Homéopathie

"Les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage, comme salutaire et sans danger, un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment prouvé. Toute pratique du charlatanisme leur est interdite."
Article 30 du Code de Déontologie médicale (des médecins français)
 
 
"À moins que les lois de la chimie aient mal tourné, la plupart des remèdes homéopathiques sont trop dilués pour avoir le moindre effet physiologique...."
Consumer Reports (Janvier 1987)
 
 
"Si la FDA exigeait des remèdes homéopathiques qu'ils fassent la preuve de leur efficacité pour rester sur le marché, l'homéopathie risquerait de disparaître complètement aux États-Unis."
Stephen Barrett, M.D.
 
 
"Comment les homéopathes expliquent-ils cette soi-disant puissance des doses infinitésimales, même lorsque la dilution retire toutes les molécules d'un remède ? Ils évoquent de mystérieuses vibrations, une résonance, des champs de force, ou une radiation complètement inconnue de la science."
Martin Gardner
 
 
Samuel Hahnemann

L'homéopathie est généralement définie comme un système de traitement médical fondé sur l'utilisation de minuscules quantités de remèdes qui, en doses importantes, produisent des effets similaires à ceux de la maladie à traiter. Le terme provient de deux mots grecs: homeo (similaire) et pathos (maladie). Le médecin allemand du 19ème siècle, Samuel Hahnemann (1755-1843), est considéré comme le père de homéopathie. Il aurait eu l'inspiration de la loi des similaires grâce au traitement de la malaria par l'écorce de quinquina. L'écorce contient de la quinine, qui soulage les crises de malaria mais provoque aussi de la fièvre. Les partisans de l'homéopathie pensent que les préparations contenant moins d'une molécule par million peuvent stimuler le "mécanisme de guérison du corps." Les critiques soutiennent que de si faibles doses n'ont que peu de chances de d'avoir un effet quelconque sur le corps.

L'homéopathie est très populaire en Europe, particulièrement dans la famille royale d'Angleterre. Elle est aussi très populaire en Inde, ou il y a plus de 100 écoles d'homéopathie.

Les homéopathes ont tendance à croire à des choses comme les "forces vitales" en harmonie (santé) ou en discordance (maladie), et à soutenir une médecine holistique, traitant les "forces vitales," "l'humeur," "l'esprit", etc., autant que le corps. Les homéopathes aiment dire qu'ils traitent des "personnes," pas des "corps" ou des "maladies."

Une des critiques adressées à l'homéopathie est son approche "taille unique" du traitement. Peu importe votre maladie, le traitement par un agent dilué est la solution. L'expérience nous apprend le contraire. Par exemple, on ne traite pas le scorbut avec plus de scorbut mais avec de la vitamine C; on ne traite pas le diabète avec du sucre, mais avec de l'insuline. Il y a d'innombrables exemples qui viennent à l'esprit pour lesquels l'homéopathie est contre-indiquée en tant qu'approche raisonnable du traitement d'une maladie. Ainsi, ce n'est pas parce qu'il est parfois raisonnable de traiter le mal par le mal (par exemple, la vaccination anti-poliomyélitique) qu'il en résulte qu'il soit toujours raisonnable de le faire. Il est néanmoins trompeur de comparer l'utilisation des vaccins aux remèdes homéopathiques, car des vaccins seraient inefficaces s'ils étaient aussi dilués que les remèdes homéopathiques.

L'un des principes les plus étranges de l'homéopathie, proposé par le Dr. Hahnemann lui-même, est que la puissance d'un remède augmente avec la dilution. Certains sont tellement dilués qu'ils ne contiennent plus une molécule de la substance initiale, et pourtant les homéopathes prétendent que ce sont leurs médicaments les plus puissants. Il n'est pas surprenant qu'il n'y ait aucune explication de comment cela pourrait se faire ou comment cela serait simplement possible, bien que certains homéopathes aient supposé que l'eau utilisée pour diluer le remède se "souviendrait" de la substance initale.

Les partisans de l'homéopathie signalent que des essais cliniques ont montré une efficacité de l'homéopathie que l'effet placebo ne pourrait pas expliquer. Les critiques soutiennent que ces études sont mal faites, qu'elles sont méthodologiquement incorrectes, que leurs statistiques sont faussées, etc. Les lois connues de la physique et de la chimie devraient être complètement reconstruites si un tonique dont toutes les molécules de l'ingrédient "actif" auraient été enlevées se montrait néanmoins efficace.

Les partisans de l'homéopathie donnent de fervents témoignages des vertus curatives de leurs remèdes. Comment peut on négliger un tel historique? Simplement: ces "guérisons" sont probablement le résultat (a) d'un mauvais diagnostic (le patient n'a pas été guéri parce que la maladie supposée n'existait pas); (b) d'une rémission spontanée (le corps se guérit tout seul) ou (c) de l'effet placebo. Les nombreuses recommandations prétendant que l'homéopathie "marche" sont de peu de poids en tant que preuve empririque de l'efficacité des remèdes homéopathiques. Malgré ça, de telles "guérisons" ne sont pas dénuées de sens. Même sans intervention, le corps se guérit de lui-même. Et contrairement à la médecine classique, ses médicaments puissants et ses antibiotiques, la probabilité d'effet secondaire est rare avec les remèdes homéopathiques. Le principal risque de l'homéopathie ne réside pas dans ses remèdes, qui sont probablement sans danger mais inefficaces. Un danger potentiel provient de l'encouragement à l'auto-diagnostic et à l'auto-médication. Un autre consiste à éviter le traitement par un médecin conventionnel dans des cas où le patient pourrait être aidé par un tel traitement, comme une infection de la vessie, une mycose ou un cancer.

En bref, les avantages principaux de l'homéopathie semblent être que ses remèdes ne sont pas susceptibles de faire du mal et qu'ils ne sont en général pas très chers. Les principaux inconvénients semblent être que ses remèdes sont plus que probablement inertes et qu'elle demande d'accepter un fatras métaphysique qu'il est impossible d'analyser scientifiquement. L'homéopathie "marche", comme l'astrologie, les biorhythmes, la chiropractie ou la médecine conventionelle "marchent" : c'est-à-dire qu'elle a un certain nombre de clients satisfaits. L'homéopathie ne marche cependant pas, dans le sens où elle n'explique pas les pathologies ou leurs guérisons d'une façon qui soit non seulement conforme aux faits connus mais qui soit prometteuse pour une meilleure compréhension de la nature de la santé et de la maladie.

L'homéopathie serait une industrie de 200 millions de dollars par an aux Etats Unis. Donald Driscoll, un avocat de Californie du nord, et le Dr. Wallace Sampson, un cancerologue, veulent réduire ce montant à zéro. Ils poursuivent les fabricants et les distributeurs de remèdes homéopathiques en justice, en prétendant que les produits homéopathiques sont subventionnés en violation des lois contre les pratiques commerciales déloyales et la publicité mensongère ["Homeopathic remedies besieged by lawsuits," par Tom Philp, Sacramento Bee, 16 déc. 1996]. Si Driscoll et Sampson gagnent, ils réaliseront en un an ce que la science et l'argumentation logique n'a pas pu faire en 200 ans: éradiquer une pseudo-science. Franchement, je n'approuve pas cela. Si les gens veulent acheter et boire une limonade qu'un industriel de l'eau appelle un tonique pour guérir les verrues, les furoncles et le cancer, qu'ils le fassent. Aussi longtemps que ces produits ne sont pas intrinsèquement dangereux et que le gouvernement n'utilise pas les impôts pour subventionner le fiasco, que l'acheteur fasse attention et que les avocats se taisent.

 

 

 

Lecture complémentaire:

Dangers sérieux de l’homéopathie

Les approches « soignantes » du corps ou de l’esprit, fondées sur de faux principes, proposent parfois des pratiques thérapeutiques dangereuses et, surtout, elles peuvent éloigner leurs clients de thérapies médicalement prouvées qui pourraient plus sûrement les guérir. Voici quelques-uns de ces dangers.

La moitié des homéopathes, selon un sondage fait en Angleterre (Goldacre), proposent des vaccins homéopathiques aux parents d’enfants en bas âge. Plusieurs enfants ne sont donc pas vaccinés contre la rougeole, la rubéole, les oreillons, la varicelle, etc. Ces parents pensent à tort que leurs enfants sont protégés contre ces maladies.

Les homéopathes non médicalement formés peuvent aussi passer à côté de symptômes qui indiquent une maladie grave et ainsi retarder un traitement médical impératif.

La plupart des homéopathes, en Angleterre du moins, recommandent à des clients voyageurs leurs produits pour prévenir la malaria, sans même prendre soin de les renseigner sur la façon d’éviter le plus possible les piqûres de moustiques (ce qu’un vrai médecin devrait faire lui aussi). Ils les éloignent ainsi des médicaments qui ont fait leurs preuves contre cette terrible maladie, potentiellement mortelle.

Les homéopathes prétendent aussi pouvoir soigner les diarrhées infectieuses, le choléra et d’autres maladies tropicales, et même le SIDA. Le groupe Homéopathes sans frontières opère dans plusieurs pays d’Afrique, et il pratique aussi en Haïti. Pour des maladies possiblement mortelles, les granules homéopathiques – ne contenant aucun ingrédient actif – ne sont sûrement pas la bonne solution.

 

Extrait du Québec Sceptique #74

 

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Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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