Dr Jay Gordon

«Avant qu'on ne l'éradique grâce à un vaccin, la variole a fait environ 500 millions de victimes. Il y a à peine 60 ans, la polio laissait paralysés 12 000 Américains chaque année, tandis que la rubéole causait des anomalies congénitales et des retards mentaux chez quelque 20 000 nouveau-nés. La rougeole infectait 4 millions d'enfants et en tuait 3000 chaque année. Une bactérie, Haemophilus influenzae, type b, causait la méningite au Hib chez plus de 15 000 enfants, laissant chez beaucoup d'entre eux des lésions cérébrales permanentes. La mortalité infantile et une espérance de vie trop courte, problèmes aujourd'hui caractéristiques du Tiers-Monde, faisaient partie de la réalité des pays riches.»
 
On estime que l'immunisation sauve quelque neuf millions de vies annuellement partout dans le monde. Chaque année, seize millions de décès supplémentaires pourraient être évités si des vaccins efficaces étaient utilisés contre toutes les maladies pouvant être prévenues par ce moyen.*

 
Jim Carrey et Jenny McCarthy

Médecin américain considéré par plusieurs - dont Steven Novella et David Gorski, de Science-Based Medicine - comme un des leaders du mouvement antivaccination. Ce qui est certain, c'est qu'il en fréquente les têtes dirigeantes. À titre de pédiatre, il suit le fils de Jenny McCarthy, cette mère qui accuse la vaccination d'avoir causé l'autisme chez son fils, maladie dont elle l'a guéri grâce à son «instinct maternel».* Gordon prononce des discours à des rassemblements antivaccination comme «Green Our Vaccines», à Washington, en juin 2008. (Il est à gauche sur la photo.) Il est possible que Gordon, McCarthy et son conjoint, Jim Carrey, tentent de tromper le monde en disant qu'ils désirent simplement forcer les grandes entreprises pharmaceutiques à fabriquer des vaccins sûrs. Ils ne sont pas contre la vaccination comme tel. Ils recherchent des vaccins parfaits, dont on n'aura pas à peser le risque d'effets dangereux par rapport à celui de contracter une maladie. Bien entendu, la chose est impossible, ce qui rend leur demande de vaccins totalement sans danger complètement vide de sens.

D'un autre côté, le site Web de Gordon nous montre un pédiatre qui désire donner aux parents de ses patients la meilleure information possible, afin qu'ils puissent faire des choix éclairés pour leurs enfants. En voici un extrait:

Vaccination : Évaluation des risques et des avantages
 
Éprouvez-vous des inquiétudes à propos des vaccins que doit recevoir votre bébé? Malgré votre désir de protéger votre enfant de maladies dangereuses, avez-vous des doutes sérieux à propos de la nécessité, de l'innocuité et de l'efficacité des vaccins? Voulez-vous savoir quels sont les meilleurs vaccins pour votre enfant, quand les administrer, et quelle est la meilleure façon de les prévoir?

Le Dr Jay (c'est ainsi qu'il se désigne dans son site) donne également des liens vers des articles qu'il a écrits, et dont certains révèlent qu'il est bel et bien un des leaders du mouvement antivaccination. Par exemple, il donne accès à l'article «Autism and Toxins» (Autisme et toxines), qu'il a fait paraître dans le HuffingtonPost. L'annonce-amorce de son site Web: Il n'y a absolument aucune preuve que ces vaccins sont aussi sûrs que leurs fabricants l'affirment. Dans son article, le bon Dr Jay balaie du revers de la main les données scientifiques, y préférant sa propre intuition.

Depuis 30 ans que je pratique la médecine, j'ai vu des milliers d'enfants se faire vacciner, ne pas se faire vacciner, révéler les signes de l'autisme ou demeurer «neurotypiques» du point de vue du développement. Je n'ai aucune preuve que les vaccins causent l'autisme et je trouverais très intéressant que mon groupe de très nombreux d'enfants en bonne santé et, pour la plupart, non vaccinés fassent un jour partie d'une étude quelconque. Il ne serait pas très honnête de laisser croire qu'une baisse générale des taux de vaccination ne mènerait pas à une recrudescence de maladies qu'on peut prévenir par ce moyen prophylactique. Il serait également malhonnête de déclarer qu'une telle éventualité constitue une menace terrible pour les enfants des États-Unis. Les risques que représente la vaccination telle qu'elle est appliquée maintenant dépassent les avantages qu'offrent les vaccins mêmes. Les «scientifiques» qui laissent entendre que des médecins d'expérience devraient faire fi de ce que leurs yeux et leurs oreilles leur apprennent se trompent. Les détracteurs qui affirment qu'on ne devrait pas tenir compte des plaintes des parents quand ils affirment que l'autisme de leur enfant a été causé par un vaccin se trompent et font souvent preuve de mesquinerie.
Dr Jay Gordon

N'importe quel scientifique sait que nous sommes tous, pris individuellement, des observateurs trop biaisés pour qu'on puisse se fier à nos conclusions dans des domaines aussi importants, et la condition de père ou de mère d'un enfant malade ne confère aucune connaissance spéciale quant à la nature de la cause de la maladie. C'est pour éviter la tendance toujours forte à tenir des raisonnements post hoc ou à commettre d'autres erreurs de ce genre que les scientifiques mènent des études sur échantillon aléatoire et contrôlé. Le bon Dr Jay ne semble pas comprendre ce point pourtant fondamental. En outre, la distinction qu'il établit entre les «bons» médecins, qui suivent leur instinct, comme lui-même le fait, et les «mesquins», qui adhèrent à la science, constitue une ineptie de première classe.

Le bon Dr Jay affirme, sans autre preuve que son intuition et son expérience clinique auprès d'enfants et de parents: «Il n'y a absolument aucune preuve que ces vaccins sont aussi sûrs que leurs fabricants l'affirment, et il n'y a certainement aucune preuve non plus que les nouveaux vaccins, recombinés ou créés à la sauvette, sont assez sûrs pour nos enfants». Quand on accuse les entreprises pharmaceutiques de produire «à la sauvette» des vaccins qui ne sont pas sûrs, on devrait au moins appuyer son affirmation sur une preuve quelconque.

Dans la bande vidéo suivante, on peut voir comment le bon Dr Jay estime que son expérience clinique et son intuition l'emportent sur toutes les études scientifiques au monde.

 

 

Autre signe révélateur, le bon Dr Jay louange la diatribe poussée par Robert F. Kennedy contre les vaccins et les grandes entreprises pharmaceutiques, thème qu'on a déjà abordé ailleurs.

Il n'hésite pas à parler de l'aluminium et du formaldéhyde dont les vaccins sont remplis.* Ce qui ne l'empêche pas de vacciner les enfants dont les parents le demandent; l'important, c'est d'espacer convenablement les injections, comme le révèle sa connaissance apparemment intuitive du fonctionnement du système immunitaire. Selon lui, «le système immunitaire, comme les autres systèmes du corps humain, arrive lentement à sa maturité; il peut mieux tolérer les infections virales à un âge plus avancé, et il tolère mieux un virus à la fois». Pour des parents qui ignorent tout de l'immunologie, des idées semblables paraissent probablement sensées, mais elles ne concordent pas vraiment avec ce qu'on a découvert jusqu'à présent. Quackwatch en a fait son idée fausse no 7. Par exemple, certains pensent que leur enfant souffre d'asthme ou de problèmes respiratoires à cause d'une «surcharge vaccinale» de leur système immunitaire immature. Étant donné ce que raconte le bon Dr Jay à propos de la sagesse innée des parents, on peut croire qu'il accorde foi à ce genre de conviction, aussi irrationnelle qu'elle soit.

En fait, les bébés ont la capacité, dès la naissance, de lutter contre une foule de germes différents. Le corps se trouve constamment entouré de microbes et doit leur faire face de multiples façons. Si l'immunisation est préférable à la maladie, c'est que le vaccin n'utilise qu'une partie du microbe, ou sinon, le virus au complet, mais neutralisé ou diminué («atténué»). De la sorte, le système immunitaire est moins grandement sollicité que dans le cas d'une infection véritable, mais il l'est tout de même assez pour en arriver à produire une bonne protection.
 
En 2002, le Comité d'examen de l'innocuité en matière d'immunisation de l'American Institute of Medicine s'est livré à un examen détaillé de toutes les données sur les effets des vaccinations multiples sur le système immunitaire des bébés. Rien n'a permis de conclure que ce système pouvait se trouver débordé. Les membres du comité ont fortement appuyé l'utilisation de la vaccination contre de nombreuses maladies...
 
Retarder la vaccination d'un enfant, c'est le laisser sans protection plus longtemps que nécessaire, ce qui pourrait être particulièrement dangereux pour la coqueluche et le Hib. Les très jeunes bébés atteints de la coqueluche sont susceptibles d'être plus gravement malades que les bébés plus âgés, et auront sans doute davantage besoin de soins hospitaliers. Les bébés de moins de un an sont plus susceptibles d'attraper le Hib que les enfants plus vieux. Des études ont montré que lorsque les vaccins sont administrés plus tôt dans la vie, les bébés vaccinés ont moins de réactions comme de la fièvre, une enflure aux sites d'injection, etc., tout en étant protégés contre la maladie.*

David Gorski note: «Un des plus grands mythes auxquels les opposants aux vaccins croient, et qu'il aiment brandir contre la vaccination, c'est l'idée qu'ils sont remplis de ''toxines''».* Ils se lancent dans toutes sortes de spéculations à propos de l'effet néfaste, sur les enfants «sensibles», de ces «toxines», qui causeraient des lésions neurologiques. Ce faisant, ils passent sous silence un principe pharmacologique bien connu, celui que c'est la dose qui fait le poison. (Certaines toxines en petites quantités, loin d'être dangereuses, pourraient même s'avérer bénéfiques. Jenny McCarthy elle-même a recours au Botox, qui contient la neurotoxine la plus puissante qui soit, et dit l'«adorer».)* Pour l'ABC des «toxines dangereuses» que contiennent les vaccins, voir «Toxic Myths About Vaccines» (Mythes toxiques à propos des vaccins) de David Gorski.

Quoi qu'il en soit, le bon Dr Jay dit à qui veut l'entendre qu'il n'administre que peu de vaccins. «J'administre encore le vaccin DCT à certains enfants, le vaccin antivaricelle aux enfants qui n'ont pas pu acquérir d'immunité naturelle avant l'âge de dix ans environ, et le vaccin contre la polio, très peu souvent».* Il dit qu'il a laissé tomber le calendrier des vaccins recommandés en 1980, quand certains parents ont remarqué qu'après la vaccination, leurs enfants se mettaient à agir de façon bizarre.

Il affirme qu'il n'est pas contre les vaccins. Dans une lettre ouverte sur le sujet, il écrit:

Je suis conscient de l'effet qu'aurait sur la santé publique l'abandon complet des vaccins actuellement administrés, et je ne préconise nullement ce genre de choses. Ce que je désire réellement, c'est une discussion honnête sur les risques et les avantages de chaque vaccin et de chaque combinaison de vaccins pour nos enfants. Juste pour nos enfants. D'après mon expérience, bien peu de parents ont l'occasion de discuter de ces concepts et de ces détails avec leur médecin.

L'ennui, c'est qu'étant donnée la foi qu'il affiche envers son instinct et son expérience clinique, de même que sa méfiance à propos des études scientifiques qui contredisent cet instinct, il est très peu probable qu'une éventuelle discussion des risques et des avantages des vaccins avec le bon Dr Jay puissent se dérouler de façon vraiment honnête. Le Dr Stephen Novella dit de la lettre de Gordon qu'il s'agit d'«une œuvre de la plus pure pseudo science dans toute son arrogance - une page soigneusement conçue de propagande antivaccination».* De façon générale, le raisonnement du bon Dr Jay présente de nombreux défauts aux yeux du Dr Novella. Par exemple, il dit que puisqu'il n'y a sur Terre qu'environ 2000 cas de polio pour six ou sept milliards de personnes, il ne lui sert plus à grand-chose de vacciner ses patients. Comme le dit le Dr Novella, «ce n'est pas la bonne statistique à employer, puisqu'elle inclut les personnes vaccinées, soit la majorité des gens. Le véritable risque à prendre en considération devrait être celui que courent les personnes non vaccinées. Il est beaucoup plus élevé. Presque tous les cas de polio se déclarent chez des personnes non vaccinées». De plus, ses chiffres semblent ne concerner que les États-Unis, parce qu'en 1988, il y a eu 350 000 nouveaux cas de polio dans 125 pays, la plupart des pays en développement.* Et puis, on sait que le vaccin est très sûr, sans pourtant être parfait. Un risque persiste, et si le bon Dr Jay agit de façon raisonnable quand il rappelle ce risque aux parents, il n'est pas du tout sage de laisser entendre que le vaccin ne sert plus à rien.

Si on laissait le champ libre au bon Dr Jay, dit le Dr Novella:

...dès qu'on s'approcherait de l'éradication d'une maladie quelconque, il faudrait délaisser la vaccination, ce qui mènerait inévitablement à sa recrudescence. Ce serait jouer au yoyo avec la maladie sans jamais l'éliminer complètement.

Le bon Dr Jay dit que les mesures de santé publique sont importantes mais, comme le fait remarquer le Dr Novella, «Chaque père ou mère qui suit l'avis du Dr Gordon affaiblit l'immunité de masse, et fait courir un risque non seulement à son enfant, mais aussi à la collectivité».

Le bon Dr Jay n'est pas contre les vaccins, mais il déclare également:

Je puis vous dire que d'après ma très forte impression, les enfants qui n'ont reçu que quelques vaccins ou pas de vaccin du tout tombent malades moins souvent et jouissent d'une meilleure santé en général. Également, je crois sincèrement qu'on retrouve dans leurs rangs moins de cas d'autisme ou d'autres «retards de développement persistants».

Encore une fois, de quelles preuves dispose-t-il? Comme on l'aurait deviné, il ne les puise pas dans des études scientifiques mais dans sa propre expérience clinique et son «impression». Ce n'est pas là le genre de preuve que devrait rechercher une personne rationnelle.

Le bon Dr Jay compte des partisans. Bill Maher, par exemple, célébrité médiatique et opposant à la vaccination, le trouve «extrêmement crédible». C'est sans doute parce que Gordon confirme les préjugés de Maher à propos de vaccins.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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