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Hystérie collective

Réaction émotionnelle ou physique disproportionnée par rapport au contexte de la part d'un groupe, résultant de croyances fondées sur la suggestion, la mauvaise compréhension de faits importants, des stimuli imaginaires, le renforcement collectif ou l'obéissance aveugle à une fausse autorité.

L'hystérie collective peut s'exprimer par des craintes ou des espoirs irrationnels, ou encore se manifester par des symptômes inexplicables. Parmi les exemples récents, on retrouve les relations de sévices lors de rituels sataniques, les récits d'enlèvements par des extraterrestres, la peur des radiations électromagnétiques, la croyance relative à des statues buveuses de lait en Inde, les témoignages sur un homme-singe à New Delhi, l'hospitalisation de 30 personnes exposées à un parfum qu'elles ont pris pour du monoxyde de carbone et le koro (ou shook yang), à Singapour.

D'autres exemples sont plus anciens: la chasse aux sorcières de Salem, la danse de Saint Vitus, la tulipomanie au XVIIe siècle, et la panique censée avoir suivi la retransmission radiophonique de la Guerre des Mondes de H.G. Wells. La chasse aux sorcières de Salem était clairement un exemple d'hystérie collective. La tulipomanie et la «panique» engendrée par l'émission radio d'Orson Welles la veille de l'Halloween ont été exagérées (Voir Tulipomania: Money, Honor, and Knowledge in the Dutch Golden Age, d'Anne Goldgar, ainsi que Hoaxes, Myths and Manias, de Robert E. Bartholomew et Benjamin Radford). Les danses convulsives signalées en Europe au XIVe siècle et plus tard pouvaient sans doute s'expliquer, du moins en partie, par des causes physiques, comme la consommation de céréales contaminées à l'ergot.* On évoque également le tarantisme, mais il n'y a que peu de preuves que les morsures d'araignées causent un tel comportement. L'explication la plus plausible de la danse de Saint Vitus a été donnée par Bartholomew et Radford.

Lorsqu'on examine un ensemble représentatif de chroniques médiévales, il devient évident que ces épisodes s'expliquent sans doute par l'action de sectes religieuses déviantes qui se sont gagné des adhérents au cours des pèlerinages qu'elles organisaient dans toute l'Europe durant des périodes d'instabilité afin d'obtenir des faveurs divines. Les symptômes dont on fait état (visions, évanouissement, tremblements) sont prévisibles pour n'importe quelle groupe important qui se soumet de façon prolongée à des épisodes de danse, de prière et de jeûne (2003, pages 146 à 148).

De nos jours, les médias peuvent facilement faire naître l'hystérie de masse. On l'a constaté à propos des récits de rapt d'enfants, de la peur des crimes violents, des craintes relatives à la vaccination et de la méfiance à l'égard de la médecine fondée sur la science.

Comme l'ont fait remarquer tous ceux qui ont écrit sur le sujet, les manifestations d'hystéries collectives d'origine religieuse sont trop nombreuses pour qu'on en dresse une liste exhaustive. On retiendra néanmoins quelques-unes d'entre elles: les stigmates, les statues qui pleurent ou qui bougent, les apparitions de la Sainte Vierge ou de Jésus dans des urinoirs et sur l'écorce des arbres, les miracles de Fatima ou de Lourdes, les reliques et la guérison par la foi (chez Jean de Dieu, par exemple). [Ndt L'épisode des convulsionnaires de Paris appartient également à la catégorie.]

Existe-t-il des techniques pour éviter de se retrouver gagné par l'hystérie de masse? Bien sûr, mais saura-t-on les appliquer le moment venu? Difficile à dire, mais voici tout de même quelques suggestions. La personne qui parle avec assurance n'est pas forcément une autorité. Cherchez  d'autres explications que celle à laquelle tout le monde adhère. Dans un contexte où les émotions sont à fleur de peau, essayez de rester le plus objectif possible et de réfléchir aux événements. Refusez les châteaux en Espagne et ne vous laissez pas guider par la peur. Rappelez vous que les médias ne se concentrent que sur certaines catégories de nouvelles et tendent à monter en épingle certains sujets (les crimes violents, les enlèvements d'enfants, la violence à l'école et les désastres naturels), donnant ainsi l'impression que ce dont ils parlent est généralisé. Méfiez-vous des manipulateurs qui montrent en boucle à la télé les mêmes images provocantes.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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