| Faux dilemme | |
(Fausse dichotomie)
Raisonnement fallacieux dans lequel on omet d'étudier tout l'ensemble des solutions raisonnables. Ce qu'ont fait passer pour un véritable dilemme (une alternative absolue) possède en fait des solutions multiples. Par exemple, devant une personne prétendant posséder des pouvoirs métapsychiques, on poserait un faux dilemme en disant: ou il s'agit d'un fraudeur, ou il s'agit d'un véritable médium. Comme il ne s'agit pas d'un fraudeur, ce doit donc être un véritable médium. Il y a pourtant une autre explication possible: la personne se croit véritablement médium, mais ne l'est pas. Aux yeux de certains, les Sylvia Browne, John Edward ou James Van Praagh peuvent bien passer pour des médiums, mais s'ils ne le sont pas, ce n'est pas nécessairement qu'ils fraudent. Peut-être sont-ils véritablement persuadés de pouvoir communiquer avec d'autres dimensions. Autrement dit, ils prennent des vessies pour des lanternes. Non, ce ne sont pas des malades mentaux, mais leurs fausses croyances sont si profondément ancrées en eux qu'aucune preuve, aucun argument ne pourra les convaincre de leur erreur. Il est toujours possible qu'une personne se persuade d'être un médium après avoir connu une expérience qui lui paraît inexplicable. Cette incapacité d'y voir autre chose qu'un événement paranormal peut être renforcée par l'entourage. Cette interprétation erronée et les encouragements reçus d'autrui peuvent la pousser à croire qu'elle possède un «don». Ce qui n'est en fait que pure coïncidence pourra lui sembler le signe de sa propre clairvoyance. Il pourrait s'agir d'une personne très sensible, capable de comprendre les besoins d'autrui rapidement et efficacement, ce qui ferait croire qu'elle possède des pouvoirs paranormaux. Fine observatrice, elle pourrait être experte à décoder le langage corporel ou à relever inconsciemment des indices très subtils, tels des mouvements des yeux ou du corps quasi indétectables, susceptibles de communiquer de l'information. À la longue, des gens pourraient lui demander de parler de ce qu'elle voit ou ressent, en espérant qu'elle établira un contact avec l'avenir ou les défunts. Obligeante, elle dira des choses comme: «Il vous remercie pour la musique», «Je vois de l'argent arriver bientôt», ou encore «Votre frère est sur le point de changer sa vie de façon importante». Comme souvent dans de tels cas, ses interlocuteurs injecteront le sens qui fait le plus leur affaire dans ces phrases. Par ce processus, à la fois sa croyance et la leur se trouveront renforcées. Il s'agit là de la dynamique fondamentale - souvent très puissante et chargée d'émotion - que l'on retrouve à l'œuvre entre le médium et le client qui croit en ses pouvoirs. L'effet peut être contagieux, à tel point que le médium n'a qu'à lancer une phrase pour que son client ou sa cliente soit tout de suite persuadé qu'il vient d'entrer en communication avec l'esprit de sa fille décédée, par exemple. Dans notre éventail de possibilités, il y a donc, outre le fait que la personne puisse être un véritable médium ou un fraudeur, celle qu'elle soit victime de sa propre imagination. Sa capacité de convaincre autrui de la réalité de ses pouvoirs ne s'en trouve aucunement diminuée. En fait, elle s'en trouve renforcée. En croyant en ses pouvoirs, et en recevant énormément de renforcement positif des gens autour d'elle, elle devient plus confiante, plus certaine de son don. Lorsqu'elle dit quelque chose de clairement erronée, ou lorsque son client n'arrive pas à déchiffrer ses affirmations, elle se dit que ces pouvoirs n'ont rien d'infaillible, ou bien que c'est elle qui a raison et que son client ne coopère pas ou ne se concentre pas assez. Avec le temps, elle pourrait devenir experte dans toutes sortes de techniques de lecture à froid, sans même savoir ce dont il s'agit. Encore une fois, cette personne n'est ni stupide ni folle, mais un sceptique aura toutes les difficultés au monde à la convaincre que ce qu'elle fait ne constitue pas une preuve de capacités médiumniques. Voici un autre exemple de faux dilemme: Ou bien l'univers est le fruit du hasard, ou il résulte d'une pensée intelligente. Comme il n'est pas le fruit du hasard, il a été produit par une pensée intelligente. Pourtant, il existe une autre possibilité. L'univers semble avoir été produit par une intelligence, sans que cela ne soit le cas. L'univers a toujours existé sous une forme ou une autre; il a pris l'aspect que nous lui connaissons avec le temps en raison d'un ensemble de facteurs accidentels régis par des lois et des constantes inhérentes. L'exemple précédent comporte une variante: l'alternative voulant que toute chose possède une raison ou que tout arrive au hasard. Pourtant, même les variations dites aléatoires de l'évolution se sont produites pour diverses raisons. On entend souvent dire également que si ce n'est pas l'évolution qui est vraie, alors il faut croire au dessein intelligent. Et si une intelligence suprême quelconque avait décidé de recourir à l'évolution pour guider la vie sur Terre? En fouillant un peu, on constate que les exemples de faux dilemme abondent: L. Ron Hubbard affirmait que si ce n'étaient pas les cellules qui étaient douées de sensibilité, alors l'âme humaine pénétrait « les spermatozoïdes et les ovules lors de la conception » (La Dianétique, p. 71). Ces deux théories pourraient être fausses, et le sont probablement. Autre exemple: Ou bien le témoin a vraiment vu un vaisseau spatial extraterrestre ou il ment. Et s'il se trompait, tout bêtement? Et un autre: Ou cette personne a vraiment été enlevée par des extraterrestres, ou elle est folle. Or elle n'est pas folle. L'explication la plus probable est donc qu'elles a été enlevée par des extraterrestres. Pas besoin d'être fou pour croire des choses insensées. Et un petit dernier: Ce «scepticisme» auquel vous tenez tant est-il fondé sur des faits prouvés scientifiquement ou sur des motifs personnels cachés?
Source : skepdic.com |
Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Faux dilemme
