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Théorie de la Terre creuse

Théorie selon laquelle la Terre est une sphère creuse, comportant des ouvertures aux deux pôles. À l’intérieur existerait une civilisation supérieure, l’Agartha dont les maîtres, très avancés en matière de spiritualité et de technologie, s’aventurent parfois dans notre atmosphère à bord de soucoupes volantes.

À la fin du dix-septième siècle, l’astronome britannique Edmund Halley lança l’hypothèse que la Terre était constituée de quatre sphères concentriques, que «l’intérieur en était habité, et qu’il était éclairé par une atmosphère lumineuse. Halley pensait que les aurores boréales résultaient d’une fuite de ce gaz lumineux par la croûte terrestre, plus mince aux pôles».*

Terre creuse avec un soleil intérieur

Au début du dix-neuvième siècle, John Symmes (décédé en 1829), ancien combattant de la guerre de 1812 et excentrique, reprit l’idée des sphères concentriques avec tant d’ardeur qu’on donna son nom aux fameux trous censés mener à l’intérieur de notre planète *. À Hamilton, en Ohio, son fils fit ériger un monument de pierre montrant un modèle de la Terre creuse en mémoire des démarches inlassables de son père, qui voulait qu’on lance une expédition vers le pôle Nord afin d’y repérer le «trou de Symmes». Martin Gardner écrit qu’«Il fallut attendre le survol du pôle par Byrd pour qu’un coup fatal soit porté à la théorie» (Gardner 1957, page 41). Elle renaîtra pourtant de ses cendres quand de nouveaux partisans de la Terre creuse louangeront l’amiral Byrd, premier homme à avoir pénétré dans les deux trous de Symmes! Cette idée saugrenue ne semble reposer que sur un passage des mémoires de Byrd, dans lesquels il baptise l’Antarctique «Terre du mystère éternel», et écrit: «J’aimerais voir la terre au-delà du pôle [Nord]. Au-delà du pôle se trouve le centre même du Grand Inconnu». Il n’en faut pas plus dans le domaine des sciences parallèles.

Edgar Allan Poe a employé le thème de la Terre creuse dans Les aventures d’Arthur Gordon Pym (1838). Jules Verne a écrit Voyage au centre de la Terre en 1864, et Edgar Rice Burroughs (1875-1950), le père de Tarzan, est également l’auteur de romans qui se déroulent dans les entrailles de la Terre. Les légendes inspirent souvent les écrivains, qui influencent, à leur tour, les pseudo-scientifiques.

En 1869, Cyrus Reed Teed, herboriste et soi-disant alchimiste, eut la vision d’une femme qui lui apprit que l’humanité tout entière vivait à l’intérieur d’une sphère. Pendant près de quarante ans, Teed colporta ses idées à l’aide de publications et de discours. Il finit même par fonder un culte, les Koreshans (Koresh étant l’équivalent hébreux de Cyrus).

En 1906, William Reed fit paraître The Phantom of the Poles, dans lequel il prétendait que si l’on n’avait pas encore découvert les pôles Nord et Sud, c’est parce qu’il n’existaient tout simplement pas. En fait, il s’agissait des accès à la Terre creuse. En 1913, Marshall B. Gardner publia à compte d’auteur Journey to the Earth’s Interior, dans lequel il rejetait l’idée des sphères concentriques, mais affirmait qu’à l’intérieur de la Terre se trouvait un énorme soleil de près de mille kilomètres de diamètre. Gardner aussi pensait qu’il y avait d’énormes trous aux pôles. Byrd, qui a survolé le pôle Nord en 1926, et le pôle Sud, en 1929, n’a rien vu du genre. Inutile de rappeler ce petit détail aux partisans de la Terre creuse, ni de leur parler des photographies prises par des satellites, où ces fameux trous brillent par leur absence. Il ne peut s’agir que d’une machination de la part du gouvernement.*

Dans les années 1940, Ray Palmer, cofondateur de FATE, Flying Saucers from Other Worlds, Search, The Hidden World et quantité d’autres feuilles à choux, s’est associé avec William Shaver afin de créer de toutes pièces le mystère Shaver, une légende dans laquelle il était question d’habitants de l’intérieur de la Terre et de civilisations avancées. D’après Richard Toronto, le FBI a même accusé Palmer et Shaver d’être à l’origine de la «panique de 1947», qui portait sur l’apparition d’ovnis, les consacrant ainsi fondateurs véritables de l’ovniologie moderne.*

L’Allemagne nazie a eu ses adhérents à la thèse de la Terre creuse. On raconte même qu’Hitler et ses principaux conseillers ont réussi à fuir l’Allemagne au cours des derniers jours du Troisième Reich pour gagner le trou du pôle Sud.

En 1964, Raymond W. Bernard, ésotériste et leader des rosicruciens, a publié The Hollow Earth –The Greatest Geographical Discovery in History Made by Admiral Richard E. Byrd in the Mysterious Land Beyond the Poles – The True Origin of the Flying Saucers (La Terre creuse – La plus grande découverte géographique de l’histoire fait par l’amiral Richard E. Byrd dans les terres mystérieuses au-delà des pôles – La véritable origine des soucoupes volantes). Le titre est épuisé, mais on peut encore le lire dans Internet. Bernard, Seigmeister de son vrai nom, a également signé Les Soucoupes volantes de l’intérieur de la Terre. Sa thèse de doctorat était intitulée «Théorie et pratique de la pédagogie de Rudolf Steiner» (Université de New York, 1932). Dans ses Lettres de Nulle-part, Bernard dit avoir communiqué avec de grands mystiques dans des ashrams secrets, ainsi qu’avec les grands lamas du Tibet. Autrement dit, Bernard se voyait comme un nouveau Gurdjieff. Il est mort «d’une pneumonie, le 10 septembre 1965, en Amérique du Sud, où il cherchait l’entrée des tunnels menant à l’intérieur de la Terre».* Bernard semble avoir gobé toutes les légendes qui circulaient à propos de la théorie de la Terre creuse, y compris celle voulant que les Inuits viennent de l’intérieur de la planète, où réside encore une civilisation avancée qui, à l’occasion, vient faire un petit tour dans notre monde en soucoupes volantes. Bernard ne hausse même pas les sourcils lorsque Shaver affirme qu’il a appris avant Einstein le secret de la relativité auprès d’habitants de la Terre creuse.

Mentionnons enfin Diane Robbins, qui a vu la lumière et qui affirme qu’ADAMA reçoit des communications télépathiques de Telos, ville située sous le mont Shasta, dans le nord de la Californie, lesquelles sont canalisées par Lailel. Ces communications renferment toutes sortes de merveilleux messages à propos de paix perpétuelle et de prospérité. Lisez-les en ligne, ou commandez «The Call Goes Out from the Subterranean City of Telos» pour la modique somme de 20 $ US, plus les frais d’envoi. Une véritable aubaine pour les amateurs d’idées creuses.

 

 
Terre creuse

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Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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