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Médiums à la télé

À la télé d'un peu partout, on retrouve des émissions où de prétendus médiums profitent de familles qui pleurent des êtres chers ou qui s'inquiètent de proches disparus. Ces médiums lancent souvent la police sur de fausses pistes, tout en donnant de faux espoirs à des gens en détresse. Ils se font parfois rémunérer - très bien, d'ailleurs -, mais souvent leur seule récompense est l'étrange satisfaction qu'ils éprouvent à songer qu'ils possèdent de véritables pouvoirs et qu'ils sont réellement utiles à autrui.

Les soi-disant médiums mis en vedette par ces émissions ont recours à des moyens d'enquête ordinaires, comme parcourir les bois à la recherche de traces de pas, et se fient sur la lecture à froid ou à chaud et sur la validation subjective pour faire croire (et quelquefois se faire croire) qu'ils reçoivent des indices de façon paranormale. Les émissions ou des médiums qui reçoivent des messages de l'au-delà ou qui affirment pouvoir «sentir» de l'information au contact d'objets associés à des personnes disparues (cette pratique, qui relève de la pensée magique, s'appelle la psychométrie) sont populaires dans de nombreux pays. La croyance relative aux pouvoirs paranormaux de prétendus détectives médiumniques est favorisée par un piètre travail journalistique et une méconnaissance générale de la psychologie de la croyance. Les affirmations de ces étranges limiers reçoivent habituellement une validation rétroactive, de sorte qu'à peu près tout ce qu'ils disent finit par ressembler à une prédiction juste. Les médiums eux-mêmes sont habituellement les premiers à se vanter de leurs succès, et peu importe le nombre de cas qu'ils prétendent avoir résolus, ni les médias ni la police ne se pencheront sur ces chiffres. Dommage, car ils auraient alors bien des surprises, même dans le cas de vedettes comme Sylvia Browne ou Allison DuBois.

Quand Joseph Gomes s'est penché sur 35 des prétendus prodiges de Sylvia Browne, il a découvert que «dans 21 cas les détails étaient trop vagues pour qu'on puisse les vérifier. Dans les 14 cas restants, la police ou les familles étaient d'avis que Browne n'avait pas joué de rôle utile».

Alison DuBois dit avoir reçu des appels à l'aide de la police de Glendale, en Arizona et des Rangers du Texas, entre autres, lors d'enquêtes sur des personnes disparues ou des cas d'homicide. Au contraire, Ben Bradford a découvert que «les Rangers n'ont jamais eu recours aux services de médiums et n'ont pas l'intention de le faire un jour». Quant à la police de Glendale, elle n'avait aucun souvenir d'avoir un jour demandé quoi que ce fût à la bonne dame. DuBois a beau affirmer avoir aidé à retrouver de nombreuses personnes disparues et avoir envoyé des criminels à la chaise électrique, elle n'a rien fait d'utile quand une série de meurtres ont été commis à Phoenix, sa propre ville, pendant une période de deux ans. Carla Baron (le «porte-parole métapsychique officiel» de l'émission Court TV) a annoncé il y a trois ans qu'elle allait résoudre le cas de Ray Gricar, le district attorney dont la disparition demeure encore mystérieuse, et Noreen Renier, qu'on a vue dans de nombreux épisodes de la série «Psychic Detectives» de Court TV, s'est révélée, au cours d'une enquête dont elle a fait l'objet, beaucoup moins franche et prophétique qu'elle aimerait le faire croire au public.

Ce genre d'émissions, ou de prétendus médiums sont censés aider la police à résoudre des mystères, sont particulièrement pernicieux car ils poussent le public à croire aux pouvoirs paranormaux de personnes qui prennent leur désir pour la réalité ou qui cherchent carrément à escroquer autrui. Les médias profitent de l'incapacité de nombreuses téléspectateurs à distinguer entre faits et fiction et encouragent à la fois le public et la police à faire appel à des médiums, ce qui incite la presse à traiter du phénomène, ce qui encourage les médias à produire davantage de ce genre de contenu... Le cercle vicieux typique.

À propos de l'émission «Sensing Murder», dans lequel des «médiums » aident la police à résoudre des enquêtes, Hyde tient les propos suivants:

Cette émission exploite des familles en deuil et vulnérables, tout en renforçant le potentiel de marketing du médium. D'un point de vue éthique, la chose est répugnante.

«Sensing Murder» attire plus de 600 000 téléspectateurs. Ni cet émission ni ses nombreux clones à la télévision étrangère n'ont jamais permis de résoudre le moindre cas de meurtre. Même si l'un des médiums finissait par fournir une aide réelle quelconque, il ne s'en suivrait pas automatiquement que ses renseignements auraient été obtenus de façon paranormale. Les sceptiques de Nouvelle-Zélande ont offert 20 000 $ NZ à Kelvin Cruickshank, Sue Nicholson et Deb Webber, de l'émission «Sensing Murder Psychics» s'ils arrivent à démontrer leurs capacités métapsychiques à l'aide d'un simple test. Bien sûr, le million de dollars de la James Randi Educational Foundation leur est aussi offert sous les mêmes conditions (et ce, jusqu'au 6 mars 2010).

Aux États-Unis, Montel Williams a souvent invité Sylvia Browne à son émission afin qu'elle transmette aux membres du public les messages d'êtres chers disparus. Browne commet souvent des gaffes, mais la chose ne semble embarrasser personne, ni elle ni les célébrités qui lui permettent de faire sa propre promotion tout en causant du tort autour d'elle par ses confabulations et ses idées absurdes.

Quelques mois après la disparition de Shawn Hornbeck, onze ans, à Richwood, au Missouri, le 6 octobre 2002, Browne, accompagnée des parents du garçon, est passé en ondes lors de l'émission de Montel pour raconter que Shawn avait été enlevé et tué par un «très grand» homme à la peau sombre portant des tresses rasta, et que son corps avait été jeté entre deux grandes pierres aux angles prononcés. Pures sornettes. On a retrouvé Shawn bien vivant le 12 janvier 2007. Il était captif chez un homme blanc de grande taille, Michael J. Devlin, avec un autre garçon. Devlin devra passer le reste de ses jours en prison pour avoir enlevé les deux jeunes et avoir abusé d'eux pendant plusieurs années. Browne prétend qu'elle a quand même vu juste parce qu'elle a deviné qu'un homme du nom de «Michael» était impliqué.

Les parents de Shawn sont également passés à la télé avec le prétendu médium James Van Praagh, qui leur a dit voir une personne travaillant dans une usine de wagons de chemin de fer, et que le corps était peut-être dissimulé dans un tel véhicule. Pourtant Devlin travaillait dans une pizzéria et vivait dans un appartement avec ses victimes.

Jouer les médiums, c'est l'escroquerie rêvée. Tant qu'on refuse d'être testé dans des conditions contrôlées, impossible de prouver la fraude. Peu importe les affirmations qu'on fait - qu'elle s'avèrent vraies ou fausses, ou qu'elles soient trop vagues pour qu'on les évalue - personne ne pourra montrer que vos pensées ou vos messages ne sont pas venus du monde des morts. Et peu importe que les probabilités à ce sujet soient négligeables. Tant qu'il y aura des gens pour croire qu'il y a une vie après la mort, l'exploitation sans scrupule du deuil se poursuivra, menée par des escrocs religieux comme des guérisseurs, mais aussi par l'industrie du divertissement, qui se moque bien du mal qu'elle fait, tant que les émissions de télé ont de bonnes cotes d'écoute et que les commanditaires sont prêts à cracher les dollars.

Devrait-on interdire les émissions montrant des gens qui prétendent posséder des capacités métapsychiques leur permettant de recevoir des messages des morts, de retrouver des personnes disparues ou de résoudre des meurtres? Bien sûr que non! Devrait-on empêcher les producteurs de telles émissions, dont certains semblent croire à leur contenu (comme Kelsey Grammer), d'exposer leurs croyances improbables comme s'ils s'agissaient de vérités attestées? Bien sûr que non! Ces émissions devraient-elles être précédées d'un avertissement disant que les médiums emploient en fait des moyens tout à fait ordinaires dans leurs activités? Non!

Devrait-on critiquer davantage ces émissions? Absolument! Notre police devait-elle en connaître plus long sur la tromperie, la lecture à froide et la validation subjective? Tout à fait! Les journalistes devraient-ils faire preuve de moins de complaisance? Oui! Les sceptiques devraient-ils se dire que puisqu'il y a peut-être au moins un authentique médium quelque part dans le monde, il faut continuer de le chercher et de tester les médiums? NON! On doit garder l'esprit ouvert, sans doute, mais sous aucun prétexte n'oublier plus de 150 ans d'enquête scientifique et de preuves (ou d'absence de preuves, dans ce cas-ci) qui ont montré au-delà de tout doute raisonnable que derrière chaque affirmation d'un médium, il y a toujours une explication plus prosaïque. La simple possibilité qu'existent des capacités métapsychiques ne constitue pas une assez bonne raison de dire qu'il faut mettre touts les médiums de la planète à l'épreuve juste au cas. Si ces capacités existaient réellement, on le saurait depuis belle lurette. La démonstration aurait été incontournable et la discussion ne serait pas nécessaire.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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