Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Oncologie intégrative

Oncologie intégrative

Il ne devrait pas y avoir de médecine intégrative ou parallèle. Il ne devrait y avoir qu'une
médecine soutenue par des preuves claires sur son efficacité et son innocuité.

 

Qu'est-ce que l'oncologie intégrative? La réponse à cette question varie selon l'interlocuteur à qui l'on l'adresse. Personnellement, je répondrais qu'il s'agit de la branche de la médecine scientifique qui s'occupe du traitement du cancer, et qui offre aux patients un accès à certaines pratiques recommandables comme l'exercice et la méditation, dans le but de réduire la douleur, les nausées et l'anxiété, tout en améliorant le bien-être grâce à des conseils ou des services nutritionnels. Malheureusement, l'oncologie intégrative fait également intervenir des pratiques comme la naturopathie et la guérison énergétique, lesquelles sont dépourvues de sens même si leurs partisans affirment qu'elles sont fondées sur des preuves.*

Ma définition est partiale, car je suis d'avis que la naturopathie repose avant tout sur une forme de pensée magique à propos de ce qui est naturel, et que la médecine énergétique n'est que pure foutaise. Je sais que beaucoup de gens trouvent du réconfort à croire des foutaises. Des croyances de ce genre peuvent rendre heureux, conférer le sentiment d'être unique et justifier l'existence, au sein d'un univers bienveillant auquel un être ou une énergie spirituelle a insufflé un sens. En qualifiant la naturopathie et la guérison énergétique de foutaises, je reconnais que bien des gens s'en montrent satisfaits, mais elles ne se fondent pas sur des interprétations sensées de ce que nous apprend la science sur la nature et notre propre biologie.

L'oncologie intégrative à son meilleur n'inclut pas que des traitements scientifiques par lesquels on tente de réduire le nombre de cellules malignes chez le patient. Elle comprend aussi des activités par lesquelles on tente d'éliminer ou de réduire la douleur, les nausées, le stress, l'anxiété et la dépression. Les soins oncologiques palliatifs ne comprennent pas que la médication, ils peuvent aussi inclure des massages, de l'exercice, du yoga, de la méditation, et d'autres techniques de relaxation. En outre, bien des patients cancéreux souffrent de diverses déficiences en minéraux ou en vitamines. Des conseils en nutrition s'avèrent essentiels pour eux. Inviter des naturopathes ou des guérisseurs en oncologie intégrative reviendrait à gaspiller le temps et les ressources de patients aux besoins autrement impérieux. Tromper des patients en les encourageant à croire qu'il existe un régime « naturel » qui les guérira du cancer est immoral.

Il est maintenant à la mode de dire que des choses comme les massages ou la méditation sont des formes de thérapies. Cette médicalisation d'activités non médicales est largement répandue, et je ne vois pas comment on pourrait y mettre fin. Maintenant, il n'est plus question de massages, mais de massothérapie. Apprendre à se détendre en écoutant de la musique, c'est de la musicothérapie. Et quand un clown fait des pitreries dans l'aile des enfants atteints de cancer, qu'est-ce que c'est? De la clownothérapie? (Sans blague, il y a une association pour l'humour thérapeutique et appliqué.) Cette médicalisation du rire semble aussi vieille que l'Ancien Testament (Prov. 17 :22 « Un cœur joyeux est un bon remède, mais un esprit abattu dessèche les os. »* Bien des gens considèrent la prière comme une forme de médecine. Pas moi. La prière n'a rien à voir avec la médecine, bien qu'il soit vrai que beaucoup, sinon la plupart, de ceux et celles qui reçoivent un diagnostic de cancer se mettent à prier. Que ceux qui veulent prier le fassent, mais qu'on n'appelle pas la chose médecine ou thérapie.

Ma nutritionniste ne traite pas mon cancer. Si je me fais masser pour me détendre un peu, je ne fais pas traiter mon cancer. Quand je fais de l'exercice, je ne traite pas mon cancer par une thérapie quelconque. Trouvez ça idiot si vous voulez, mais je ne vois aucune raison de considérer la nutrition, l'exercice, le yoga, la méditation, les massages, la visualisation, la prière, ou toute autre technique de relaxation comme de la médecine « parallèle » ou « douce ». Il s'agit tout de même d'autre chose que la naturopathie, l'homéopathie, la chélation, ou n'importe quelle des variantes de « médecine » énergétique qui font partie de ce qu'on appelle l'oncologie intégrative. Tant que le taï chi, le yoga et la méditation ne font pas référence à des forces magiques et qu'on ne les encombre par de prétentions métaphysiques, je n'ai rien contre.

Même si je trouve qu'une bonne partie de ce qui se fait en oncologie intégrative n'a aucun sens, une telle approche pourrait quand même valoir mieux pour certains patients que le genre de soins standardisés qu'on obtient dans une organisation de soins de santé intégrés ou centre médical type. Quelques mots d'explication là-dessus: Personne ne va voir un homéopathe, un naturopathe ou un acuponcteur pour une fracture du bras ou de la jambe. Même le plus fervent des croyants se balance des valeurs spirituelles de son orthopédiste. Soigner un cancer n'est pas comme traiter une fracture. Le cycliste qui fait une chute magistrale et qui voit que son bras pendre au bout de son coude - le membre est inerte, mais il cause une douleur comme son propriétaire n'en a jamais éprouvé auparavant -, n'a pas besoin d'un médecin pour savoir qu'il est cassé. Par contre, un cancer peut rester asymptomatique de longues années. On peut n'en apprendre l'existence qu'au bout du fil, comme lorsque le médecin de mon organisation de soins de santé intégrés m'a téléphoné pour m'informer qu'un tomodensitogramme a révélé que je souffrais d'un cancer du pancréas qui s'était étendu au foie. Ce n'est pas là ce que je qualifierais d'une approche humaine ou centrée sur le patient. Les choses ne se sont guère améliorées quand, après une endoscopie à ultrasons et une tomographie par émission de positons (TEP), j'ai rencontré l'oncologue qu'on m'avait assigné, et qu'il m'a annoncé sans cérémonie que j'avais un carcinome neuroendocrinien, qui avait probablement commencé dans le pancréas, et qui s'était propagé au foie.

Après neuf mois, en rétrospective, j'aurais préféré que mon médecin de premier recours convienne d'un rendez-vous, en m'annonçant simplement au téléphone que la tomographie montrait quelque chose d'inhabituel, et qu'il devait nous en parler, à mon épouse et à moi. Lors de cette rencontre, il aurait pu expliquer que l'examen révélait des indices de tumeurs au pancréas, à la rate, au côlon et au foie. D'autres examens étaient cependant nécessaires pour bien connaître la nature du problème. Inutile de parler de statistiques ou d'expériences passées à propos de résultats semblables, du moins pour l'instant. J'aurais également aimé qu'on me dise quels étaient les diagnostics possibles, et qu'on était prêt à m'offrir les meilleurs traitements, peu importe ce à quoi j'aurais à faire face. Il aurait été approprié de présenter les scénarios les plus optimistes, comme les moins encourageants. Il aurait pu s'agir d'une forme agressive de cancer du pancréas qui avait fait des métastases, et pour lequel un traitement était disponible (selon la nature et l'importance de la tumeur originale et des métastases). À l'autre extrémité des possibilités, j'aurais pu souffrir d'un cancer neuroendocrinien, à croissance lente et facilement traitable. La chirurgie, la chimiothérapie, l'embolisation ou d'autres traitements pourraient prolonger ma vie de quelques années, plutôt que de quelques mois. Seule une biopsie permettrait de déterminer le type de cancer présent et, par conséquent, le type de traitement dont j'aurais besoin.

Mais ce n'est pas ce qui est arrivé. Mon médecin de premier recours m'a annoncé au téléphone qu'une biopsie avait été prévue. J'ai rencontré mon gastro-entérologue quelques minutes avant la biopsie et peu de temps après l'opération pour discuter de ce qu'il avait découvert. Il a bien pris le temps de nous expliquer, à moi et à mon épouse, pourquoi il n'avait pu obtenir un échantillon de tissu de mon pancréas, et devait se contenter d'un échantillon du foie seulement. Il nous a traités avec respect et dignité, faisant preuve d'empathie. Encore aujourd'hui, je l'estime davantage pour la façon dont il nous a traités que pour sa compétence comme médecin.

J'aurais voulu qu'un pathologiste mène une analyse et une évaluation complètes de l'échantillon tissulaire, pour ensuite me rencontrer en même temps qu'un oncologue, mon gastro-entérologue, un chirurgien, et les radiologistes qui ont effectué la tomographie et la TEP. Ensemble, ils auraient lu les rapports et décidé ce qui était recommandable dans mon cas. (On peut appeler une telle façon de faire oncologie intégrée.**) Mon oncologue aurait pu ensuite me donner le résultat des différents examens que j'avais subis, et me dire quels traitements le groupe de spécialistes recommandaient, et pourquoi. On m'aurait donné un pronostic détaillé, et l'assurance que j'allais recevoir les meilleurs soins que la science pouvait offrir. Durant cette réunion, il y aurait eu un assistant qui m'aurait informé que le personnel médical comprend le choc qu'un diagnostic de cancer produit chez le patient et sa famille immédiate. Comme preuve de cette compréhension, j'aurais reçu l'assurance que le personnel était prêt à m'offrir diverses formes de soutien, selon mes besoins: émotionnel, financier, spirituel ou religieux. On m'aurait rassuré également à propos de la lutte contre la douleur et des soins en fin de vie, tout en répétant que tous ces sujets pourraient être abordés lors de réunions ultérieures.

En lieu et place, mon oncologue m'a dit que j'avais le cancer, et que j'avais le choix entre ne pas me soumettre à un traitement ou opter pour l'une de deux formes de chimiothérapie sur lesquelles je ne savais rien. Auparavant, toutefois, je devais assister à un cours réservé aux cancéreux sur le point d'entamer une chimio. Une infirmière devait détailler les effets indésirables possibles des différents produits employés en chimiothérapie (tous types de cancers confondus), et parler de groupes de soutien, de travailleurs sociaux et de nutrition.

Je comprends facilement pourquoi une personne atteinte de cancer préférerait se faire soigner dans un centre d'oncologie intégrative, si le traitement offert n'est pas uniquement centré sur le patient, mais également sur son entourage, c'est-à-dire, s'il est reconnu que le patient ne vit pas en vase clos, mais bien au milieu d'un ensemble pouvant inclure un conjoint, des enfants, des collègues de travail et bien d'autres personnes. Nombre d'établissements médicaux classiques bien établis possèdent maintenant des centres d'oncologie intégrée pour répondre à la demande venant des patients, mais certains ont peut-être également compris que traiter un cancéreux signifie davantage la rencontre d'une personne issue d'un contexte social précis et d'un groupe de spécialistes, plutôt que le traitement d'un simple malade par un seul médecin.

Popularité de l'oncologie intégrative

Dans Google, « center for integrative oncology » donne près de 20 000 résultats. Voici une brève liste de quelques-uns des principaux établissements de soins de santé qui offrent des services d'oncologie intégrative aux États-Unis:

  1. Le Simms/Mann-UCLA Center for Integrative Oncology
  2. Le UCSD Center for Integrative Medicine (qui a parrainé une conférence sur l'oncologie intégrative en 2013)
  3. Le Memorial Sloan Kettering Cancer Center
  4. MD Anderson Cancer Center
  5. Le Center for Integrative Oncology de San Diego
  6. Oncology San Antonio
  7. Osher Center for Integrative Medicine au UC San Francisco, Harvard Medical School and Brigham and Women's Hospital, Northwestern University, et Vanderbilt University
  8. Block Center: Integrative Cancer Treatment
  9. The Mayo Clinic

Tous ces très bons établissements disent offrir le meilleur de deux mondes: la médecine scientifique et la crème de ce qu'on appelle la médecine parallèle et complémentaire, ou médecine douce, que certains nomment également « thérapies complémentaires sûres et efficaces », « médecine de l'esprit et du corps », ou techniques de relaxation, comme le yoga et la méditation. Selon Magaret A. Chesney, Ph.D., directrice du UCSF Osher Center for Integrative Medicine: « Notre Centre s'efforce de fusionner la médecine moderne, un mode de vie sain et des approches thérapeutiques venant de partout au monde, afin d'offrir un nouveau modèle de soins faisant la promotion de la guérison et du bien-être de la personne dans son ensemble corps-cœur-esprit ». Très intéressant, jusqu'à ce qu'on se penche sur les détails, et qu'on découvre des pratiques comme la naturopathie, l'acuponcture, le gua sha, la médecine anthroposophique et le reiki, offertes à côté de la chimiothérapie, la chirurgie, l'exercice et la médication. Ce mélange de naturopathie et de médecine énergétique avec des traitements anticancéreux conventionnels est non seulement ascientifique, il est dangereux. L'ex-naturopathe et diplômée de la Bastyr University (2011), Britt Marie Hermes, exprime la chose mieux que je ne saurais le faire:

La naturopathie est une philosophie, une vision du monde, et même un style de vie. Mais ce n'est pas un système de médecine véritable et réel...
 
Il importe peu, aux yeux des naturopathes, que la science réfute leurs traitements, car ce qui compte n'est pas la réalité telle que la science l'explique, mais la croyance entretenue par la tradition en une force magique naturelle. Les croyances médicales naturopathiques incluent l'idée que les vaccins font plus de tort que de bien, qu'on peut traiter n'importe quelle maladie par l'homéopathie, que les traitements anticancer parallèles sont sûrs et efficaces, et que la nutrition peut guérir les maladies mentales. De telles croyances sont dangereuses, et en faire la promotion est contraire à toute éthique.

L'un des premiers endroits à faire la promotion de l'oncologie intégrative a été l'école de naturopathie Bastyr University de Bothell, dans l'État de Washington. En 1998, l'établissement a reçu 50 000 000 $ US du gouvernement des É.-U. afin d'héberger le Centre national pour la médecine complémentaire et alternative (maintenant le Centre national pour la santé complémentaire et intégrative [NCCIH]. (Le Dr Chesney est l'ancien directeur adjoint de ce bazar.) Le Congrès a approuvé le financement du Centre et lui a confié pour mission de trouver des façons d'intégrer la médecine traditionnelle chinoise, l'homéopathie et la médecine ayurvédique à la médecine conventionnelle. Bastyr est maintenant l'un des dix centres médicaux financés par le NCCIH (qui fait partie des Instituts nationaux de santé) pour former les étudiants aux pratiques des médecines complémentaires et alternatives et(ou) à la médecine intégrative. Aujourd'hui, Bastyr se décrit, entre autres choses, comme un centre de recherche en oncologie intégrative, (il s'occupe, par exemple, d' « innovation de pointe en enseignement de la santé naturelle »). Voici comment ces braves gens de Bastyr décrivent l'oncologie intégrative:

On peut décrire l'oncologie intégrative comme un soutien global au patient cancéreux à chaque stade de son expérience (du diagnostic à la prise de décision quant au traitement, à la restauration de la fonction immunitaire, et au retour à la santé, une fois les traitements standards terminés). Les patients peuvent recevoir des soins de naturopathes licenciés, de nutritionnistes et d'acuponcteurs, possédant tous une formation avancée en oncologie.
 
Les options de traitement incluent la médecine du corps et de l'esprit, l'acuponcture, la médecine botanique et le soutien nutritionnel. En oncologie intégrative, les médecins communiquent avec les radiologistes et leurs collègues pour assurer des soins véritablement intégrés. Il s'agit d'améliorer non seulement la qualité de vie des patients, mais également de réduire les risques de rechute.

Encore une fois, tout cela est bien beau jusqu'à ce que l'on gratte sous la surface. Qu'entend-on par « retour à la santé » et « restauration de la fonction immunitaire »? Qu'est-ce que tout cela peut bien vouloir dire quand il n'y a absolument aucun fondement scientifique à la naturopathie, qui est une philosophie plutôt qu'une branche de la médecine? D'ailleurs, il ne s'agit pas que d'une philosophie, mais d'une philosophie vague et ambigüe. Ce que les naturopathes pratiquent, et ce qui est enseigné dans les différentes écoles de naturopathie varie énormément. Seules quelques croyances de base semblent unir tout ce beau monde, à savoir que « le corps possède la capacité inhérente de se guérir lui-même », et que les naturopathes peuvent « identifier les obstacles à la guérison et les faire tomber », tout en facilitant « la capacité d'autoguérison du patient ». Comment pourrait-on intégrer un tel système de croyances dans un traitement sûr et efficace du cancer? Y a-t-il un seul oncologue qui croit que le corps de son patient va guérir tout seul s'il parvient à reconnaître et faire disparaître ce qui empêche sa guérison? Que pourraient être ces obstacles? Les tumeurs mêmes? Non. Selon les naturopathes, retirer la tumeur ne ferait que traiter les symptômes plutôt que la cause de la maladie. En effet, selon les naturopathes, il faut « identifier et supprimer les causes sous-jacentes de la maladie, plutôt que d'éliminer les symptômes ou de simplement les faire taire ».* (Au départ, cette idée devrait disqualifier les naturopathes de toute participation à une équipe d'oncologie intégrative: si la naturopathie a quoi que ce soit à offrir à des patients cancéreux, c'est bien à propos du soulagement des symptômes.) Je mets au défi les naturopathes de révéler au monde ce qu'ils ont découvert à propos de la cause première de n'importe quelle des 200 formes de cancer qui existent chez l'humain. Sans connaître la cause première d'un cancer quelconque, aucun naturopathe ne peut lever les obstacles qui empêchent la guérison de son patient. Et je m'attends d'eux à ce qu'ils soient en mesure d'aller bien plus loin que l'affirmation de banalités comme « il faut lâcher la cigarette ».

En fait, il est possible que nous n'arrivions jamais à la cause première de la plupart des cas de cancer. Nous savons que de façon générale le cancer résulte de la mutation génétique d'une cellule, chez laquelle le processus naturel de division ou d'apoptose déraille. Les cellules cancéreuses ne meurent pas. Elles se divisent sans fin, mais ne meurent pas pour laisser la place à des nouvelles cellules. La chose peut survenir pour plusieurs raisons différentes, qu'on ne peut en aucun cas régler simplement en faisant disparaître la cause des symptômes. Si la cause est une erreur dans la programmation génétique d'une seule cellule, au sein d'un seul organe, et qu'on détecte la tumeur avant que ne se forment des métastases, on pourrait dire qu'une exérèse va faire disparaître la cause fondamentale du problème. Mais ce n'est clairement pas ce que les naturopathes ont en tête quand ils parlent de lever les obstacles à la guérison. Si la cause est une mutation de la cellule cancéreuse qui la fait paraître bénigne au système immunitaire, il faut, encore là, enlever cette cellule maligne. Aucun traitement naturopathique ne peut détecter et supprimer des cellules cancéreuses. Il n'y a pas non plus de traitement naturopathique pour « stimuler le système immunitaire », afin qu'il puisse reconnaître et tuer les cellules cancéreuses. Bien franchement, si mon oncologue me recommandait de consulter un naturopathe dans le cadre de mon traitement anti-cancer, je le congédierais séance tenante.

J'ai beau ne pas aimer les naturopathes, homéopathes et guérisseurs du genre, j'ai beau éprouver un profond malaise à l'idée que de telles personnes prennent part à mon traitement, il y a beaucoup de cancéreux et apparemment beaucoup de médecins et d'infirmières qui croient aux thérapies magiques et veulent en mettre les praticiens dans le coup. Comme je l'ai dit précédemment, je n'ai rien contre l'intervention de masseurs, de maîtres de yoga ou de méditation, ou d'experts en exercices physiques ou en relaxation pour lutter contre le stress, car il peut s'agir d'un problème important pour bien des cancéreux, mais il faut que ces intervenants laissent leurs présupposés métaphysiques à la porte. En outre, ce devrait être aux patients à choisir de se prévaloir ou non de ces possibilités pour lutter contre la douleur ou l'anxiété. Un expert en nutrition devrait faire partie de tout bon programme de traitement oncologique, mais ne dites pas qu'il s'agit d'un thérapeute. Certains cancéreux devront changer, ne serait-ce qu'un peu, leurs habitudes alimentaires, mais ni la maladie ni son traitement ne va priver les patients de nutriments essentiels au point où ils auront besoin de suppléments alimentaires ou d'un régime spécial. Il faudra traiter au cas par cas ceux qui présenteront des déficiences nutritionnelles extrêmes.

La Société pour l'oncologie intégrative

Enfin, il faut mentionner la Société pour l'oncologie intégrative [Society of Integrative Oncology (SIO)].

Sa mission consiste à promouvoir les soins de santé intégrés et fondés sur la science, afin d'améliorer la vie des personnes frappées par le cancer.

Sa définition de ce qui est fondé sur la science doit différer de la mienne, parce que la société semble croire que les naturopathes et les guérisseurs devraient faire partie des équipes d'oncologie intégrative. Le président actuel (en mars 2015) et le tout dernier ancien président sont des naturopathes. Le conseil d'administration de l'établissement comprend un docteur en médecine orientale - un de ces types qui croient que la langue révèle l'état des organes internes), de même que plusieurs médecins et infirmiers ou infirmières autorisés. La fondatrice du SIO est Barrie R. Cassileth, docteur en sociologie, dont les recherches principales portent sur les médecines complémentaires et parallèles. Selon Wikipedia, elle a beaucoup publié sur les traitements de médecine parallèle contre le cancer. Elle a fondé le Service de médecine intégrative du Memorial Sloan-Kettering Cancer Center, dont elle demeure le chef, et occupe la chaire Laurance S. Rockefeller en médecine intégrative.

Entre autres activités, le SIO affiche des nouvelles et des éditoriaux dans son site Web. Par exemple, le 3 février 2015, on nous parle du Bureau du Procureur général de l'État de New York, qui accuse, GNC, Target, Walgreens et Walmart de vendre des suppléments alimentaires frauduleux et potentiellement dangereux. Les accusations se fondent sur des tests effectués sur les principales marques de suppléments de ces chaînes, qui ont révélé que quatre produits sur cinq ne contenaient aucune des herbes figurant sur les étiquettes. En outre, certains des comprimés censés contenir des herbes médicinales n'étaient rien de plus que de la poudre de riz, d'asperges et de diverses plantes d'intérieur. Dans certains, cas, ils contenaient même des substances pouvant constituer un danger pour les personnes qui y sont allergiques.

L'utilisation d'herbes médicinales et de suppléments est l'un des domaines dont l'oncologie intégrative fait la promotion. On croirait qu'une des principales préoccupations du SIO porterait sur l'innocuité de tels produits, et qu'un éditorial à propos de l'enquête du Bureau du procureur ferait état des préoccupations que pourraient avoir les gens qui les utilisent comme « aide » dans leur lutte contre le cancer. Mais au lieu de parler d'innocuité ou de questions plus générales comme l'exactitude de l'étiquetage des produits commerciaux et le manque de réglementation sur la pureté et l'efficacité des herbes médicinales et des suppléments, l'éditorial du SIO ne fait que remettre en cause la fiabilité des tests employés au cours de l'enquête. Le Service cite la réplique que l'American Botanical Council adresse aux enquêteurs, à savoir que « se fier sur la seule technologie du code à barres ADN pour des produits végétaux est prématuré ».

La technologie de code à barres ADN est-elle suffisamment fiable pour l'authentification de substances végétales?
 
Les intentions du Procureur général étaient sans doute louables, mais des questions demeurent quant à la conclusion de l'étude: l'étiquetage des suppléments d'origine végétale est frauduleux ou peut s'avérer dangereux jusqu'à preuve du contraire. La technologie du code à barres ADN est cependant relativement nouvelle, et l'on s'interroge sur son exactitude: ce n'est pas encore l'idéal. Il s'agit d'identifier de courts fragments d'ADN, que l'on compare ensuite à un répertoire de plantes et d'espèces animales connues. L'exactitude du test lui-même doit être soumise à des évaluations plus poussées (ses créateurs de l'Université de Guelph affirment qu'elle se situe à 88 % pour les suppléments d'origine végétale ou animale). Il serait utile, par exemple, de tester un extrait pour voir si l'on trouve véritablement de l'ADN après traitement, au lieu de présumer que le fournisseur emploie un étiquetage trompeur ou frelate son produit. De même, on ne sait pas si les « contaminants » détectés sont de petits fragments d'ADN qu'on pourrait retrouver dans presque n'importe quel produit, plutôt que du « remplissage », ni si ces autres substances peuvent avoir des effets indésirables.
 
Du point de vue scientifique, la véracité des résultats serait corroborée par un examen centralisé des tests, une multiplication des laboratoires où les tests sont effectués, et l'utilisation de tests traditionnels à des fins comparatives. Dans deux études distinctes faites ailleurs sur des extraits de ginkgo biloba, on a constaté la présence de la substance en question dans la majorité des échantillons. La réplique du Bureau du Procureur général est venue rapidement, mais le débat est loin d'être réglé, d'autant plus que la confiance des consommateurs a été ébranlée.

Le lecteur remarquera que l'éditorial donne une impression de perspective scientifique, mais en fin de compte, son auteur s'élève contre le fait qu'on mine la confiance du consommateur envers les suppléments naturels sans vraiment s'émouvoir du risque qu'on n'obtienne pas les substances ou les dosages pour lesquels on paie. On ne mentionne aucunement le fait que les suppléments naturels ne sont pas assujettis aux mêmes règlements que les produits pharmaceutiques. En réalité, on compte sur la bonne foi des fabricants de suppléments pour qu'ils ne commettent pas de fraude et ne mettent pas dans leurs produits des substances de remplissage dangereuses (comme du sucre, dans le cas des diabétiques, ou du blé dans les produits dits « sans gluten »). L'éditorial mentionne par contre qu'« on doit remarquer que, malgré la surveillance de la FDA, les effets indésirables des médicaments conventionnels éclipsent facilement ceux des produits naturels ». Je crois que la plupart d'entre nous savons déjà qu'en général, il est plus dangereux de prendre des produits pharmaceutiques que des suppléments « naturels », même de qualité inférieure. Mais ce dont il est question ici, c'est de fraude, et de son effet sur l'innocuité des produits.

De plus, l'enquête menée dans l'État de New York n'est qu'une des nombreuses du genre ayant mis en relief des problèmes du côté du marché des suppléments d'origine végétale. Voici des liens [en anglais] vers quelques articles recueillis au fil des années. Ils proviennent de ma page sur les suppléments:

Bref, je n'ai guère confiance envers le SIO comme chien de garde relativement à l'innocuité et l'efficacité des suppléments à base de plantes, qu'ils aient ou non un rôle à jouer dans le traitement du cancer.

Le meilleur de deux mondes?

Le Dr David Gorski, spécialiste du cancer du sein et critique de longue date de l'oncologie intégrative, s'est exprimé sur la question dans un article intitulé Integrative oncology: really the best of both worlds? pour le site Nature.com:

L'oncologie intégrative vaut-elle quoi que ce soit? Dans la mesure où la médecine conventionnelle peut négliger des facteurs favorables à la santé, mais qui ne relèvent pas de la pharmacologie, comme les interventions sur les habitudes de vie et la nutrition, l'oncologie intégrative pourrait s'avérer utile par son rappel de la nécessité de manger de façon équilibrée et de faire de l'exercice, par sa promotion du bien-être général, qui pourrait, en partie du moins, améliorer l'existence des patients cancéreux, sinon leurs chances globales de survie. Mais ce rappel à un prix, et l'on peut se demander si les avantages qu'on attribue à cette forme de traitement le valent. L'oncologie intégrative permet à des pratiques non scientifiques de faire irruption dans le domaine de la médecine scientifique. Pire encore, la pseudo-science au cœur de tant de branches des médecines douces et naturelles est si présente, si bien lovée au cœur de l'oncologie intégrative, qu'elle peut ouvrir la porte à des essais cliniques d'une efficacité douteuse, ainsi qu'à un gaspillage de temps et de ressources.*

Tout à fait d'accord. Pour reformuler le commentaire du Dr Harriet Hall sur la naturopathie: Ce que l'oncologie intégrative fait de bien n'a rien de spécial, et ce qu'elle fait de spécial n'a rien de bien.

 

*Note 1 : La médecine fondée sur des preuves diffère de la médecine scientifique en ce que la première n'accorde pas une valeur élevée à la plausibilité préalable. Il est clairement malsain de traiter des essais cliniques à propos de l'effet de la prière ou de la guérison à distance (qui n'ont aucune plausibilité) sur un pied d'égalité avec différents essais contrôlés randomisés à double insu sur l'efficacité d'un nouveau médicament. On peut lire l'article sur la médecine scientifique pour une explication plus détaillée sur la différence entre les deux.

**Note 2: J'ai fait l'expérience de la deuxième variété au Stanford Medical Center, où je suis allé pour obtenir une seconde opinion.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)