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Guérison par la foi

(Fidéisme thérapeutique)

La prodigieuse influence de l'imagination dans la guérison des maladies est bien connue. Un mouvement de la main, un coup d'œil déclencheront une crise chez un patient fragile et crédule ; et une boulette de pain, prise avec suffisamment de conviction, entraînera la guérison mieux que ne le feraient tous les médicaments de la pharmacopée.
L'effet placebo et la variabilité au cours du temps de la douleur de toute affection douloureuse agissent ensemble pour engendrer la profonde illusion qu'un guérisseur par la foi ou un charlatan a accompli une guérison.
Terence Hines

 
Une femme qui nous était très proche, souffrant d'un cancer du poumon, désirait tellement croire qu'elle était guérie [par Benny Hinn] qu'elle a cessé de voir son cancérologue. C'est par nous qu'il a appris sa mort.
Antony Thomas dans son documentaire « Les miracles en question » *

 

La guérison par la foi participe d'une pensée magique engageant un guérisseur et un patient qui (a) croient tous deux dans le pouvoir de guérison des esprits ou d'autres mystérieux processus ; (b) consciemment ou inconsciemment, le guérisseur suggestionne le patient dans la croyance qu'il ou elle a guéri l'affection du patient par la prière, par des gestes de la main (pour dégager, décharger, rétablir, etc., quelque « énergie » immatérielle), ou par quelque autre rituel ou produit insolite ; et (c) le patient confirme la guérison en montrant qu'elle a réussi, en marchant sans appareil pendant un court moment, en respirant librement, en déclarant ressentir un soulagement de sa douleur, ou remerciant simplement le guérisseur pour cette « guérison miraculeuse. » En outre, la guérison par la foi peut survenir à distance. Le patient et le guérisseur n'ont pas besoin de se rencontrer, puisque les processus qui se produisent sont censés dépasser les limites de l'espace et du temps. Le guérisseur n'a pas besoin de signes objectifs (tels que des examens médicaux) de la maladie ou de la guérison. Toutefois, s'ils existent et soutiennent la cause, tant mieux. Par exemple, des examens scanographiques ou des radiographies montrant une réduction de la masse tumorale sont les bienvenus, même si l'image de « masse sombre » du premier examen scanographique « était simplement due à une mauvaise réalisation de l'examen » (Randi 1989 : 291-292).

Quand une prétendue guérison par la foi survient dans un contexte religieux, on dit généralement que c'est un miracle. Ceux qui ont vérifié ces affirmations n'ont pas découvert un seul cas qui ait résisté à l'investigation et qui n'aurait pu être expliqué que par un événement surnaturel. (Mackay 1841; Rose 1968 ; Nolen 1974 ; Randi 1989 ; Nickell 1993 ; Hines 2003 ; Barrett 2003).

Certaines prétendues guérisons par la foi sont entachées de fraude, comme dans le cas de Marjoe Gortner et Peter Popoff (Randi 1989 : 139-181). Peter Popoff affirmait recevoir des messages de Dieu alors qu'en fait il les recevait de sa femme par l'intermédiaire d'un écouteur (Randi 1989 ; « Les Secrets des Médiums »). Mme Popoff prenait ses informations sur les formulaires remplis par les croyants qui assistaient aux séances de guérison par la foi. Marjoe Gortner avait été élevé par des parents évangélistes pour devenir un escroc. Il commença sa carrière à l'âge de 3 ans et continua à tromper les malheureux pendant plus de deux décennies jusqu'à sa confession complète dans un documentaire.

Quelques présumées guérisons correspondent à des erreurs de diagnostic qui n'ont nul besoin de guérison, encore moins d'une guérison miraculeuse. Certaines procèdent du sophisme post hoc : une guérison, quelle qu'en soit la raison, est attribuée à la foi alors que la seule preuve avancée est le fait qu'elle soit survenue après la séance avec le guérisseur.

Il n'y a pas besoin de remède dans la plupart des cas de guérison par la foi, étant donné que l'état de la plupart des patients s'améliorera même sans aucun traitement (Hines 2003). Quelques maladies graves tels le cancer et la sclérose en plaques voient s'atténuer leurs manifestations, pendant des mois ou des années pour des raisons qui nous échappent (Nickell 1993 : 134). Il existe une « impressionnante variété... d'affections, depuis la lombalgie jusqu'à la cécité hystérique, qui sont connues pour être particulièrement sensibles au pouvoir de la suggestion ». La « condition essentielle des effets thérapeutiques » est « la foi du patient en la promesse du praticien. » Et avoir une attitude positive semble accroître les facultés de guérison de l'organisme (Nickell 1993 :134).

La majorité des guérisons par la foi sont couronnées de succès à cause de la coopération du guérisseur et du patient. Agir de concert, avoir foi au traitement, désirer ardemment que celui-ci réussisse, non seulement peut soulager la tension et entraîner les effets thérapeutiques d'une puissante suggestion, et peut amener le patient à porter un témoignage exagéré et même faux dans sa volonté d'aller mieux et de plaire au guérisseur. Le pouvoir de la validation subjective est énorme et essentiel pour beaucoup, sinon la plupart, des guérisons par la foi.

Le guérisseur par la foi ne peut pas perdre. Tout traitement qu'il ou elle donne est hautement susceptible d'entraîner l'adhésion. La plupart des patients vont confirmer le bien-fondé de leur traitement. Il n'y aura pas de suivi, donc il n'aura pas d'échec embarrassant. Il est probable que le guérisseur soit comblé de marques de reconnaissance. Il ne faut pas s'étonner alors que le guérisseur en arrive à croire que sa méthode, que soient invoqués Dieu ou la force vitale ou quelque autre entité mystérieuse, agit réellement. Même des échecs manifestes peuvent être imputés aux patients pour n'avoir pas eu assez foi en Dieu ou dans la méthode de guérison, ou encore pour n'avoir pas pleinement coopéré. Ainsi, beaucoup de patients ont peur de reconnaître qu'ils ne vont pas mieux, ce qui suggérerait qu'ils manquent de foi ou qu'ils n'ont pas collaboré comme il le fallait. Ils se rendent responsables en cas d'échec du traitement.

Emil Freireich, docteur en médecine, va plus loin. Il déclare, tant qu'un traitement est sans danger soit pour un malade ou pour un bien portant, il « s'avérera toujours efficace pour pratiquement tout patient présentant n'importe quelle maladie grave » (italiques ajoutés ; cité par Randi 1989 : 9). Le patient aspire à la guérison, souhaite la réussite du guérisseur, et peut être abusé en croyant qu'il a été guéri alors qu'il ne ressent qu'un soulagement temporaire causé par la libération d'endorphines. À une séance de guérison par la foi de Kathryn Khulman , une patiente atteinte de cancer se débarrassa de son corset orthopédique et affirma qu'elle était guérie, mais elle mourut deux mois plus tard, des radiographies ayant montré qu'« une vertèbre cancéreuse s'était tassée à la suite des contraintes subies pendant la séance » (Nickell 1998: 135). Un enfant, pour lequel le pronostic médical n'accordait qu'une année de survie, se vit offrir un voyage à Lourdes où sa famille et lui furent convaincus de sa guérison par les eaux miraculeuses, mais il mourut un an plus tard de sa leucémie, ainsi que le pronostic médical l'avait établi. (Nickell 1998 : 151).

On retrouve des récits de guérison miraculeuse par des guérisseurs dans la plupart, sinon toutes, les cultures. Ainsi que le souligne James Randi (1989 : 13), la plupart des religions possèdent

une tradition de guérisons miraculeuses opérées par le contact de personnages de marque, ou celui d'une sainte relique, d'une amulette ou d'un lieu, consacrés par de l'huile sainte ou de l'eau bénite... Comme dans toute magie, il s'agit de pour l'homme de tenter de se rendre maître de la nature au moyen de charmes, d'incantations ou de rituels. Pendant des siècles, son efficacité a été un sujet de controverse ; c'est seulement à présent qu'on commence à comprendre le pouvoir de la suggestion.

En plus de l'explication non miraculeuse donnée ci-dessus, on peut attribuer beaucoup de guérisons à l'effet placebo. Comme le relève Bob Park (2001 : 50-51), les scientifiques

commencent à comprendre, entre le cerveau et le système endocrinien, l'interaction complexe responsable de l'effet placebo.

Les gens ont recours aux guérisseurs

quand ils ressentent une gêne ou quand ils croient que quelque chose ne va pas bien dans leur organisme. C'est-à-dire qu'ils souffrent et qu'ils ont peur. La réponse de cerveau à la douleur et à la peur, cependant, n'est pas de mettre en œuvre les mécanismes de guérison de l'organisme, mais de le préparer à affronter une menace extérieure. C'est une adaptation de l'évolution pour laquelle la priorité absolue est d'éviter toute nouvelle lésion. Les hormones de stress libérées dans le courant sanguin augmentent la respiration, la pression sanguine et la fréquence cardiaque. Ces modifications peuvent en fait s'opposer à la guérison. Le cerveau prépare le corps à l'action ; la guérison doit attendre.

Le calme et l'attitude assurée du guérisseur soulagent la tension nerveuse. Avoir foi dans la méthode de guérison soulage la tension nerveuse. Prier en groupe soulage la tension nerveuse. Soulager la tension nerveuse est le plus gros du travail dans beaucoup de maladies. Étant donné que la plupart des gens guérissent de la plupart des maladies, la visite au guérisseur fortifie la foi du patient dans le guérisseur et sa méthode de guérison.

Bien sûr, il y aura un pourcentage de cas qui ne guériront pas spontanément. Ne pas recourir au traitement médical approprié peut s'avérer mortel dans quelques cas et d'autres cas ne peuvent être soignés même par les meilleurs traitements qui existent. Tous les échecs sont facilement justifiés par une multitude de causes à l'exclusion de l'inefficacité du guérisseur ou de la méthode de guérison.

Certains trouvent une consolation dans d'étranges sortes de guérison par la foi, telle la chirurgie psychique proposée par des personnages comme le Dr Fritz. Ou bien d'autres deviennent partisans de charlatans tels Pat Robertson, Benny Hinn, ou Robert Tilton. Beaucoup de gens croient que ces personnages sont des représentants divins. Ils ont la foi et n'exigent pas particulièrement de preuves quand il s'agit de guérison. Ils n'effectuent pas de suivi et sont prêts à accepter les choses comme elles apparaissent ou telles que les guérisseurs leur présentent. Les croyants affectionnent la déclaration de foi d'Ignace de Loyola : « Pour celui qui croit, aucune preuve n'est nécessaire. Pour celui qui ne croit pas, aucune preuve n'est suffisante. »

D'autres recherchent des traitements « alternatifs » comme l'acupuncture ou l'homéopathie, ou recherchent des guérisseurs new age qui manipulent les énergies, parce que ces guérisseurs ne s'intéressent pas aux hôpitaux, à la chirurgie ou aux médicaments actifs. Ils ont connaissance des complications mortelles de certains traitements de la médecine scientifique et recherchent des d'autres solutions parce qu'ils pensent qu'elles sont plus sûres. Plutôt que d'être soigné à l'hôpital, où l'on pourrait être victime d'une négligence, d'une complication infectieuse ou de l'effet secondaire d'un médicament. Quelques-uns préféreraient tout risquer sur un peu de charabia ronflant et plein d'espoir plutôt que de s'exposer au monde de l'hôpital et des médecins. L'hôpital représente la maladie. En choisissant une voie « alternative » ils pensent choisir la bonne santé et souvent aussi choisir une voie spirituelle. Ou bien ils peuvent être parvenus au bout de leur parcours avec la médecine scientifique. Le guérisseur par la foi est leur dernier espoir.

Enfin, les adeptes de la Science Chrétienne constituent un unique et étrange groupe, soutenant des idées apparemment contradictoires sur la prière et la maladie. D'une part, ils prétendent « que la prière entraîne la guérison de l'anémie, des pathologies articulaires inflammatoires, de la septicémie, des durillons, de la surdité, des troubles de la parole, de la sclérose en plaques, des éruptions cutanées, d'une paralysie totale, des troubles visuels, et de diverses lésions » (Barrett) . D'autre part, la fondatrice de la Science Chrétienne Mary Baker Eddy (1821-1910) croyait à une prière en totale soumission à la volonté d'un Dieu parfait et tout puissant. Elle croyait que tout ce qui arrive ne survient que par la volonté de Dieu. Dans son livre « Science et Santé avec la clé des Écritures » (1875), elle écrivit : « Si les malades guérissent parce qu'ils prient ou qu'on prie pour eux de façon à être entendu, seuls les solliciteurs devraient recouvrer la santé. » *

On connaît plus les adeptes de la Science Chrétienne pour leur refus de recourir à la médecine. Ils croient que la maladie est une illusion provoquée par des croyances erronées et que la prière guérit en remplaçant les pensées vaines par des pensées spirituellement valables. « Les guérisseurs de la Science Chrétienne opèrent en tentant d'argumenter pour ôter les pensées malades de l'esprit de la personne. Les consultations peuvent avoir lieu en personne, par téléphone ou même par courrier. Les individus peuvent aussi parvenir par eux-mêmes aux croyances justes par la prière ou la concentration mentale » (Barrett). Ces consultations ne sont pas gratuites, mais déductibles des impôts.

Le nombre de guérisseurs de la Science Chrétienne et d'enseignants a chuté de 60 % environ au cours des 25 dernières années (Barrett). Les effectifs ont chuté de 10 % environ pendant la dernière décennie du vingtième siècle (* Tableau 69). Il y a à peu près 1800 guérisseurs et enseignants de la Science Chrétienne aux États-Unis et environ 1000 églises. Ainsi est-il prouvé que leur politique de ne pas recourir aux soins médicaux a eu de graves conséquences sur l'espérance de vie, comme on peut s'y attendre selon la sélection naturelle.

 

 

 

Notes du traducteur :

1 - Alexis Carrel, prix Nobel de médecine en 1912, a fait paraître en 1944 (année de sa mort) un ouvrage intitulé « La prière » dans lequel il écrit :

Le bureau médical de Lourdes a rendu un grand service à la science en démontrant la réalité de ces guérisons. La prière a parfois un effet pour ainsi dire explosif. Des malades ont été guéris presque instantanément d'affections telles que lupus de la face, cancer, infections du. rein, ulcères, tuberculose -pulmonaire, osseuse ou péritonéale. Le phénomène se produit presque toujours de la même manière. Une grande douleur. Puis le sentiment d'être guéri. En quelques secondes, au plus quelques heures, les symptômes disparaissent, et les lésions anatomiques se réparent. Le miracle est caractérisé par une accélération extrême des processus normaux de guérison. Jamais une telle accélération n'a été observée jusqu'à présent au cours de leurs expériences par les chirurgiens et les physiologistes.[1]

2 - Une étude récente de l'American Heart Jounal [2] montre les effets négatifs de la prière [3] ; les auteurs reconnaissent que ces résultats contredisent des études antérieures, mais concluent prudemment : « Nous n'avons pas d'explication évidente pour l'augmentation du nombre de complications chez les patients qui savaient que l'on priait pour eux. » Il faut souligner que ce travail a été financé en grande partie [4] par la fondation Templeton, dont l'un des objectifs est de « concilier la science avec la religion ».

3 - Une autre étude de la revue américaine Pediatrics [5] montre que nombre d'enfants décédés de diverses pathologies auraient eu de grandes chances de survie ou même de guérison si leurs parents avaient eu recours aux soins médicaux plutôt que de s'en remettre à leur foi [6].

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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