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Erreurs de raisonnement

Formes diverses que peuvent prendre les sophismes et les paralogismes.

En logique, on procède à l'énoncé de propositions (nommées prémisses) pour soutenir une affirmation (la conclusion). Il existe de nombreuses façons de classer les erreurs de logique, mais il est sans doute préférable de donner une liste des conditions nécessaires à une bonne argumentation pour ensuite classer les erreurs de logique selon la façon dont elles s'éloignent de ces conditions.

Toute argumentation se fonde sur des prémisses. Une argumentation cohérente doit cependant reposer sur des prémisses authentiques, c'est-à-dire, qui ne sont ni douteuses ni fausses. Les prémisses erronées forment donc une première erreur de logique. Dans cette catégorie, on retrouve le plus souvent la pétition de principe, dans laquelle on présume de la véracité de ce qu'on est censé prouver. La pétition de principe est souvent commise par ceux qui affirment l'existence du psi. Par exemple, beaucoup de ceux qui croient au psi donnent les expériences de Ganzfeld comme preuve de l'existence du paranormal. Ils savent qu'un taux de succès de 0,25 correspond au hasard, et insistent sur le taux de 0,34 obtenu par Honorton. Selon un partisan du psi, les chances d'obtenir un tel résultat sont de un million de milliards contre une. Peut-être, mais il y a pétition de principe lorsqu'on attribue cette étonnante réussite aux pouvoirs paranormaux. L'explication susmentionnée pourrait être la bonne, mais elle n'est pas la seule. Cette statistique étonnante ne prouve pas ce qui l'a causée. Le fait que l'expérience tente de prouver l'existence du psi n'est pas pertinent. Si quelqu'un d'autre la tentait, mais en prétendant vouloir prouver que des anges, la matière sombre ou des extraterrestres communiquent directement avec le cerveau de certains, la chose ne serait pas davantage pertinente relativement à ce qui cause un résultat aussi étonnant. Les expérimentateurs commettent l'erreur d'attribuer tout résultat extraordinaire à un effet paranormal.

Dans la même catégorie, on retrouve le faux dilemme, où l'on restreint à l'excès le nombre des explications raisonnables.

Ce ne sont pas tous les problèmes de prémisses qui entraînent des erreurs de logique. Dans certains cas, malgré quelques prémisses chancelantes, on peut avoir suffisamment de preuves solides pour en arriver à des conclusions adéquates. Dans le cas du sophisme du joueur, par contre, le problème est rédhibitoire.

Un raisonnement solide repose toujours sur des prémisses pertinentes relativement à la conclusion. Des raisons qui n'ont rien à voir avec la conclusion ne mènent pas nécessairement à l'erreur, toutefois, dans la mesure où l'on a assez d'éléments de preuve pertinente pour soutenir la conclusion. En revanche, si les raisons que l'on donne à l'appui d'une conclusion n'ont rien à voir, on commet un non sequitur. Le sophisme de dieu tombe dans cette catégorie.

Parmi les problèmes les plus courants de manque de pertinence dans le raisonnement, l'attaque ad hominem, par laquelle on s'en prend à la personne qui tient le raisonnement qu'on conteste plutôt qu'au raisonnement même, est le plus fréquent. Dans ce dernier cas, on attaque le plus souvent les motifs du raisonneur que ses preuves. Par exemple, si votre interlocuteur rejette un point essentiel à votre argumentation, vous pouvez dire qu'il est obtus, ou athée.

Dans la catégorie des raisonnements non pertinents, il y a également l'appel au peuple, l'appel irréfléchi à la tradition, le sophisme du coût irrécupérable, et l'appel à l'ignorance.

Pour qu'un argument soit cohérent, il faut aussi qu'il soit complet, qu'il n'omette pas de preuves pertinentes. La pensée sélective se trouve à la base de la plupart des croyances relatives aux pouvoirs métapsychiques, à propos de la télépathie et des médiums. Elle est également à l'origine de la plupart, sinon de toutes les croyances occultistes et pseudo scientifiques. La pensée sélective est essentielle aux partisans des thérapies non prouvées et non éprouvées. Supprimer ou omettre des éléments de preuve pertinents n'a pas d'effet comme tel sur le caractère persuasif d'un argument, mais entache définitivement sa cohérence. Le sophisme de la régression est un bel exemple de sophisme par omission, tout comme le faux dilemme.

L'argument cohérent doit en outre être juste, ne pas déformer les preuves, ni exagérer ou sous-évaluer la force des données précises. Le sophisme de l'homme de paille viole ce principe d'équité.

À ne pas oublier non plus: un argument doit une grande partie de sa cohérence à sa clarté. Certains sophismes relèvent de l'ambiguïté, comme le sophisme de l'équivoque, fondé sur le changement de sens d'un terme clé de l'argumentation. Dans le paragraphe suivant, par exemple, le terme « accident » veut tout d'abord dire « non créé », avant de signifier « aléatoire ».

Comme vous ne croyez pas que vous avez été créé par un être divin, vous pensez que vous n'êtes qu'un accident. Par conséquent, vos pensées et vos gestes ne sont que des accidents, y compris l'idée que Dieu n'existe pas.

Enfin, l'argument cohérent donne assez d'éléments de preuve pour soutenir sa conclusion. Dans le cas contraire, il y a sophisme de la conclusion hâtive. Le sophisme post hoc est une des conclusions hâtives qu'on trouve le plus souvent à la source des superstitions et des croyances envers le paranormal.

Certains sophismes peuvent être classés dans plus d'une catégorie. Le sophisme du pragmatisme, par exemple, peut relever parfois du caractère vague des arguments employés, parfois de l'insuffisance de preuves.

Le penseur critique doit ajouter à ses connaissances sur les erreurs de raisonnement certaines leçons qu'il peut tirer des sciences sociales sur des sujets comme ceux-ci:

James Alcock nous rappelle que « Le vrai penseur critique accepte ce que bien peu de gens sont prêts à accepter - qu'on ne peut vraiment se fier aux perceptions et à la mémoire (« The Belief Engine »). Malheureusement, les êtres humains ne sont pas de détecteurs de vérité. Non seulement faut-il comprendre les erreurs de raisonnement, mais il faut comprendre pourquoi nous sommes si enclins à les commettre.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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