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Test de Rorschach

Image du test de Rorschach

Le test de Rorschach ou test des taches d'encre est un test psychologique de personnalité projectif, dans lequel les interprétations par le sujet de dix planches de dessins abstraits sont analysées pour évaluer son émotivité, ses fonctions intellectuelles et ses capacités d'intégration. C'est Hermann Rorschach (1885-1922) qui a donné son nom au test, et qui a élaboré les taches d'encre, bien qu'il ne les ait pas utilisées pour l'analyse de la personnalité.

Le test est dit projectif parce qu'on suppose que le patient projette dans les taches d'encre sa vraie personnalité, révélée par l'interprétation. Les taches sont prétendument équivoques, des images abstraites auxquelles l'interprétation va donner une forme compréhensible. Ceux qui croient dans la pertinence de tels tests pensent que ceux-ci sont un moyen de pénétrer les recoins les plus profonds du psychisme du patient ou ses activités psychiques non conscientes. Ceux qui font passer de tels tests se pensent eux-mêmes experts en interprétant les interprétations de leurs patients.

Quelles preuves y a-t-il que l'interprétation d'une tache d'encre (ou d'un dessin ou de l'écriture - autres éléments utilisés dans les tests projectifs), reflet d'une composante de la personnalité, révèle les réelles perceptions plutôt que, par exemple, la créativité d'un sujet ? Quelle justification y a-t-il pour supposer qu'une interprétation donnée d'une tache d'encre n'émane pas d'une composante de la personnalité déterminée à tromper l'autre, ou à se tromper soi-même sur ce sujet ? Même si l'interprétation provient d'une composante de la personnalité qui exprime les désirs, il y a loin du désir à sa réalisation. Par exemple, une interprétation peut sans équivoque exprimer le désir de coucher avec le thérapeute, mais cela n'implique ni que le patient a couché avec le thérapeute, ni, si l'occasion se présentait, qu'il serait d'accord pour le faire.

Il y a un problème inhérent au test de Rorschach. Avant tout, le thérapeute doit considérer la tache d'encre comme équivoque et abstraite pour qu'elle soit censée représenter réellement la projection du sujet. En conséquence, le thérapeute ne doit pas se référer à la tache dans l'interprétation des réponses du patient ou bien on devrait tenir compte de la projection du thérapeute appréciée de façon indépendante par une tierce personne. Alors celle-ci aurait dû elle-même être interprétée par une quatrième, et ainsi de suite. Le thérapeute doit donc interpréter l'interprétation du patient sans faire référence à ce qui a été interprété. Manifestement, les taches d'encre deviennent inutiles. On peut aussi bien faire interpréter au patient des taches sur le mur ou au sol. En d'autres termes, l'interprétation doit être étudiée comme s'il y avait un récit ou un rêve sans référence précise au réel. Même comme cela, le thérapeute doit en fin de compte rendre une appréciation sur l'interprétation, c'est-à-dire interpréter l'interprétation. Mais de nouveau, qui va interpréter l'interprétation du thérapeute ? Un autre thérapeute ? Alors, qui interprétera cette dernière interprétation ? Etc.

Pour éviter le problème logique de définir un standard du standard du standard etc., les spécialistes ont imaginé des interprétations normalisées des interprétations. Formes et contenus sont tous deux normalisées. Par exemple, un patient qui ne prête attention qu'à une petite partie de la tache « suggère une personnalité obsessionnelle » ; tandis que celui qui perçoit des silhouettes mi-humaines mi-animales suggère un trouble de la personnalité, peut-être à la limite de l'isolement social de la schizophrénie (Dawes, 148). S'il n'existait pas d'interprétations normalisées des interprétations, alors des thérapeutes pourraient considérer comme également logiques les mêmes interprétations de patients mais les interpréter différemment. Quelles expériences ont été réalisées pour démontrer qu'une interprétation donnée d'une tache d'encre reflète n'importe quelle conduite passée ou prédit un quelconque comportement dans l'avenir ? En bref, l'interprétation du test des taches d'encre est à peu près aussi scientifique que l'interprétation des rêves.

Tâches de Rorschach

Pour fonder quelque espoir de présenter le test des taches d'encre comme étant scientifiquement valable, il était indispensable de le transformer en test non projectif. Les taches ne sont plus considérées comme totalement abstraites, mais appellent une réponse type, les interprétations du patient y étant confrontées en tant que bonnes ou mauvaises réponses. C'est ce que fit John E. Exner. Le système Exner utilise les taches d'encre comme un test normalisé. De ce point de vue, l'idée semble absurde. Imaginez qu'on admette les étudiants en faculté de médecine en se fondant sur un tel test normalisé ! Ou qu'on sélectionne ainsi les candidats à l'école de police ! (« Je n'ai pas été reçu à cause de mon échec au test des taches d'encre. »)

Le partisan du Rorschach devrait reconnaître que les taches d'encre, les rêves, les dessins ou l'écriture ne peuvent être de nature différentes que la parole ou les gestes. Chacun de ces éléments est susceptible de multiples interprétations, quelques unes vraies, quelques autres fausses, certaines significatives, d'autres insignifiantes. L'hypothèse que les interprétations des rêves ou des taches d'encre proviennent des profondeurs non conscientes tentant de révéler la véritable personnalité est une hypothèse indémontrable. Le psychisme est un labyrinthe et c'est une chimère de croire que la tache d'encre est le fil d'Ariane qui mènera le thérapeute à son centre.

 

Voir également: Apophénie, Paréidolie, Tarot.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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