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Effet de l'expérimentateur

L'effet de l'expérimentateur est un terme utilisé pour décrire n'importe lequel parmi un certain nombre de subtils répliques ou signaux qui affectent la performance ou la réponse de sujets dans une expérience. Les répliques peuvent être inconscientes et non verbales telles qu'une tension musculaire ou des gestes. Elles peuvent être vocales telle que le son de la voix. La recherche a démontré que les attentes et les tendances d'un expérimentateur peuvent être communiquées aux sujets expérimentaux de façons subtiles et non-intentionnelles et que ces répliques peuvent affecter significativement les résultats d'une expérience (Rosenthal 1998).

Robert Rosenthal a trouvé que même de petites différences dans les instructions données aux groupes expérimental et de contrôle peuvent affecter le résultat d'une expérience. Différentes intonations vocales, de subtils gestes, même de légers changements de posture peuvent influencer les sujets.

Les expériences en double aveugle peuvent réduire les effets de l'expérimentateur. Par exemple, un expérimentateur travaillant pour une société de médicaments qui essaie de produire un nouveau médicament contre la dépression serait sage d'avoir un autre expérimentateur qui randomise les participants dans le groupe recevant le nouveau médicament et dans le groupe recevant un placebo. Les sujets ne devront pas savoir à quel groupe ils appartiennent ; les attentes peuvent affecter les résultats. L'expérimentateur qui a effectué la randomisation doit garder pour lui toutes les informations concernant qui est dans quel groupe et ne doit pas être celui qui distribue les pilules aux sujets. Celui qui donne les pilules et garde les rapports des effets du médicament sur les participants ne doit pas savoir dans quel groupe se trouve aucun des participants.

De cette manière, toute tendance de l'expérimentateur est minimisée. Les membres des groupes ne seront dévoilés qu'après que l'expérience soit terminée. (Il pourra y avoir une exception, bien sûr, si quelque chose de bizarre survient, tel que plusieurs patients mourant d'une attaque cardiaque ou se lançant dans un excès de shopping maniaque. Dans de tels cas, l'expérience doit être stoppée et les patients dévoilés pour voir si le nouveau médicament peut tuer les gens ou amorcer une crise maniaque.)

L'effet de l'expérimentateur peut expliquer pourquoi de nombreuses expériences peuvent être réalisées avec succès seulement avec une personne ou un groupe de personnes, alors que d'autres échouent à plusieurs reprises dans leurs tentatives de reproduire les résultats. Evidemment, il y a d'autres raisons pour lesquelles des études ne peuvent être reproduites.  Le premier expérimentateur peut avoir commis des erreurs dans la conception, la réglementation ou les calculs. Ou il peut avoir commis une fraude.

Un domaine de recherche qui n'a pas réussi à produire invariablement des résultats reproductibles, bien que ses défenseurs aient essayé de le faire depuis plus de cent ans, est la parapsychologie. Fraude, incompétence et erreurs sont les chefs d'accusation communément adressés par les sceptiques aux parapsychologues.

Cependant, fraude, incompétence et erreur ne semblent pas être limités aux parapsychologues et des exemples de telles choses peuvent être trouvés dans toutes les sciences (Smith 2003 : 72 ; Broad and Wade).

Pourquoi, alors, l'invariable échec de la reproduction dans les études en parapsychologie ? Certains chercheurs ont essayé d'expliquer l'incapacité à reproduire le psi lors des expériences en invoquant que les résultats d'expériences dépendent des croyances des expérimentateurs. Ils ont divisés des expérimentateurs « psi » en deux groupes : les psi-favorables et les psi-inhibiteurs. Les premiers sont ceux qui tendent à obtenir des résultats en faveur de la parapsychologie. Les derniers sont ceux qui, invariablement, ne trouvent pas de preuve en faveur de la parapsychologie.

Les études sur ces deux groupes d'expérimentateurs ont montré que les expérimentateurs psi-favorables « donnent l'impression d'être plus enthousiastes, plus chaleureux et moins égoïstes que leurs homologues ayant moins de succès » (Smith 2003 : 77). Cette différence dans les croyances des expérimentateurs et dans leurs traits de caractère, même si elle est avérée, n'aide pas à justifier la croyance dans la parapsychologie. Qu'en serait-il si nous constations que tous les chercheurs joyeux croyaient en Zeus et qu'aucun des sceptiques n'y croyait. Cela justifierait-il de croire en Zeus ? Or, comme disait le psychologue James Alcock (2003) :

Je pourrais postuler que Zeus existe et aime tourmenter les parapsychologues et pour cela leur donne des résultats significatifs de temps en temps, mais ne permet pas la reproductibilité en-dehors de la parapsychologie. Les résultats significatifs constitueraient autant une preuve pour mon hypothèse que Zeus existe qu'ils le feraient pour l'hypothèse de la parapsychologie ... (p. 43).

Il peut sembler à certains sceptiques que la notion selon laquelle seuls les vrais croyants peuvent obtenir des résultats positifs dans la recherche en parapsychologie constitue une barrière insurmontable pour pouvoir un jour mettre la recherche en parapsychologie sur un pied d'égalité avec n'importe quelle autre entreprise scientifique. Il y a, cependant, une proposition plus problématique encore faite par les parapsychologues : les aptitudes psychiques de l'expérimentateur peuvent affecter directement les aptitudes psychiques des sujets de l'étude. En 1976, Kennedy et Taddonio introduisirent la notion « d'effet psi de l'expérimentateur » pour désigner « l'effet psi non-intentionnel qui affecte un résultat expérimental de façons directement liées aux besoins, souhaits, espoirs, humeurs, etc de l'expérimentateur (Smith : 79).

Alcock (2003 : 35) constate que faire appel à un effet psi de l'expérimentateur pour expliquer les irrégularités dans les tentatives de reproduction des expériences en parapsychologie est simplement une pétition de principe.

Quand la reproduction échoue, il n'est pas approprié de s'engager dans la circularité d'assigner à cet échec une étiquette (effet psi de l'expérimentateur) et ensuite implicitement suggérer que l'étiquette est son explication.
Puisqu'il n'y a aucune autre façon de définir ou identifier l'effet psi de l'expérimentateur, il n'a pas de valeur explicative. L'utiliser comme une possible explication conduit uniquement à une tautologie : en substituant la définition de l'effet psi de l'expérimentateur, on obtient : « L'échec de la reproduction peut être une manifestation de « un chercheur échouant à reproduire une découverte qu'un autre chercheur à faite ». » Ce raisonnement circulaire exclut du débat un aspect éventuellement fructueux de la recherche, en termes de compréhension des raisons, autres que psi, qui pourraient justifier le fait que différents expérimentateurs ont obtenus des résultats différents.

Alcock ne pense pas que cela plaide en faveur de la reconnaissance de la parapsychologie en tant que science si seulement les chercheurs psi-favorables peuvent reproduire les études.

... quelle aventure risquée ce serait de renoncer en faveur d'un plaidoyer particulier et d'assouplir les règles mêmes de la méthodologie scientifique qui aident à ôter les erreurs, les auto-illusions et les fraudes, dans le but d'admettre des affirmations qui violent les principes de base de la science telle que nous la connaissons (2003, p. 35).

Ou, comme le déclare Matthew D. Smith (2003) : « si les chercheurs sceptiques tentant d'obtenir une reproductibilité ne peuvent pas espérer y parvenir à cause de leurs convictions a priori concernant le psi ... alors la parapsychologie ne peut pas être considérée comme une discipline véritablement scientifique »  (p. 82).

 

 

Traduit par André Decroly

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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