Libre penseur

Celui ou celle qui maintient que la science, la logique et la raison devraient constituer le fondement de toute opinion, plutôt que la foi, l'autorité, le dogme ou la tradition. Les libres penseurs préconisent la séparation de l'Église et de l'État, et s'opposent aux ultrafondamentalistes religieux, qui désirent remplacer les gouvernements laïques par une autorité fondée sur la révélation divine.

Le terme n'a pas toujours eu bonne presse. Dans l'Europe du XVIIe siècle, par exemple, il servait à désigner toutes sorts de groupes non chrétiens. Une sommité de l'époque, l'évêque britannique Edward Stilling Fleet (1635-1699), en a fait un usage aussi abondant que péjoratif, habituellement pour désigner les personnes qui contestaient l'origine divine de la Bible, mais aussi des croyances chrétiennes traditionnelles comme la Trinité (Dieu est trois personnes dans une) ou l'Incarnation (Jésus était à la fois humain et divin). Le terme s'appliquait également à des athées comme Thomas Hobbes et Baruch Spinoza, et on y associait le qualificatif de «socinianiste» pour parler des déistes ou des unitaristes. Ses ennemis auraient typiquement décrit John Toland, auteur de Christianity Not Mysterious [Christianisme sans mystère] (1696), comme un libre penseur. Il semble bien que, dans le monde anglophone, Anthony Collins ait rédigé la première apologie des libres penseurs, dans laquelle le mot n'est plus donné comme une abomination (A Discourse of Freethinking, occasionned by the Rise and Growth of a Sect called Freethinkers, 1713).

D'un point de vue historique, beaucoup de libres penseurs étaient déistes ou agnostiques plutôt qu'athées. Ils partageaient néanmoins l'opinion de ces derniers au sujet de l'autoritarisme, du dogmatisme, et souvent des croyances et pratiques irrationnelles des religions organisées.

Aux États-Unis, les libres penseurs et chrétiens dogmatiques ont croisé le fer dès la naissance du pays (voir Jacoby, 2004). Les libres penseurs y ont toujours insisté pour que la raison plutôt que les Écritures servent de base aux valeurs et actions de chacun. Ethan Allen (Reason the Only Oracle of Man, 1794) et Thomas Paine (The Age of Reason, 1804) sont de bons exemples des premiers libres penseurs étasuniens. Le titre pourrait également s'appliquer à Thomas Jefferson, James Madison, Benjamin Franklin, Robert Ingesoll, William Lloyd Garrison, Elizabeth Cady Stanton (auteure de Woman's Bible), Ernestine Rose et Clarence Darrow.

Plus souvent que les chrétiens fondamentalistes, ce sont les libres penseurs qui ont lutté pour l'abolition de l'esclavage, le droit de vote des femmes et les libertés civiles. Ironiquement, ils ont aussi beaucoup milité en faveur des libertés religieuses. Aux É.-U., à l'avant-garde de cette lutte, on retrouve l'Union pour les libertés civiles américaines, groupe universellement honni par les fondamentalistes, les conservateurs et tous les esclaves de la tradition et de la foi irrationnelle qui désirent imposer leurs croyances au reste de la société.

 

 

Libres penseurs dans l’histoire du Québec, La mémoire volée, par Daniel Laprès

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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