pourrait même devenir une espèce d'autohypnose par laquelle on se conditionne à avoir plus de confiance et de détermination. Ajoutez un peu de renforcement collectif... C'est ainsi qu'un appareil qui ne mesure rien d'autre que la résistance électrique en vient à donner des renseignements utiles sur les peurs secrètes que l'on éprouve et sur ce qu'on doit faire dans la vie. La foi aveugle fera en sorte que des gens autrement brillants et créatifs en arriveront à transformer un ohmmètre en prophète de l'âme humaine.
Source : skepdic.com |
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