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Ernst Hartmann


« Un jour, je suis allé chez quelqu'un et je lui ai recommandé de ne pas dormir à un endroit précis.
Il m'a pris pour un fou. Douze ans plus tard, il mourait du cancer.
Dr Ernst Hartmann.

 

Dr Ernst Hartmann

Bien que titulaire d'un doctorat en médecine, le docteur Ernst Hartmann (1915-1992) formulait, tel un mantra, un diagnostic qui semblait emprunté à une école de géobiologie de l'habitat1 : le lieu, le lieu, le lieu. Hartmann s'était convaincu, et avec lui beaucoup d'autres, que la maladie était liée à l'endroit de la planète où l'on habite, et que les lieux essentiels à la santé pouvaient être détectés par des baguettes de radiesthésistes. Ce n'était pas difficile en Allemagne où est largement répandue la croyance en l'existence des rayons E (Erdstrahlen), « rayonnement »2 nuisible émis du sous-sol et détectable par les radiesthésistes, mais pas par les meilleurs instruments scientifiques.

Ses partisans et lui-même ont élaboré un réseau formé de lignes d'énergie négative à l'origine des maladies, apparemment fondé sur la croyance dans les rayons E. Son livre, Krankheit als Standortproblem (La maladie liée au lieu d'habitat, 4e édition, Heidelberg, 1982) est qualifié par le professeur E. Wielandt de « monceau d'âneries de la première à la dernière page ». Néanmoins, Hartmann a des partisans ; ils ont même nommé « lignes de Hartmann » son interprétation des rayons E.

Voici ce qu'écrit un couple admirateur de Hartmann :

D'après Hartmann, les lignes qu'il avait découvertes étaient à l'origine de maladies graves, tel le cancer. Il était convaincu que sa découverte expliquait en grande partie pourquoi des gens tombaient malades. En effet, il déclarait n'avoir jamais constaté de cancer qui n'aurait pas été en rapport avec son réseau. (Les endroits négatifs3 du réseau (voir ici) sont considérés comme dangereux quand ils coïncident [quand leur intersection se projette ??] à la verticale de votre lit). Si les lignes sont magnétiques, elles pourraient interférer avec le fonctionnement normal des cellules et des nerfs, entraînant la maladie.

Les preuves d'Hartmann pour affirmer que les maladies sont causées par l'intersection de rayons maléfiques ne reposaient sur guère plus que sa perception, sa mémoire et l'illusion d'un lien de causalité entre son réseau et l'emplacement du lit d'un malade, parce qu'il trouvait toujours moyen d'établir une relation entre les deux. Il y a une raison pour faire des études avec groupe témoin au lieu de se fier à l'observation et à l'intuition dans la recherche de liens de causalité : pour limiter autant que possible la tendance humaine à voir dans des schémas organisationnels l'indication d'une causalité. Faire correctement des expériences avec groupe témoin réduit les risques de biais de confirmation et de pensée sélective, et permet souvent d'éviter le ridicule.

Les admirateurs de Hartmann donnent un aperçu de ces esprits à l'œuvre dans l'élaboration et la défense d'idées que la communauté scientifique ne prend pas au sérieux. Ces admirateurs sont Maggie et Nigel Percy, une équipe mari et femme de géomanciens professionnels à temps plein.

Ils nomment leur travail « assainissement de lieu »4, et affirment pouvoir transformer « les énergies de votre environnement pour le rendre plus sûr, plus sain et bénéfique pour vous, votre famille, vos animaux de compagnie et vos plantes ». Radiesthésistes, ils admettent ne pouvoir détecter les lignes de Hartmann, mais cela ne constitue pas pour eux la preuve que Hartmann avait tort. La Terre a peut-être changé, supposent-ils, ou peut-être que nous n'avons plus besoin des lignes parce qu'il existe peut-être « une certaine relation entre la Terre et notre présence à sa surface, de telle sorte que nous sommes menés à en comprendre une exposition avant de passer à autre chose ». Peut-être sommes-nous prêts à passer à la prochaine étape. Peut-être.

Faire des spéculations sur des rayons seulement détectables par des baguettes de radiesthésistes peut apparaître séduisant à certains parce que les tenants utilisent beaucoup de jargon scientifique et relient ces rayons à des phénomènes réels comme le magnétisme et le champ magnétique terrestre. Une autre raison pour beaucoup de gens d'écouter les radiesthésistes plutôt que les scientifiques peut relever de la peur et de l'application irrationnelle du principe de précaution. Rasmus Jansson, détracteur des radiesthésistes, écrit :

Il est probable que l'on prête attention à des menaces sur la santé, peu importe sur quoi elles se fondent. Être vigilant et se protéger est simplement une attitude sensée, notamment quand il s'agit d'offrir un environnement sain pour ses enfants. Empressés de répandre leurs idées, les radiesthésistes exploitent ce comportement. Qui ne prêterait attention à un radiesthésiste affirmant que le berceau d'un bébé est situé à un endroit qui augmente sensiblement le risque de mort subite du nourrisson ? Je crois que la plupart des radiesthésistes sont sincères et croient réellement dans ce qu'ils font. Cependant, cela ne les prémunit pas contre l'emploi de techniques de persuasion qui sont, si l'on peut dire, quelque peu injustifiées.*

Les variations sur le thème des rayons E ne comprennent pas seulement les ondes de Hartmann, mais aussi les lignes de Curry, les ondes de Schumann, les lignes noires et le réseau planétaire de Christopher Bird5. Un autre fervent amateur de Nouvel Âge qui spécule sur la « métaphysique planétaire » y ajoute le réseau de Becker et Hagens et le dymaxion de Richard Buckminster Fuller6 à l'assortiment des lignes imaginaires reliées par la géométrie avec un crayon et un compas7.

Ceux qui croient en ces rayons maléfiques sillonnant la surface du globe et infligeant des ravages à nos organismes pourraient prendre en compte : que tous les êtres vivants sur cette planète ont évolué sur une période de plusieurs milliards d'années malgré ces rayons ; que la médecine moderne fournit une meilleure explication des maladies ; que les sciences actuelles physique et géologique possèdent des technologies de pointe qui mesurent des phénomènes terrestres imperceptibles, sans avoir découvert de preuves des sinistres rayons du Dr Hartmann.

 

 


Notes du traducteur


1 - Pseudoscience rattachée à la radiesthésie, la géobiologie est définie, par l'un de ses adeptes, comme une « science ou technique qui traite de la qualité vitale d'un lieu par l'analyse des ondes pouvant influer sur le développement des organismes (végétaux, animaux, humains) y séjournant. » Concernant l'habitat, elle « s'intéresse aux terrains à construire et aux maisons d'habitation. »*
Ne pas confondre avec la géobiologie scientifique qui s'intéresse à l'étude scientifique des êtres vivants à l'échelle des temps géologiques.*

2 - Sans rapport avec le rayonnement terrestre infrarouge (*), et le rayonnement tellurique des radionucléides présents dans la croûte terrestre.(**)

3 - Dans la terminologie des tenants de cette pseudoscience, il est couramment utilisé les termes d'endroits ou de lieux « positifs » ou « négatifs ».*

4 - Ou « assainissement de maison » ; notons que cette définition de la géomancie ne correspond pas à celle habituellement retenue.*

5 - Phénomène géophysique, les résonances de Schumann représentent une source d'inspiration pour le Nouvel-Âge.

6 - Ou projection de Fuller : projection cartographique d'une carte de la terre sur la surface d'un polyèdre.*

7 - Nombre de « découvreurs » ont donné leur nom à d'autres réseaux.*

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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