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Gua Sha (grattage, frottement)

Le Gua Sha est une technique de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) qui consiste à contusionner le patient à l'aide de grattoirs. Une cuiller en porcelaine en est l'un des accessoires traditionnels mais d'autres instruments (par exemple, des os, des cornes d'animaux, des pièces de monnaie) peuvent être utilisés tant qu'ils ont la capacité de transformer une peau apparemment saine, lisse et propre en tas de chair meurtrie. Une peau qui paraît saine est trompeuse, selon les praticiens du Gua Sha. Tout comme les bleus, ajoutent-ils. Pour le médecin moderne qui pratique la médecine scientifique, le thérapeute qui utilise le Gua Sha provoque des ecchymoses chez le patient, c'est-à-dire qu'il cause des dommages aux capillaires situés sous la peau. Les praticiens de la MTC disent qu'ils libèrent des éléments malsains. C'est sans doute pour cette raison que les gens qui se font frapper à coups de poings et de pieds par des brutes se sentent tellement mieux après. Ceux qui sont tuméfiés et meurtris sous les coups d'une brute pensent que la douleur qu'ils ressentent est due au fait d'avoir été battu par un lâche alors que la douleur est le signe que des éléments malsains sont libérés. Ou alors, peut-être que ces gens qui pratiquent la MTC ont tort et que tout ce qu'ils font, c'est provoquer des meurtrissures et inventer des histoires au sujet du fait que ce serait bon pour la santé et que ce serait une manière de se débarrasser d'éléments malsains, quels qu'ils soient. Après tout, disent-ils, le Gua Sha est pratiqué depuis plus de 2000 ans, donc, ça doit être bon pour vous. Et c'est holistique, ça soigne la personne dans sa globalité et ça fait partie d'un modèle qui n'est pas mécaniste ou réductionniste. Mieux encore, le Gua Sha, comme toutes les autres pratiques de la MTC, s'est développé bien avant la science et le lobby pharmaceutique, il n'a donc pas été contaminé par le monde moderne.

Gua sha

Le lecteur non averti pourrait penser que le fait de gratter la peau d'une personne jusqu'à ce qu'elle soit meurtrie n'est pas naturel et ne peut donc pas être bon pour lui. Au contraire, se faire des bleus est tout à fait naturel, tout comme la réaction du corps aux contusions. Cette marque violacée sur la peau est causée par le sang de capillaires endommagés qui est piégé sous la peau. Le corps décompose le sang et finalement l'évacue. Selon la sévérité de la contusion, le processus peut prendre 2 ou 3 semaines. C'est complètement naturel.

  • Lorsqu'une ecchymose est toute nouvelle, elle va apparaître rougeâtre à cause de la couleur du sang qui s'échappe des capillaires sous la peau.
  • Après un ou deux jours, une ecchymose va prendre une couleur tirant sur le bleu ou le pourpre. Le gonflement à l'emplacement de l'ecchymose va interrompre l'apport d'oxygène, et l'hémoglobine, la substance qui transporte le fer dans le sang, va tourner au bleu.
  • Au bout de six jours, une ecchymose va prendre une couleur verdâtre lorsque l'hémoglobine se décompose et que la zone commence à guérir.
  • À huit ou neuf jours, une ecchymose va tourner au jaune ou au brun. C'est la dernière étape de la réabsorption du sang par le corps.*

« Si l'ecchymose reste gonflée, s'étend ou devient plus douloureuse, c'est qu'un hématome s'est peut-être formé. Cela se produit lorsque le sang s'accumule sous la peau ou dans le muscle, et qu'au lieu de tenter de corriger cela, le corps emprisonne le sang là. Si cela se produit, il est nécessaire de faire drainer l'hématome par un [vrai] médecin. »* Ou alors on peut consulter un acupuncteur pour soulager un excès d'énergie yang ou un praticien de la moxibustion pour aspirer encore plus d'éléments malsains.

Le Gua Sha est ancien, populaire et peu coûteux. Que pourrait-on demander de mieux à un traitement médical équilibré ? Comme le dit le docteur Margaret Chan, Directrice générale de l'OMS, des millions de personnes pauvres n'ont pas accès à la vraie médecine et les personnes riches veulent avoir des produits naturels et le sentiment qu'elles contrôlent leur santé, ce qu'elles obtiennent par le biais de la médecine traditionnelle holistique non spécialisée (Chan, 2014). (Chan a fait la une de l'actualité quand elle a minimisé la famine et la malnutrition en Corée du Nord en faisant observer que là-bas, ils n'ont pas de problème d'obésité.* Elle a aussi déclaré que, d'après ce qu'elle avait vu à Pyongyang, la majorité de la population était dans les mêmes tranches de taille et de poids que dans les autres pays asiatiques, ce qui peut paraître étrange étant donné que les Nord-Coréens qui fuient en Corée du Sud se repèrent facilement car ils sont en général de taille et de poids inférieurs aux Sud-Coréens en raison de la malnutrition qui perdure au fil des générations.)

Margaret Chan et Josephine Briggs

Josephine Briggs, directrice du National Center for Complementary and Integrative Health, donne raison au docteur Chan. Briggs défend la médecine traditionnelle au motif que c'est tout ce qui est disponible pour des millions de gens pauvres partout dans le monde, et que dans les pays riches, de nombreux patients préfèrent la médecine traditionnelle aux traitements fondés sur la science. En outre, elle ajoute que la MTC et la médecine ayurvédique ont prospéré « soit en parallèle soit en étant intégrées à des soins modernes de pointe (Briggs, 2014). » Malgré tout, les arguments de ces deux figures de proue du monde médical semblent fallacieux et creux. Ce n'est pas parce que quelque chose existe depuis longtemps, est populaire, procure satisfaction à de nombreux clients, ou bien est naturel, bon marché et difficile à remplacer par mieux, que c'est bien ou que cela devrait être encouragé.

Le fait de provoquer intentionnellement des contusions chez des personnes peut être qualifié « d'extravasation du sang depuis le lit capillaire » ou « de grattage-pétrissage unidirectionnel d'une zone du corps à l'aide d'un instrument dans le but de créer volontairement des pétéchies thérapeutiques transitoires appelées « sha », qui symbolisent l'extravasation du sang dans le tissu sous-cutané. » Mais il n'en reste pas moins qu'il s'agit seulement de provoquer volontairement des contusions chez quelqu'un. Il est possible de penser qu'on libère des « éléments malsains » mais il n'existe aucune preuve que cela serve à quelque chose. On peut affirmer que « le Gua Sha produit un effet anti-inflammatoire et immunitaire protecteur » mais cela revient à raconter n'importe quoi. On a provoqué une inflammation et le système immunitaire doit désormais travailler à évacuer les débris sanguins qui en ont résulté.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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