Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Programme de croissance personnelle en groupe

Programme de croissance personnelle en groupe

La croissance personnelle est un domaine dans lequel des gens aux titres tout à fait fumeux diagnostiquent chez des sujets parfaitement normaux les symptômes de problèmes vastement exagérés ou créés de toutes pièces afin de leur vendre des solutions qui n'ont jamais fait leurs preuves.
 
Les programmes de croissance personnelle comptent avant tout sur la clientèle acquise.
 

Programme de réalisation de soi dans lequel des dizaines, voire des centaines de personnes à la fois reçoivent pendant des jours et de façon intensive des instructions supposées les aider à découvrir ce qui les empêche d'atteindre leur plein potentiel et de connaître des vies plus satisfaisantes. Certains de ces programmes ont été créés spécialement pour les organisations du secteur public ou privé qui désirent améliorer les capacités de gestion ou de résolution de conflits de leur personnel, renforcer leur institution, ou encore traiter l'éternel problème des employés alcooliques ou toxicomanes.

Les gourous qui offrent ce type de cours affirment savoir comment aider les gens à devenir plus créatifs, intelligents, riches et en santé. Ils se concentrent avant tout sur le rôle que les communications interpersonnelles jouent dans l'estime de soi et dans la définition du rapport à l'autre.

Ils croient d'emblée savoir pourquoi leurs clients ne sont pas heureux et sont insatisfaits de leur vie. Ils présument que tout le monde souffre du même problème, et qu'une seule et même approche - la leur - convient de façon universelle. Certains gourous se servent de la télé ou publient des livres pour rejoindre le public. D'autres offrent des séminaires dans des hôtels. D'autres encore comptent sur les infopubs pour faire connaître aux masses leurs ouvrages sur la réalisation de soi et le succès.

Apparemment, il ne faut que quelques heures ou quelques jours pour obtenir les résultats mirobolants qu'ils promettent. Si les gourous appliquent tous la même approche à tout le monde, les créateurs de programmes comme l'est, le Landmark Forum, l'Impact Training, la programmation neurolinguistique, la méthode Silva et les séminaires Tony Robbins ont au moins l'excuse d'appliquer une approche uniforme qu'il ont inventée de toutes pièces.

Certains d'entre eux préconisent la visualisation, l'auto-hypnose et d'autres techniques du genre pour atteindre la réalisation de soi, mais la plupart des programmes tournent autour des habilités de communication et de l'effet du langage sur la pensée et le comportement. Sans aucun doute, ceux qui offrent ces programmes excellent dans ce domaine. Ils doivent consacrer leurs puissantes capacités de communicateurs à persuader autrui (a) qu'ils possèdent de précieuses connaissances sur la façon dont on peut obtenir son plein potentiel; (b) que ces connaissances peuvent se transmettre aux participants sur une courte période; (c) que le participant peut s'attendre rapidement à des effets tangibles, bien que subjectifs (comme l'amélioration de ses relations interpersonnelles ou de son estime de soi); et (d) que le participant n'a qu'une toute petite idée de l'immense satisfaction qui attend ceux qui s'inscrivent aux cours avancés. Autrement dit, les formateurs se doublent de vendeurs payés à la commission. Leur principal boulot consiste à convaincre les personnes qui participent à leurs séminaires de suivre d'autres cours. Le fait qu'ils sont peu susceptibles d'effectuer le moindre suivi auprès de leurs clients, sinon pour les persuader de suivre davantage de cours montre qu'ils ne s'intéressent pas du tout au bien-être de leurs étudiants. Leur salaire est fonction du nombre de personnes auxquelles ils font signer un contrat de formation, pas du nombre de personnes qu'ils parviennent à aider vraiment. Ils n'ont aucun intérêt à effectuer des études de suivi sur leurs clients, mais ont tout intérêt à les talonner pour qu'ils demeurent au sein de leur système de formation.

Quelques minutes de réflexion devraient suffire à rendre apparent le fait que les gourous de la croissance personnelle ressemblent à ces vedettes d'infopubs qui viennent vous parler de leur secret pour gagner des millions grâce aux petites annonces ou l'achat de maisons reprises par la banque. S'il y avait de l'argent à faire là-dedans, on ne verrait pas toutes ces prétendues vedettes au petit écran; elles seraient trop occupées à ce qu'elles proposent. Non, elles gagnent des milloions en vendant ce genre d'idées au public. De même, si les formateurs qui travaillent pour Tony Robbins ou le Landmark Forum avaient réussi à atteindre leur plein potentiel d'une façon importante et lucrative, travailleraient-ils à la commission? Travailleraient-ils pour un gourou qui leur verse une rémunération relativement modeste et qui exige de longues heures de leur temps en faisant miroiter de un faramineux succès? Les plus malins d'entre eux finissent par conclure qu'ils doivent voler de leurs propres ailes, et ils lancent leurs propres programmes.

Les programmes de croissance personnelle en groupe sont tout de même susceptibles de fonctionner, ne serait-ce que parce que (a) les participants sont fortement motivés à obtenir de bons résultats; (b) les formateurs forcent les participants à réfléchir sur eux-mêmes, sur leurs vies et leurs relations. La combinaison motivation-réflexion peut finir par produire une meilleure connaissance soi, ou inciter à renouveller les efforts d'introspection. Se retrouver entourés de gens comme eux, à la recherche de la Terre promise, peut insuffler de l'énergie aux participants et leur donner de l'espoir. En fin de compte, le principal produit que vendent ces gourous du potentiel personnel, c'est l'espoir même. Évidemment, il n'y a pas grand-chose à redire à ça. Nous avons tous besoin d'espoir. Sans lui, inutile de tirer des plans pour l'avenir, d'aller vers l'autre ni de s'établir des objectifs. Ainsi, dans la mesure où participer à ces programmes permet aux participants de trouver leur voie ou d'atteindre leur but, ils ne sont pas mauvais. Même un faux espoir peut valoir mieux qu'une absence totale d'espoir.

Comme la peur est le principal obstacle à l'espoir, les formateurs doivent aider les participants à vaincre les craintes qui les freinent. Par exemple, on ne peut s'attendre à atteindre ses objectifs si la peur de l'échec est si forte qu'elle pousse de façon pure et simple à éviter d'établir des objectifs. Il faut vaincre sa peur de l'échec, du rejet, du ridicule, de l'humiliation si l'on veut entretenir le moindre espoir de mener une existence ayant un sens. Quiconque est paralysé par la peur ne pourra jamais obtenir quoi que ce soit. Pour remporter du succès, il faut d'abord surmonter ses craintes, s'en détacher afin de pouvoir agir. La façon la plus directe de pousser quelqu'un à l'acte est de convaincre ce quelqu'un qu'en agissant, même si ses pires craintes se manifestaient, non seulement il ne se trouverait pas dans une situation pire que maintenant, mais il pourrait même constater une amélioration de son sort. On peut également y parvenir en convainquant cette personne que ses croyances l'empêchent d'atteindre le succès, et qu'elle peut y substituer d'autres croyances à sa guise.

Personne ne savait ce genre de choses mieux que Leo Buscaglia, un des plus grands gourous de la croissance personnelle des années 1970 et 1980. Par des livres, des conférences et des émissions à la télé, il a répandu l'idée que la solution à tout est l'amour. Il a popularisé des idées de Nietzsche, Bertrand Russell et B.F. Skinner, par exemple, entre autres, que le fait d'aimer ses ennemis confère une importante force psychologique. «Aimez vos ennemis» disait-il, «ça va les tuer!» Les ennemis en question ne sont pas nécessairement des personnes, il peut s'agit de vos propres peurs. Acceptez vos peurs, et elles disparaîtront. Si votre conjoint vous quitte, quelle est la pire chose qui puisse vous arriver? Vous vous retrouvez seul. Vous pouvez ruminer là-dessus, broyer du noir, vous retirer en vous-même, baisser les bras. Ou vous pouvez en tirer des enseignements, dépasser les difficultés, grandir, vous préparer à des meilleures relations amoureuses pour l'avenir. C'est vous qui décidez. Comme le disaient les Stoïciens: sachez ce qu'il est en votre pouvoir de changer et ce qui ne l'est pas. N'essayez pas de changer ce qui ne peut l'être. Vous ne pouvez rien faire à propos de ce qu'autrui dit ou fait, mais vous pouvez agir sur votre propre attitude, vos réactions émotionnelles face à ce que les autres font et disent. Autrement dit, celui qui n'essaie pas ne réussira jamais. À vous de choisir. Voilà ce dont le gourou ou son formateur doit vous convaincre.

Des programmes de croissance personnelle comme est, Landmark Forum, la programmation neurolinguistique (et même des sectes comme la Scientologie) font valoir leur nombreux «succès». Ils peuvent montrer comment ils «marchent», et faire témoigner en leur faveur des centaines, sinon des milliers de clients satisfaits, dont beaucoup sont des célébrités comme John Travolta, Yoko Ono ou Cher. Bien des gens sont d'avis que leur existence a pris du mieux après qu'ils se sont soumis à de tels programmes. Ceux d'entre nous qui se sont frottés à la philosophie et à la psychologie, qui connaissent bien la nature de la spéculation intellectuelle et de la recherche empirique, sont cependant capables de reconnaître la nature pseudoscientifique de ces programmes. Nous savons que les témoignages ne valident aucunement les programmes de croissance personnelle. Nous savons que le raisonnement post hoc est à l'œuvre à la fois chez les gourous et leurs clients. Nous connaissons le rôle que jouent la validation subjective, le préjugé de confirmation, l'imagination débridée, le sophisme de régression et le renforcement collectif dans le succès de ces programmes. Nous savons que les promoteurs de ces programmes n'ont mené que très peu de recherches afin (a) de vérifier l'existence de liens de cause à effet qui permettraient d'établir le degré d'efficacité de leurs méthodes; (b) d'établir des critères clairs à propos de ce qu'on peut considérer comme un «succès»; (c) de conserver la trace des «échecs» ou de ceux qui sentent qu'on les a floués ou qu'on leur a nui. Nous savons également que c'est la clientèle acquise qui fait la prospérité de ces programmes, ce qui échappe justement à ceux qui continuent de s'inscrire aux cours qu'on leur propose.

Malgré le manque de preuve de la validité de ces programmes, malgré le zèle excessif dont font preuve les entraîneurs dans le recrutement de nouveaux clients, bien des participants sentent qu'ils ont grandement profité de la formation qu'ils ont reçue. La recherche a toutefois montré que le sentiment d'avoir grandement profité d'une participation à un cours de croissance personnelle ne correspond pas nécessairement à des changements comportementaux bénéfiques (Michael Langone, «Large Group Awareness Training Programs», Cult Observer, vol. 15, no 1, 1998). Ces clients satisfaits peuvent ne pas comprendre que d'autres personnes pourraient très bien ne pas profiter du tout de ce qui les rend si enthousiastes. Aux yeux des membres de leurs familles, ils peuvent paraître tout bonnement endoctrinés. Leur enthousiasme peut sonner faux et sembler disproportionné. S'ils étaient déjà fragiles avant d'entreprendre le programme, ce qui commence par un envol spectaculaire pourrait très bien finir par la chute d'Icare.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2017 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)