Arthur Ford

(1896-1971)

Médium du début XXe siècle spécialisé dans la clairaudience précurseur des Sylvia Browne, James van Praagh, John Edward, Allison DuBois et de la horde de tous ceux qui font leur pain et leur beurre sur le dos des crédules et des endeuillés. Fondateur de la Première Église spirite de New York (Williams 2000, p. 117), il a prétendu, en 1929, avoir obtenu le code secret que le magicien et artiste de l'évasion Harry Houdini et son épouse avaient adopté pour faire savoir à l'éventuel conjoint survivant du couple s'il y avait ou non une vie après la mort. Il s'agissait du même code que le couple employait pendant son numéro de mentaliste, pratique commune chez les artistes de variétés de l'époque.

Houdini est décédé le jour de l'Halloween 1926. Plus tard, son épouse Beatrice (Bess) offrit 10 000 $ à toute personne pouvant transmettre un message authentique venant de l'esprit de son mari. Chaque Halloween, au cours des dix années suivantes, elle tint une séance dans l'espoir, toujours déçu, que son esprit se manifeste.* Le 8 février 1928, Fletcher, le «guide spirituel» du révérend Ford affirma avoir reçu le message «Pardonner», non pas de Houdini, mais de la mère de ce dernier. Bess écrivit à Ford que son mari avait «attendu en vain toute sa vie» ce mot de la part de sa mère (Christopher 1975, p. 126). Le message de Ford ne venait pas nécessairement du monde des esprits, toutefois: en 1927, Bess avait dit à un journaliste du Brooklyn Eagle que Houdini avait vivement désiré recevoir un message de sa mère, et qu'une communication authentique comprendrait certainement le mot «Pardonner» (Christopher, p. 126).

Bess et Harry Houdini

En janvier 1929, Francis Fast, un complice de Ford, annonça avoir dit à Mme Houdini que Ford était prêt à révéler le code secret. Malheureusement, Bess n'était pas en très grande forme. Non seulement était-elle tombée en bas d'un escalier une semaine plus tôt, mais elle souffrait également d'une terrible grippe (Christopher, p. 127). Selon un reporter du New York Evening Graphic, Rea Jaure, Mme Houdini était plongée dans un «quasi délire» par sa maladie et les médicaments qu'on lui administrait. Malgré tout, elle permit que Ford tienne une séance chez elle, le 8 janvier. Durant cette séance, Fletcher affirma avoir reçu un message de Houdini qui disait: «Rosabelle, réponds, dis, prie, réponds, regarde, réponds, réponds, dis». Selon Fletcher, le message en clair était «Crois». Bess confirma ce sens devant témoins. Fletcher, toujours au nom de Houdini, répudia ensuite la croisade de ce dernier contre la fraude chez les médiums. Son travail accompli, Houdini s'est apparemment volatilisé pour ne plus jamais reparler par la bouche de Fletcher. (Ford n'utilisera plus Houdini de nouveau, mais d'autres médiums invoqueront son esprit selon leurs propres besoins.)

Bess Houdini confirma publiquement que seuls Houdini et elle connaissaient le code. Pourtant, il avait été rendu public l'année précédente par Harold Kellock dans son livre Houdini, His Life-Story (Harcourt, Brace and Company, 1928). Quoi qu'il en soit, Ford et ses complices firent signer à Mme Houdini un document «qu'elle n'avait pas rédigé elle-même» disant que Ford avait bel et bien obtenu le vrai sens du message (Christopher, 129). L'avocat de Bess, B.M.L. Ernst, écrivit: «En ce qui a trait au prétendu message de Ford (...) lorsque Mme Houdini a signé un document l'authentifiant, elle était confinée au lit après une chute, prenait des médicaments et n'était pas en position de savoir ce qu'elle faisait» (Christopher, 130).

Le 9 janvier, lendemain de la séance, le New York World citait les propos de Mme Houdini:

Je n'avais aucune idée du choix des mots qu'utiliserait Harry, et quand il a dit «Crois», j'ai été surprise.

Elle s'attendait à un message de dix mots de Houdini, tout en ignorant ce que serait ce message (Christopher, 130).

Le 10 janvier, Edward Churchill, du New York Evening Graphic, déclara que la séance tenue par Ford n'avait été qu'une monumentale supercherie. Ford lui-même avait reconnu que c'était Mme Houdini qui lui avait donné le code secret de son mari. Rea Jaure, qui avait rédigé l'article original sur la séance, invita Ford à son appartement le lendemain et lui révéla être en possession d'une lettre que les complices de Ford avait remise à Mme Houdini deux jours avant la séance, et dans laquelle figuraient les dix mots que l'esprit était censé avoir transmis à Fletcher. Jaure, Churchill et William Plummer déclarèrent sous serment que Ford avait offert de l'argent à Jaure pour qu'elle «joue le jeu», tout en reconnaissant qu'il n'avait pu obtenir le code des esprits. Churchill et Plummer, l'éditeur en chef du Graphic, se trouvaient aussi dans l'appartement de Jaure, dans une autre pièce où ils pouvaient entendre la conversation.

Ford, cependant, nia tout en bloc: il n'était jamais allé à l'appartement de Jaure; toute cette histoire n'était qu'une «tentative de chantage» afin que Mme Houdini remette des lettres de Charles Chapin, un ancien éditeur du New York World qui purgeait une peine de prison à vie à Sing Sing pour le meurtre de sa femme. Bess Houdini a également rédigé une lettre, publiée par le Graphic, disant qu'elle n'avait pas remis le code à Ford.

Dans le numéro d'avril 1929 de Science and Invention, Jaure fit publier une copie de la lettre que les complices de Ford avaient fait signer à Mme Houdini, de même qu'un diagramme de l'appartement de Jaure montrant où Churchill et Plummer s'étaient dissimulés. Ford n'insista pas et n'empocha pas les 10 000 $.

Bess Houdini, pour sa part, «désavoua le message de Ford à de nombreuses reprises avant sa mort en 1943», attribuant son association avec Ford à son «cerveau malade».

Il y a eu un temps où je désirais intensément recevoir un signe de Harry. J'étais malade, à la fois physiquement et mentalement, et mon désir était tel que les spiritistes ont réussi à l'exploiter et à me faire croire qu'ils avaient vraiment eu de ses nouvelles (Christopher, p. 134).

L'exécuteur testamentaire littéraire de Ford, William V. Rauscher, et son biographe, Allen Spraggett, découvrirent plus tard des preuves concluantes que la séance chez Mme Houdini avait été truquée (Williams 2000, p. 118).

Grâce à sa «supercherie monumentale», Ford devint le plus célèbre médium des États-Unis, de même que le chouchou de retraites spirites comme Camp Chesterfield et Lily Dale. Il a dupé de nombreuses personnes, y compris Upton Sinclair, l'évêque James A. Pike et Ruth Montgomery. Il était connu pour les dossiers fouillés qu'il conservait sur ses clients potentiels. Il commençait ses recherches par le Who's Who; une fois qu'il avait identifié l'école ou le collège d'un client prospectif, «il était facile de tirer des renseignements convaincants d'annuaires et de publications semblables» (Christopher, p. 144). Il a pu ainsi convaincre bien du monde qu'il savait sur eux des choses qu'il était censé ignorer. Ses clients, dont beaucoup cherchaient désespérément à communiquer avec leurs chers disparus, n'étaient souvent pas très critiques et se montraient prêts à croire Ford, qui affirmait recevoir ses renseignements du monde des esprits. Ford a sans doute été le médium le plus zélé du milieu, mais les stars médiumniques d'aujourd'hui montrent bien que la recherche fouillée n'est plus nécessaire pour duper les spiritistes modernes.

Ford affirmait passer par un guide spirituel, Fletcher, pour obtenir ses messages du monde des morts, et il effectuait des recherches fouillées pour découvrir des secrets sur ses clients. On peut y voir un progrès par rapport à ses prédécesseurs, qui devaient compter sur des pièces plongées dans l'obscurité, des trompettes flottant dans les airs et de la tulle sortant comme par magie de différents orifices du corps (voir ectoplasme) afin de prouver à leurs clients que des esprits grouillaient autour d'eux. Les spécialistes contemporains de la clairaudience semblent avoir évolué encore davantage, puisqu'ils se dispensent maintenant d'intermédiaires entre eux-mêmes et les milliards de défunts. Ils ont également découvert qu'ils n'avaient pas à en savoir beaucoup à propos de leurs clients pour les emberlificoter. On pourrait croire que les clients de Fletcher étaient moins critiques que les générations antérieures de spiritistes, qui exigeaient des signes tangibles, empiriques. Apparemment, le déclin de la pensée critique s'est accéléré à un point tel, dans le domaine, que pour réussir, les médiums n'ont qu'à jeter quelques mots, vagues à souhait, pour déclencher chez les clients en deuil un torrent de larmes ou une euphorie cataleptique. La lecture à chaud ne sert à rien quand les clients sont si désireux de plaire au médium et de réussir à établir un contact. Il suffit de lancer quelques bribes d'information pour que la validation subjective fasse son effet. Et si jamais la tâche s'avère trop ardue, devenez médium animalier. Vous pourrez dire tout ce que vous voudrez et rationaliser vos erreurs sans crainte qu'un jour votre exécuteur testamentaire littéraire révèle au monde que vous êtes un fraudeur.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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