Effet tiroir

Tendance qu’ont certains chercheurs d’oublier les études aux résultats négatifs au fond de leurs tiroirs. Par résultat négatif, on entend l’absence de résultats statistiquement significatifs ou de lien causal, pas un résultat qui nous touche de façon négative. Il peut également s’agir de résultats contraires à ceux des recherches antérieures, ou contraires aux attentes du chercheur.

Ne publier que des recherches aux résultats positifs donne une idée fausse du sujet étudié, surtout si une méta-analyse est effectuée.

On a beaucoup critiqué la parapsychologie parce que ses chercheurs ne tenaient pas compte des études aux résultats négatifs. En 1975, l’American Parapsychological Association a établi une politique officielle interdisant de privilégier les résultats positifs lors de la publication d’études.

On ne semble pas s’être beaucoup penché sur cette pratique. Brian Martinson, chercheur auprès de la HealthPartners Research Foundation, a mené une étude (publiée en juin 2005) pour le journal scientifique Nature. Martinson et ses collègues ont envoyé une enquête à des milliers de scientifiques financés par les National Institutes of Health (qui commandaient l’étude) et ont reçu 1768 réponses comportant des données utilisables à partir de 3600 enquêtes postées à des scientifiques en milieu de carrière. Ils ont également reçu 1479 réponses comportant des données utilisables à partir des 4160 enquêtes envoyées à des scientifiques en début de carrière (Martinson et autres, 2005). On permettait aux répondants de conserver l’anonymat. Six pour cent d’entre eux ont reconnu avoir «rejeté des données parce qu’elles contredisaient leur recherche antérieure». Et plus de 15 % ont reconnu avoir fait fi d’observations parce qu’ils avaient «la conviction profonde» qu’elles étaient inexactes.* Les auteurs de l’enquête écrivent:

notre approche permet certainement de songer à l’existence d’un biais de non-réponse. Les scientifiques qui s’en sont montrés coupables étaient peut-être susceptibles de répondre moins souvent que les autres à notre enquête, sans doute parce qu’ils craignaient d’être découverts et sanctionnés. Ce fait, combiné avec celui qu’il y a probablement eu sous-déclaration des écarts de conduite parmi les répondants, tend à montrer que nos estimations des comportements délinquants demeurent prudents.

 

Voir également: Méta-analyse.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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