Énergie

Propriété d'un système physique capable de produire du travail (Le Petit Robert). En physique, le «travail» se définit comme le produit d'une force par le déplacement de son point d'application (ibid.) Il s'agit du pouvoir, potentiel ou réel, de déplacer des choses. Pour le spiritualisme du Nouvel-Âge, il s'agit de toute autre chose. Il y est question d'amplifier son énergie, de puiser dans l'énergie de l'Univers, d'utiliser l'énergie pour être heureux, comblé, pour réussir sa vie, être aimé, pour découvrir un sens à l'existence et dépasser ses limites. Autrement dit, l'énergie nouvelle-âgeuse permet de devenir semblable à Dieu, être omnipotent et éternel, capable de magie extraordinaire et pouvant tout transformer à volonté.

Évidemment, cette forme d'énergie n'a rien à voir avec la mécanique, l'électricité ou le noyau des atomes. L'énergie dont parle le Nouvel-Âge est beaucoup plus proche du chi ou de la prana. Elle ne se mesure pas par des moyens scientifiques reconnus. Non seulement est-elle à l'origine de la vie, mais elle est aussi source de santé. On ne la comptabilise pas en ergs, joules, électronvolts, calories ou wattheures. Cette énergie se situe hors de la portée de toute étude scientifique. Seuls les guérisseurs possédant des pouvoirs spéciaux leur permettant de «débloquer», d'«harmoniser», d'«unifier», d'«ajuster», de «réaligner», d'«équilibrer» ou de «canaliser» cette énergie peuvent la mesurer. Comment? Grâce à leur sixième sens! Les médecines énergétiques se fondent sur des variations d'une théorie métaphysique connue sous le nom de vitalisme, théorie n'ayant plus cours en Occident depuis plus d'un siècle. Qu'à cela ne tienne, comme les charlatans du Nouvel-Âge aiment à le rappeler, plus une théorie est ancienne, plus il faut y croire.

Pour le profane, il y a peu de choses aussi intimidantes que la physique moderne. Même les gens plus avertis ne comprennent qu'avec difficulté tout ce qui s'y dit à propos des entités réelles ou théoriques du monde subatomique, sans compter celles qui se trouvent aux limites de l'Univers. Les concepts mêmes d'«entité subatomique» ou de «limites de l'Univers» constituent de véritables défis pour l'intellect. C'est peut-être à cause de l'obscurité et de l'inaccessibilité de la physique moderne que bien des gens peu familiarisés avec la science choisissent d'en faire fi et cherchent un certain réconfort dans des interprétations religieuses fondamentalistes de l'origine et de la nature de l'Univers.

Mais il existe un autre type de réaction devant la nature apparemment transcendantale de la physique moderne: il consiste à interpréter ses concepts à la lumière de dogmes métaphysiques anciens, populaires depuis des milliers d'années sous des cieux exotiques (du point de vue occidental) comme l'Inde ou la Chine. L'idée d'une «harmonie» entre la métaphysique ancienne et la physique moderne est attrayante pour ceux qui acceptent la validité de la science et rejettent la pensée des sectes chrétiennes dans lesquelles ils ont grandi, tout en se sentant attirés par le spiritualisme. Chercher à «harmoniser» la pensée scientifique occidentale et la philosophie orientale permet de ne pas avoir l'air d'un dinosaure qui refuse la réalité scientifique au profit de la pensée religieuse. Une telle attitude présente au moins un trait commun avec le "créationnisme scientifique" : elle recrée la science à sa propre image, pour des objectifs qui lui sont propres. La science est ainsi mise au service de la religion et de la métaphysique, comme la philosophie l'a été pour la théologie au Moyen-Âge.

Un peu comme le fait un accélérateur pour les atomes, les théoriciens du Nouvel-Âge font voler les concepts en éclats, pour en tirer ensuite des lois qui feraient se retourner Heisenberg dans sa tombe. Aussi bien parler de physique «parallèle», car ils ont refondus les concepts de la physique moderne en une pataphysique bien à eux, avec une technologie et une gamme de produits commerciaux idoines. Rien ne le montre mieux que l'«énergie» nouvelle-âgeuse.

Concluons par une anecdote: Emily Rosa, 9 ans, a mis à l'épreuve 21 praticiens du toucher thérapeutique (TT) pour voir s'ils seraient en mesure de sentir l'énergie vitale qu'elle dégageait sans en voir la source. Le test était très simple, et les résultats semblent montrer clairement que les sujets étaient incapables de déceler l'énergie s'écoulant des mains de la petite fille lorsqu'elles étaient placées près des leurs. Chaque praticien avait une chance sur deux de tomber juste, mais en 280 essais, ils n'ont pu sentir les mains d'Emily que 44% des fois. S'ils ne peuvent détecter l'énergie, comment peuvent-ils la manipuler ou la transférer? Et que détectent-ils au juste? James Randi a offert 1 000 000$ au Dr Dolores Krieger, l'un des créateurs du TT, si elle (ou n'importe qui d'autre, d'ailleurs) parvenait à démontrer qu'elle était capable de détecter un champ d'énergie humaine. Jusqu'à présent, pas de nouvelles du Dr Krieger.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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