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Casque de Dieu

(ou Casque de Koren)

Nom donné à un appareil employé par Michael Persinger, chercheur en neurosciences cognitives de l'Université laurentienne de Sudbury, en Ontario. On s'en sert au cours d'expériences portant sur les sensations qu'éprouvent des sujets exposés à de très faibles champs magnétiques produits à proximité de leurs lobes temporaux. L'appareil même est un casque de motoneigiste auquel on a posé des solénoïdes, des bobines cylindriques produisant un champ magnétique lorsqu'on y fait passer un courant électrique. Les champs magnétiques que dégage ce genre de dispositifs sont environ aussi puissants que ceux d'un sèche-cheveux conventionnel, bien qu'ils soient d'un type différent.

L'appareil tire son surnom du fait que certains sujets ont éprouvé des « expériences mystiques » en le portant. Persinger croit que ses travaux font avancer les connaissances dans le domaine de la neurothéologie, soit la recherche d'une corrélation entre des choses comme les zones colorées que révèle l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ou l'exposition à un champ magnétique, et des sensations subjectives que certains disent « spirituelles » ou « mystiques ». Même des témoignages à propos de « sensations de présence » éthérées ou d'expériences extra-corporelles sont jugés « spirituels » par quelques chercheurs en neurothéologie. (Certains intègrent même la recherche de corrélations entre l'usage de psychotropes et de telles expériences subjectives dans leur champ d'étude.)

Si de faibles champs magnétiques stimulent les lobes préfrontaux et causent des expériences « spirituelles », on pourrait penser que chaque jour l'exposition accidentelle à une impulsion magnétique quelconque plongerait en extase quantités d'hommes et de femmes. Quoi qu'il en soit, Persinger poursuit ses recherches là-dessus depuis une quinzaine d'années, et plusieurs rapports affirment que 80 % de ceux qui ont porté le casque ont eu des expériences insolites. (Le Dr Sarah Strand en a parlé lors de sa conférence au SkeptiCal de 2012. Plusieurs liens dans Internet, y compris un article de Wikipedia sur le casque qui mène à une entrevue de la BBC avec Richard Dawkins, reprennent cette statistique.) Il se peut que 80 % de ceux qui ont essayé le casque - dans les conditions décrites plus loin - aient fait des expériences que certains considèrent comme « mystiques », « spirituelles » ou « paranormales ». Le problème, pourtant, c'est l'absence de preuves solides que de telles expériences sont causées par les impulsions magnétiques venant du casque.

Dans un article de 1999 pour le magazine Wired, Jack Hitt a donné une description détaillée de l'expérience de Persinger, à laquelle il s'est soumis lui-même. (Richard Dawkins a également décrit ce processus.) À son arrivée au laboratoire, Hitt s'est fait accueillir par un étudiant diplômé qui lui a posé « une série de questions auxquelles je devais répondre par vrai ou faux. Il s'agissait d'une vieille version de l'inventaire multiphasique de la personnalité du Minnesota, test devant servir à déceler chez moi toute forme de bizarrerie caractérielle pouvant me disqualifier en tant que sujet ». Après qu'on l'eut décrété « normal », on a mené Hitt à une « salle »:

une cabine autrefois destinée aux expériences en acoustique. Le réduit ne semble pas avoir été redécoré depuis sa construction au début des années 1970. La majeure partie en est occupée par un fauteuil inclinable brun passablement fatigué, recouvert d'un inconfortable tissu d'époque en polyester, trônant sur un tapis peluche brun et blanc tout effiloché, entre de grands haut-parleurs recouverts de nylon noir scintillant accrochés aux murs. Le fauteuil est franchement repoussant. Des centaines de sujets se sont frottés à son tissu irritant, et ses contours bruns sont incrustés de résidus du gel conducteur dont on enduit les électrodes, ce qui donne au siège l'aspect d'un perchoir fréquenté par une joyeuse colonie de goélands.

Arrive Persinger, qui bavarde avec Hitt le temps qu'on lui pose le casque sur la tête. Hitt demande si quelqu'un a déjà paniqué au cours de l'expérience, et Persinger lui décrit la « réaction indésirable » d'un sujet qui croyait la cabine hantée. L'inventaire multiphasique n'est sans doute pas infaillible. D'après ce que Persinger raconte, il semble évident que le sujet est relié à un électrocardiographe et un électroencéphalographe. Et c'est là où le bât blesse. Le sujet sait ce que Persinger croit faire. Il sait à quoi s'attendre, et Persinger le conditionne en lui disant ce qu'il devrait ressentir.

D'un point de vue technique, ce qui va se passer est simple. En utilisant des champs électromagnétiques à longueurs d'onde fixes, Persinger cherche à faire éprouver à ses sujets la sensation d'une présence - mais il affirme pouvoir également provoquer de l'euphorie, de l'anxiété, de la peur, et même une excitation sexuelle. Chacun de ces champs est représenté par des colonnes de chiffres - des milliers, allant de 0 à 255 - qui correspondent aux degrés de puissance des salves électromagnétiques.
 
Certaines des salves - que Persinger appelle plus précisément « une série de schémas complexes et répétitifs, dont la fréquence est modifiée de façon variable dans le temps » - génèrent l'effet attendu avec une grande régularité, comme l'aspirine atténue immanquablement la douleur. Persinger leur a donné des noms, et s'est constitué une espèce de répertoire pharmacologique des champs magnétiques. Celui qui donne une sensation de présence s'appelle l'impulsion Thomas, du nom d'Alex Thomas, le collègue de Persinger qui l'a créé. Il y a aussi l'impulsion X, qui reproduit ce que Persinger décrit comme une sensation de « détente et de sympathie ».
 
Une création récente, l'impulsion génétique Linda, a été nommée en l'honneur de la psychométricienne Linda St-Pierre. D'après Persinger, St-Pierre mène une étude de grande envergure sur des rats pour déterminer comment une exposition prolongée à certaines impulsions électromagnétiques peut « avoir un effet sur l'expression des gènes ».

Après avoir conditionné son sujet, Persinger le laisse, en refermant derrière lui la porte de la cabine. Le sujet demeure seul dans l'obscurité et le silence, les yeux couverts par des balles de tennis de table coupées en deux. Hitt demeure dans cette salle de privation sensorielle improvisée pendant 35 minutes. Un microphone-boutonnière doit lui permettre de demander à sortir avant la fin de l'expérience, au besoin.

Qu'a fait Persinger pour s'assurer que les expériences subjectives rapportées par ses sujets étaient le fait des impulsions magnétiques plutôt que l'effet conjugué de la privation sensorielle et du conditionnement? Apparemment, rien. Persinger affirme toutefois que certains de ses essais étaient à double insu, et que ses sujets ne savaient pas à quoi s'attendre. En outre, dit-il, il lançait ou coupait ses impulsions magnétiques sans prévenir ses sujets.

On peut se montrer encore plus sceptique à propos de l'interprétation que fait Persinger de son travail quand on constate qu'il est le seul à avoir obtenu les résultats dont il fait état. Personne n'a pu répéter ce qu'il a fait. Il y a bien eu une tentative, apparemment avec l'approbation de Persinger relativement aux protocoles à utiliser, mais les résultats ont été différents, et selon Persinger, cet échec venait de ce qu'on n'avait pas exposé les sujets aux impulsions assez longtemps. Son objection semble absurde étant donné que, dans cette tentative, de nombreux sujets, autant du groupe de contrôle que du groupe expérimental, ont signalé des effets prononcés ou subtils.

BioEd Online a publié un rapport sur l'étude scientifique qui n'a pas obtenu les mêmes résultats que ceux de Persinger:

Un groupe de chercheurs suédois a maintenant répété l'expérience, en y apportant cependant une différence cruciale, selon eux. Ils se sont assurés, par un protocole à double insu, que ni les participants ni les chercheurs qui interagissaient avec eux ne savaient qui était exposé aux champs magnétiques. Sans une précaution semblable, « les chercheurs pourraient se trahir devant les participants les plus suggestibles du groupe expérimental, qui seraient alors plus susceptibles d'avoir ces types d'expériences », selon Pehr Granqvist, de l'Université d'Uppsala, qui a dirigé l'équipe de recherche.
 
Outre la question du double insu, Granqvist dit que l'expérience de son équipe reprenait parfaitement celles qu'on avait menées dans le passé. Ses collègues et lui ont testé 43 étudiants diplômés en les exposant à des champs magnétiques allant de 3 à 7 microteslas, juste au-dessus et devant les oreilles, pour cibler les lobes temporels.
 
Ils ont aussi testé un groupe de contrôle de 46 volontaires à qui on a mis le casque, mais sans les exposer à des champs magnétiques. On leur a ensuite demandé de remplir des questionnaires à propos de leur expérience. Les résultats ont été mis en ligne par les chercheurs dans Neuroscience Letters.
 
Contrairement aux résultats de Persinger et autres, l'équipe est arrivée à la conclusion que le magnétisme n'induit pas d'effet discernable. Deux des trois participants à l'étude suédoise qui ont signalé des expériences spirituelles intenses au cours de l'étude appartenaient au groupe de contrôle, tout comme onze des vingt-deux qui ont rapporté des expériences subtiles.
 
Granqvist reconnaît que le nombre d'expériences spirituelles intenses peut sembler élevé, mais ses chiffres correspondent à ceux que Persinger a obtenus pour son groupe de contrôle.
 
Les chercheurs ignorent quels mécanismes neurologiques pourraient engendrer de telles expériences. Par des tests de personnalité, toutefois, ils ont découvert que les personnes présentant une attitude non orthodoxe envers la spiritualité étaient plus susceptibles de sentir une présence surnaturelle, car elles étaient en général plus suggestibles.

Il semble évident que davantage de recherche est nécessaire avant qu'on puisse attribuer les résultats obtenus dans le labo de Persinger aux impulsions magnétiques. Il se peut fort bien que des changements à l'intérieur du cerveau mènent certaines personnes à éprouver ce qu'elles décrivent comme des expériences « mystiques ». De tels changements pourraient être causés par des impulsions magnétiques ou électriques, des désirs ou des pensées, de la suggestion, ou toutes sortes d'autres facteurs, y compris la prise de drogues ou de produits neurochimiques.

L'appareil ne méritera cependant son surnom que lorsque des chercheurs autres que Michael Persinger, qui n'est pas le plus objectif des scientifiques, auront apporté des preuves claires et nettes de son efficacité.

Le lecteur se demande peut-être pourquoi Persinger pense qu'une stimulation des lobes temporaux peut produire une expérience « spirituelle »? C'est probablement parce que beaucoup de personnes souffrant d'épilepsie temporale disent se sentir en « union intime » avec l'univers entier juste avant leurs crises.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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