Médium

«(…) nous [les médiums] désirons faire du bien aux gens, les aider à croître (…) Les sceptiques, eux (…) ne cherchent qu’à les détruire. Ils n’ont aucun désir d’encourager, d’éclairer. Ils veulent détruire les gens.»
James Van Praagh, pendant l’émission «Larry King Live», le 6 mars 2001

 

«La mort fait partie de la vie, et prétendre que des morts se rassemblent dans un studio de télévision de New York pour échanger des fariboles avec un ancien professeur de danse sociale constitue une insulte à l’intelligence et à l’humanité des vivants.»
Michael Shermer

 

Dans le domaine du spiritisme, personne avec qui les esprits communiquent de façon directe. À une époque lointaine, où les choses étaient plus simples mais plus spectaculaires, un bon médium pouvait faisait entendre des voix, faisait se matérialiser des objets ou sonner des cloches, faisait se déplacer ou flotter des objets dans une pièce obscure, produisait des exemples d’écriture automatique ou des ectoplasmes, autrement dit, il en donnait pour son argent au client.

De nos jours, les médiums se contentent surtout d’écrire des ouvrages édifiants et d’affirmer qu’ils canalisent des esprits anciens, comme le fait J.Z. Knight, qui vend son Livre blanc, dicté par Ramtha de l’Atlantide. Toutefois, les médiums contemporains qui réussissent le mieux prétendent simplement que les morts communiquent par leur intermédiaire. Se donnant pour des «consolateurs de l’esprit» et des «consultants pour endeuillés», ils utilisent les techniques traditionnelles de lecture de personnalités à froid et des renseignements sur leurs clients, obtenus parfois de façon détournée, pour se donner l’apparence de transmettre des messages réconfortants venant de l’au-delà. La validation subjective joue un rôle déterminant dans ce genre d’activité: les médiums comptent sur la grande motivation de leurs clients pour faire reconnaître comme significatifs des mots, des initiales, des énoncés ou des signes quelconque. Cette validation est tenue comme une preuve d’un contact avec les morts.

À l’aide des renseignements fournis involontairement par leurs clients ou d’autres sources, par exemple au cours de conversations précédant la consultation même, ou pendant les pauses durant l’enregistrement d’émissions de télévision, ils parviennent à convaincre bien des gens qu’ils captent la pensée de disparus. Le médium transmet des messages du genre «il vous a pardonné», ou révèle des choses que le client connaît déjà, d’une façon telle qu’il se demande mais comment fait-il pour savoir ça? Dans le bon vieux temps du spiritisme et des séances, il y avait beaucoup plus de chances que le message soit «soyez généreux envers le médium et son groupe» (Keene, 1997).

De nos jours, il n’est plus nécessaire de solliciter de l’argent de façon aussi directe ni de s’en prendre à des personnes âgées qui ont beaucoup d’argent mais plus beaucoup de temps. Les gens attendent littéralement des années pour se faire avoir par des fraudeurs qui leur font croire que des défunts désirent communiquer avec eux. Et quand les morts vous confient des messages d’ordre plus général, les mettre sous forme de livres peut représenter un véritable pactole, sinon, on peut se rabattre sur des tournées de conférences devant des centaines de milliers de personnes, dont chacune va payer 25 $ à 50 $ pour entendre les paroles d’outre-tombe venant d’un enfant, d’un parent ou d’un ami défunt. N’oublions pas non plus la possibilité pour un médium d’obtenir sa propre émission de télé.

George Anderson

George Anderson, ancien standardiste et auteur de Lessons from the Light: Extraordinary Messages of Comfort and Hope from the Other Side (2000), a pu ainsi obtenir sa propre émission spéciale à la chaîne ABC, dans laquelle des célébrités tentaient de communiquer avec les morts. Certains médiums réussissent même à obtenir leur propre émission souscrite, comme l’ont fait John Edward et James Van Praagh, quoique Tribune Media Services a mis fin à celle de ce dernier après seulement quelques semaines.

John Edward

John Edward est devenu le premier clairauditeur à présenter au petit écran sa propre émission, «Crossing Over with John Edward», à la chaîne Sci Fi, au cours de laquelle des esprits communiquaient avec des membres de l’auditoire. James Randi [Skeptic, v. 8, no. 3] et Leon Jaroff [Time, 5 mars 2001] ont dénoncé ses pratiques frauduleuses, mais malheureusement sans effet.* Edward est peut-être un escroc, mais il n’en est pas moins impressionnant. Ayant réussi à faire souscrire son émission, il a pu côtoyer à la télé américaine, pendant une brève période, Xena la princesse guerrière et Jerry Springer.

James Van Praagh

Autre soi-disant médium, James Van Praagh prétend pouvoir capter des messages d’à peu près tout ce qui n’est plus de ce monde. À l’en croire, les milliards de milliards d’esprits des défunts qui vagabondent dans l’éther n’attendent rien d’autre que de se faire invoquer à son émission. Donnez n’importe quel nom à Van Praagh, et il dira qu’un défunt répondant à ce nom cherche, à l’aide de mots ou de bouts de phrases, à communiquer par son truchement, ou encore qu’il sent sa présence à un endroit quelconque. On l’a vu à «Larry King Live», annonçant qu’il sentait la présence des regrettés parents de Larry. Il a même été en mesure de dire de quel coin du studio venait cette «présence». Des auditeurs lui ont transmis des noms par téléphone, et il a pu dire ce qu’il «entendait» ou «sentait» à leur sujet. Van Praagh tire les vers du nez des membres de son auditoire, qui n’y voient que du feu. Il lance ses questions tous azimuts et continue de la sorte jusqu’à ce qu’il ferre le gros poisson. Si parfois il fait chou blanc, il finit le plus souvent par frapper dans le mille. Ses victimes – tout à fait consentantes – le récompensent alors par de la rétroaction positive. C’est ainsi qu’il peut se donner l’air de communiquer avec des esprits qui lui disent que la mort, ce n’est pas si mal, qu’ils aiment ceux qui leur ont survécu, qu’ils sont désolés, et qu’ils leur pardonnent.

Michael Shermer, du magazine américain Skeptic, a dit de Van Praagh qu’il était «le maître entre tous les médiums de la lecture à froid». Le sociologue et enquêteur d’anomalies de l’Université Eastern Michigan Marcello Truzzi s’est montré moins charitable. Truzzi a étudié des types comme Van Praagh pendant 35 ans. Selon lui, ses prestations sont «très peu impressionnantes» («A Spirited Debate», Dru Sefton, Knight Ridder News Service, The San Diego Union-Tribune, 10 juillet 1998, page E1.) Truzzi ajoute que la majeure partie des propos du médium sont des «âneries», mais des âneries de qualité, car ce que le public veut, «c’est se faire réconforter, faire apaiser leur sentiment de culpabilité. Et c’est ce qu’on lui donne. Vos parents vous aiment; ils vous pardonnent; ils ont hâte de vous voir; ce n’est pas votre faute s’ils sont morts».

Dans Why People Believe in Weird Things, Shermer décrit les succès de Van Praagh, ainsi que la façon dont il a réussi à impressionner l’auditoire de l’émission de variétés nouvelâgeuse The Other Side de la chaîne NBC. Shermer explique également comment il a révélé ses petits secrets professionnels pour l’émission Unsolved Mysteries. Malheureusement, il ne s’est pas gagné la sympathie du public. Une femme lui a même dit que ses agissements étaient «inappropriés», car il réduisait à néant l’espoir de personnes qui vivaient un deuil.

Les titres des livres de Van Praagh ne peuvent passer inaperçus: Dialogue avec l’au-delà et Reaching to Heaven, de même que Guérir d’un chagrin. Son site web tient le consommateur au courant de ses nouvelles parutions, de ses cassettes (par exemple, Develop Your Psychic-Self, ou sa série sur la méditation), de ses tournées et ses prestations. Van Praagh et les médiums de sa trempe vont sans aucun doute continuer longtemps de jouir d’un grand succès, tant et aussi longtemps qu’ils ne se mettront pas à dire à leurs clients que leurs parents leur pardonnent les sévices qu’ils leur ont fait subir de leur vivant, ou qu’il est temps qu’ils avouent le meurtre qu’ils ont commis. Il y a peu de risque que la chose arrive jamais, cependant.

Au cours d’une entrevue, Van Praagh a déjà déclaré que «la mort n’existe pas, il n’y a que la vie… chacun est médium ou intuitif dans une certaine mesure», et que la plupart des esprits se retrouvent au ciel (Sefton, 1998). Ces affirmations ne semblent fondées sur rien d’autre que leur popularité auprès du public qu’elles visent.

Parmi ceux qui idolâtrent Van Praagh, on retrouve Charles Grodin, dont l’émission à la chaîne CNBC a été retirée des ondes peu après la seconde apparition du médium. Grodin a montré publiquement à quel point il était crédule et épris de sa défunte mère, en léchant les bottes de celui qui parle au ciel. La prestation de Van Praagh n’était pas précisément divine, mais elle a apparemment réussi à convaincre Grodin et au moins un couple de l’auditoire, qui semblait convaincu que le médium conversait avec leur fille disparue. La seule touche de scepticisme de l’émission est venue lorsque Grodin s’est demandé tout haut si Van Praagh parlait réellement aux esprits, ou s’il n’était pas en train de lire dans l’esprit des membres de l’auditoire. La seule autre personne qui a exprimé des doutes a été la mère d’une victime de la bombe de Timothy McVeigh à Oklahoma City. D’après elle, rien de ce que Van Praagh disait à propos de sa fille n’avait l’air vrai, à part quelques généralités. Elle a aussi dit qu’elle communiquait directement avec elle.

Silvia Browne

Quand les Van Praagh, Edward, Sylvia Browne et autres médiums du même acabit n’arrivent pas à faire mouche, ils rappellent à leur auditoire que les messages qu’ils reçoivent arrivent par fragments, qu’ils sont difficiles à interpréter, etc. S’ils se trompent, on ne peut les blâmer, car ils n’ont jamais prétendu être parfaits, n’est-ce pas? À l’émission de Grodin, Van Praagh a eu l’air particulièrement inepte. Il a utilisé ses questions-hameçons habituelles, à propos de filles et de grands-mères, de changements importants à la maison, de questions non résolues, etc. Il a prétendu recevoir les messages habituels à propos d’anges, de cancer, de cœur, de journaux, etc. Il s’épargne beaucoup de temps et d’efforts en ratissant large, et en concluant par la question ambiguë: «N’est-ce pas?», à laquelle le client répond «oui», sans que l’on sache très bien à quoi il acquiesce.

Pour les esprits sceptiques, Van Praagh n’a rien d’impressionnant, mais pour des gens comme Grodin, grandement ébranlé par la mort de sa mère, c’est un saint. Grodin lui a pratiquement demandé sa bénédiction et l’a remercié pour son merveilleux travail. Espérons que davantage de membres de l’auditoire se sont demandés pourquoi on n’a pas fait preuve de davantage d’esprit critique au cours de l’émission.

À l’heure actuelle, il faut attendre trois ans pour une consultation de Van Praagh. Heureusement, l’offre devrait bientôt rattraper la demande avec les nouveaux médiums à la mode qui n’arrêtent pas de s’ajouter.

Allison Dubois est l'un d’entre eux, et son succès a été démultiplié lorsqu'à la chaîne NBC a présenté l'émission spéciale «Medium», dont on a dit qu'elle était basée sur les exploits surnaturels de Mme Dubois. Dans son site Web, elle déclare

Je n'ai pas peur d'appeler un chat un chat ni de déployer mes capacités au maximum dans des conditions de recherche de niveau universitaire. Je tire beaucoup de fierté de ma précision, de ma constance, et du fait que je contribue à consoler ceux qui ont perdu un être cher.

En d'autres termes, elle est faite de la même étoffe que John Eward, George Anderson, Laurie Campbell, James Van Praagh et une foule d'autres «consultants en matière de deuil» qui offrent leurs services à ceux que le chagrin a frappés, contre espèces sonnantes et trébuchantes, bien entendu. Et à l'instar de Edward, Anderson et Campbell, Dubois a été mise à l'épreuve par Gary Schwartz, qui a décrété qu'elle possédait de véritables pouvoirs surnaturels.

L'une des raisons pour lesquelles il faut se méfier des évaluations de Schwartz en matière de médiumnité, c'est qu'il ne comprend à peu près pas ce qu'est la validation subjective. Au cours d'une expérience classique qu'on a répétée depuis de nombreuses fois dans différents contextes, Bertran Forer a remis des tests de personnalités à ses étudiants, puis, sans tenir compte de leurs réponses, leur a ensuite donné une « évaluation » tirée de la rubrique astrologique d'un journal. Il a ensuite demandé aux étudiants d'accorder une note de 0 à 5 à l'évaluation. Une note de 5 signifiait qu'on trouvait l'évaluation excellente, tandis qu'une note de quatre voulait dire qu'on la trouvait bonne. L'évaluation moyenne de la classe était de 4,26. C'était en 1948. Le test a été répété des centaines de fois auprès d'étudiant en psychologie, et les résultats sont toujours demeurés constants à environ 4,2. On pourrait en conclure qu'il arrive souvent que des gens, devant des énoncés qui les concernent mais qui ne sont fondés sur aucune connaissance de leur personnalité, vont conclure qu'ils sont exacts à environ 80 %. Des expériences semblables ont été menées à l'aide de faux tableaux biorythmiques, de fausses études graphologiques et de fausses cartes du ciel.

D'après Schwartz, Dubois voyait « toujours juste à presque 80 %, ce qui la range parmi les meilleurs» (McClain, 2005).

Sans contrôle, Schwartz n'a aucune façon de savoir si les résultats de Dubois sont extraordinairement élevés ou simplement moyens. Malheureusement, même sans la validation de quelqu'un comme Schwartz, le désir de communiquer de nouveau avec des êtres chers décédés l'emporte de loin sur celui d'examiner de plus près le travail d'un scientifique possédant un doctorat de l'Université de Harvard, établissement dont la devise est Veritas.

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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